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Le Livre des morts tibétain (2) (spiritualité)
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/06/2016

"Lorsqu'on dit d'un sage qu'il est mort à lui-même, peut-on assimiler cette expérience de la sagesse à celle de la mort ?
- En effet, c'est la mort du moi. Elle fait d'ailleurs partie du langage mystique chrétien et de l'expérience spirituelle bouddhiste. Pour un bouddhiste, la mort du moi est nécessaire dans la mesure où ce dernier constitue une réalité empirique qui est prise pour ce qu'elle n'est pas, c'est à dire une réalité autonome, existant par elle-même et formant le centre du monde. Cette identification au moi fait croire à l'individu qu'il est quelque chose d'autonome et aussi solide qu'un roc. C'est la pire des illusions mais aussi la source des passions, des conflits et le garant de tous les fantasmes. La mort de ce moi est une délivrance, une libération, la source de la béatitude puisque la disparition de quelque chose de négatif ne peut engendrer que quelque chose de positif.
Quelqu'un qui suit une pratique spirituelle durant sa vie lorsqu'il accède après la mort à cette vision de "Claire Lumière" peut-il connaître l'état de béatitude découvert par le sage de son vivant ?
-Tout à fait ! la mort est un instant favorable si l'on n'en a pas peur et qu'on l'aborde avec un état d'esprit contemplatif, en étant suffisamment préparé. Si ce moment est extrêmement propice, c'est aprce que nous sommes débarassés du poids du corps et des scories du mental. Il est évident que si l'individu aborde la mort dans l'angoisse et la panique, le mental constituera un obstacle majeur rendant impossible toute reconnaissance de la "Claire Lumière"
Le travail qui doit être réalisé avant la mort, c'est avant tout de pacifier les conflits, abandonner tous les attachements qui subsistent et se réconcilier avec ses ennemis. Il s'agit surtout de se réconcilier avec soi-même pour aborder le passage de la mort dans la paix et la lucidité de l'esprit.
En cela, on rejoint aussi le point de vue du Docteur Kübler-Ross selon laquelle les conflits psychologiques qui ont agité l'esprit des personnes, durant leur vie, sont loin d'être atténués au moment de la mort, mais au contraire amplifiés.
-Oui et la description mythologique des conditions d'existence peut s'appliquer à nous-mêmes ici bas. Lorsque nous sommes en colère, haineux, submergés par les méotions, nous savons ce qu'est "l'enfer". Tout cela correspond à une réalité incarnée mais aussi à une structure de conscience. Je pense qu'il est important de souligner qu'elle existe dans le Bardo sur un mode de mental pur. Je sais bien que les scientistes disent qu'en dehors du cerveau point de manifestations mentales. Cette proposition est, dans l'optique traditionnelle, erronée. Le cerveau est simplement l'organe du mental, c'est lui qui permet au mental d'embrayer sur la manifestation corporelle. Cependant, ce mental existe également sans son organe..."

Le Livre des morts tibétain ou Bardo Thodol
http://www.sagesse-marseille.com/culture/la-spiritualite/le-livre-des-morts-tibetain.html
par Brigitte Boudon, enseignante en philosophie, fondatrice des Jeudis Philo à Marseille, auteur des o
uvrages : Les voies de l'immortalité dans la Grèce antique, Symboliq
ue de la Provence, Symbolisme de l’arbre, Symbolisme de la croix.Le Bardo Thodol est un texte - trésor du bouddhisme tibétain, un ouvrage unique en son genre.
Il est en réalité beaucoup plus large qu’un livre pour les morts, car BARDOsignifie tout état intermédiaire ; donc état entre la mort et la renaissance mais de manière beaucoup plus générale, tout état de conscience intermédiaire entre deux états ( veille et rêve, veille et libération, entre deux pensées discontinues ….)
C’est donc un guide pour les VIVANTS axé sur la notion de LIBÉRATION et d'EVEIL SPIRITUEL. Son fondement philosophique est la loi du KARMA.
Le Bardo Thodol raconte la pérégrination de l’âme ou principe conscient dans l’au-delà. Il décrit de manière très précise trois bardos, qui durent au total 49 jours :
Chikhai Bardo : du moment de la mort
Chonyid Bardo : état transitoire de la réalité
Sidpa Bardo : de la renaissance
Ainsi que les rituels funéraires adéquats pour chaque étape.
La provenance de ce livre n’est pas réellement connue car il s’agit vraisemblablement d’une adaptation bouddhiste d’une tradition tibétaine antérieure. Compilé au temps de Padmasambhava au VIIIème siècle. Perdu pendant plusieurs siècles, puis retrouvé
Bardo Thodöl signifie, en tibétain, Libération par ENTENDEMENT dans le plan suivant la mort. Il s’agit donc de savoir ce qu’il nous faut entendre/comprendre pour atteindre la libération.
Le Bardo Thödol décrit avec précision les états par lesquels passe le Principe Conscient de l’homme après la mort, lorsqu’il traverse les 3 états « intermédiaires ou d’incertitude ». Chacun de ces états intermédiaires est à son tour subdivsé en 2 parties très distinctes, ce qui nous fait 6 étapes, comme les 6 mondes ou lokas déjà étudiés.
* Chikkhai Bardo : état intermédiaire ou d’incertitude au moment de la mort :
1. le moment de la mort (environ 40')
2. la vision de la Claire Lumière primordiale, suivie de la Claire Lumière secondaire.
* Chönyid Bardo : état intermédiaire ou d’incertitude de Réalité : le mandala des Divinités Paisibles et le mandala des Divinités courroucées ;
* Sidpa Bardo : état intermédiaire ou d’incertitude de la remontée du courant de l’existence samsarique lorsque le « Connaisseur » ou Principe Conscient cherche la renaissance : le jugement de l'âme et la recherche d'une matrice pour retourner dans le monde samsarique.
