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  • Patience...


    Tout est question de patience 
     
    L'homme dit:

    Dieu?

    Dieu dit: oui

    H:Puis-je vous poser une question?

    D: Bien sûr

    H: Qu'est-ce qu'un million d'années pour vous?

    D: Une seconde

    H: Et un million d'euros?

    D: Un centime

    H: Pouvez-vous me donner un centime?

    D: Oui, attends une seconde...

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  • Les émotions du ventre

    Ce qui est agaçant, c'est de voir les scientifiques s'extasier devant une évidence que le bon sens populaire a expérimenté depuis bien logtemps. Pour ma part, je n'y vois aucune découverte mais une explication rationnelle. 

    C'est comme lorsque ces scientifiques s'extasiaient devant la preuve formelle d'une conscience animale...Faut-il donc qu'ils soient totalement décérébrés pour avoir besoin d'une "preuve scientifique ?"

    C'est grave dans le sens où notre monde occidental semble avoir besoin de critères reconnus et transmissibles pour valider l'existence de phénomènes que la sagesse populaire a depuis bien longtemps reconnue. 


    Notre ventre, une intelligence supérieure

     

    Par Paul Molga | 23/05 | 18:03 | mis à jour à 18:08

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    Le cortex cérébral n’a pas l’exclusivité des commandes sur notre organisme. Les chercheurs découvrent l’indépendance d’action de l’appareil digestif et sa capacité à régir nos émotions.

    Le système digestif a une capacité de réaction s’apparentant à une « intelligence » - Shutterstock
    Le système digestif a une capacité de réaction s’apparentant à une « intelligence » - Shutterstock

    En transférant la flore intestinale d’une souris obèse à une autre qui ne l’était pas, des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) ont fait une découverte surprenante : non seulement l’animal s’est mis à grossir lui aussi, mais son comportement vis-à-vis de la nourriture a radicalement changé, tant au niveau des préférences gustatives que de la façon, plus compulsive, d’avaler ses rations. « Cela signifie que le contenu de notre ventre a indéniablement la capacité d’influencer le fonctionnement normal du cerveau », s’enthousiaste Karine Clément, directrice de l’Institut du métabolisme cardiovasculaire et de la nutrition (Ican) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

    Ces travaux pourraient se révéler d’une extrême importance dans la compréhension de nombreux dérèglements organiques. « Sans flore, pas de vie », souligne la nutritionniste. Sans doute 100.000 milliards de bactéries peuplent nos parois intestinales, dix fois plus que le nombre total de cellules du corps humain ! Cette constellation microbienne agit en symbiose avec son milieu « comme un organe en prise directe avec notre environnement », pressentent de plus en plus de gastroentérologues. Les travaux encore récents sur cette organisation bactérienne montrent que leur fonction dépasse de loin la simple usine à fermentation. « Nos microbes entériques protègent des mauvaises bactéries, produisent de la vitamine B et participent à la maturation du système immunitaire », détaille Dusko Ehrlich, professeur de microbiologie à l’Inra et coordinateur de deux projets d’étude du microbiote intestinal, Meta HIT et MetaGenoPolis.

    Des neurones dans l’intestin

    Mais il y a mieux : comme notre cerveau, notre ventre produit également de la sérotonine, un des neurotransmetteurs qui participent à la gestion de nos émotions ! Et pas qu’un peu : 95 % de la sérotonine totale de notre corps, selon les dernières découvertes. Pour les gastroentérologues, l’accumulation de ces indices confirme une intuition raillée des neurologues : notre « tripaille » est douée d’une certaine intelligence. Dans un livre choc, « The Second Brain », paru en 1999, Michael Gershon, professeur au département d’anatomie et de biologie cellulaire de l’université de Colombia à New York, émettait déjà cette hypothèse. « 200 millions de neurones, autant que dans le cerveau d’un chien, tapissent la paroi intestinale, écrit-il. Ces cellules proviennent du même feuillet embryonnaire que celles du cerveau, qu’elles quittent à un stade précoce du développement pour migrer dans le ventre, où elles forment un système nerveux entérique. »

    Les travaux des neuro-gastroentérologues, une discipline née de ces premières recherches, ont mis en évidence quelques fonctions inattendues de ce système nerveux décentralisé, telles que la modification du taux de prolifération des cellules des muqueuses intestinales ou l’innervation des organes voisins. Il sait également réagir en cas de danger sans en référer au cerveau, par exemple en provoquant des vomissements pour expulser un produit toxique. Il concentre enfin plus de 70 % des cellules du système immunitaire et semble diriger depuis ses muqueuses molles tout le système de défense de l’organisme.

    « Le ventre est notre premier cerveau, voire notre cerveau original, va jusqu’à avancer Michel Neunlist, chercheur Inserm à ­l’Institut des maladies de l’appareil digestif. Les premiers organismes unicellulaires n’étaient-ils pas composés d’un simple tube digestif, où a pris place ce système nerveux entérique ? »

    La matrice de l’inconscient

    Grâce à d’autres neurotransmetteurs que la sérotonine, ce « cerveau du bas » qui as­simile les aliments digérerait aussi nos émotions, donnant foi aux expressions populaires : « avoir l’estomac noué » quand on a « la peur au ventre », prendre des décisions « viscérales », « avoir des tripes »… « Avec ses substances psychoactives endogènes, le ventre a le pouvoir de donner naissance à du découragement ou de l’enthousiasme, de l’impuissance ou du plaisir, de la dépression ou de l’accomplissement », est persuadé Michael Gershon. Il serait même doué de mémoire et contiendrait les archives de notre vie émotionnelle, constituant vraisemblablement « la matrice biologique de l’inconscient » participant à la rédaction de nos rêves !

