Brillant mathématicien, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, Laurent Lafforgue a été lauréat de la prestigieuse médaille Fields en 2002 (l’équivalent du prix Nobel en mathématiques). Il est professeur permanent à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (IHES).
Très sensibilisé à l’état du système éducatif français, il a coordonné en 2007, avec Liliane Lurçat, la publication de l’ouvrage La débâcle de l’école, fruit d’un colloque sur l’état alarmant de l’école en France et qui a réuni de nombreux enseignants du primaire, du collège, du lycée et de l’université. Un ouvrage passionnant, d’une clarté et d’une précision remarquables que je vous recommande vivement (et qui n’a malheureusement pas du tout vieilli…)
Quelques années auparavant, il avait été nommé en 2005 au HCE (Haut Conseil de l’Education) chargé de préparer le « socle commun » prévu par la loi Fillon. S’étant exprimé de façon ferme contre les experts de l’Education nationale, responsables des réformes mises en place depuis des années qu’il juge catastrophiques, le président du Haut Conseil lui avait alors demandé de démissionner, dix jours à peine après l’installation officielle du HCE.
Passionnée par ces sujets (comme vous devez le savoir maintenant !), j’ai souhaité interviewer Laurent Lafforgue, observateur attentif et clairvoyant du système éducatif français. Un grand merci à lui de m’avoir fait l’honneur de me consacrer du temps et de l’attention pour cet entretien réalisé par téléphone.
« L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »
A partir de 2004, vous vous êtes engagé dans un combat pour la défense de l’école républicaine. Pour quelles raisons ?
Mes parents, mes frères et moi devons beaucoup à l’école, à un système scolaire qui, pendant longtemps, a été d’une très grande valeur et qui nous a permis de faire des études supérieures. Mes parents ont été les premiers, chacun dans sa famille, à pouvoir faire des études longues. Nous sommes en grande partie le produit d’un système scolaire qui nous a appris les enseignements de base, avant de nous donner accès à la culture et à des connaissances de plus en plus fines et complexes.
Il y a presque 10 ans, j’ai été amené à découvrir l’évolution de l’école depuis que je l’avais quittée. J’ai été catastrophé en constatant qu’elle avait changé du tout au tout. Et pourtant, le système était déjà dégradé lorsque j’y étais par rapport à l’époque de mes parents…
En 2004, j’ai signé une pétition pour la sauvegarde de l’enseignement du latin et du grec (qui a d’ailleurs recueilli plus de 70 000 signatures si mes souvenirs sont bons). On m’a demandé de m’exprimer sur ce sujet lors du colloque qui a marqué la fin de la campagne de pétition. C’est à cette occasion que j’ai entendu d’autres professeurs, de lettres notamment, et j’ai été abasourdi. A partir de ce jour là, j’ai décidé d’enquêter en interrogeant des professeurs autour de moi, en collectant des informations, en analysant les manuels… J’ai été effaré par ce que je découvrais. Un monde auquel je devais une grande partie de ce que j’étais était en voie de destruction très avancée.
J’ai alors commencé à intervenir lors de colloques et à rédiger des textes sur le sujet de l’école. Appelé au HCE en 2005, on m’a demandé d’en démissionner au bout de 10 jours en raison de mes propos sur l’état actuel de notre système éducatif et sur la responsabilité de ses instances dirigeantes et de ses « experts ». J’ai continué à prendre publiquement position et à m’engager dans ce combat encore quelques années, puis j’ai souhaité me recentrer sur mes travaux de recherche.
Rétrospectivement, je me rends compte que j’ai été assez naïf dans les premières années de mon engagement ! Ce que je découvrais était tellement absurde que je pensais qu’il suffirait de prononcer quelques phrases de bon sens pour rétablir la situation. Mais je suis revenu de cette illusion… Le problème est venu des plus hautes sphères de l’Education nationale mais aujourd’hui le mal est fait à tous les étages, et l’état d’esprit général nécessaire à l’instruction et à la transmission des connaissances est largement perdu.
La situation est catastrophique et l’inertie est énorme. Ce ne sont plus seulement des écoliers qui ont subi de mauvais enseignements, mais aussi des professeurs issus de ces mauvais enseignements. Comment en sortir ?
Il ne reste plus qu’à soutenir des initiatives à toute petite échelle : des personnalités, des écoles, des associations… Désormais, on peut seulement oeuvrer à ce que des petites flammes continuent de briller ici et là.
Il faut savoir toutefois qu’au moment de ma démission du HCE, j’ai reçu des milliers de réactions de professeurs, parmi lesquels des jeunes, qui dénonçaient l’absurdité du système qu’on leur avait inculqué à travers les IUFM notamment. Ainsi, même parmi ceux qui ont subi un système d’enseignement très dégradé, il existe une conscience partielle de cette dégradation. Certains conservent les moyens d’exercer un esprit critique que la plupart n’ont plus aujourd’hui. Malheureusement cette prise de conscience est très minoritaire dans tous les milieux (professeurs, parents).
Depuis 2007, vous vous exprimez moins sur ces sujets là. Quel regard portez-vous sur les réformes menées sous Nicolas Sarkozy et celles menées actuellement par François Hollande et son ministre de l’Education, Vincent Peillon ?
Globalement, un regard très négatif. La seule chose relativement positive a été la révision par Xavier Darcos des programmes de primaire, meilleurs que les précédents, même s’ils sont loin d’être idéaux. Ils ont le mérite d’être plus concis, plus précis et relativement recentrés sur les enseignements fondamentaux, alors que le programme précédent de primaire comprenait 350 pages, où tout était dit et son contraire, avec des phrases incompréhensibles (même par ceux qui l’avaient écrit, je pense…). Mais ces nouvelles directives se sont heurtées à une résistance de beaucoup d’enseignants.
Il faut bien comprendre que l’on est confronté sans cesse à un mur idéologique. On a persuadé les instituteurs que les méthodes syllabiques par exemple étaient de droite, tandis que la méthode globale était de gauche, ce qui est absurde. Dans d’autres pays, tels que les Etats-Unis, on constate cette même sur-interprétation idéologique.
Dans l’ouvrage La débâcle de l’école, l’ensemble des contributeurs incriminent le constructivisme et dénoncent la déstructuration des enseignements. Pouvez-vous expliquer ces points fondamentaux ?
