"LA BANDE DU SKATE PARK" (2)

Personnellement, je trouve ça magnifique. Tendre, pudique, grave, douloureux, plein d'espoir et de rêves, alourdi par les drames, béni par l'amitié, tenté par l'amour...

Un regard sur l'enfance, sur l'adolescence, sur le monde adulte qui leur est présenté et dans lequel ils doivent réussir à s'inscire...

 

"LA BANDE DU SKATE PARK" (premiers épisodes)


Internet exploreurs

Les petits skateurs bretons s’en vont-en guerre

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     Erwan Desplanques
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  • Publié le 30/11/2015. Mis à jour le 01/12/2015 à 19h01.

 

Après le succès d'“Anaïs s'en va-t-en guerre”, Marion Gervais récidive avec une websérie pleine de lumière et de douceur sur une bande d'ados fans de skate.

C'est beau, parfois, la vie d'un ado. Surtout lorsqu'on la filme au ras du bitume, sans surplomb. En voici sept magnifiques spécimens, des passionnés de skate qui vivent à proximité de Saint-Malo, entre campagne rase et zones commerciales qu'ils réenchantent à leur manière : en faisant un maximum de bruit avec leur planche. Ils ont entre 13 et 15 ans, se baffrent de Choco BN, de chips low-cost et boivent des panachés, vautrés dans un vieux canapé récupéré pas loin de Jardiland (un peu comme dans The Wire, mais version Bisounours). La bande de potes ne fait rien d'autre que tuer le temps en attendant d'être en vacances (à Barcelone pour les plus chanceux) et plus généralement d'être adultes (avec un boulot cool, si possible) dans ce skatepark qui leur sert à la fois de défouloir et de micro-utopie.

 

 

 

La réalisatrice Marion Gervais capte ces longues journées avec un regard attendri, presque maternel. Et en tire une websérie gracieuse, portée par la nostalgie de cet ennui adolescent qui est le bonheur-même. Diffusé en tranches de six minutes sur lanouvelle plateforme créative de France Télévisions, IRL (les deux premiers épisodes sont déjà en ligne), La Bande du skatepark pourrait être du Larry Clark à la sauceTomboy (ou Les Seigneurs de Dogtown sur la Côte d'Emeraude). Ainsi qu'un petit film solaire sur l'un des plus beaux sujets du monde : la glandouille !

On pense aussi au doc de David André, Chante ton bac d'abord, sur les lycéens de Boulogne-sur-Mer, dans une version minipousses (« Passe ton brevet d'abord » ?), avec des séquences brutes, sans voix off, dans une France périurbaine un peu floue, n'appartenant ni réellement à la ville, ni à la campagne, ni à la banlieue, mais aux lisières des trois. Enzo, Glen, Liam, Pierrot et les autres appartiennent à la classe moyenne ; ils portent des fringues de surf mais raclent le fond de leurs poches pour se payer un kebab et plantent des patates dans les champs en rêvant de trips en Australie. A ce titre, le skate incarne aussi bien les derniers jeux de l'enfance que le désir de fuite en avant, le besoin effréné de vie, de ville, d'émancipation.

 

Marion Gervais confirme ici son talent (son sens du cadre, de la photo, le choix de ses sujets et l'amour qu'elle leur porte). Pendant longtemps, elle a réalisé des castings sauvages pour les autres (Julian Schnabel, Claire Denis, Bruno Podalydès…) et voyagé au gré du vent avant de tenter une première expérience documentaire en 2008 (La bougie n'est pas faite de cire mais de flammes, sur une petite fille rom vivant à Montreuil). Puis, l'année dernière, un autre film au budget archimodeste, produit pour la chaîne locale TV Rennes, qui a ensuite connu un succès fou sur Internet (près de sept cent mille visionnages !) et vient de sortir en DVD (achat hautement recommandable). Anaïs s'en va-t-en guerre suit une jeune maraîchère de 24 ans, fauchée mais battante, passionnée par les plantes aromatiques et cultivant une pugnacité à toute épreuve (le portrait a sucité une vague de solidarité sur les réseaux sociaux qui a aidé l'agricultrice à monter son affaire).

La Bande du skatepark devrait être diffusé en version longue sur TV Rennes (on ne renie pas ses racines) mais trouve sur la plateforme de France Télévisions un relais bienvenu dans un format convaincant (en huit épisodes). Quitte à vous promener sur le site, on vous invite aussi à jeter un œil (actualité COP21 oblige) aux Chroniques écologiques du Professeur Feuillage (une sorte de C'est pas sorcier rigolard sur le réchauffement climatique) et à approfondir le sujet avec les (encore une fois) excellentes synthèses de Julien Goetz et Henri Poulain (#Datagueule).

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