Les visions du Bardo ne sont que la manifestation des « formes-pensées » nées dans le mental de celui qui les perçoit. Ce sont les formes que prennent les impulsions intellectuelles et émotionelles humaines sur le plan psychologique. Ce que les hommes pensent ils le deviennent : les pensées sont la source de toute action. Ce qui a été semé sera récolté. Ces formes pensées sont illusoires et ne sont que notre propre reflet. Il n'y a pas lieu d'en être effrayés ni fascinés.
Dans cet état intermédiaire du Bardo, tout progrès est impossible : les actions s’accomplissent sur terre et donnent leurs fruits dans le Bardo, pour celles qui n’ont pas eu le temps de les donner du temps du vivant. Dans le Bardo, le défunt passe en revue tout ce qu’il a ressenti et pensé.
Les formes-pensées donneront, en fonction de la culture, la vision des déités bouddhistes, hindoues, du paradis de Mahomet, du ciel chrétien ou de Yahvé et le matérialiste athée aura des visions aussi vides de déités que dans sa conception terrestre.
Selon le Bardo Thödol, les expériences post-mortem sont entièrement dépendantes du contenu mental de chaque personne. L’état bardique ressemble à un état de rêve, enfantés par la mentalité du rêveur. Le Bardo Thödol explique que toute vision, sans aucune exception, est purement illusoire. Il faut comprendre cela pour atteindre la Libération. Tout l’enseignement du Bardo tend à éveiller le Connaisseur, le Principe Conscient à la Réalité. S’il y parvient, à n’importe quel moment, dans n’importe lequel des deux premiers Bardo, le Principe conscient peut connaître la Libération.
« Il est suffisant pour toi (le défunt qui les perçoit) de savoir que ces apparitions sont les réflexions de tes propres formes-pensées ». La reconnaissance complète de cette vérité par le défunt le libère et le fait entrer dans la Réalité.
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Le Livre des morts tibétain (1) (spiritualité)
- Par Thierry LEDRU
- Le 08/06/2016

Entretien sur « Le livre des morts tibétain » (Bardo Thödol) avec le Docteur Jean-Pierre Schnetzler dans la revue Nouvelles Clés de décembre 1992.
Comment expliquer clairement le Bardo Thödol ?
-C’est compliqué simplement parce que cela se rapporte à des processus subtils, liés au passage d’un état d’être à un autre, tout aussi transitoire (le Bardo) lequel sera la « sanction » de ce qui a précédé et le début de ce qui va advenir. Le texte décrit l’abandon d’un mode de manifestation corporelle au travers du processus de la mort qui est suivi par un bref contact avec la réalité fondamentale, que les Tibétains appellent « la Claire Lumière ». cette apparition précède un mode d’existence non corporel, uniquement mental, dans lequel la conscience de l’individu va expérimenter un certain nombre des possibilités qu’elle porte en elle. Celles-ci vont s’extérioriser sous formes d’expériences, qui seront attribuées ou non à une cause extérieure. Cependant, il faut savoir qu’en réalité ces manifestations sont les propres pensées et tendances conscientes et inconscientes du défunt. De tout cela, la conscience ne se rend pas toujours compte car elle est encore chargée d’illusions. A cette zone du bardo, font suite les préliminaires de la renaissance, lorsque les désirs et les passions non résolues de l’individu l’entraînent vers un autre état de manifestation, corporelle ou non corporelle selon les cas. C’est donc un processus compliqué, quis e réfère à un mode d’existence sur lequel nous n’avons pas beaucoup de données et de compréhension, à moins de le comparer au rêve, état qui se rapproche le plus de l’expérience du Bardo.
Le Bardo Thödol, c’est donc d’abord le Bardo de la mort. C’est la dissolution de l’être corporel et la résorption de la conscience dans sa modalité fondamentale. Quand cette résorption est opérée, la mort survient et l’individu est ramené à sa manifestation uniquement spirituelle. C’est un moment crucial. Si l’individu a pratiqué la méditation au cours de sa vie, il sera peut-être capable de saisir la chance qui se présente. Car à ce moment, il est libre du corps qui le limite et des activités mentales qui sont en train de se résorber, il est alors capable de saisir même de l’esprit qui est appelé de façon imagée « la Claire Lumière ».
C’est dans la mesure où il va reconnaître l’esprit qui est aussi le sien, comme étant la réalité fondamentale, qu’il peut réaliser le nirvana. Mais s’il laisse passer cette occasion unique, au bout d’un certain temps d’inconscience, il va réapparaître en tant que manifestation purement mentale. Et là, il peut être le jouet des forces du psychisme. Il existe alors sous un mode purement psychique pendant un certain temps, confronté au meilleur et au pire. Généralement, le meilleur vient en premier avec des manifestations lumineuses ou sonores représentant les différents modes de la sagesse. Mais pour celui qui s’isole dans une identification, la sagesse peut être ressentie comme terrifiante car elle menace de dissoudre cette identification à notre ego et nous « tuer ». C’est ce qui explique la panique qui peut saisir certains êtres, devant la merveilleuse splendeur mais aussi la toute-puissance qui se révèle à leurs yeux. Bien souvent, ils ressentent ces manifestations comme épouvantables. Au lieu de saisir l’occasion de s’identifier à cette lumière ils s’en écartent et retombent dans les manifestations inférieures de leur psychisme. Ils sont ainsi les jouets des reliquats de leur inconscient : peurs, jalousies, insatisfactions…En retrouvant ce qui a influencé et déterminé les vies précédentes, ils seront conduits vers la renaissance par le déterminisme et la contrainte. Ils retomberont dans ce que les Grecs appelaient « le cycle de de la nécessité » et que les Orientaux appellent le « samsara ».