Le constructivisme est l’idée que l’enfant doit construire lui-même son savoir et que l’on ne doit plus lui dispenser d’enseignement explicite . C’est un point de vue très séduisant pour des universitaires, et j’estime qu’ils ont une grande responsabilité dans le désastre de l’école.
Comme leur métier consiste à élaborer de belles théories sophistiquées, ils oublient trop souvent qu’ils ont commencé par être des enfants et par apprendre des choses simples, qu’ils ont dû apprendre par cœur. C’est ainsi que de fins lettrés peuvent en arriver à estimer que l’orthographe est la science des imbéciles. Beaucoup ont voulu remplacer les enseignements de base, trop simples à leurs yeux, par des choses plus « intelligentes ».
En parallèle, est venue la remise en cause du principe d’autorité du professeur et de l’instituteur dans sa classe. Celui qui prétend disposer de savoirs exercerait un pouvoir abusif sur les enfants.
Quant à la déstructuration, elle concerne le contenu des enseignements. Elle touche à la fois la matière (la grammaire par exemple), la structuration et l’organisation des savoirs. En histoire, on a supprimé la chronologie des événements et en français, l’histoire littéraire. On se contente de coups de projecteur sur telle ou telle période.
On a voulu des enseignements transversaux, beaucoup plus compliqués pour les élèves, et non plus l’étude par éléments : orthographe, conjugaison, grammaire, où, à chaque fois, on partait des choses simples pour aller progressivement vers les choses complexes. On a supprimé tout cela : le principe de progression ou encore le principe de distinction. Certes, il est intéressant de mettre en relation les enseignements à la condition que les bases soient installées, sinon c’est la confusion la plus totale.
On se retrouve avec des élèves qui ont passé 20 à 30 heures par semaine pendant 12 ans à l’école et qui ne savent presque rien. Quel gaspillage ! Les enfants sont noyés sous un flot d’informations mais rien ne s’accroche du fait du défaut de structure. Ils ont entendu parler de beaucoup de choses mais n’ont rien retenu de précis. L’image générale qui se dégage est celle d’une déstructuration générale des enseignements.
Sur quels principes devrait-on se réunir et se baser pour réformer le système scolaire ?
Lors de mon enquête, j’ai été frappé que des gens étonnamment différents se soient retrouvés sur ce constat simple que l’école ne remplissait plus sa mission de transmission des connaissances : des militants d’extrême-gauche et des conservateurs, des catholiques et des libres-penseurs, des gens connus ou de simples citoyens. Le véritable choix politique n’est pas de droite ou de gauche mais celui de la qualité de l’enseignement et celui de l’étendue et de la profondeur des connaissances que nous voulons transmettre.
Le cœur du problème est bel et bien le contenu de ce que l’on enseigne, qui doit obéir à des principes très simples.
Rappelons que la mission première de l’école est l’instruction et non pas la socialisation. C’est l’instruction qui, par bénéfice collatéral, va produire de la socialisation. Jamais l’école n’a été aussi soucieuse qu’aujourd’hui d’engendrer la paix et pourtant elle est beaucoup plus violente que l’ancienne.
Il faut également rappeler la raison d’être du professeur : il sait des choses que les élèves ne savent pas, et sa mission est de transmettre ses connaissances de la manière la plus efficace possible.
Dès l’école primaire, puis au collège et au lycée, les élèves doivent apprendre véritablement à écrire, ce qui suppose, d’abord, de maîtriser l’orthographe (cela passe par des dictées régulières), la grammaire (qui s’apprend sous forme de règles) et les conjugaisons des verbes, puis de se rompre aux exercices de la rédaction et de la dissertation. Il faut aussi travailler la mémoire par l’apprentissage de textes par cœur.
Le français est à mon avis l’enseignement le plus important au primaire, même dans la perspective des sciences car tout texte scientifique est un genre de rédaction et plus profondément, toute réflexion se construit en écrivant. Les moyens d’expression sont aussi les moyens de formation de la pensée. J’ai reçu de nombreux témoignages de professeurs de mathématiques ou de physique à l’université qui disent que le premier problème de leurs étudiants est le défaut de connaissance de la langue française, leur difficulté à comprendre et à formuler des phrases abstraites, différentes du langage courant oral. Pour un usage plus élaboré de la langue, une connaissance de sa structure, plus réfléchie, est nécessaire. Par ailleurs, l’apprentissage de la grammaire est le premier apprentissage de la logique.
La dégradation de l’enseignement en français a été évoquée à plusieurs reprises sur mon blog, notamment par Loys Bonod, professeur de français. Que pensez-vous de l’enseignement en mathématiques et de l’avenir des filières scientifiques en France ?
En mathématiques, j’insiste sur l’importance des connaissances élémentaires et de la familiarité avec les nombres : additionner, soustraire, multiplier, diviser. Ces quatre opérations étaient auparavant abordées dès le CP, maintenant seule l’addition y est enseignée. La progressivité doit être celle de la complexité des opérations mises en jeu, et non pas, comme dans les programmes actuels, une succession étalée dans le temps de l’addition puis des trois autres opérations. Il faut apprendre ses tables d’addition, de multiplication, la règle de trois. Un autre apprentissage important est celui de la mesure des grandeurs et le repérage dans l’espace.
Cela semble tout bête mais il faut savoir qu’à l’université, il n’est pas rare que les étudiants ne sachent même pas additionner deux fractions. Il existe un très gros contraste entre le gros des étudiants et une toute petite élite qui bénéficie de la recherche mathématique française qui est d’un très bon niveau. Parmi les jeunes mathématiciens d’aujourd’hui, une proportion importante sont des fils ou filles de mathématiciens. Sauf erreur de ma part, lorsque j’étais à l’ENS, il n’y en avait aucun. Pourquoi ? Parce que, l’école se dégradant, le milieu familial est devenu indispensable pour apprendre !
Les responsables des programmes ont réussi à déstructurer les enseignements mathématiques, à réduire, par exemple, quasiment à néant la géométrie qui est pourtant très formatrice pour l’esprit. Au collège et au lycée, le niveau est très mauvais. Les manuels d’aujourd’hui ne demandent plus de démonstrations. Les cours sont très flous alors que l’un des buts principaux de l’enseignement des mathématiques doit être l’apprentissage du raisonnement et de la rigueur.
De mon point de vue, les anciens humbles problèmes d’arithmétique du certificat d’études primaires étaient de beaucoup préférables aux actuels problèmes de terminale S.