    S’ils ne coopéraient pas, ces deux cerveaux, un pour penser, un autre pour ressentir, sèmeraient le chaos dans l’organisme. Une conversation continue s’opère donc entre la tête et le ventre à travers le nerf vague (ou pneumogastrique), nerf crânien convoyant des informations motrices, sensitives, sensorielles et parasympathiques de l’un à l’autre. Ce dialogue ouvre d’immenses espoirs thérapeutiques. Dès 2010, Michel Neunlist et Pascal Derkinderen ont découvert qu’une simple biopsie du côlon pouvait permettre de retrouver à l’identique dans les neurones digestifs la présence d’anomalies bien connues dans le cerveau de patients atteints de Parkinson.

    Cette avancée a déjà permis aux chercheurs de résoudre un problème pratique majeur dans l’étude de la maladie : étudier les lésions sur des patients vivants – ce que la nécessité de disséquer leurs cerveaux rendait jusqu’alors impossible. « Le ventre est une fenêtre ouverte sur le système nerveux central », résume Michel Neunlist, qui a quantifié et qualifié les neurones impliqués et déduit les liens entre les lésions et les signes cliniques. A terme, les biopsies pourront être utilisées comme marqueurs précoces de la maladie. « On pourrait ainsi déterminer le stade d’avancement du mal à partir de l’analyse de simples biopsies coliques effectuées à l’hôpital lors de coloscopies, explique Pascal Derkinderen. Si nos résultats se confirment à grande échelle, il sera possible de faire un diagnostic de sévérité de la maladie de Parkinson du vivant du patient et d’ajuster le traitement et la prise en charge. » Karine Clément, elle, rêve du jour où elle pourra transférer à ses patients ultra-obèses de la Pitié-Salpêtrière la flore intestinale de patients sains.

     

  • Une honte totale

    Le Défenseur des droits inquiet du sort des élèves handicapés

    La haute autorité constitutionnelle indépendante s'inquiète de l'encadrement des élèves handicapés pendant le temps périscolaire (photo d'illustration).
    Alors que les communes s'affairent à organiser pour la rentrée prochaine de nouvelles activités périscolaires, dans le cadre de la réforme des rythmes, le Défenseur des droits, autorité constitutionnelle indépendante, vient leur rappeler une de leurs obligations : celle de tenir compte des besoins spécifiques des élèves handicapés.

    De fait, si la scolarisation de ces enfants a progressé depuis la loi de 2005 sur le handicap, leur participation aux activités autour de la classe est encore très incertaine. C'est en tout cas ce que mettent en lumière les résultats, à paraître, de l'appel à témoignages du Défenseur des droits sur les « temps de vie scolaire et périscolaire des enfants en situations de handicap ».

    65 % des 1 146 familles ayant répondu à son questionnaire (entre octobre 2013 et janvier 2014) indiquent ne pas avoir accès aux activités de loisirs, culturelles ou sportives, organisées par les communes après la classe. Parmi elles, 53 % l'auraient pourtant souhaité. La moitié ne bénéficie pas de l'accueil le matin ; le tiers n'a pas accès à la cantine.

    Dès 2012, le Défenseur des droits attirait l'attention des pouvoirs publics sur la question, au travers d'une recommandation qui rappelait « le principe d'égalité de traitement des enfants handicapés avec les autres enfants ». En 2013, il lançait un appel à témoignages pour identifier plus précisément les difficultés des familles.

    « POINT DISCRIMINANT »

    Les résultats confirment la « participation plus faible » des enfants handicapés aux activités périscolaires. Motifs invoqués : « absence d'accompagnement » (78 %) et « encadrement insuffisant » (74 %), mais aussi « activités inadaptées » au handicap (71 %), problèmes de transport (57 %) ou d'accessibilité de la structure (55 %). Les répercussions dans la vie des familles peuvent être lourdes, puisque 69 % disent avoir dû renoncer à « tout ou partie » de leur activité professionnelle.

    A qui la faute ? Ministère de l'éducation nationale et communes se renvoient la balle. Le premier rappelle que, même s'il « s'en préoccupera au niveau local », ses responsabilités ne portent que sur le temps scolaire. (Alors donc, on voit ici un gouvernement instaurer une Réforme discriminante et s'en dédouaner sur les communes...De la même façon, le Ministère a dit que c'était aux communes de "s'assurer de la bonne morale des personnels encadrants". Et comment font-ils ? Une honte totale qui confirme bien que l'Education Nationale n'existe plus. ) Les secondes soulignent leurs difficultés à mettre aux normes les locaux, et surtout à recruter du personnel formé et qualifié pour prendre en charge les enfants pendant les activités.

    Des maires opposés à la réforme en ont fait un argument « anti-nouveaux rythmes ». Ils demandent notamment au ministère d'élargir au temps périscolaire les missions des auxiliaires de vie scolaire (AVS), qui accompagnent les enfants en classe.

    Lire aussi : La circulaire de rentrée confirme la prudence de Hamon

    Christian Schoettl, le maire de Janvry (Essonne), a même intégré ce « point discriminant » dans son recours au Conseil d'Etat contre la réforme en février. « Deux enfants autistes sont inscrits dans mon école, un seul est accompagné par un AVS. Expliquez-moi comment je vais trouver des personnels formés pour les accompagner sur le temps périscolaire, alors que l'éducation nationale ne parvient même pas à embaucher un AVS sur le temps scolaire, s'agace l'élu du Nouveau centre. Au final, cette histoire va nous retomber dessus financièrement et politiquement, car les parents seront en droit de nous reprocher de ne pas prendre en charge leur enfant. »
    LE MONDE | 24.05.2014 à 10h56 • Mis à jour le 24.05.2014 à 11h10 |
    Par Aurélie Collas

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/05/24/le-defenseur-des-droits-inquiet-du-sort-des-eleves-handicapes_4425093_3224.html

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  • Idéalisme

    Etymologie : du grec idea, idée.

