Philosophie et réchauffement climatique

 

Philosophie et réchauffement climatique

 

 Aymee Nakasato

10 février 2019

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4 minutes de lecture

France Culture organise un forum annuel en partenariat avec la Sorbonne. Pour l’édition 2019, l’environnement était la star. Cet article est librement inspiré de la table-ronde « Les chemins de la philosophie» avec Dominique Bourg (philosophe), Cynthia Fleury (philosophe) et Pierre-Henri Castel (psychanalyste). 

Penser la fin d’un monde ou la fin du monde

Le constat scientifique de la crise environnementale et notamment du réchauffement climatique annonce l’imminence de la catastrophe. De fait, s’agit-il de penser la fin d’un monde ou bien la fin du monde ? La fin d’un monde, c’est la fin de l’homme « possesseur des lieux » viases activités humaines, comme l’affirmait Descartes. Continuer dans cette direction sans prendre en compte l’impact environnemental de ces activités revient un peu à l’expression : « Savoir que l’on fonce dans un mur et accélérer quand même ». Quant à la fin du monde, c’est la thèse de la collapsologie qui est l’étude scientifique de l’effondrement de notre société voire de notre espèce ou de la biosphère. 

Désastre global et inaction individuelle

Le caractère irréversible et global de la crise environnementale conduit toujours à une inaction individuelle au niveau comportemental. Pourquoi ? A partir d’expériences terrain, lectures, suivi de l’actualité et participation à des événements scientifiques et médiatiques, Sorb’on livre ses pistes : 

La menace environnementale n’est pas visible à nos yeux car elle n’affecte pas notre quotidien (pas de catastrophes naturelles ni d’envol des prix des matières premières). De fait, la prise de conscience est difficile et non pas instinctive.

Nous avons du mal à penser la radicalité d’une rupture : soit on hystérise la pensée radicale soit on raisonne de manière rationnelle et logique sur des problématiques concrètes et non abstraites, comme les menaces environnementales.

Pour soutenir la transition écologique, il est nécessaire de prendre des mesures radicales et globales sur l’ensemble des domaines de la société (transports, éducation, alimentation, urbanisme, etc), grâce au pouvoir politique.

Penser la crise environnementale de manière plurifactorielle et critique nécessite de sortir d’une idéologie purement capitaliste. Progrès technique = production = richesses = bien-être/bonheur humain. Et aboutir à une idéologie qui serait axée sur un progrès civilisationnel où l’homme cohabiterait avec son environnement.

Tout le fonctionnement des activités humaines repose sur le carbone : c’est une démocratie carbonée. Le spectre de la crise environnementale conduit à une pénurie de carbone donc on ne sait plus quoi faire. C’est la peur du vide structurel et sociétal. 

La transition environnementale peut paraître brutale et trop radicale puisqu’elle tend vers un changement de comportement social et citoyen. Pour la faciliter, il faut accompagner tous les acteurs concernés qui s’engagent sur cette voie (entreprises, collectivités, associations). Il faut guider les autres et pallier les manques d’offre (médias sur l’environnement, éducation environnementale, boutiques zéro déchet, etc).

Environnement et démocratie 

Et si l’incapacité à agir vis-à-vis de la catastrophe environnementale proviendrait d’une incompatibilité avec le régime démocratique lui-même ? Le réchauffement climatique est une menace imprévisible, globale et sur le long-terme, dépassant ainsi les risques et schémas politiques traditionnels potentiels à court-terme, limités dans l’espace et compensables économiquement. Il faut donc que les responsables politiques et les entreprises industrielles et commerciales arrêtent de se justifier pour enfin se responsabiliser et s’engager en faveur d’un changement de paradigme axé sur l’environnement. 

Une autre philosophie de vie : vers la sobriété et la décroissance

D’un point de vue philosophique, ne serait-il pas mieux vis-à-vis de la menace environnementale de changer de mode de vie ? Une philosophie de vie qui serait non plus tournée vers la consommation à outrance, l’accumulation infinie de richesses et le profit à court-terme mais plutôt vers la sobriété ou la décroissance. La sobriété tend à optimiser l’utilisation des ressources naturelles (comme le recyclage) pour le fonctionnement sociétal. La décroissance vise à se tourner vers des alternatives au paradigme de la croissance économique (localisme, basse technologie, bioéconomie) qui est vue comme nuisible pour l’humanité (dysfonctionnements économiques, aliénation au travail, stress, crise de la biodiversité). 

Pour finir, rien de mieux qu’écouter le podcast dans son intégralité ! Et retrouvez également le premier article de la série ici.

 

 

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