Le Bardo Thodol est un ouvrage fondamental du bouddhisme tibétain traitant de la possibilité de libération spirituelle dans l'état intermédiaire entre la mort et la renaissance.
Le nom de l’ouvrage, ou plutôt celui de sa partie principale, composé de bardo (état intermédiaire), de thö (entendre) et de dol (libérer), signifie libération par l’audition pendant les stades intermédiaires [entre la mort et la renaissance].
Le Bardo Thödol ou Livre tibétain des morts est un texte décrivant les états de conscience et les perceptions se succédant pendant la période qui s’étend de la mort à la renaissance. L’étude du texte ou la récitation du principal chapitre par un lama lors de l’agonie ou après la mort est censée aider à la libération du cycle des réincarnations, ou du moins à obtenir une meilleure réincarnation.
Quelques mots sur l'ouvrage dans sa première édition par Jacques Bacot directeur d'études de tibétain à l'École pratique des hautes études :
Le Bardo Thodol est un traité de la mort reposant sur un fond d'animisme extrême oriental. La description, non extérieure, mais interne et vécue de l'agonie est si précise qu'on pourrait croire cette science eschatologique acquise par des humains revenus du seuil même de la mort. Le traducteur anglais, le Dr W.Y. Evans-Wentz, la croit plutôt dictée par de grands maîtres, agonisants, attentifs, qui eurent la force d'enseigner à leurs disciples le processus de leur propre fin.
Mais les enseignements vont plus loin. Après s'être adressés au mourant, ils dirigent l'esprit du mort à travers les visions infernales qui l'épouvantent et l'égarent. Dans l'état intermédiaire — le Bardo — entre la mort et la renaissance, se développent selon un déterminisme rigoureux, les effets dont les causes furent les oeuvres durant la vie. Car, enfers, dieux infernaux et tourments sont créés par l'esprit lui-même, ils n'existent pas en dehors de lui. Ils ne sont que phantasmes, pareils aux mauvais rêves des mauvaises consciences.Extrait de la préface à la seconde version (nouvelle traduction) préfacée par Anagarika Govinda, moine et pratiquant de la tradition tibétaine (auteur du Chemin des nuages blancs) :
Dans le titre du Bardo-Thodol, le mot de mort n'apparait nullement. Ce mot dévie le sens de l'oeuvre qui réside dans l'idée de libération, c'est-à-dire libération des illusions de notre conscience égocentrique qui oscille perpétuellement entre naissance et mort, être et ne pas être, espoir et doute, sans parvenir à l'éveil, à la paix du nirvana, cet état stable, loin des illusions du samsara et des états intermédiaires.(..)
Pour qui met sa confiance dans la métaphysique bouddhique, il est clair que naissance et mort ne sont pas les phénomènes uniques de la vie et de la mort, mais qu'ils interviennent en nous d'une manière ininterrompue. A chaque instant quelque chose meurt en nous et quelque chose vient à naitre. Les différents Bardos ne sont autres que les différents états de conscience de notre vie : l'état de la conscience éveillée, de la conscience de rêve, de la conscience d'agonie, de la conscience de mort et l'état de la conscience de renaissance.
Ainsi ce traité n'est pas un guide des morts, mais un guide pour tous ceux qui veulent dépasser la mort en métamorphosant son processus en un acte de libération.
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De la notion de risque ou d'inconscience.
- Par Thierry LEDRU
- Le 08/06/2016

http://aujourdhuiparis.fr/inconscients-des-nageurs-se-jettent-dans-la-seine-en-crue/
"Scène surréaliste vendredi après-midi sous le pont de l’Alma à Paris.
Des nageurs ont profité de l’inondation de la voie express de la rive gauche pour se jeter à l’eau et nager dans la Seine en crue.
Ils ont ensuite entamé un crawl dans le sens du courant.
Un acte inconscient vu la force du courant et la température de l’eau en ce moment moins de 15°c."
La scène a été capturée par un journaliste de France 24 à voir ici <<
Le commentaire est d'une bêtise affligeante.
L'emploi du mot "inconscient" est très révélateur.
Et ça m'interpelle grandement.
"Inconscient ":
- 1 ) Qui n'a plus conscience de son existence et de la réalité qui l'entoure, qui a perdu connaissance ; évanoui : Demeurer plusieurs minutes inconscient après une commotion.
- Bon, ça n'est pas le cas.
- 2) Qui n'a pas conscience de quelque chose, qui ne s'en rend pas compte, par insouciance, légèreté d'esprit, etc. : Enfant inconscient de ses actes.
- Bon, ça n'est pas le cas. Ils savent ce qu'ils font, où ils vont, ils sont préparés, équipés et ont clairement l'attitude de bons nageurs.
- 3) Se dit d'un acte qui se produit sans que celui qui le fait en ait conscience : Mouvement inconscient.
- Bon, ça n'est pas le cas non plus. On ne rentre pas dans une eau à 15 degrés dans un mouvement inconscient.
- 4) Relatif à l'inconscient ; dans la seconde topique freudienne, se dit aussi bien du ça, du moi, que du surmoi.
- Bon, ça n'est pas le cas non plus étant donné que les trois nagent avec la même vigueur : le ça, le moi et le surmoi (et les fraises tagada. )
On a affaire ici à un jugement de valeurs portés par un journaliste qui ne sait peut-être pas nager et se balade au bord de la Seine en crue sans sa bouée. Quel inconscient !
Si on en croit cet article, il serait donc inconscient de la même façon d'aller skier un lendemain de chute de neige, d'aller faire de la voile un jour de grand vent, d'aller faire du vélo sous la pluie, d'escalader une falaise alors qu'il y a un chemin forestier qui mène en haut, de traverser la route quand le petit bonhomme est rouge, de grimper sur un muret quand il est si simple de suivre le trottoir, etc etc etc....