    L'idéalisme est une attitude qui consiste à fonder son action ou sa conduite sur un idéal, c'est-à-dire un but élevé que l'on se propose d'atteindre.

    Un idéaliste est un adepte de l’idéalisme, quelqu'un qui fixe sa conduite sur un idéal ou qui se représente mal les conditions de la réalité.

    "Quelqu'un qui se représente mal les conditions de la réalité..."

    Voilà ce que j'ai à l'esprit depuis plusieurs jours.

    J'ai vécu l'enseignement comme un idéal de vie. Accompagner des enfants nourrissait en moi l'idée que je pouvais agir sur cette réalité qui m'environne... Mon idéal n'était pas de transformer les enfants pour qu'ils correspondent à ma vision de l'être humain mais de les aider à trouver en eux ce qu'il y a de plus beau et de plus juste. Mon idéal se situait au niveau de l'amour de la vie à découvrir en soi jusqu'à parvenir à s'extraire des errances les plus sombres d'une certaine réalité du monde, un monde violent, mauvais, pervers...

    Est-ce que cet idéal m'a amené à ne plus voir que cette réalité du monde était bien plus puissante que tous les philosophes, que tous les textes les plus bouleversants, plus puissante que la bienveillance que j'appliquais constamment dans ma classe, plus puissante que les ressentis les plus beaux, plus puissante que l'amour ? Est-ce que je vivais dans une illusion et que désormais le rideau qui m'aveuglait est tombé ?

    Que reste-il de toutes ces années ? Y a-t-il des enfants qui ont su garder en eux l'esquisse d'un éveil intérieur ? Y a-t-il parmi ceux-là des adultes qui se souviennent encore de quelques paroles, de quelques mots lus, des citations affichées, un débat, une discussion impromptue sur un sujet existentiel ? Que reste-t-il de tout ça une fois que ces individus réintègrent la réalité du monde ?

    L'idéaliste est-il condamné à périr par épuisement ? 

    J'ai l'impression d'avoir été dévoré, qu'en moi des morceaux de chair ont été arrachées, l'impression d'avoir perdu un organe vital...

    Mais j'en suis responsable, je ne rejette la faute sur personne. Ni sur l'État, ni sur les enfants. Je suis responsable de mes propres exigences et si elles s'avèrent irréalisables, il me suffit de ne plus chercher à les maintenir pour ne plus en souffrir...Mais c'est une grande souffrance de s'avouer ne plus pouvoir en souffrir... 

    L'État et les attitudes mauvaises des enfants ne sont que les révélateurs de l'illusion de mon idéal. 

    L'exporateur qui tente de rejoindre le Pôle Sud ne peut pas reprocher à la Nature de se montrer impitoyable ou à la malchance de le poursuivre. Il est responsable de sa situation. Il lui suffisait de ne pas s'acharner dans cet idéal de vie pour ne pas avoir à souffrir des conditions de vie.

    S'il parvient à rester lucide, il connaîtra le bonheur de l'idéal vécu même s'il n'atteint jamais le Pôle Sud. 

    C'est peut-être ça d'ailleurs la raison profonde de ce mal-être ambiant, de cette réalié sordide... L'absence d'idéal n'est-il pas un poison qui tue lentement par la dilution pernicieuse de la routine et la recherche frénétique de comportements addictifs.

    J'ai toujours cherché à faire ressentir aux enfants la puissance extraordinaire de la passion. Les aventuriers, les chercheurs scientifiques, les sportifs de l'extrême, les écrivains, les artistes, les amoureux... J'ai toujours cherché à allumer un brasier en eux. Et que les émotions ressenties viennent nourrir la fondation de l'idéal. 

    Mais comment tenir pour dix enfants lorsque les vingt autres adopteront des comportements qui me révoltent ?

    Je sais avec le recul que cette proportion était radicalement inverse il y a dix ans...Et ça me terrifie.

    Comme si l'idéal de paix était voué à mourir sous les coups d'une armée toujours plus nombreuse.

    Ou alors, c'est que je ne sais pas m'y prendre.

    Et je préfèrerais infiniment cette réponse car elle impliquerait au moins qu'il ne s'agit que de mes faiblesses et non d'une inéluctable déchéance de l'humanité entière.  

    Sagesse et souffrance

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  • Aux parents de ma classe

    Comme il semble que plusieurs parents d'élèves lisent mon blog et cherchent à savoir où j'en suis, je vais faire le point et clarifier la situation par ce biais car ce qui se passe dans la classe me ronge considérablement. 

    Je suis sous anti-dépresseur et Atarax pour dormir. Crises de tétanie, crampes, nausées, maux de tête, sciatique, une fatigue immense, immense... 

    Il se dit au collège que c'est moi qui harcèle les enfants. Juste pour que tout le monde prenne conscience de la vitesse et de l'absurdité des "rumeurs". Et du mal effroyable que ça peut faire.

    Je n'aurais jamais abandonné ma classe s'il ne s'était agi que d'un problème lié aux enfants. 

    Il y a deux mois, j'ai décidé de démissionner parce que je ne veux pas cautionner par mon travail en classe la réforme des Rythmes scolaires. L'école publique que j'aimais n'existera plus. Il vous sera facile de vous faire une idée en suivant ce lien :

                                                                                                  L'école

    Cette démission ne pouvait se faire qu'en recevant l'Indemnité de départ volontaire, permettant de payer une formation professionnelle. M Peillon a gelé cette enveloppe. Le texte est toujours inscrit au Bulletin Officiel mais il ne peut pas être appliqué...Un tour de passe-passe de plus...

    J'ai donc demandé une reconversion professionnelle mais tout ce qui m'a été répondu, c'est qu'avec "JUSTE" un BAC et un diplôme d'instituteur, je n'avais accès à rien de ce que j'envisageais, hormis en retournant à la FAC pour passer un Master. Minimum deux ans d'études à 52 ans...

