Le survivalisme (5)

On a ici une vision assez parlante des réactions de la population en cas de "craintes, de rumeurs ou d'éléments tangibles" laissant à croire qu'une pénurie majeure pourrait survenir. 

Les zones urbaines sont bien évidemment les premières concernées étant donné que la popuulation n'a pas de capacité à se nourrir de façon autonome.

On peut dès lors imaginer aisément ce qui adviendrait en cas de crise réelle...

A chacun de voir s'il est justifié de l'envisager ou si ça relève d'une pathologie apocalyptique...

 



Les grandes surfaces prises d'assaut

 

Peu après l'invasion du Koweït par les forces irakiennes, l'ambassadeur d'Irak en Grèce avait affirmé, au cours d'une conférence de presse, que son pays utiliserait des armes chimiques en cas d'attaque : "Nous avons en notre possession des armes chimiques très puissantes et nous les utiliserons si l'on nous attaque." De ce fait, les médias du monde entier ont présenté la guerre du Golfe comme un conflit généralisé, où le terrorisme, les pénuries d'essence ou d'aliments de base et les attaques nucléaires, bactériologiques ou chimiques allaient être inévitables. 
Les Français, qui ont connu les pénuries et les tickets de rationnement pendant plus de 6 ans, suite à l'occupation allemande de leur pays de 1940 à 1945, prennent peur, et s'imaginent vivre la Troisième Guerre Mondiale. De ce fait, dès la fin du mois de décembre 1990, les Français stockent certaines denrées, qui avaient disparues des étalages dans les années 1940 : le sucre, l'huile et les pâtes, qui sont désormais pratiquement introuvables en rayons en ce début d’année 1991...

Les chiffres datent de la première quinzaine de janvier 1991

Les autorités françaises
« Il n’y a aucun risque de pénurie alimentaire ou de rupture d’approvisionnement à craindre en France. Il n’y a donc pas lieu de constituer des stocks personnels de produits ». Véronique Neiertz, secrétaire chargée de la Consommation, a beau essayer de rappeler les Français à la raison, le raz de marée sur les produits de première nécessité se poursuit. Selon les principales enseignes, on fait plus de provisions dans le Midi que dans le Nord de la France.

 

Les pénuries
Le magasin Auchan de Nice, par exemple, a été littéralement dévalisé, tandis que les hypermarchés situés dans la moitié nord du pays connaissaient une fréquentation à peine supérieure à la moyenne. La société Casino confirme le phénomène et tente une explication : «  Les régions du Sud ont une population plus âgée. Or ce sont précisément les personnes d’un certain âge, ayant connu les privations de la dernière guerre mondiale, qui font des stocks. Dans le Midi, les populations immigrées d’Afrique du Nord, se sentant probablement menacées, remplissent les Caddies plus que de coutume. » En moyenne, les ventes des produits de grande consommation ont augmenté de 10 à 15 % chez Auchande 20 à 30 % chez Ed, de 30 % chez Euromarché, de 65 % chez Continent. Au hit parade des produits pris d’assaut : le sucre, l’huile, la farine, les pâtes.

Ainsi, dans un magasin Ed du XIIème arrondissement de Paris, les clients ont acheté en moyenne 6 boîtes de conserve au lieu d’une seule habituellement, et 15 paquets de riz à la place des 4 traditionnels. La liste des denrées les plus convoitées est d’autant plus surprenante que tous ces produits sont fabriqués à partir de matières premières de France, d’Europe ou de coins du globe très indirectement  concernés par la guerre du Golfe.

Selon un spécialiste, il faudrait que les transports soient bloqués plusieurs mois pour que nous venions à manquer. « Dans le cas du sucre, la panique ne rime vraiment à rien dans la mesure où nous savons maintenant fabriquer des produits de substitution – comme l’Aspartam – entièrement en laboratoire » explique-t-on chez Casino.

 

De nouvelles catégories de produits commencent à attirer les clients affolés : les surgelés. « L’augmentation des ventes de produits frais et, notamment de surgelés, tourne autour de 40 % contre 65 % à l’épicerie » s’étonne un responsable des magasins Continent. Tout se passe comme si les français remplissaient leurs congélateurs dans la perspective de difficultés d’approvisionnement ou de hausse des prix due aux événements du Golfe. Mais la moindre coupure d’électricité, provoquée ou non par la situation, endommagerait toutes leurs provisions…

Toujours selon Continent, les Français se mettent à stocker également les carburants : le 15 janvier 1991, la distribution d’essence à grimpé de 40 %. On a même vu des automobilistes remplir des bouteilles de plastique. Un comportement extrêmement dangereux, que la société a rapidement interdit.