Parlons-en de l'inconscience :
Des millions d'humains se nourrissent d'aliments industriels qui détruisent la planète de par l'exploitation outrancière des ressources naturelles et des dégâts occassionnés par cette exploitation. D'où d'ailleurs l'ampleur des inondations actuelles. Totale inconscience et déni des responsabilités personnelles de chacun.
Des millions de personnes sur la planète pensent encore que le vote est le pilier de la démocratie (j'ai éclaté de rire en l'écrivant celle-là, c'est tellement gros...) Totale inconscience et obstination dans des schémas archaïques. La peur les entrave.
Des millionss de personnes s'imaginent "faire l'amour" alors qu'elles sont essentiellement emportées par une excitation sensorielle et agissent mécaniquement. Inconscience partielle et éminemment néfaste.
Des millionss d'humains pensent encore que l'industrie pharmaceutique oeuvre au bien de tous. Inconscience formatée et pérénisée par les laboratoires et leurs serviteurs.
Des millions d'individus s'attachent encore à la notion de patrie dans la dimension sportive et sont excités à l'idée de supporter leur équipe. Pitoyable chauvinisme communautaire. Inconscience des flux guerriers du "ça".
Etc etc etc....
J'entends bien qu'en cas d'inondations les services de secours sont fortement sollicités et qu'il est inapproprié d'aller leur rajouter du travail.
Mais on a affaire à des nageurs qui ont prémédité leurs actes (à moins qu'ils se baladent systématiquement avec un maillot de bain et des lunettes de nage...) Il s'agit d'une prise de risque modérée et nullement d'une inconscience mais dans un contexte de peur générale qui amène l'individu lambda à s'ériger en censeur quand il voit quelqu'un agir à l'inverse de ses propres peurs.
Et si moi, je décide que sa peur ne me concerne pas ? Je suis un inconscient ?
Qu'en est-il par contre des propriétaires de voitures qui vont tout tenter pour sauver leur bien ? Inconscience totale qui leur fait penser que leur vie vaut moins qu'une voiture. Qu'en est-il de ces gens qui ralentissent sur la route pour "regarder" de l'autre côté les pompiers intervenir au risque du fameux "sur accident" si fréquent ?
Des situations d'inconscience réelle, les actualités nous en déversent constamment.
Alors, utiliser l'expression pour qualifier des nageurs dans la Seine, je dois dire que c'est d'une incongruité totale et que si ce journaliste n'a que ça à écrire, il ferait bien d'ouvrir les yeux...Si tant est qu'il ne soit pas collés par son inconscience. (manque flagrant de réflexion au-delà du formatage de pensées)
Il nous est arrivé une fois de nous mettre dans une situation très critique par inconscience. Nous n'étions pas compétents, insuffisamment équipés, et surtout trompés par une connaissance de l'escalade qui nous laissait penser que le canyoning ne nous poserait pas de problème.
A lire ici pour ceux que ça intéresse :
L'expérience nous a montré à quel point le potentiel physique et mental nous est partiellement inconnu et à quel point nos ressources sont immenses.
Il en a été de même des milliards de fois dans l'Histoire de l'Humanité.
Je pense que l'être humain est une entité appelée à "grandir", c'est à dire à explorer toujours plus loin, dans une totale lucidité, le champ des possibles.
Les nageurs de la Seine ont désormais un vécu enrichissant et formateur.
Le journaliste, pour sa part, est allé ensuite s'asseoir dans le McDo du coin, il a commandé une tranche d'animal mort glissée dans une brioche industrielle, remplie de conservateurs, il a bu une canette de coca, il est rentré chez lui en taxi parce qu'il n'aime pas marcher, il a puni son fils qui a sauté les trois marches d'escalier en bas de l'immeuble au lieu de descendre en tenant la rampe, il a "baisé" sa femme en pensant que son article ferait peut-être un buzz le lendemain. Et puis au milieu de la nuit, comme il avait mal au ventre, il a pris un médicament...
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Une vocation brisée (école)
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/06/2016
Un constat identique au mien, à tous points de vue : sur l'institution, sur certains parents, sur certains collègues, sur le réseau d'aide aux enseignants , sur le comportement de la hiérarchie et de l'institution, sur la vocation brisée, l'abandon de la classe, le mal-être, la culpabilité, la rage...
Quand l’Éducation Nationale étouffe les vocations : témoignage d’une enseignante effondrée
PAR CARMEN ANGOR
https://www.bastamag.net/Quand-l-Education-Nationale-etouffe-les-vocations-temoignage-d-une-enseignante
Elle y croyait. Elle s’est investie à fond dans son métier, a monté des projets originaux, a accompagné les élèves en difficulté, a aidé des enseignants fragilisés, a assumé des responsabilités en dehors de son temps de travail... Pour rien. Absence de moyens, mépris de la hiérarchie, mutations absurdes, surcharge de travail... Une jeune enseignante raconte son combat et sa souffrance croissante dans l’enseignement secondaire, où la gestion bureaucratique et les coups de com’ ont pris le pas sur la pédagogie, l’engagement des enseignants et les réalités sociales. Et ce, malgré les grands principes affichés par la réforme des collèges.
« Ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire. »
J. Derrida, La carte postale, 2004.Être et vouloir
Encore enfant, à l’âge de onze ans, je décidai que je deviendrais professeure de français. C’était une décision profonde et arrêtée qui ne changea plus, sauf pour choisir d’enseigner aussi le latin et le grec. En première, je rencontrai le professeur qui marqua ma vie : Monsieur D. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, originaire du Togo, agrégé de lettres classiques et ancien attaquant du PSG. Il était très exigeant, drôle, cultivé. Il possédait un goût réel pour la littérature française, latine et grecque. Je fus tellement passionnée par ses cours, tellement subjuguée par son travail que mon désir s’habilla d’un rêve : arriver à faire, un peu, aussi bien que lui...