    Trente-deux ans de carrière ne me donnent droit à rien... Plus de 1200 enfants. Rien, le néant. Pour le rectorat, j'en suis donc au même point qu'en sortant de l'école de formation des instituteurs, je n'ai rien appris, je n'ai pas évolué. 

    Une formation continue d'environ 1500 heures ne me donne droit à rien...

    La réponse du rectorat est donc la suivante; "A la rentrée de septembre, vous serez en congé longue maladie."

    Je vous laisse imaginer ce que ça représente. 

    Je n'étais pas malade, je venais pour travailler, dans d'autres domaines et la réponse de ma hiérarchie se résume à un congé longue maladie.

    Imaginez ce que signifie une telle fin de carrière. Il est évident qu'il s'agit pour le rectorat de m'amener à revenir sur ma décision au regard de mon poste d'instituteur. Mais je ne reviendrai pas là-dessus. Depuis un an, je compile tous les articles, témoignages, enquêtes sur cette Réforme. Je sais de quoi je parle. Je n'en ferai pas partie.  

    Bien que j'étais déjà considérablement miné, rongé, anéanti par tout ça, j'étais décidé bien évidemment à rester sur mon poste jusqu'à la fin de l'année. 

    J'ai un attachement viscéral aux enfants, une très haute idée de ce que représente l'enseignement. 

    La première personne que je suis allé voir lorsque j'ai eu mon diplôme, c'est mon Maître de CM2. Je l'aimais infiniment. 

    "Surtout Thierry, ne fais jamais de mal aux enfants et ne laisse jamais un enfant souffrir dans ta classe. Ta classe, pour eux, ça doit être un refuge, un sanctuaire. Si tu dois gronder un enfant, c'est uniquement ce qu'il a fait qui doit être jugé, mais pas l'enfant lui-même. "

    J'ai gardé toute ma carrière cette ligne de conduite. Je ne critique pas un enfant, je le sermonne pour ce qu'il a fait. Mais je l'aime tout autant lorsque le conflit est réglé. Et je lui fais systématiquement confiance pour la suite.

    Maintenant, le fait que des enfants de MA classe se permettent de harceler d'autres enfants m'est absolument insupportable et les enfants le savent. Ils connaissent mon parcours. J'étais fortement asthmatique au collège, "soigné" avec de la cortisone à hautes doses. À 14 ans, je pesais 64 kilos. "Alors Bouboule, ça roule, Ledru gros cul."

    Je n'ai jamais rien dit à mes parents, je souffrais en silence et puis un jour, j'ai explosé. J'ai envoyé un de mes bourreaux à l'hôpital et j'ai été renvoyé trois jours. 

    Les enfants le savent. Je leur ai parlé des dizaines de fois de la notion de respect, de la nécessité d'apprendre à vivre les uns avec les autres. Je leur ai parlé des cauchemars, de la peur au ventre, de l'impossibilité de travailler et de réfléchir parce que la peur occupe toute la place. 

    Tous les panneaux qui étaient affichés dans ma classe parlaient de ce respect et de l'amour à honorer et non à salir. 

    Je suis sidéré aujourd'hui que les victimes se voient reprocher le fait d'avoir cherché à être protégés. Ce sont les victimes qu'il faut plaindre, pas les bourreaux qui voient aujourd'hui les conséquences de leurs actes. La pire erreur pour une victime, c'est de se taire. Et lorsque les bourreaux lui reprochent d'avoir parlé, ils le condamnent une deuxième fois parce qu'ils sont incapables d'éprouver eux-mêmes  la moindre empathie et qu'il s'amusent de la souffrance propagée. 

    De la même façon, il est totalement inconvenant de reprocher à des mamans d'être inquiètes pour leurs enfants. C'est le contraire qui serait inacceptable. 

    Je considère donc que je suis en échec avec les enfants dès lors que tout ce que je dis n'est pas entendu, qu'il n'y a aucun effet et qu'à la fin de l'année scolaire, des problèmes qui existaient à la rentrée de septembre n'ont jamais disparu. Si je ne suis que le Maître "sympa", c'est totalement insuffisant et ça ne peut pas nourrir mon envie de continuer. 

    Je n'ai plus aucune envie de continuer.

    1 ) L'État a tué l'école publique que j'aimais. Je ne participerai pas à la territorialisation de l'enseignement. J'ai une trop haute estime de cette institution pour participer à son démantèlement. 

    2 ) Les enfants n'entendent pas ce que je dis. Ils n'en tiennent pas compte parce que les influences extérieures ont davantage d'importance. Je ne peux plus lutter, je m'y épuise. Et il m'est impossible de considérer que mon métier s'arrête à l'enseignement du participe passé ou aux tables de multiplications...

    Sans doute suis-je trop idéaliste. Mais il est impossible pour moi de ne pas l'être quand on enseigne à des enfants. 

    La seule chose qui pourrait me réjouir aujourd'hui serait d'apprendre que mes élèves ont fini par comprendre que d'être volontairement un bourreau, cela revient à tuer l'idée même de la vie.

    Je ne suis pas parvenu à le leur faire entendre.

    Mais je les aime tout autant. Ils ne sont pas responsables, ils ne sont eux aussi que les victimes d'un monde qui les influence. Et ce que j'ai à opposer à ce monde ne suffit plus. 

    Clap de fin. 

    "La Paix, ce n'est pas quelque chose qui vient de l'extérieur, qui est imposé par une loi, qui répond à un ordre. C'est quelque chose qui vient de l'intérieur, qui doit commencer au-dedans de nous-mêmes. 

    Chacun a la responsabilité de faire grandir la Paix en soi afin que la Paix devienne universelle. "

    Dalaï lama.