Ils consistaient en une seule question tenant en une phrase qui nécessitait pour sa solution un raisonnement en plusieurs étapes qu’il fallait rédiger. Maintenant l’épreuve de mathématiques en terminale S est constituée de 4 exercices, dont un QCM, et les trois autres sont découpés en de multiples questions, avec souvent des énoncés plus longs que les solutions.
On a prétendu rendre les élèves plus créatifs, faire d’eux des chercheurs dès leur plus jeune âge, mais le résultat est que, quand ils parviennent à l’âge adulte, on ne peut leur demander autre chose que des automatismes, un savoir pré-mâché.
Il existe donc à la fois un problème d’horaires, de contenu des programmes, de méthodes et d’exigence.
Le contenu est comme je le disais plus haut déterminant, il faut savoir bien le choisir et bien le structurer. De manière générale, l’enseignement doit procéder de l’élémentaire à l’élaboré (et non l’inverse), avec des progressions cohérentes et bien construites. Cela passe par une revalorisation qualitative bien plus que quantitative.
Ensuite, il faut cesser de prétendre que l’élève est capable de « construire » seul ses savoirs ou d’analyser d’emblée des situations complexes pour en tirer des éléments particuliers utilisables. Cela n’a pas de sens d’inviter les enfants et les jeunes à s’exprimer eux-mêmes sans leur avoir appris à maîtriser la langue. Cela n’a pas de sens de les appeler à la créativité sans leur avoir transmis ni technique ni culture. Il faut au contraire mettre les élèves en situation d’appréhender des notions fondamentales à partir de la culture et du savoir tels qu’ils ont été patiemment construits et reconstruits au cours des siècles – sans oublier néanmoins de leur laisser une marge d’initiative, de réflexion et d’exploration. Il ne s’agit pas de ne faire que des cours magistraux, mais de faire participer les élèves et de multiplier les façons d’enseigner.
Il faut également revenir à des apprentissages systématiques : en mathématiques : les nombres et leurs opérations, la géométrie, les énoncés rigoureux, les démonstrations, et en français : la grammaire, l’orthographe, les conjugaisons, les listes de vocabulaire, les rédactions, les dissertations – toutes choses qui ont été de plus en plus délaissées depuis au moins trente ans, réforme après réforme, à un point hallucinant.
Concernant les méthodes, il est temps de reconnaître que certaines sont meilleures que d’autres. Ainsi, concernant la lecture et l’écriture, la méthode alphabétique syllabique est bien plus efficace que les méthodes globales ou dites semi-globales. Pourquoi ne pas mettre en place un organisme indépendant de toutes les structures de pouvoir de l’Éducation nationale, spécialement chargé de ces comparaisons et évaluations entre les méthodes ?
J’ai rencontré une institutrice qui avait d’abord utilisé plusieurs années une méthode « semi-globale », avant de la remettre en cause et d’utiliser la méthode syllabique. Dès la première année, elle a obtenu des résultats bien meilleurs et à la fin de l’année, tous ses élèves savaient lire et écrire correctement alors que ce n’était pas le cas les années précédentes. Elle est allée voir les parents de certains de ses anciens élèves, leur a déclaré avoir pris conscience d’avoir mal enseigné ces enfants en utilisant de mauvaises méthodes et a proposé de reprendre à zéro leurs apprentissages de base, en plus de son travail normal, pour réparer les erreurs commises.
Il existe également un problème d’horaires. Il y a eu une diminution vertigineuse des horaires en français et en mathématiques en 50 ans. Avant 1960, il y avait par exemple 15 heures de français en CP, aujourd’hui, il y en a 9. Or le français est, rappelons-le, une priorité absolue. Quant à un élève de terminale S, il a perdu plus d’une année de mathématiques par rapport à un terminale C d’il y a 30 ans.
Or, il faut un minimum d’heures pour transmettre correctement les savoirs. La réforme actuelle sur les rythmes scolaires est loin d’aller dans le bon sens puisque les volumes horaires restent inchangés. Je pense qu’il serait plus judicieux d’avoir davantage de jours d’école mais avec des journées plus courtes et d’autres activités l’après-midi. Je pense qu’il faudrait également rétablir les études assistées en primaire qui étaient très importantes et très bénéfiques.
Il y a aussi le problème de la perte d’autorité des professeurs. Comment la rétablir ?
Dans l’ouvrage sur La débâcle de l’école, un chapitre est consacré à la vie au jour le jour de professeurs qui rencontrent des situations impossibles, sans pouvoir de sanction, qui les empêchent d’enseigner, au détriment de tous les élèves. Résultat : tout le monde coule…
Ces incivilités, intimidations et violences dont les professeurs et les élèves qui voudraient travailler sont la cible dans beaucoup d’établissements, n’ont pris une grande ampleur qu’à la faveur de décisions structurelles qui ont affaibli l’autorité des enseignants, et corrélativement, ont mené à une réduction du nombre des surveillants et des adjoints d’enseignement.
On a voulu remettre en cause l’autorité des professeurs, comme une concession faite aux enfants, pour rééquilibrer la balance des pouvoirs. Mais les élèves en sont les principales victimes.
L’École ne peut bien fonctionner que si les instituteurs et les professeurs sont respectés et si leur autorité est solidement établie. Par exemple, le passage à la classe supérieure ne doit être apprécié que par des personnes qui ont compétence pour cela, à savoir les professeurs. Les parents ne peuvent avoir qu’une voix consultative.
Par ailleurs, il est nécessaire que, dans la société, et particulièrement dans les familles, l’étude soit valorisée dans l’esprit des enfants, et que ceux-ci puissent prendre conscience que l’École est destinée à leur apporter les meilleures chances. Par exemple, il est important que, dans les familles, les parents veillent à ce que les enfants ne tombent pas sous l’empire de la télévision, des jeux vidéo ou des ordinateurs, et qu’ils les encouragent à apprendre et à étudier.
Enfin, je pense que les enseignants doivent retrouver une très grande liberté dans leurs choix pédagogiques et qu’ils doivent être évalués, c’est-à-dire inspectés et notés, uniquement d’après la progression et les résultats de leurs élèves, et en aucune façon d’après la conformité de leurs méthodes avec les dogmes de l’Éducation nationale.
Vous estimez que les principaux responsables de cette débâche sont les experts de l’Education nationale. Mais comment une telle dégradation a-t-elle pu se propager sans plus de résistance de la part des professeurs et des parents ?
Je ne sais pas, je suis très étonné que les professeurs et les parents n’aient pas davantage résisté.