Je suis devenue enseignante de lettres classiques, j’ai atteint la destination que je m’étais fixée treize ans auparavant. J’ai enseigné pendant cinq ans dans le Nord de la France. Aujourd’hui, je doute encore parfois, mais une chose est certaine : je n’enseignerai plus jamais dans l’Éducation nationale.
Monsieur D. et l’institution qu’il représentait m’ont trahie.
Année 0 : vocation
Étudiante appliquée, fraîchement sortie du concours et revenue de vacances, je fus assignée à un lycée de Lille, de bonne réputation. La réforme de l’enseignement impliquait qu’on ne me formât pas avant de m’envoyer en classe, mais plutôt au cours de l’année, le mercredi, en plus des d’un temps plein ordinaire. Je reçus l’aide d’une enseignante formidable, mais qui était affectée en collège quand je devais enseigner à des lycéens, et uniquement formée en lettres modernes, ce qui fit de mon cours de latin aux classes de premières un mystère à percer de mon côté.
Étudiante appliquée, fraîchement sortie du concours et revenue de vacances, je dus préparer, enseigner et corriger le résultat de dix-huit heures de cours par semaine en lycée, et ce sans aucun outil pédagogique ou didactique. Le travail que me demanda mon année de stage fut énorme, j’y consacrai des morceaux de nuits, mes week-ends et mes temps libres.
Malgré tous ces obstacles, je garde ancré en moi ce souvenir de certitude : j’avais trouvé ma voie. Malgré mes pleurs, ma fatigue, le surmenage et la forte impression d’indifférence de mon entourage professionnel à ce qui me pesait, j’avais en moi ce bastion de force, ce secret impérissable d’avoir confirmé ma vocation. J’aimais mes élèves, j’aimais leur envie d’apprendre, leurs remarques, leurs blagues, leur scepticisme parfois, leur enthousiasme pour nos projets. Ils me rendaient mon investissement au-delà de toute espérance. Je me sentais faite pour ce que je faisais, dans mon élément. Ma tutrice et l’inspectrice qui me visita en fin d’année furent unanimes : c’était ma vocation !
La vocation, de la même famille que vocal, est un appel : quelle joie de se sentir appartenir si fortement, être et vouloir profondément, quel terrible bonheur ! Une chance incommensurable, qui vaut bien des débuts difficiles, pensais-je.
Année 1 : désenchantement
Rentrée de septembre. Je suis mutée en collège. Aucun de mes cours de lycée n’aura d’utilité. Tout est à refaire, les programmes à découvrir, les cours à fabriquer, la pédagogie à adapter. Le collège est à 80 kilomètres de Lille, je dois prendre un métro, un train et un bus pour l’atteindre. C’est un collège en périphérie, classé sensible et violent. J’apprends que l’année précédente, une jeune fille de 6ème s’est suicidée avec le fusil de chasse de son père. Je découvre à 23 ans la misère du bassin minier, son désespoir, ses impasses culturelles et sociales. Ici, les familles ne croient plus en l’école, les élèves encore moins. Ici, des parents demandent à payer en deux fois un carnet de correspondance à 4 euros. Je prends conscience de la bulle de sécurité dans laquelle j’ai été élevée, je déchante. Mes élèves de 6ème ne savent pas ce qu’est un verbe, ils déchiffrent à peine lorsque je les fais lire.
Quelle solitude. Au gré d’un algorithme automatique, je passe d’un lycée de centre ville de Lille à un collège sensible de Lens. Je m’agrippe à la très bonne ambiance entre collègues, à la solidarité, au travail intellectuel que je peux faire, non plus sur le contenu des cours mais sur leur forme, l’aspect purement pédagogique. Comment accrocher la classe, comment mettre les élèves au travail, comment les aider à apprendre, eux qui n’ont jamais appris ?
C’est intéressant et complexe, mais ce n’est pas ce que j’aime. Les cours sont essentiellement de la grammaire, de l’orthographe, de la lecture laborieuse. Il faut faire la police, gérer les perturbateurs, cibler les grandes difficultés pour essayer de les combattre. Je revois très vite mes exigences à la baisse. Je repense à mes anciens lycéens écrivant le réquisitoire de l’Étranger, créant le procès de Médée, s’amusant à l’écriture automatique ou récitant des phrases de Cicéron en toge.
Je n’ai jamais eu d’élèves en collège, je n’ai jamais fait de cours de ce niveau, mais personne ne sera là pour m’aider ou pour me guider : ça y est, je suis « validée », je suis « à l’abri », je suis « titulaire »... Je suis seule.
Année 2 : apnée
L’avantage de connaître mon établissement, c’est que la rentrée est moins impressionnante. Cette année nous changeons de principal adjoint. Le précédent était humain, drôle et très investi dans son travail. Il est un des éléments qui a contribué à ce que l’année se passe sans que j’abandonne le combat. La nouvelle principale adjointe est une stagiaire : après 20 ans dans la grande distribution et un an d’enseignement à des BTS vente, elle a passé le concours de chef. Elle nous accueille tous le jour de la rentrée avec un diaporama : Justin Bieber, les anges de la télé-réalité, Miley Cyrus, un extrait vidéo de LOL, un film sur des adolescents. Son but : nous faire comprendre les élèves de notre collège (qu’elle n’a encore jamais vus). J’ai l’impression de rêver.