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  • Seuls au monde

     

    Quarante ans coupés du monde en Sibérie

    Publié le 22 mai 2014 à 11:12 par Mike Dash | 0

    En taïga sibérienne, dans la région sauvage de l’Akaban, six membres de la famille Lykov ont vécu en totale isolation et à plus de 240 kilomètres de toute population humaine. Pendant 40 ans, cette famille russe est restée coupée du monde, inconsciente même de la Seconde Guerre mondiale. En 1978, des géologues soviétiques qui exploraient les régions sauvages de Sibérie ont découvert cette famille au beau milieu de la taïga.

     

    Sibérie, par Denis Mukimov.

    L’été ne dure pas en Sibérie. La neige s’attarde jusqu’en mai et le froid revient dès septembre. La vie de la taïga gèle à nouveau et se fige pour former cette somptueuse désolation : des kilomètres de pins et de bouleaux végétant, parsemés d’ours endormis et de loups affamés, des montagnes escarpées, des rivières d’eau claire qui se déversent en torrent à travers la vallée et une centaine de milliers de marais glacés. Cette forêt est la dernière et la plus importante étendue sauvage sur Terre. Elle débute aux confins des zones arctiques russes aussi éloignées que la Mongolie, s’étend à l’est de l’Oural jusqu’à l’océan Pacifique : huit millions de kilomètres carrés de vide et une population qui ne rassemble que quelques milliers de personnes.

    « L’équipage, abasourdi, effectua plusieurs passages avant de conclure malgré eux que ce jardin était la preuve d’une présence humaine. »

    Cependant, lorsque la chaleur arrive, la taïga fleurit, et pour quelques petits mois, elle pourrait presque être accueillante. C’est à ce moment que l’homme peut voir au plus clair de ce monde caché. Non pas depuis le sol, la taïga étant capable d’engloutir des armées entières d’explorateurs, mais depuis le ciel. La plupart des ressources en pétrole et minerais de Russie se trouvent en Sibérie, et au fil du temps, même ses coins les plus reculés ont été envahis par des chercheurs de pétrole et des géomètres en route vers des campements perdus dans les bois, là où s’extrait la richesse.

    Ainsi, durant l’été 1978, dans la partie isolée du sud de la forêt, un hélicoptère est envoyé à la recherche d’un endroit sûr où déposer un groupe de géologues. Il parcourait l’orée du bois quand il tomba sur une vallée densément boisée d’un affluent de l’Akaban, ce ruban d’eau écumante qui traverse ce terrain dangereux. Les parois de la vallée étaient étroites et quasiment verticales en certains endroits. Les frêles pins et bouleaux qui oscillaient dans le tourbillon du courant étaient si étroitement emmêlés qu’il n’y avait aucune chance de trouver une zone d’atterrissage. Pourtant, à force de fixer attentivement son pare-brise, le pilote repéra quelque chose qui n’aurait pas dû être là : une clairière à plus de 1800 mètres d’altitude sur le flanc de la montagne, encastrée dans la forêt et marquée par de longs sillons noirs. L’équipage, abasourdi, effectua plusieurs passages avant de conclure malgré eux que ce jardin était la preuve d’une présence humaine. La taille et la forme de la clairière laissaient supposer qu’elle existait depuis un bon moment.

    « Bonjour grand-père »

    La famille Lykov avec les scientifiques.

    C’était une découverte stupéfiante. La montagne se trouvait à plus de 240 kilomètres de l’implantation humaine la plus proche, dans une partie de la taïga qui n’avait encore jamais été explorée. Les autorités soviétiques n’avaient aucune trace de quiconque y vivant. Les quatre scientifiques, envoyés dans la région à la recherche de minerais de fer, furent informés de l’observation des pilotes, ce qui les laissa perplexes, et aussi inquiets. L’écrivain Vassili Peskov décrit cette partie de la taïga en ces termes : « Il est moins dangereux d’y faire la rencontre d’un animal sauvage que celle d’un étranger. » Plutôt que d’attendre à leur base temporaire à 16 kilomètres de là, les scientifiques décidèrent d’enquêter. Menés par la géologue Galina Pismenskaya, ils « choisirent un jour de beau temps, et emportèrent des cadeaux pour leurs potentiels amis ». Elle racontait tout de même, que juste au cas où, elle s’était assurée que son pistolet était bien accroché à sa taille.

    En grimpant la montagne avec empressement en direction de la zone localisée par les pilotes, ils rencontrèrent des signes d’activité humaine : un chemin grossier, un bâton, une bûche posée au travers d’un ruisseau, et finalement, un petit abri rempli de récipients en écorce de bouleau contenant des morceaux de pomme de terre séchés.

    « Puisque vous êtes venu jusqu’ici, autant que vous entriez. »

    Et puis Pismenskaya raconte : « Près du ruisseau il y avait une demeure. Une cabane noircie par la pluie et le temps faite d’un amas des déchets de la taïga : écorces de bouleau, bâtons, planches. Sans la petite fenêtre de la taille d’une poche de sac à dos, nous aurions eu du mal à croire qu’elle était habitée. Pourtant c’était le cas, aucun doute là-dessus. Nous pouvions voir que notre arrivée avait été remarquée. La petite porte s’ouvrit en grinçant, et le visage d’un très vieil homme apparuà la lumière du jour. Tout droit sorti d’un conte de fée, pieds-nu, habillé d’une chemise et d’un pantalon en toile-à-sac reprisés à mainte reprise, il avait une barbe emmêlée et les cheveux ébouriffés. Il avait l’air effrayé et attentif à nos moindres mouvements. Il fallait que nous disions quelque chose, alors je lançais : « Bonjour grand-père, nous sommes venus vous rendre visite. »

    Il ne répondit pas tout de suite mais nous finîmes par entendre sa voix douce et incertaine : « Eh bien, puisque vous êtes venu jusqu’ici, autant que vous entriez. »

    « À cause de nos péchés »

    Natalia et Agafia, les filles de Karp Lykov.

