S'immoler au pied de l'Etat.

Rien que l'idée est une abomination et révèle la désespérance absolue.

"En Occident, on vit exaspéré et on meurt désespéré. " Gilbert Cesbron.

"La société politique contemporaine : une machine à désespérer les hommes. " Albert Camus;

Il me semble qu'un service de l'Etat devrait être irréprochable dans la gestion des situations humaines ou alors, c'est que ces services sont tombés dans la même machinerie que les sociétés privés : la rentabilité.

De nombreux dossiers sont bloqués pour absence de documents. La gestion de ces dossiers étant faite par des personnes différentes auxquelles il faut réexpliquer pour la nième fois la situation contribue à cette impression d'impuissance devant cette machinerie.

L'humiliation ressentie devient un cauchemar permanent. L'allocataire devient à ses propres yeux un assisté coupable. Au lieu d'être une assistance, un accompagnement, un soutien, la démarche sociale devient un calvaire, une lutte constante, sans fin. L'épuisement conduit à la désespérance. Dans le désespoir, il y a son opposé : l'espoir. Dans la désespérance, il n'y a plus rien.

Ca n'est pas tant les gestionnaires de ces dossiers qui sont à blâmer. Ils obéissent à des DIRECTIVES. En dehors du sadique qui s'amuserait de la détresse quotidienne qu'il côtoie, je reste persuadé que dans ces personnels de la CAF ou du Pôle Emploi, nombreux sont les employés qui souffrent intérieurement de cette misère sociale. Il leur est certainement ardu, dans le flot continu de "dossiers", de trouver le juste équilibre entre l'obéissance servile aux directives qu'ils reçoivent et cette empathie attentive qui reste en leur pouvoir. Manque de moyens, manque de personnels, manque de temps, la gestion de l'urgence, le poids de la hiérarchie, les obligations de rendement, voire de rentabilité...Il est facile pour les Ministres de demander aux personnels d'être "attentifs". Ce ne sont pas ces personnels qui ont établi les directives.

J'abhorre ces nantis qui s'octroient un droit de morale.  


http://www.liberation.fr/societe/2012/08/09/immolation-d-un-allocataire-les-caf-des-yvelines-fermees-au-public-jeudi_838707

L'homme qui s'est immolé à la CAF de Mantes-la-Jolie est mort.

Privé de RSA depuis mai, le quinquagénaire avait tenté de s’immoler par le feu mercredi dans les locaux de la Caisse d’allocations familiales à Mantes-la-Jolie (Yvelines).

Privé de RSA depuis mai, cet allocataire de 51 ans, à qui on réclamait pour la quatrième fois des pièces justificatives complémentaires, s'était aspergé d’un produit inflammable et y avait mis le feu, dans les locaux de l’agence CAF où il avait alors un entretien avec un conseiller pour évoquer sa situation.

Des employés avaient immédiatement éteint les flammes, empêchant le feu de se propager. Souffrant de sérieuses brûlures, le quinquagénaire avait été admis à l’hôpital Saint-Louis à Paris où il a succombé à ses blessures dimanche matin.

Prendre en compte les situations personnelles

La ministre déléguée chargée de la lutte contre l’exclusion, Marie-Arlette Carlotti, a appelé lundi à prendre en compte les situations personnelles des personnes en difficulté, après la mort d’un quinquagénaire qui s'était immolé à la Caf (caisse d’allocations familiales) de Mantes-la-Jolie (Yvelines).

«Ce drame nous rappelle qu’il est important d'éviter toute rupture dans le suivi des personnes et qu’il est indispensable d’accompagner chacun de manière continue», a déclaré la ministre, dans un communiqué.

«Les situations personnelles, aussi complexes que diverses, doivent être prises en compte afin d’apporter un soutien aux personnes en difficultés», ajoute la ministre, sans viser, semble-t-il, le personnel de la Caf. «En première ligne face à ces difficultés sociales, le personnel de la Caf a rempli sa mission avec sérieux et compétence», a-t-elle précisé.

C’est la deuxième réaction gouvernementale à propos de cet acte désespéré après un premier communiqué, le 8 août, de la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine.

Dans un communiqué, Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, avait «fait part de sa profonde émotion face à cet acte désespéré d’une personne que les difficultés de la vie ont manifestement conduit à un geste tragique».

«La souffrance des chômeurs (...) n'est pas prise en compte sérieusement»

Pour sa part, le Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP) a estimé que «la souffrance des chômeurs et personnes en situation de précarité n’est pas prise en compte sérieusement par les pouvoirs publics». Il en veut pour preuve que les réactions officielles «ont toutes insisté sur «une situation personnelle difficile»».

«Or, cet acte dramatique ne peut être interprété comme un cas isolé: service public débordé, règles injustes ou incompréhensibles, difficultés de communication entre agents et usagers sont le quotidien de beaucoup de personnes confrontées au chômage et à la précarité», ajoute l’association.

«Des deux côtés du guichet, la pression sociale est devenue insupportable, dans le silence des pouvoirs publics», a conclu le MNCP qui a sollicité une rencontre auprès de la ministre des Affaires sociales.

Les accueils de la caisse d’allocations familiales (CAF) dans les Yvelines étaient fermés au public jeudi dernier après la tentative d’immolation par le feu d’un allocataire privé de RSA depuis mai à Mantes-la-Jolie.

«Suite à l'événement dramatique survenu le 8 août 2012 dans notre agence de Mantes-la-Jolie, les accueils de la CAF des Yvelines sont exceptionnellement fermés aujourd’hui 9 août», avait écrit la Caisse dans un communiqué. «L’accueil de Mantes-la-Jolie est fermé pendant une semaine. La réouverture est prévue le jeudi 16 août 2012», ajoutait-t-on.

Le directeur financier de la CAF des Yvelines, Patrick Guéry, a précisé à l’AFP que la fermeture au public jeudi de l’ensemble des accueils de la CAF dans les Yvelines est un «symbole fort» après un «événement violent». Il s’agit uniquement d’une fermeture au public car l’activité des agents est «normale» et les dossiers sont «traités», a-t-il dit.

«Il y a toujours un état de choc à Mantes et l'émotion est profonde dans les autres centres car les agents se connaissent», a-t-il ajouté.

«Les personnels de la CAF sèment la désolation»

Le syndicat CFDT a par ailleurs exprimé jeudi dernier son «émotion» et une association de chômeurs a souhaité «plus d’humanité» après la tentative d’immolation de cet homme. «La CFDT tient à exprimer toute son émotion devant cet acte désespéré», indique le syndicat dans un communiqué.

«La CFDT réaffirme que la lutte contre la pauvreté et pour l’emploi doivent être deux priorités du quinquennat», poursuit la centrale qui «souhaite que la question des minima sociaux et l’accompagnement des personnes en grande difficulté soient débattus» lors de la conférence sur la pauvreté fixée par le gouvernement à l’automne.

Pour sa part l’Apeis (Association pour l’emploi, l’information et la solidarité) estime qu'«à être trop pointilleux, les personnels de la Caf sèment la désolation». «Certes il y a un manque de personnel mais pour 474 euros, réclamer à quatre reprises des papiers dont cet homme ne dispose pas, cela fait figure d’acharnement», estime l’organisation de chômeurs et de précaires.

Se défendant de critiquer spécifiquement les personnels, la porte-parole de l’Apeis, Christiane Grave, réclame «plus de compréhension et d’humanité dans les antennes», qu’il s’agisse des caisses d’allocations familiales ou de Pole emploi. «A force de dématérialiser les courriers, on perd tout côté humain et les gens sont complètement désespérés», a-t-elle déclaré.


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