L’Education nationale est devenue un vaste mensonge, accepté par la plupart des gens. Les enfants ne se rendent pas compte (ou alors une minorité) qu’on leur enseigne mal, et les parents sont contents du moment que leurs enfants passent dans la classe supérieure et ont de bonnes notes. Je caricature, mais à peine.
D’autre part, il faut comprendre que ces réformes ont été menées au nom du Progrès, de la Modernisation. Le pédagogisme a été présenté comme scientifique. Comment résister à cela ? On se sent coupables de lutter contre ce qui est présenté de cette façon, d’où peut-être cette passivité, ce manque de résistance…
Enfin, les Français sont plus soumis qu’on ne le pense aux fonctionnaires, ce qui est revêtu de l’autorité de l’Etat provoque peu de résistance.
Cependant certains instituteurs et professeurs se sont rendu compte que les résultats de ces réformes étaient déplorables alors qu’ils s’étaient lancés dans l’enseignement pleins de confiance dans leur hiérarchie et dans les méthodes modernes. Ceux qui avaient conservé un esprit critique ont exprimé naïvement à leur hiérarchie leur désarroi et leurs doutes. Mais la simple expression de leurs doutes leur a souvent valu de se voir mis au ban de l’école, ce qui n’a fait qu’augmenter leur méfiance. Certains ont même été « persécutés » de façon brutale.
Comment résister en tant que parent, une fois que l’on a fait ce triste constat de l’abaissement du niveau et des exigences ?
A mon avis, la solution ne viendra pas de l’école privée sous contrat qui souffre des mêmes maux que l’école publique, mais plutôt des écoles hors contrat, indépendantes de l’Etat. Beaucoup proposent un très bon enseignement et elles ne cessent de se développer.
Internet a joué un rôle important dans la résistance à la destruction de l’école car a permis de mettre en contact des professeurs, instituteurs ou parents qui étaient devenus conscients de cette destruction, qui voulaient réagir mais qui, souvent, se trouvaient isolés.
De plus en plus de parents cherchent à fonder leur école pour offrir à leurs enfants un enseignement de bonne qualité, mais c’est un parcours long et compliqué et qui suppose de lourds sacrifices financiers.
Je connais des institutrices et instituteurs qui ont décidé de quitter l’Education nationale et de créer leur école pour pouvoir enseigner correctement et être en paix avec leur conscience. De bonnes volontés existent. Nombreux sont les professeurs et les instituteurs remarquables de dévouement mais, pour se lancer dans de telles initiatives, il faut aussi une grande force intellectuelle et morale.
Une autre stratégie adoptée par certains parents est de recommencer l’école le soir. Leurs enfants ont donc école deux fois, l’école en journée est considérée comme une activité de socialisation, pour voir les copains, et l’école en fin de journée est faite pour transmettre les savoirs. Mais cela implique une fatigue énorme pour les parents et pour les enfants. De plus, ce n’est pas à la portée de tous les parents.
Enfin, il est nécessaire d’utiliser de bons manuels classiques. Parmi les initiatives de résistance menées ces 10 dernières années, on peut signaler le travail remarquable mené par l’éditeur Jean Nemo, fondateur de La librairie des écoles qui propose des manuels de grande qualité.
Je trouve que c’est l’une des inititiatives les meilleures de ces dernières années, avec la Fondation pour l’école d’Anne Coffinier qui soutient la création et le développement d’écoles indépendantes (NDRL : il en existe environ 500 en France : des écoles confessionnelles ou non, des écoles Montessori, des écoles appliquant la pédagogie Steiner…Elles sont recensées dans cet annuaire).
Aux parents d’essayer de faire ce qu’ils peuvent, même si ce n’est pas parfait. Ils réparent un peu le désastre mais ils ne peuvent malheureusement pas remplacer à eux seuls un système scolaire entier.
On a justifié les réformes par un souci d’égalité des chances. Mais l’on constate que les inégalités n’ont jamais été aussi élevées.
Les réformes menées depuis les années 70 ont effectivement été justifiées par l’obsession de l’égalité et du social. On a dit que l’école deviendrait plus juste, mais c’est le contraire qui est vrai. Il suffit de voir les filières et les écoles où on délivre encore une véritable instruction, elles recrutent plus que jamais dans les milieux favorisés. L’itinéraire que mes parents issus de milieux modestes ont suivi n’existe plus. Or, seule une nourriture intellectuelle de qualité éveille l’esprit des élèves doués pour cela, et ce, dans toutes les classes sociales. Quand l’école ne les nourrit pas, les élèves ne peuvent plus compter que sur leur environnement familial.
L’égalité des chance a donc pris un énorme coup. On a rabaissé les programmes et les niveaux d’exigence au nom des « nouveaux publics » notamment. Mais c’est un contre-sens total. Un enfant qui apprend n’enlève rien à aucun autre. C’est pourquoi le principe d’égalité ne doit jamais être invoqué pour abaisser les programmes et les niveaux d’exigence. Il ne doit pas plus être invoqué pour empêcher de créer, à partir du collège, des filières diversifiées, les unes plus abstraites où les élèves manifestant le plus d’ardeur et de dons pour le travail intellectuel recevraient un enseignement à la mesure de ce qu’ils peuvent apprendre, les autres où les élèves manifestant davantage d’aptitudes manuelles ou artistiques (voire sportives) recevraient une formation adaptée susceptible de leur redonner le goût de l’étude, et soigneusement construite pour prendre plus tard une véritable valeur sur le marché de l’emploi.
Enfin, le principe d’égalité ne doit pas non plus empêcher l’évaluation des élèves ; au contraire, il est d’autant mieux respecté que les élèves sont évalués suivant des règles claires pour tous, à savoir qu’on obtient de bonnes notes si on apprend bien et de mauvaises notes si on apprend mal.
Tant que l’Education nationale sera très centralisée et quasiment impossible à réformer en raison de ce mur idéologique que vous évoquiez, les choses peuvent-elles vraiment changer. Quelle organisation imaginer ?
L’organisation est importante mais elle n’est pas le plus important. Le problème du système éducatif n’est pas tant un problème de moyens, ni d’organisation, que d’état d’esprit.
