La grande désillusion (école)

Professeure des écoles : la grande désillusion

Directrice d’école, Françoise Van Rie a démissionné de l’Éducation nationale, poussée par une overdose d’enfants lobotomisés, de parents qui se défoulent et une administration toujours plus oppressante.

22/02/2016 à 09:00 , actualisé le 21/02/2016 à 17:05

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Françoise Van Rie : «  Ce n’est pas à coup de réformes qu’on va changer l’éducation. »  Photo RLFrançoise Van Rie : « Ce n’est pas à coup de réformes qu’on va changer l’éducation. » Photo RL

Institutrice, c’était le métier de ses rêves, sa vocation. Françoise Van Rie s’est toujours donnée à fond, d’abord dans ses études puis dans son métier. « À aucun moment je n’imaginais finir ma carrière ailleurs. »

Seize ans après ses débuts, dont quatorze comme directrice, cette professeure des écoles d’Alsace bossue démissionne de l’Éducation nationale, moralement épuisée. C’était en juillet 2015.

Françoise sourit toujours quand on lui demande si elle va bien, et est peu encline à baisser les bras. Sa dernière année dans l’Éducation nationale n’avait pourtant rien d’une sinécure.

Ses doutes quant à sa vocation naissent il y a huit ans. « J’avais déjà remarqué beaucoup de changements par rapport à mes débuts, à commencer par les enfants. Leur éducation est différente. L’école ne présente plus d’intérêt pour certains, quoi qu’on fasse. Ils n’arrivent plus à tenir une fois assis, ils n’ont plus de patience. Quand ils arrivent à l’école, la tête pleine d’images, après avoir regardé la télévision ou joué à la console, ils sont déjà vidés. »

Les parents, également, ont changé. Ils s’octroient le droit de donner des leçons aux professeurs, que cela soit par rapport au contenu pédagogique ou aux comportements. « Il y a des choses dites gentiment, après tout, personne n’est parfait. Mais certains jours, nous servons de défouloir. » Il y a aussi les parents qui rentrent tard et dont l’enfant est fatigué et qu’ils ne mettent pas à l’école le lendemain…

Au niveau administratif également, les exigences sont de plus en plus fortes.

On peut imaginer qu’en tant que directrice, Françoise aurait eu l’opportunité de faire bouger les choses ; en réalité, sa fonction se transforme « en poids phénoménal sur les épaules ».

Mais Françoise n’écoute que sa nature optimiste et décide de poursuivre, même si elle sait désormais qu’elle ne fera pas ce travail toute sa vie. Elle décide d’attendre que son second enfant soit au collège pour avoir plus de liberté.

Overdose

Toutefois, l’an dernier à la même époque, alors qu’elle venait d’arriver à l’école, elle n’arrive plus à respirer correctement. Finalement emmenée par les pompiers à l’hôpital de Sarrebourg, Françoise rencontre une infirmière qui détecte chez elle une grosse crise d’angoisse et lui conseille de penser à elle-même. « J’ai fait une overdose d’école. Je ne voulais plus en entendre parler. Même l’idée d’aller chercher mes enfants à l’école me paniquait. »

Françoise est arrêtée deux mois et reçoit des témoignages de sympathie de la part d’enfants et de parents. Elle reprend en avril, pour « achever ses projets et l’année scolaire avec les enfants ». Une situation pénible pour elle, mais la directrice laisse venir les vacances, pensant le repos salvateur.

En vain. « Je n’arrivais pas à décompresser. Je voulais arrêter. Mon mari m’a soutenue. J’ai voulu trouver un autre poste dans l’Éducation nationale, mais visiblement, je n’étais assez malade pour qu’on me propose quelque chose. On ne m’a pas aidée. »

La jeune quadragénaire n’est pas amère, ce n’est pas dans son caractère. Elle a repris un travail, et ne désespère pas de trouver une seconde vocation.

J’ai démissionné de l’Éducation nationale

« Je venais de finir cette lettre de démission fin juillet et j’ai ouvert un nouveau document. Je voulais me libérer, je n’imaginais pas publier J’ai démissionné de l’Éducation nationale. Je pensais que je m’arrêterais au bout d’une page, mais no n. »

Françoise Van Rie a poursuivi son travail d’écriture jusqu’à la veille de ses 40 ans, le 11 septembre 2015. Le point final de son livre est devenu le point final de sa carrière.

Son livre se veut dans l’esprit d’un journal, d’un témoignage. « Je ne critique pas, je ne fais que constater. On n’a qu’une vie, et je n’allais pas me battre contre des moulins à vent. »

Ph. H. B. J’ai démissionné de l’Éducation nationale (Edilivre) est disponible en librairie.

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