Nous lui laissons une chance, puis deux, puis dix… Rien n’y fait. L’organisation est catastrophique, la communication avec les parents est un fiasco. Elle dit être « au taquet » ou avoir « fait une couille », elle est à la mode, elle est « dans le coup »mais elle est tout sauf compétente pour gérer notre établissement, qui cumule des problématiques humaines très complexes. Néanmoins, cette principale adjointe sera titularisée sans problème car elle aura fait un travail formidable d’organisation de projets pour faire « rayonner » l’établissement : faire venir des entreprises auprès des élèves, proposer une journée portes ouvertes. Les compétences en ressources humaines passent bien après celles en communication quand il s’agit de valider un chef d’établissement…
Pour aider une de mes collègues revenant de dépression et qui ne se sent plus capable de le faire le jour de la rentrée, j’ai accepté une nouvelle mission : professeur principal. C’est une mission bien peu valorisée et très complexe. Je passe des récréations à surveiller la classe pour la punir de son comportement en arts-plastiques — et moi avec, puisque je n’ai par conséquent pas de pause. Je convoque les parents des élèves difficiles, je reçois ces mêmes élèves avec la CPE (conseillère principale d’éducation) ou l’assistante sociale, je décide avec elle entre deux bouchées à la cantine d’un plan pour essayer une énième fois de remettre H. sur la voie du travail, pour aider L. qui dort avec son beau-père, pour punir G. et que cela fasse enfin effet. Je reste tard au collège, ma semaine est une apnée de 5 jours.
Le climat en salle des profs se dégrade. Les élèves perturbateurs ou violents ont une immunité dangereuse car rien n’est fait par les chefs pour les punir lorsqu’ils vont trop loin. Deux petites de 6ème rentrent pleines de bleus d’une récréation car elles révisaient sur un banc. Un élève donne une claque derrière la tête à l’une de mes collègues, pour rire.
Je me lève à 5h15 tous les matins pour arriver à l’heure avec le métro, le train, le bus. Je rentre épuisée. Je pleure sans arrêt. Je rêve du travail toutes les nuits. Je n’ai plus goût à rien. Je ne respire plus. Je prends l’avion et me surprends à espérer de toutes mes forces qu’il s’écrase. Je décide de demander ma mutation avant de sombrer complètement. J’obtiens un établissement tout aussi difficile mais bien plus proche, l’espoir se rallume au fond de moi : peut-être n’est-il pas trop tard pour faire mon travail dans de bonnes conditions...
Année 3 : pas de responsable
La rentrée et son lot de nouveautés. J’arrive pleine d’entrain, revigorée par le changement. Je suis à presque une heure de chez moi, mais l’essentiel du trajet est en tramway : c’est le luxe ! Mon nouvel établissement est « mixte », il est composé d’élèves de milieu très modeste et très aisé à la fois. La plupart de mes latinistes sont de classe bourgeoise, inscrits au conservatoire où ils vont deux après-midi par semaine suivre des cours d’instrument et de solfège au lieu de faire arts-plastiques ou technologie. Ce sont des jeunes polis, curieux, intéressés. Ils participent, posent des questions, argumentent, s’enthousiasment. À 13 ans, ils ne se voient pas ailleurs qu’à l’école : on leur a transmis l’importance de l’instruction. Leurs parents ont le temps de s’intéresser à eux, de les suivre dans leurs résultats, d’assister aux conseils de classe et aux réunions parents-professeurs. C’est un réel bonheur de les avoir en cours. Je respire enfin.
En tant que représentante élue du personnel, je participe à de nombreuses réunions, au conseil d’administration et au conseil de discipline notamment. J’y vois dans l’un les incohérences d’une institution qui vacille, dans l’autre l’impuissance de l’école à vaincre le déterminisme social. Car, au-delà de mes cours de latin, groupe privilégié, c’est la même cour de récréation qu’à Lens, la même violence physique et verbale omniprésente, les mêmes hurlements, humiliations, bagarres. Dans les conseils de discipline où je siège, les parents semblent tristes, dépassés par leurs enfants, épuisés par leur travail quand ils en ont un, désespérés par leur quotidien quand ils n’en ont pas. Parfois, une cousine ou une sœur est là pour traduire, parfois, une cousine ou une soeur est là, à défaut d’autre chose.
Le Département crée à cette époque un programme pour financer des projets visant à combattre les difficultés scolaires. On nous propose de penser « hors des cases », on nous donne une grande liberté de budget : enfin quelque chose de possible, je me sens pousser des ailes !
Je crée un projet dans lequel je m’investis énormément : sortir les élèves les plus perturbateurs de classe une fois par semaine et les mettre tous ensemble dans un groupe dont j’aurais la charge le vendredi après-midi sur mon temps libre. Le profil de ces élèves a souvent quelques similitudes : ils ont de la répartie, ils cherchent à se distinguer, à être reconnus d’une façon ou d’une autre, ils aiment, ou prétendent aimer, le rap. Je voudrais leur faire découvrir des chansons de rap de qualité, les analyser avec eux et les aider à en écrire. Je voudrais changer un peu leur rapport au savoir, leur dégoût du savoir. Leur montrer que la langue ne sert pas qu’à faire des dictées, mais aussi à s’exprimer pour se faire entendre. Que le langage permet de maîtriser le monde dans lequel ils vont évoluer. Je rêve qu’ils apprennent à penser, qu’ils apprennent à dire plutôt qu’à parler. Je remplis des tas de papiers et j’attends, impatiente. Je me projette et cela m’aide à tenir, à dépasser la colère, la frustration quotidienne, les rappels à l’ordre constants dans la cour de récréation, les insultes, les incivilités, les bousculades auxquelles j’assiste sans cesse. Les mois passent : à chaque fois que je demande, on me dit que la sélection des dossiers prend du temps.
Conseil d’administration du mois de juin : au détour d’une phrase et devant les vingt-cinq personnes réunies, la principale déclare que tous les projets présentés sont annulés, que le Département n’a finalement pas les fonds. Assise à la table, entourée de vingt-cinq personnes qui ne savent pas ce qui se brise alors en moi, je ravale mes larmes pour pouvoir affronter les deux heures de réunion qui nous attendent.
Une phrase.