Je ne pense pas que les problèmes actuels disparaîtraient si l’éducation était décentralisée. Je crains que si un dispositif tel que le chèque éducation se mettait en place, les organisations commerciales s’y engouffreraient avec la même démagogie. Il suffit de voir tout le monde applaudir lorsqu’un directeur équipe son école d’ordinateurs, comme si cela allait régler quoi que ce soit. Personnellement, je freine des quatre fers à l’entrée du numérique à l’école. Je n’y suis pas absolument opposé, mais à la condition que les élèves maîtrisent déjà parfaitement l’écriture, la lecture et toutes les connaissances de base et qu’ils aient déjà acquis une maturité certaine. Au lycée, ce qui serait judicieux serait de développer un enseignement sérieux de la programmation qui possède une véritable valeur intellectuelle.
Je pense que le système scolaire actuel ne sait plus faire la différence entre les âges. C’est ainsi que l’on se retrouve à introduire l’informatique ou la philosophie en primaire…
L’école, le collège ou même le lycée n’ont pas à courir après les derniers développements de la technique ou de la science, ni après les dernières évolutions de la société. L’École est amenée à évoluer pour inclure des nouveaux acquis fondamentaux du temps présent ; mais elle doit le faire lentement, après longue et mûre réflexion, en se gardant des effets de mode.
Vous estimez que l’école n’est pas seule en crise et que le débat sur l’école républicaine nécessiterait un débat public plus large sur la place accordée par la société française au savoir et à la culture. Qu’entendez-vous par là ?
La destruction de l’école est venue en partie des universitaires, détenteurs de savoirs qu’ils auraient dû défendre. Cela signifie que les intellectuels de notre temps ont des doutes très profonds sur la valeur de ce qu’ils font.
Par ailleurs, en France, tout le monde se dit favorable à la culture et à la science, alors que la culture anglo-saxonne est davantage teintée d’anti-intellectualisme, et pourtant, on est sidéré par la différence de traitement accordé à nos universités et aux grandes universités américaines ou anglaises. Les Anglais et les Américains, même s’ils ne leur laissent qu’une petite place, ont su créer des îlots de savoir remarquables, alors que nous, qui sommes censés honorer la culture, traitons nos campus universitaires de la pire manière possible. Il y a plus de Prix Nobel qui sortent de Cambridge que de la France et de l’Allemagne réunies. On mesure la distance entre ce que disent nos élites et ce qu’elles font.
D’autre part, il suffit de comparer la vie intellectuelle française contemporaine par rapport à celle de la première moitié du 20ème siècle pour constater que la différence est abyssale. Il y a un assèchement d’un certain terreau. Certes il y a quelques décennies, une minorité d’élèves allait au lycée mais elle bénéficiait d’une étude très poussée des langues classiques et des grands auteurs, qui constituaient pour eux des exemples. Le standard de qualité est aujourd’hui perdu : la qualité de la production éditoriale actuelle est inversement proportionnelle à la quantité de livres publiés. Désormais tout le monde estime avoir des choses intéressantes à dire, personne n’est plus capable de s’évaluer justement soi-même et de s’abstenir de publier ce qui ne mérite pas de paraître, le volume de la production éditoriale rend impossible de reconnaître ce qui a de la valeur, ce qui signifie que nous avons une censure d’un genre nouveau, la censure par ensevelissement sous la masse.
NDRL : Vous pourrez retrouver l’ensemble des documents que Laurent Lafforgue a recueillis sur l’école, des textes sur l’éducation qu’il a rédigés et des interviews qu’il a données sur son site (ainsi que ses travaux scientifiques bien évidemment). Une mine d’informations…(personnellement, j’y ai passé des heures et des heures).
27 Commentaires
Le 27 avril 2015 à 11 h 21 min | en réponse à Jean Barbier, Pr S. Feye a dit :
:"Il faudrait que celle-ci se réfugie dans des cloîtres, comme au Moyen-Âge, des cloîtres défendus par les armes." L'auteur éclairé de ces lignes a très probablement raison. N'y voyez aucun goût, chez moi, pour la violence et les armes., mais il semble très logique que cette masse inculte et bêtement politisée, à laquelle on a laissé pendant si longtemps la jouissance du pouvoir de la médiocratie, ne le laissera pas s'échapper de ses mains sans exercer une grande répression ou vengeance. Comme citait déjà le peintre Louis Cattiaux vers les années 50: "L'athlète qui se déshabille devant une assemblée de bossus ne doit pas s'attendre à des applaudissements.". Cet auteur, ami de Guénon, avait non seulement annoncé avec précision la chute non violente des Soviétiques, mais aussi la dissolution des nations et de l'enseignement. Mais prédire est une chose; trouver des solutions en est une autre. Je propose ceci, que j'ai pratiqué avec succès: Achetez l'ANCIEN Assimil latin (pas le nouveau qui est bourré de fautes!),, et essayez de parler latin en famille à table par exemple. C'est passionnant. Petit à petit, vous accéderez aux 85% de la littérature de l'Occident auquel on nous bouche l'accès. C'est mon cas: je ne suis pas philologue, et je viens pourtant d'éditer mon quatrième livre traduit du latin en français. Jamais je ne me serais cru capable de cela quand je consdérais le latin comme une langue morte....
Le 27 avril 2015 à 10 h 15 min , Jean Barbier a dit :
« Il ne reste plus qu’à soutenir des initiatives à toute petite échelle : des personnalités, des écoles, des associations… Désormais, on peut seulement œuvrer à ce que des petites flammes continuent de briller ici et là. » On retrouve ici la proposition énoncée par Renaud Camus de former des "sanctuaires" de civilisation, de savoir. Mais comment se résoudre à cela ? Et comment croire que la majorité tolèrera l'existence d'une minorité éclairée ? Il faudrait que celle-ci se réfugie dans des cloîtres, comme au Moyen-Âge, des cloîtres défendus par les armes.
Le 26 avril 2015 à 20 h 33 min , Corinne a dit :
cela fait des années que je le dis. Mais quand on sort de ces programmes minimalistes et que l'on donne le gout de l'effort et le gout de l'étude à nos élèves, nos inspecteurs nous tombent dessus pour "sortie de programme prohibée" !!!!
Le 25 mars 2015 à 15 h 21 min , Pr S. Feye a dit :
Tout cela c’est très bien. Mais tant que vous ne restaurerez pas les études gréco-latines jadis offertes à tous, vous n’empêcherez pas la France de devenir un pays sous-développé. Pr Stéphane Feye Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et Artistiques http://www.scholanova.be http://www.concertschola.be http://www.liberte-scolaire.com/…/schola-nova http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303755504579207862529717146 http://www.rtbf.be/video/detail_jt-13h?id=1889832
Le 2 mars 2015 à 18 h 29 min , L’Education Nationale, un vaste mensonge. | FAPEC a dit :
[...] Lire la suite de l’article sur en-aparte.com [...]
