Qu'y a -t-il derrière le rideau ?

Ce rideau qui voile ma conscience. cette impression d'être au bord d'un seuil, que quelque chose est là, devant moi et que je ne peux pas le voir, que je ne peux pas le saisir...C'est peut-être la folie d'ailleurs. Ce désir si fort de passer de l'autre côté. Cette autre conscience, celle du monde qui se réfléchit en moi et me donne forme en prenant conscience de lui-même à travers ce miroir que je lui offre...Une construction insécable, le monde en moi qui me donne vie, la vie en moi qui donne vie au monde, la conscience de ce moi qui s'observe et perçoit face à lui la vie qui s'observe, l'idée tourne en rond en moi, mais elle n'est pas qu'une pensée, elle n'est pas qu'une réflexion, il y a aussi cette douleur, ce noeud au ventre qui ne se délie pas parce que je reste figé dans ma quête et qu'elle me colle à moi-même, je sais qu'il faut autre chose que ce mental surexcité qui pompe toute l'énergie connue.

Il faut un électrochoc.

J'en ai déjà goûté l'incommensurable puissance.

Je ne tiens pas à le revivre. Et pourtant ce parfum en moi, cette lumière ineffable, ces murmures au fond de mon âme...Tout ce qui a disparu et dont l'absence m'a laissé si hagard.

Une autre conscience. Une certitude.

"Toute notre dignité consiste donc en la pensée" écrivait Pascal.

J'aimerais immensément perdre cette dignité alors. Ne plus rien écrire, ne plus rien penser puisque cela signifierait que je serais enfin là où je dois être.

Mon indignité existe aussi à travers mes pensées. L'homme n'a toujours été que le modelage de ses pensées, il a toujours été soumis à cet artisan et s'en est toujours glorifié. Incroyable esclavage qui voit le serf adorer son seigneur. Jusqu'à lui dresser des cathédrales. Le Dieu des hommes n'est qu'une excroissance de leurs pensées. Des pensées au service des hommes pour manipuler les hommes. 

Et il y aurait là-dedans, dans ce marasme séculaire une conscience grandiose ?

 

Une fausse route.

Un rideau qu'on a tous tiré.

Qu'y a-t-il derrière ?     

 

Lorsque j'étais entre lemains d'Hélène, elle m'a ouvert la voie.

"Lâche ton mental, il n'a rien à faire là."

Ces pensées qui ancraient la douleur dans mon corps mutilé, la souffrance dans mon esprit lacéré, ces pensées à travers lesquelles je cherchais une issue, je devais m'en défaire, je devais les abolir, les exterminer. Elles étaient le mal incarné en moi. La négation de ma dignité d'homme.

Et la vie a deviné que j'ouvrais la porte, elle s'est engouffrée parce qu'elle a senti que sa conscience en moi avait une place, que ma conscience humaine avait lâché prise, que mes certitudes et mes prétentions avaient rendu l'âme. L'homme n'était plus là. C'était la vie en moi et cette enveloppe n'était rien d'autre qu'une incarnation de l'amour de la vie pour elle-même. Il fallait bien qu'elle trouve un exutoire à ce désir d'osmose, à ce partage universel. Nous ne sommes que des extensions de la vie, pas même la vie elle-même mais des images inhérentes à sa conscience. Et dès lors que nous laissons une place à cette conscience de la vie pour elle-même, nous devenons les êtres aimés qu'elle a toujours souhaité nous voir devenir.

L'amour humain n'est rien qu'une parcelle infime de cet Amour de la vie pour elle-même, l'amour des herbes pour la terre, l'amour des oiseaux pour le ciel, l'amour des vagues pour l'océan, l'amour des particules dans le maëlstrom des énergies, tout ça n'est qu'une infime parcelle de l'amour de la vie pour elle-même. Nous avons été les seuls à croire que nous pouvions nous en extraire parce que nous étions affligés d'une conscience consciente de ses pensées. Au lieu de faire de cette offrande une bénédiction, nous en avons fait une condamnation. Celle de notre propre enfermement.

 

Le XXI siècle sera celui du rideau déchiré.

Il ne sera pas spirituel car là aussi, il ne s'agit que de pensées édulcorées. Il faut passer au-delà du spirituel, cette tournure là est aussi galvaudée que les religions, il y a trop d'écrits, trop de penseurs qui invitent à ne plus penser, je ne veux plus rien lire, je ne veux plus rencontrer aucun penseur au fil de leurs pages, je ne veux personne devant le rideau pour me dire comment le retirer.

Plutôt crever sur le seuil.

Commentaires (4)

Monique
  • 1. Monique | 24/10/2010
C'est incroyable! Je viens d'écrire il y a deux jours:. Serais-je le miroir de la Nature, qui pourrait, par mon existence, se contempler à travers moi ? Se voir, se sentir, admirer ses créations… Je la devine souvent dans cette jubilation qui m’habite soudain face à ses merveilleux spectacles.
Le même cheminement!
A bientôt
  • 2. | 23/10/2010
Qu'importe que j'écrive... Après la lecture de cet article, je me suis demandée si tu y écrirais encore et d'ailleurs pourquoi? Pour qui? Il est des moments où effectivement on a franchement envie de ne plus penser.Peut-être comme tu le dis quand c'est la pensée elle même qui nous amène à constater qu'elle tire un double rideau. Plein d'amitié Thierry, Françoise.
Thierry
  • 3. Thierry | 23/10/2010
Ce que je ressens Françoise relève surtout d'un désir d'épuration, de balayage...Je me suis perdu à chercher dans les pensées des autres ce que signifiait ce que je pensais. Ca n'a aucun intérêt. Il faut le vivre. C'est là que j'ai une chance peut-être de passer de l'autre côté. Même ce blog est un attachement. Et je ne suis pas loin de le supprimer comme j'ai fait avec le premier il y deux ans. Si tu n'y écrivais pas régulièrement, il aurait déjà disparu dans les limbes du net. A quoi ça sert tout ça ? Donner de l'épaisseur au rideau en créant des réseaux de pensées ? Contradictoire tout ça...
Lajotte Françoise
  • 4. Lajotte Françoise | 23/10/2010
Tu ne veux plus personne devant le rideau, même plus toi et alors, le rideau n'est plus à soulever, il n'existe tout simplement pas. Est-ce bien cela?
Françoise.

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