    Une vision moyenâgeuse accueillit les géologues lorsqu’il entrèrent dans la cabane. L’habitation valait à peine mieux qu’un terrier, vulgairement construite avec tout ce qui s’était trouvé à portée de main, « une niche de bûches, basse et noircie par la suie » dont le sol était couvert de pelures de pommes de terre et de coques de pignons. En balayant la pénombre du regard, les visiteurs constatèrent qu’il s’agissait d’une pièce unique, étriquée, moisie, d’une saleté indescriptible et maintenue en place par des poutres tombantes et qui tenait étonnamment lieu de foyer à une famille de cinq. « Le silence fût soudainement brisé par des pleurs et des lamentations. Seulement à ce moment, nous aperçûmes les silhouettes de deux femmes. L’une d’elle était hystérique et gémissait “C’est à cause de nos péchés, nos péchés.” L’autre restait derrière un poteau et glissa lentement au sol. La lumière de la petite fenêtre éclairait ses grands yeux terrifiés et nous réalisions que nous devions sortir d’ici aussi vite que possible. »

    Pismenskaya en tête, les scientifiques sortirent à toute hâte de la cabane et se retirèrent quelques mètres plus loin. Là ils sortirent leurs provisions et commencèrent à manger. Au bout d’une demi-heure, la porte de la cabane grinça à nouveau et le vieil homme sortit avec ses deux filles, maintenant calmées mais de toute évidence encore apeurées. Tous les trois étaient « franchement curieux ». Avec précaution, les trois étranges personnages s’approchèrent et s’assirent avec leurs visiteurs, rejetant tout ce qui leur était offert (confiture, thé, pain), en marmonnant : « Nous n’avons pas le droit à ça ! » Lorsque Pismenskaya demanda s’ils avaient déjà mangé du pain, le vieil homme répondit : « Moi oui. Mais pas elles. Elles n’en ont jamais vu. » Au moins il était compréhensible. Les filles parlaient une langue déformée par une vie d’isolation. « Quand les sœurs parlaient entre elles, cela sonnait comme un lent roucoulement brouillé. »

    « Alors que Lykov travaillait agenouillé derrière son frère à la bordure de leur village, une patrouille communiste l’avait tué. La réaction de Lykov fut de saisir sa famille et se mettre à l’abri dans la forêt. »

    Lentement, après plusieurs visites, l’histoire complète de la famille fut révélée. Le nom du vieil homme était Karp Lykov, un vieux-croyant, membre d’une secte orthodoxe intégriste russe, dont la pratique religieuse restait inchangée depuis le XVIIe siècle. Les vieux-croyants ont été persécutés depuis l’époque de Pierre le Grand, et Lykov en parlait comme si cela datait de la veille. Pour lui, Pierre était un ennemi personnel, « l’anti-christ sous sa forme humaine », il soutenait que la preuve en était la campagne de modernisation de la Russie par le Tsar, lors de laquelle les chrétiens se faisaient couper la barbe de force. Un des buts principaux de la tentative de modernisation de la Russie de Pierre le Grand au début du XVIIIe siècle était de mettre fin au port de la barbe. Ceux qui la portaient recevaient des amendes, et ceux qui ne payaient pas était rasés de force.

    Mais à ces siècles de vieilles haines s’ajoutaient des plaintes plus récentes. Karp pouvait se plaindre dans le même souffle d’un marchant qui avait refusé d’offrir 425 kilos de pommes de terres aux vieux-croyants aux alentours de 1900.

    Les choses n’avaient fait qu’empirer pour la famille Lykov quand les bolcheviques athées prirent le pouvoir. Sous régime soviétique, les communautés isolées de vieux-croyants, qui avaient fui en Sibérie pour échapper aux persécutions, commencèrent à se retirer encore plus loin de la civilisation. Lors des purges des années 30, le christianisme lui-même était attaqué. Alors que Lykov travaillait agenouillé derrière son frère à la bordure de leur village, une patrouille communiste l’avait tué. La réaction de Lykov fut de saisir sa famille et se mettre à l’abri dans la forêt.

    Bolcheviques

    Par Vassili Peskov.

    C’était en 1936, et les Lykov n’étaient alors que quatre : Karp, sa femme Akuline, un fils de 9 ans appelé Savin, et Natalia, leur fille qui n’avait que 2 ans. Avec quelques possessions et quelques semences, ils se sont retirés toujours plus profondément dans la taïga, construisant eux-même une succession d’habitations grossières, jusqu’à ce qu’enfin ils se retrouvent dans ce recoin désolé. Deux enfants supplémentaires étaient nés dans la nature : Dmitry en 1940 et Agafia en 1943. Aucun des deux plus jeunes Lykov n’avaient encore vu d’être humain qui ne soit pas membre de leur propre famille. Tout ce qu’Agafia et Dmitry savaient du monde extérieur, ils l’avaient appris des histoires de leurs parents. Le journaliste russe Vassili Peskov écrivait que la principale distraction des membres de la famille était « de raconter leurs rêves ».