Elles m’ont vue aux réunions préparatoires, plus enthousiaste que le reste de mes collègues, investie, motivée, en pleine ébullition. Elles m’ont vu accepter de ne pas être payée les vendredis après-midi pour que le projet ne coûte pas trop cher. Elles ont vu mon espoir, elles ont vu mon attente. Mais je ne mérite pas plus que ça, une phrase au détour de l’ordre du jour de la réunion. Je ne mérite pas deux minutes en tête à tête pour reconnaître mon investissement et regretter avec moi le projet qui n’aboutira pas. La faute est au Département qui n’a pas les fonds. Mes chefs refusent de prendre la responsabilité de cet échec, et je me retrouve sans personne à blâmer, sans personne à qui exprimer ma déception, mon regret, ma frustration. La faute à personne... tant pis pour moi.
Réunion de l’équipe de lettres, début juillet. Chaque matière a besoin d’un coordinateur de discipline, tâche aussi contraignante que bénévole. En fin d’année, N. nous annonce qu’après 15 ans de coordination, elle a besoin de souffler et que quelqu’un prenne la relève. Quelqu’un accepterait-il de la remplacer ? Je vois le silence répondre à N., je vois tous mes collègues plus âgés que moi baisser les yeux, sans rien dire. Je vois tout le monde attendre, gêné, que quelqu’un d’autre réponde. Et je sens la colère monter. La colère face à tous ces responsables qui ne veulent pas accepter de l’être, qui n’osent même pas dire non à voix haute. Par provocation, par colère, par dépit, j’accepte de reprendre le poste. Grossière erreur, car je le fais pour les mauvaises raisons. Par besoin de reconnaissance, mais surtout pour leur faire honte, à eux qui ne font rien, à eux qui n’assument rien. Quelle naïveté ! Sitôt que le problème a trouvé sa solution, tout le monde s’en fout...
Année 4 : effondrement
La réforme des collèges est annoncée depuis l’année précédente mais elle se concrétise en début d’année. Changement radical du collège vendu sur tous les médias par la ministre. Aussi douée en communication qu’incompétente en pédagogie, cette jeune femme explique à qui veut l’entendre que le modèle du collège est dépassé, que les élèves s’ennuient, que les enseignants restent affiliés à d’anciennes méthodes, que les options élitistes empêchent l’apprentissage pour tous. Le latin, le grec, les classes européennes et bilangues sont supprimées. Les classes de musiciens déchargés deux après-midi par semaine pour aller au conservatoire sont maintenues, ne semblant pas faire partie de l’élitisme visé...
J’entends partout combien les disciplines que j’ai choisies, qui me passionnent, qui je le crois sincèrement sont porteuses d’émancipation pour les élèves d’origine populaire, sont ennuyeuses et dépassées. J’entends partout que nos cours sont pleins de grammaire aride et de déclinaisons obscures. Je vois mon métier voué aux gémonies, ridiculisé, méprisé.
Moi qui n’ai jamais fait de cours magistral, qui ai traduit du rap et Pharell Williams en latin, qui ai monté une pièce de théâtre en toge avec surtitrage powerpoint, je m’entends dire que je suis élitiste, ennuyeuse et dépassée. Il faut changer, faire des projets, du concret, du ludique... Ah bon ? Quelle nouveauté ! Je m’engage syndicalement pour combattre ces mensonges éhontés, pour organiser la résistance au sein du collège et auprès des parents. Je sens un nouveau souffle s’emparer de moi, je me dis que je trouverai peut-être mon épanouissement dans le travail par ce biais là, à défaut de le trouver dans l’enseignement de la littérature.
Je décide de préparer un voyage cette année : devant le danger de disparition de ma matière, devant l’envie et la gentillesse de mes élèves, je me lance dans ce projet chronophage et compliqué d’une visite de la Provence romaine.
Exposée en tant que syndicaliste, je me retrouve convoquée chez la principale pour différents motifs, je reçois des remarques déplacées et des regards désapprobateurs. J’organise une réunion syndicale qui se déroule tant bien que mal : je fais de mon mieux pour qu’on laisse parler les collègues qui défendent cette réforme que j’abhorre, afin qu’ils ne se sentent pas acculés. Le lendemain, une collègue m’agresse devant mes élèves, dans la cour, me reprochant ce que d’autres ont dit à la réunion. Elle m’impose l’entière responsabilité de tout ce qui s’y est dit.
Au bout de quelques mois, tous les voyages prévus sont annulés faute de moyens. La principale ne souhaite pas financer les voyages sur les fonds du collège, assumant sa gestion « en bon père de famille » nous dira-t-elle. Les élèves et les parents sont déçus, quant à moi...
Trop de choses s’accumulent.
J’ai trop donné, pour rien.
J’ai trop espéré, pour rien.
J’ai trop combattu, pour rien.
Je m’effondre.
Je prends rendez-vous chez la psychologue du travail pour lui exprimer mon mal-être. Pendant une heure, elle prend des notes en me demandant ce qui ne va pas. À chaque réponse que je lui donne, elle me dit ne pas comprendre. « Qu’est-ce qui ne va pas ? En quoi est-ce si grave tout ça ? Pourquoi ne pas voir le verre à moitié plein ? » Je me sens illégitime dans ma souffrance, j’ai l’impression d’être une enfant qui fait des manières. Je suis choquée par son manque de bienveillance, je pars encore plus déboussolée qu’à mon arrivée.
Il n’y a pas de réponse, il n’y a pas de solution, il n’y a pas d’écoute.
Je suis entrée dans ce métier pour faire des choses concrètes, prise d’une passion vraie, d’un désir profond. Je me suis fait abattre, année après année, jusqu’à ce qu’il ne reste en moi ni confiance, ni espoir, ni désir. Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que je veux. C’est fini.
Nous sommes en avril et je ne retournerai plus au collège.
Comment se reconstruire, comment être et vouloir à nouveau ?