 

La "fièvre acheteuse"
Traditionnellement, le mois de janvier est un mois creux pour les commerçants. Normal, les lendemains de fêtes et les impôts ralentissent considérablement la consommation. Mais en ce début d'année 1991, crise du Golfe oblige, certaines denrées alimentaires de base se vendent comme des petits pains.
 « C'est dingue, je n'avais jamais vu ça, explique Robert Le Brun, responsable des relations avec la clientèle du Monoprix du boulevard Haussmann, à Paris. Samedi matin, le rayon des eaux minérales a été littéralement dévalisé. Peu importait la marque. Les clients se sont rués sur Evian, Vittel ou Badoit, délaissant au besoin leur eau habituelle. »
Une fidèle cliente du magasin confirme : « Vers 10h30, les rayons étaient pratiquement vides. Heureusement, il n'a pas fallu attendre longtemps pour qu'ils soient à nouveau approvisionnés. » Robert Le Brun n'est pas inquiet et ne prévoit aucune mesure particulière pour faire face à l'accroissement des demandes. « Même en cas de conflit, nous ne changerons rien à nos commandes, précise-t-il, dans la mesure où nos produits sont fabriqués en France. De toute façon, il nous serait matériellement impossible de stocker davantage de marchandises. »

Comme pour justifier leur "fièvre acheteuse", les clients "assoiffés" expliquent, sérieusement, qu'ils craignent un empoisonnement de l'eau de Paris par des terroristes irakiens. Mais le lait, les pâtes, la farine, l'huile, les conserves et surtout le sucre courraient-ils le même danger? En tout cas, les caissières des grandes surfaces voient, dès le samedi 12 janvier, défiler des Caddies entiers chargés de produits de première nécessité. Bien au-delà des courses hebdomadaires traditionnelles. "Les gens n'hésitent pas à emporter jusqu'à 60 packs de lait!" note un vendeur d'un hypermarché du XVème arrondissement de Paris.
Les fourmis, essentiellement les personnes âgées qui ont connu l'Occupation, donnent aux jeunes cigales des conseils de prudence. "Je n'aurais pas pensé toute seule à faire des provisions, explique une jeune femme en poussant un chariot plein à ras bord, si ma mère ne me l'avait pas soufflé. Pour le moment, je n'achète pas grand chose : 5 paquets de pâtes, 3 de vermicelles, autant de riz et de farine." Sans oublier quelques petits pots pour bébé, des litres d'huile et des pains de Végétaline, parce que "ça se conserve plus longtemps".
La "razzia" concerne essentiellement les grands magasins (les boutiques de quartier étant épargnées), l'alimentation et les produits d'entretien. Aucun vent de panique ne souffle sur les vêtements ou les autres rayons. A l'étage de la literie des Galeries Lafayette, par exemple, on "ne remarque aucun changement par rapport aux mois de janvier précédents".

Pourtant, la pénurie alimentaire ne peut avoir lieu puisque les ruptures de stock ne gardent qu’un caractère temporaire, car la plupart des grandes surfaces avaient légèrement anticipé la demande. Toutes se veulent rassurantes : elles comptent sur la limitation des moyens financiers et des capacités de stockage des consommateurs. En effet, ni les budgets ni les appartements, en particulier à Paris, ne sont extensibles à l’infini. Les consommateurs n’ont aucun intérêt à ces comportements excessifs, car les professionnels pourraient bien en profiter de manière intempestive. Pour cela, Véronique Neiertz conseille à tous les consommateurs de consulter le Minitel 36-14 code Consom.

Autres signes du malaise ambiant
Mais la crainte suscitée par les derniers épisodes de la crise du Golfe ne s'exprime pas uniquement à travers les achats démesurés. Pour sa promotion sur le miel, Monoprix avait disposé un mannequin déguisé en apiculteur (visage masqué, gants, outils étranges...) à l'entrée du magasin. Gênés par la ressemblance de la tenue d'apiculteur avec les combinaisons distribuées en cas de guerre chimique, des clients ont gentiment réclamé qu'il soit retiré. L'inquiétante silhouette a été mise de côté.
L’augmentation des ventes d’armes à feu provoque également l’inquiétude des autorités.  Ainsi, les villes de Nice, Grasse, les départements de l'Hérault et du Vaucluse font face à un  raz-de-marée sur les ventes d’armes à feu. Les responsables des magasins Auchan
 et Euromarché d'Avignon ont, de leur propre initiative, fermé momentanément leur rayon d'armurerie. Pour stopper l'hémorragie, le ministère de l'Intérieur a envoyé en catastrophe aux préfets une circulaire interdisant le renouvellement ou la délivrance de ports d'armes de première et quatrième catégories (tir sportif et défense).
Autre symptôme d'inquiétude : en une seule journée, un cabinet de voyance parisien a recensé plusieurs demandes concernant l'évolution de la crise du Golfe. "Une femme de militaire et un homme d'affaires travaillant dans l'or m'ont notamment consulté sur la suite des événements dans le Golfe Persique" confesse un extralucide. Sans pour autant préciser quelle réponse il leur a apportée...

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