Le 15 février 2015 à 19 h 45 min , L’Education Nationale, un vaste mensonge. | Farida Belghoul - JRE2014 a dit :
[...] Lire la suite de l’article sur en-aparte.com [...]
Le 30 octobre 2014 à 15 h 17 min , à lire: « Les déshérités ou l’urgence de transmettre » de F. X. Bellamy | Planète surdoués a dit :
[...] http://www.en-aparte.com/2013/06/28/laurent-lafforgue-mathematicien-leducation-nationale-est-devenue... [...]
Le 21 septembre 2014 à 1 h 30 min , Về sự suy sút của nền giáo dục Pháp, theo Laurent Lafforgue « ZetaMu a dit :
[...] http://www.en-aparte.com/2013/06/28/laurent-lafforgue-mathematicien-leducation-nationale-est-devenue...http://www.linternaute.com/science/divers/interview/06/laurent-lafforgue/laurent-lafforgue.shtml [...]
Le 27 août 2014 à 1 h 06 min | en réponse à rapunzel, Richard a dit :
@rapunzel: Bravo pour votre courage ! Un jour il y aura une école Lafforgue. N'oublions pas son frère qui est aussi génial que lui et qui aurait mérité lui aussi la médaille Fields- si elle n'était devenue un prix gadget type Oscar pour les meilleurs mathématiciens du "système". Je suis hélas persuadé que l'action de Laurent Lafforgue a desservi son frère par la réaction négative qu'il a entraînée. Le problème est que la plupart des mathématiciens universitaires n'ont pas de culture. Ils ont lu peu de livres mais pourtant se croient autorisés à donner des leçons de morale. On voit tout de suite avec Laurent Lafforgue que c'est un "honnête homme". Oui, merci M. Lafforgue !
Le 27 août 2014 à 0 h 53 min | en réponse à JeanHuguesRobert, Richard a dit :
@JeanHuguesRobert: Jean-Hugues Robert doit être un de ces experts dont il est question. Pauvre type...
Le 12 juillet 2014 à 20 h 11 min , JeanHuguesRobert a dit :
Il y avait longtemps que je n'avais plus lu un ensemble pareil de poncifs ringards si bien rassemblés. Au delà des savoirs de base, l'école devrait former des citoyens, c'est à dire des personnes capables de se protéger de façon autonome et collective contre les abus de pouvoir de nos dirigeants. Au lieu de quoi elle est la premiere étape d'un processus d'infantilisation perpétuel dont l'unique but est d'obtenir des électeurs incompétents et dociles, et, à l'occasion, quelques matons pour les encadrer.
Le 5 juin 2014 à 23 h 35 min , Critiques et analyses | Pearltrees a dit :
[...] Laurent Lafforgue : "L'Education nationale est devenue un vaste mensonge" [...]
Le 17 avril 2014 à 10 h 27 min , L’école peut-elle être une démocratie ? | Des hauts et débats a dit :
[...] brillant que Laurent Laforgue, engagé en son temps sur les questions scolaires, peut s’y perdre. Quelques extraits d’une interview [...]
Le 13 mars 2014 à 18 h 35 min , Le progrès en question ? | Forum Démocratique a dit :
[...] et en science en général on a de quoi se pose la question. À ce propos je vous invite à lire ce texte de Laurent Lafforge qui est assez édifiant sur l’état de l’enseignement en France. Quoi qu’il en [...]
Le 2 décembre 2013 à 17 h 38 min , patrick a dit :
bad school
Le 23 septembre 2013 à 14 h 59 min , Robert Jérôme a dit :
Laurent Laforgue avait aussi émis cette remarque intéressante : toute référence à l'élitisme est systématiquement gommée du discours de l'Education nationale.
Or, la promotion de l'élitisme, sous toutes ses formes, dans toutes les branches et disciplines, manuelles y compris, est fondamentale pour l'équité de l'enseignement.Le 16 septembre 2013 à 18 h 46 min , rapunzel a dit :
Merci, merci et encore merci.
Nous avons eu une expérience, très démonstrative de notre système éducatif, avec l'école maternelle et primaire dans le privé l'an passé, à notre retour de l'étranger.
Nous avons décidé de déscolariser nos enfants en avril tellement le constat, sur les 2, étant alarmant. Nous avons repris une instruction en famille, avec des cours par correspondance d'une école en Bretagne qui nous satisfait pleinement sur le plan pédagogique et humain. Ce fut notre solution, à nous.
Et les enfants sont heureux, apprennent volontairement, interrogent sur tout, et ont repris du poids. Ils font 4 activités qui leurs plaisent dans de bonnes conditions (à 17h après une journée de 10h on est pas top ...) et ne sont pas "dé-sociabilisés", mais plutôt "dé-collectivisés". Ils ont bien entendu desLire la suite
De la hiérarchie des dimensions
Je réfléchis depuis quelques temps à établir une cartographie des différentes dimensions qui nous habitent et à identifier les liens et les hiérarchies éventuelles.
J'ai gribouillé dans ma tête un premier schéma et c'est celui qui me servira de point de départ.
Pour moi, il existe :
une dimension émotionnelle. C'est la dimension archaïque, celle qui a vu le jour dans le ventre de notre mère.
une dimension intellectuelle. C'est la dimension éducative, depuis la famille en passant par l'école et la société entière comme point de référence.
Lorsque l'individu parvient à fusionner ces deux dimensions, il entre dans le champ d'application de la spiritualité. Il va en effet apprendre à user de son intellect pour verbaliser en pensées ses émotions et surtout apprendre à les observer pour ne pas être emporté. L'intellect sait réguler les phénomènes car tous les apprentissages qu'il a connus lui donne l'expérience nécessaire. Il sait comment raisonner pour que les émotions deviennent des tremplins vers l'Eveil et non des condamnations ou des errances sans cesse reproduites.
Il va néanmoins manquer un élément important et qu'il s'agira de retrouver dans une mémoire ancienne, celle de l'Enfant intérieur... La dimension sensorielle.