Carmen Angor
Photo : CC Nicolas Vigier
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Les émotions en BD
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/06/2016
Accueillir une émotion
PAR ARMELLA · 28 MAI 2016
http://conscience-quantique.com/extrait-2-accueillir-une-emotion/
Une 2ème histoire extraite de la BD « Emotions, enquête et mode d’emploi » qui sort en Juin ! 





Il y a bien sûr plein d’autres méthodes pour accueillir ses émotions.
Celle-ci a la mérite d’être HYPER simple et de marcher sur les petites comme sur les GROOOOSSES émotions.Ce truc tout simple m’a aidé sur… des angoisses, colères, déprimes, paniques, sentiments d’insécurité ou de rejet, compulsions… etc Ouaip ! Rien que ça !
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Le foot et l'impôt
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/06/2016
Un rappel nécessaire.
http://www.marianne.net/Euro-2016-pas-de-panique-c-est-un-hold-up-fiscal-_a242605.html
Lundi 03 Novembre 2014 à 19:00
Ce sont nos confrères des "Échos" qui révèlent cette incroyable information : les sociétés qui organisent l'Euro 2016 en France seront exonérées d'impôts. Une sorte de cadeau concédé par la France aux chantres du "foot business". Et tant pis si les contribuables français ont mis, eux, très généreusement la main à la poche pour accueillir la compétition.
ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA
Au pays merveilleux du foot business, on n'aime pas trop l'impôt. On se souvient par exemple comment la taxe à 75 % avait fait trembler — pauvres chéris — les clubs de Ligue 1 (en réalité seulement 14 des 20 clubs étaient concernés, principalement le PSG, allez savoir pourquoi). Maintenant, ce sont Les Échos qui viennent nous apporter une nouvelle preuve de la « fiscalophobie » ambiante dans le milieu : « Les sociétés organisatrices (de l’Euro 2016) seront exonérées de tout impôt, hors TVA ».
On savait déjà que la TVA serait réduite pour la vente de billets, mais là, ça va beaucoup plus loin. L'UEFA et ses filiales françaises ne verseront donc pas un euro d'impôt à l'Etat grâce à la création d'une « structure juridique ad hoc, baptisée "Euro 2016 SAS" et détenue à 95 % par l’UEFA et à 5 % par la Fédération française de football », nous dit le quotidien de l'économie ! Ou comment cette instance du foot européen a réussi à mettre la main sur tout : le beurre, l'argent du beurre, la crémerie, la crémière et ses descendants sur trois générations !Car, à la limite, si cette fameuse SAS s’occupait de tout, peut-être y aurait-il moins à redire, mais elle ne fait qu’organiser l’événement. La construction des stades (Bordeaux, Lyon, Nice, Lille), c’est pour qui ? Bibi ! Et la remise aux normes des « vieilles » enceintes sportives (Marseille, Saint-Etienne, Toulouse, Lens, Paris) ? Bibi, toujours lui ! Sans compter le développement d'infrastructures permettant le transport des supporteurs jusque sur les sites sportifs. Au total, ce sont 2 milliards d’euros que la République va investir. Et l’UEFA ? 20 millions seulement...
Pour le site Hexagones.fr, cette « gabegie financière » sous couvert de PPP pourrait d'ailleurs coûter bien plus cher que prévu au contribuable. On peut par exemple se pencher sur le cas de Bordeaux. Déjà, dans le contrat de base, la municipalité dirigée par Alain Juppé s'est engagée à verser 4 millions d'euros annuelle à la société SBA pour l'exploitation et la maintenance du stade, et ce pour trente années... Alors bien sûr, la mairie va louer au Girondins de Bordeaux l'accès au stade pour 3,85 millions par an. Reste tout de même 150 000 euros annuels à sortir du porte-monnaie du contribuable. Et l'air de rien, ce cher Juppé vient d'annoncer des hausses d'impôts, sans faire mention aucune du nouveau stade. Et ce n'est là que l'exemple bordelais...
Quoi qu'il en soit, partout en France, après l'Euro 2016, on bénéficiera de 100 000 places de plus pour aller voir la Ligue 1 en famille le dimanche. Etaient-elles vraiment nécessaires ? La saison dernière, le taux moyen de remplissage des stades étaient de 72,2 %, la honte de l’Europe… Quant aux retombées économiques (évaluées à 900 millions d’euros), comme elles ne concernent quasiment que la vente de billets et les droits de retransmission (faut-il rappeler à qui appartient BeIn Sport ?), le pays peut s'assoir dessus !
Mais pourquoi tant de soumission envers l'UEFA ? En 2010, en présentant sa candidature, la France a juré qu’elle serait fiscalement clémente en cas d’élection. Et, à l’inverse des élections démocratiques, là, les promesses sont tenues ! On pouvait toujours sourire gentiment aux revendications populaires des Brésiliens, lors de la Coupe du monde, l'été dernier... Car maintenant, c'est notre tour de casser la tirelire pour que l’Allemagne vienne nous apprendre à jouer au foot. A domicile, en plus...
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Sébastien Tonin : artiste de talent.
- Par Thierry LEDRU
- Le 05/06/2016
Sébastien Tonin, alias Sir Blondin, est un artiste de très grand talent. Dessins, photographies, sculptures...
J'avais déjà présenté son travail ici
mais depuis le temps, ses oeuvres se sont multipliées
En voici quelques aperçus.
Cliquez sur les vignettes pour les agrandir.
Sirblondin - GALERIE DES PORTRAITS ARTISTIQUES

sirblondin
graphisme
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"Casser le CDI" (vidéo politique)
- Par Thierry LEDRU
- Le 05/06/2016
Retour sur l’entretien avec Nicolas Doisy dans lequel le Chief economist de Cheuvreux avait « prophétisé » en mars 2012, avant l’élection de Hollande, la flexibilisation du marché du travail.