    Les enfants savaient qu’il existait des lieux appelés villes où les humains vivaient entassés dans de grands bâtiments. Ils avaient entendu dire qu’il y avait des pays autres que la Russie. Mais ces concepts n’étaient pas plus que de vagues abstractions pour eux. Leur seul matériel de lecture était un livre de prières et une ancienne Bible familiale. Akulina leur avait appris à lire et à écrire avec les évangiles. Ils utilisaient des bâtons de bouleau taillés, trempés dans du jus de chèvrefeuille en guise de stylo et d’encre. Lorsqu’on montra à Agafia l’image d’un cheval, elle reconnut une image de la Bible de sa mère et s’écria : « Regarde, papa, un destrier ! »

    Le niveau d’isolement de cette famille était dur à saisir, mais la difficulté de leur vie sautait aux yeux. Se rendre à pied jusqu’à leur lieu de vie était incroyablement ardu, même en longeant l’Akaban avec un bateau. Lors de sa première visite, Peskov, qui se proclamait Chroniqueur en chef des Lykov, écrivait : «Nous avons traversé 250 kilomètres sans n’apercevoir aucune habitation humaine. »

    « Ils avaient possédé deux chaudrons durant de longues années, mais lorsque la rouille finit par les recouvrir, ils ne trouvèrent d’autre matériel de remplacement que les écorces de bouleau. »

    L’isolation rendait la survie dans la nature proche de l’impossible. Dépendant seulement de leurs propres ressources, les Lykov avaient dû s’efforcer à grand-peine de remplacer les quelques objets emportés avec eux. Ils avaient confectionné des chaussures en écorces de bouleau. Les habits étaient rapiécés encore et encore jusqu’à ce qu’ils tombent en lambeaux, puis remplacés par du tissu de chanvre, qu’ils avaient fait pousser à partir de graines.

    Ils avaient transporté un rouet grossier et, aussi incroyable que cela puisse paraître, les composants d’un métier à tisser. Les déplacer ainsi alors qu’ils s’enfonçaient graduellement dans la région sauvage avait dû représenter de nombreux longs et fatigants voyages. Par contre, ils n’avaient à disposition aucun procédé pour remplacer le métal. Ils avaient possédé deux chaudrons durant de longues années, mais lorsque la rouille finit par les recouvrir, ils ne trouvèrent d’autre matériel de remplacement que les écorces de bouleau. Puisque ces dernières ne pouvaient pas être placées sur le feu, cuisiner devint bien plus compliqué. Au moment où les Lykov furent découverts, leur nourriture de base était constituée de pâtés de pommes de terre, mélangés à du seigle moulu et des graines de chanvre.

    Peskov racontait que la taïga offrait une certaine abondance : « Près de l’habitation coulait un ruisseau clair et froid. Les mélèzes, les épicéas et les bouleaux produisaient en grande quantité. On trouvait des myrtilles et des framboises à portée de main ainsi que du bois pour le feu et les pignons tombaient directement sur le toit. »

    Famine

    Akaban.

    Et pourtant les Lykov vivaient en permanence au bord de la famine. Ce ne fut pas avant la fin des années 50, lorsque Dmitry atteint l’âge adulte, qu’ils commencèrent à piéger des animaux pour leur viande et leur fourrure. N’ayant pas d’armes à feu, ni même d’arcs, ils ne pouvaient chasser qu’en creusant des pièges ou en poursuivant leurs proies à travers les montagnes jusqu’à ce qu’elles s’effondrent d’épuisement. Dmitry développa une endurance impressionnante, et pouvait chasser nu-pieds durant l’hiver. Il revenait parfois de la chasse après plusieurs jours, un élan sur les épaules, ayant dormi à la belle étoile par moins 15 degrés. Mais la plupart du temps il n’y avait pas de viande et leurs repas devinrent petit à petit plus monotones. Il arriva que des animaux sauvages détruisent leurs récoltes, et Agafia se souvient de la fin des années 50 comme des « années de faim ». « Nous mangions des feuilles de sorbier, disait-elle, des racines, de l’herbe, des champignons, des feuilles de pommes de terre et de l’écorce. Nous avions faim tout le temps. Chaque année nous nous concertions pour décider de s’il fallait tout manger ou garder quelques graines pour l’année suivante. »

    « Le givre détruisit tout ce qui poussait dans leur jardin, et au printemps ils furent réduits à manger leurs chaussures et de l’écorce. Akulina choisit de voir ses enfants nourris et mourut de faim. »

    Dans ces circonstances la famine était un danger omniprésent. En 1961, il neigea en juin. Le givre détruisit tout ce qui poussait dans leur jardin, et au printemps ils furent réduits à manger leurs chaussures et de l’écorce. Akulina choisit de voir ses enfants nourris et mourut de faim. Les autres membres de la famille furent sauvés par ce qu’ils considérèrent comme un miracle : un seul grain de seigle avait germé. Ils montèrent une clôture autour de la pousse et la gardèrent avec acharnement, jours et nuits, pour la protéger des souris et des écureuils. À l’heure de la récolte, l’unique tige donna 18 graines à partir desquelles ils reformèrent avec grand soin leur réserve de seigle.

    En se familiarisant avec la famille Lykov, les géologues réalisèrent qu’ils avaient sous-estimé leurs capacités et leur intelligence. Chaque membre avait sa propre personnalité. Le vieux Karp était en général enchanté par les dernières innovations que les scientifiques ramenaient de leur campement. Bien qu’il refusait tout net de croire que l’homme avait posé le pied sur la lune, il accepta en un instant l’idée des satellites. Les Lykov les avaient remarqués dès les années 50 lorsque « les étoiles se mirent à traverser le ciel rapidement », et Karp avait conçu une théorie pour l’expliquer : « Les hommes avaient inventé un quelque chose pour projeter du feu qui ressemblait beaucoup aux étoiles. »

    « Ce qui le stupéfiait le plus, témoignait Peskov, était un emballage en cellophane transparent. “Mon dieu ce qu’ils ont inventé ! C’est du verre, mais ça se froisse !” » . Et puis Karp, bien qu’il soit octogénaire, tenait farouchement à son statut de chef de famille. Son fils ainé, Savin, s’en accommodait en s’attribuant le rôle d’arbitre inflexible de la famille en ce qui concernait la religion. « Il avait une foi profonde, mais était sévère », disait de lui son père. Karp semblait se préoccuper de ce qu’il adviendrait de sa famille après sa mort si Savin prenait les rênes en main. Il ne rencontrerait certainement aucune opposition de la part de Natalia, qui s’acharnait à reprendre le flambeau de sa mère en tant que cuisinière, couturière et infirmière.