Il me semble impossible, voire mensonger, d'envisager la moindre évolution spirituelle sans venir associer aux connaissances intellectuelles et à la maîtrise des émotions, une dimension liée essentiellement aux sensations. C'est la dimension que j'appelle "as-sens-sionnelle"
Lorsque ces trois dimensions ont fusionné : Emotionnelle / Intellectuelle / Sensorielle , l'individu peut envisager de s'ouvrir à la dimension Sexuelle.
Je la place effectivement au sommet de la pyramide des dimensions car elle vient nourrir l'Amour et qu'il est à la source de la Vie.
Dans tout parcours de vie qui se limite aux trois dimensions précédentes, aussi profonde que puisse être l'exploration, il manquera une dimension amoureuse. Elle n'est pas limitée à l'amour humain car il s'agit là de l'amour incondtionnel. Mais il manquera inévitablement dans le cas d'un amour non-humain, l'exploration commune de la dimension sexuelle. Elle contient pourtant un tremplin dont l'importance échappe à ceux et celles qui n'ont pas fusionné au préalable les trois dimensions précédentes. Car il est vain de s'atteler à une expérience sexuelle enrichissante si les individus n'ont pas constitué en eux des fondations indestructibles. Les séismes inévitables mettront tout en ruines.
La sexualité n'est pas un moyen de créer un lien amoureux.
Elle est un chemin vers un objectif et le chemin lui-même est un but. Car l'objectif n'est même pas identifiable, il n'est pas du ressort de notre intellect ou des autres dimensions. C'est d'avancer par conséquent sur le chemin qui devient le but. Et peu à peu se dessineront des horizons à travers le brouillard de nos méconnaissances.
Il ne s'agit donc pas d'une sexualité génitale mais d'une sexualité spirituelle, une sexualité sacrée, divine, une sexualité totale puisqu'elle s'éveille lorsque l'individu a unifié en lui les trois dimensions élémentaires.
Ou élémen-terre.
La dimension sexuelle étant la dimension céleste.
Emotionnelle / Intellectuelle / Spirituelle / Sensorielle = Sexualité sacrée.
Lire la suite
L'immobilité de l'équilibre.
-C’est comme une méditation en quelque sorte ?
-Oui, mais je ne conçois pas la méditation autrement que dans la nature. Méditer dans une pièce fermée, dans un lieu humain, c’est comme s’il était nécessaire de se dénaturer pour se retrouver. Mais qui apparaîtra ? Qui va se révéler ? Est-ce qu’il ne s’agira pas uniquement d’un état égotique, du miroir déformant d’une réalité humanisée ? La paix existe déjà ici et il convient juste d’apprendre à en saisir les parfums. Je ne crée pas la paix. Je m’y plonge dès lors que j’ai déposé les armes de ma volonté et de toute intention. Alors, j'empile des pierres en équilibre et quand elles tombent, je recommence. »
Lire la suite
Le cerveau des enfants.
L'apprentissage de la méditation avec de jeunes enfants est une voie idéale dans cette observation interne du cerveau. Un enfant qui médite et prend conscience des phénomènes en lui est bien plus avide de connaissances que l'enfant qui n'a aucune idée de tout ça.
Il est fascinant et enthousasmant d'imaginer le fonctionnement du cerveau lorsqu'il travaille et pour un enfant, c'est une situation stimulante. Lorsqu'ils parviennent à dire qu'ils sont en train de travailler et qu'en même temps, ils observent comment ils sont dans le travail, je sais que le plus important est installé. L'enfant qui a appris à travers la méditation à instaurer en lui une observation lucide et calme, n'a plus besoin d'être stimulé par une pression extérieure. Il chemine pour lui-même.
Oui, c'est l'objectif final de ce travail.
Non, je n'y arrive jamais. Pas dans une année scolaire. Je peux juste imaginer que certains enfants auront envie de continuer une fois qu'ils seront partis.
Ce que les enfants devraient apprendre à propos de leur cerveau à l’école
PAR CAROLINE · 23 AOÛT 2014
Les neurosciences apparaissent comme un domaine réservé aux meilleurs étudiants en sciences. Or une étude américaine a démontré que
Comment fonctionne le cerveau ?
Suite à une étude menée sur des enfants de 4 à 13 ans, les psychologues Peter Marshall et Christina Comalli ont découvert que les jeunes enfants ne connaissent ni les fonctions ni le fonctionnement de leur cerveau. Les scientifiques attribuent cet état de fait à plusieurs facteurs :
1. les parents et les enseignants ne mentionnent que très rarement le cerveau quand ils apprennent aux enfants comment leurs corps fonctionnent. Par ailleurs, les adultes utilisent peu le mot « cerveau » dans leurs conversations avec des enfants. Par exemple, les programmes scolaires du primaire indiquent l’étude des os, des articulations et des muscles dès le CE2 mais n’abordent pas la question du cerveau ou de la mémoire.
2. l’enseignement portant sur l’anatomie et les fonctionnalités du cerveau ne commence qu’au collège.
3. les enfants ne peuvent pas observer leur propre cerveau et sont forcés d’imaginer ce qui se passe à l’intérieur de leur tête. Les enfants s’imaginent leur cerveau comme une simple boîte dans laquelle ranger des souvenirs et des faits.
Pourquoi apprendre le fonctionnement du cerveau à l’école ?
Carol Dweck, une autre psychologue américaine, a démontré les avantages que les enfants peuvent retirer de meilleures connaissances sur leur cerveau : les enfants abordent de manière plus positive les erreurs car ils savent que leur cerveau est plastique et qu’il leur permet de développer de nouvelles compétences en travaillant.
Les croyances et comportements des enfants envers la réussite et l’échec sont déjà en place chez les enfants dès la maternelle. Pourquoi ne pas alors introduire des cours sur le fonctionnement du cerveau dès le CP ? Goldie Hawn a développé un programme basé sur cette idée : enseigner le fonctionnement du cerveau aux élèves dès le primaire. Le programme MindUp est pratiqué dans une centaine d’écoles aux Etats-Unis : j’en parle ici (une autre manière d’envisager la pleine conscience à l’école).
Comment enseigner le fonctionnement du cerveau à l’école ?
Je vous propose deux vidéos (en anglais) destinées aux enfants. Vous pouvez activer les sous titres en anglais sur You Tube. La première explique à quoi sert le cerveau, la deuxième comment le cerveau fonctionne quand on apprend.
1. A quoi sert le cerveau ?
C’est seulement à la Renaissance que les scientifiques ont démontré que les idées, les sentiments et sensations venaient du cerveau et non du coeur. Il est faux de croire que nous utilisons seulement 10% de notre cerveau (je vous conseille la lecture de cet article à ce sujet : Non, nous n’utilisons pas 10% de notre cerveau).
2. Comment apprend-t-on ?
Notre cerveau contrôle notre corps et choisit tout ce que nous faisons (se sentir triste, voir, se déplacer, dessiner…). Dans l’apprentissage, le cerveau est la partie la plus importante du corps humain.
Quelles sont le conditions favorables à l’apprentissage ?
1. La répétition
L’apprentissage se fait avec la répétition des gestes : plus on répète un geste, une action, une leçon, plus ceux-ci paraissent faciles car les connexions entre les neurones du cerveau se font plus vite dans le cerveau. Le processus d’apprentissage et de mémorisation consiste en la création de connexions entre neurones. Plus on entraîne notre cerveau à créer des connexions entre neurones, mieux on apprend.
Pour en savoir plus, je vous invite à consulter la vidéo dans cet article : Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner – dernières découvertes en neuroéducation
2. La gestion des émotions
Le cerveau est également responsable des émotions (tristesse, anxiété, joie…). Les émotions ont un fort impact sur notre manière d’apprendre. Le stress ou l’anxiété rend les apprentissages plus compliqués. L’anxiété ou la menace provoque la sécrétion d’hormones comme l’adrénaline ou la cortisol dans le corps : ces hormones modifient la manière de penser, agir et ressentir. Les scientifiques pensent que nous apprenons mieux quand nous sommes heureux et relaxés.
Je vous propose de compléter la lecture avec ces articles :
La pleine conscience à l’école : pourquoi ? comment ? quels gains pour les élèves ?
Apprendre dans la joie grâce aux associations d’idées positives
Communiquer avec ses émotions et avec les autres
3. L’hydratation
Le cerveau a besoin d’être irrigué pour créer des connexions entre les neurones : boire de l’eau améliore les capacités d’apprentissages. La déshydratation entrave le bon fonctionnement du cerveau.
4. Une alimentation équilibrée
Le cerveau a besoin de protéines, de graisses, de fruits et légumes, d’hydrates de carbone et de sucres pour fonctionner correctement. Une alimentation trop riche en sucres et additifs entrave la concentration.
5. Les sensations physiologiques comblées
Le sommeil, la faim, la chaleur ou encore le froid affectent le niveau de concentration du cerveau et donc les apprentissages.
6. Des pauses régulières
Il est utile de faire des pauses du cerveau (« brain breaks »). En règle générale, il vaut mieux diviser une session d’apprentissage ou de révisions en plusieurs petites sessions. C’est la méthode de l’arrosage dont je parle dans cet article : 10 méthodes pour apprendre, réviser et mémoriser efficacement.
Les exercices physiques sont recommandés pour oxygéner le cerveau.
7. La stimulation de tous les canaux de réception des informations
Il existe plusieurs canaux de réception des informations :
Nous apprenons tous par différents canaux : par la vue, par l’oreille, par le mouvement. Il serait alors judicieux d’inciter les apprenants à combiner plusieurs manières d’apprendre. Isabelle Pailleau et Audrey Akoun écrivent dans Apprendre autrement avec la pédagogie positive :
Est-ce que l’intelligence est fixée pour la vie ou peut-on travailler son intelligence ?
Le cerveau crée de nouvelles connexions neuronales en permanence, à tout âge. Cela signifie que TOUT LE MONDE est capable d’apprendre (hors pathologies graves).
Plus on utilise notre cerveau, plus il devient efficace. Quelques conseils pour garder son cerveau alerte tout au long de la vie :
Les puzzles, la lecture, la pratique d’un instrument de musique, les jeux vidéo, le dessin sont efficaces pour entraîner le cerveau à tout âge.
3. Un livre pour enfant dédié au fonctionnement du cerveau
Le cerveau, à quoi ça sert ? apporte des réponses aux questions que les enfants pourraient se poser à propos de leur cerveau :
Le cerveau sert-ils seulement à réfléchir ?
Est-ce qu’il fonctionne quand je dors ? quand je ris ou quand je pleure ?
Comment commande-t-il mes mouvements ?
Il se présente sous forme de photo-reportages et Justine, l’héroïne, guidera les lecteurs dans leur découverte de l’action du cerveau dans la vie de tous les jours.
Nils Frahm
KUNDALINI
Il me faut une musique quand j'écris un roman, une ambiance, une sonorité, un instrument.....
Nils Frahm a souvent été un compagnon fidèle. Il l'est encore pour ce roman-là.
Lire la suite
Le faux plein
Un faux plein ne peut remplir un véritable vide et pourtant, toute la logistique économique et marchande entretient ce mensonge. Il est même recommandé de ne pas chercher à développer l'individu dans sa sphère spirituelle puisque le PIB n'y survivrait pas.
Le véritable vide est en nous et il ne peut être comblé par des éléments extérieurs. Ni même par l'amour des autres car que pourraient-ils remplir par leur affection qui ne soit déjà constitué ? Le vide réel n'a pas d'enveloppe, il n'a aucune frontière. L'individu qui est vide spirituellement n'a pas de frontières, il n'existe pas, il est totalement fluctuant, comme une méduse, il change d'ectoplasme en fonction des circonstances, il n'est que le fantôme d'une aura...
Il n'y a qu'une issue. Exister en Soi et pour cela explorer le vide. C'est lorsque cette "Terra Incognita" aura été cartographiée, éprouvée, ressentie, disséquée et enfin aimée...que le reste suivra...Plus de vide à combler par des artifices éphémères. L'Amour existe lorsque l'individu n'attend plus rien.
Comme dans toutes explorations, il y aura donc des errances, des demi-tours, des hésitations, des remords, des regrets, des bonheurs aussi...Et tout ce qui ne sera pas un bonheur sur l'instant deviendra une leçon de vie lorsqu'aura été analysée la cause des causes, lorsqu'auront été observées les émotions générées, lorsque l'individu aura compris au plus profond que le chemin est le but, que chaque pas est un trésor, que chaque instant est une vie.
Lire la suite
Ardèche
Une belle virée avec le camion dans des coins perdus de l'Ardèche. Même la descente des gorges du même nom, à pied, était vide. On a croisé cinq ou six personnes sur la journée. Maintenant, c'est clair que cinq heures de marche et un retour en autostop, ça calme les prétendants. Et c'est pourtant magnifique !
Lire la suite