    Les deux plus jeunes, d’un autre côté, étaient plus accessibles et plus ouverts au changement et aux innovations. « Agafia n’était pas trop marquée par le fanatisme », racontait Peskov. Avec le temps il en vint à réaliser que la plus jeune de la famille avait le sens de l’ironie et acceptait les taquineries. Elle avait une voix chantante et rajoutait des syllabes aux mots courts. Sa façon inhabituelle de s’exprimer avait convaincu certains visiteurs qu’elle avait l’esprit lent. Elle était en fait remarquablement intelligente et avait pris la difficile responsabilité dans un foyer qui ne possédait pas de calendrier, de garder une trace du temps écoulé. Travailler dur ne lui faisait pas peur, ni creuser le soir une nouvelle cave à la main ni même continuer à travailler à la lumière des étoiles après le coucher du soleil. Lorsque Peskov lui demandait émerveillé si elle n’avait pas peur seule dehors après la tombée de la nuit, elle répondit : «Qu’est ce qui pourrait me faire mal dehors ? »

    « Parfait ! »

    Agafia, par Denis Mukimov.

    De tous, le préféré des géologues était Dmitry, un homme d’extérieur accompli qui savait tout des humeurs de la taïga. Il était le plus curieux et peut-être le plus tourné vers le futur. C’est lui qui avait construit le poêle et tous les seaux en écorce que la famille utilisait pour stocker leur nourriture. C’est aussi lui qui passait des journées entières à couper et aplanir à la main toutes les bûches que les Lykov abattaient. Il n’était donc pas surprenant qu’il soit aussi plus le fasciné par les appareils des scientifiques. Une fois que leurs relations se furent suffisamment améliorées pour que les Lykov acceptent de visiter le campement des soviétiques situé en aval, il passa de nombreuses heures à s’amuser dans la scierie, émerveillé par la facilité avec laquelle la scie circulaire et le tour à bois polissaient les planches. « Cela n’a rien de surprenant, écrivait Peskov, la même bûche que Dmitry aurait mis un jour ou deux à aplanir, était transformée sous ses yeux en une planche superbe. Il touchait les planches de ses paumes et disait : “Parfait !” »

    Karp Lykov se battit longuement et vainement pour maintenir toute cette modernité hors du foyer. Quand ils rencontrèrent pour la première fois les géologues, la famille n’accepta qu’un seul cadeau : du sel (Karp disait que vivre sans pendant des décennies avait été « une vraie torture »). Avec le temps cependant, ils commencèrent à accepter plus. Ils ne refusaient pas l’aide de leur ami le plus proche parmi les géologues, un foreur du nom de Yerofei Sedov. Ce dernier passait la plupart de son temps libre avec eux, à planter et récolter. Ils acceptèrent des couteaux, des fourchettes, des manches, du grain et finalement même des stylos, du papier et une lampe électrique. En général ces innovations étaient reçues de mauvais gré, mais le péché de la télévision qu’ils rencontrèrent au campement « s’avéra irrésistible ». Lors de leurs rares apparitions, ils s’asseyaient invariablement pour la regarder. Karp se positionnait directement en face de l’écran. Agafia y jetait des regards de derrière une porte. Elle essayait de repousser sa transgression en priant sur le champ, murmurant, se signant. Le vieil homme, lui, priait après coup, avec application et d’une seule traite.

    « Peut-être que le plus triste dans la curieuse histoire des Lykov est la rapidité de leur déclin après leur reprise de contact avec le monde extérieur. »

    Peut-être que le plus triste dans la curieuse histoire des Lykov est la rapidité de leur déclin après leur reprise de contact avec le monde extérieur. Durant l’automne 1981, trois des quatre enfants suivirent leur mère dans la tombe, à quelques jours d’intervalles. D’après Peskov, leur mort n’était pas le résultat, comme on aurait pu s’y attendre, de leur exposition à des maladies contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés. Savin et Natalia souffrirent d’insuffisance rénale, probablement le résultat de leur régime draconien. Dmitry mourut lui d’une pneumonie, qui aurait peut-être commencé par une infection contractée au contact de ses nouveaux amis.

    Sa mort bouleversa les géologues qui essayèrent désespérément de le sauver. Ils proposèrent de faire venir un hélicoptère pour l’évacuer jusqu’à un hôpital. Mais Dmitry, à l’article de la mort, ne voulut abandonner ni sa famille, ni la religion qu’il avait pratiquée toute sa vie. « Cela ne nous est pas autorisé. Un homme vit comme Dieu l’accorde. »

    Lorsque les trois Lykov furent enterrés, les géologues tentèrent de convaincre Karp et Agafia de quitter la forêt et de retourner vivre avec des parents qui avaient survécu aux persécutions des années de purge et qui vivaient toujours dans les mêmes vieux villages. Mais aucun des deux survivants ne voulurent en entendre parler. Ils reconstruisirent une cabane tout en restant proche de leur ancienne demeure.

    Karp Lykov mourut dans son sommeil le 16 février 1988, soit 27 ans jour pour jour après sa femme Akulina. Agafia l’enterra dans la pente de la montagne avec l’aide des géologues, puis se détourna pour rentrer chez elle. Elle affirmait que Dieu lui fournirait ce dont elle avait besoin, et qu’elle resterait ici. Ce qu’elle fit en effet. Un quart de siècle plus tard, maintenant elle-même sexagénaire, cette enfant de la taïga continue de vivre seule, surplombant de haut l’Akaban.

    Elle ne partira pas. Mais nous la quittons ici, telle que l’a vue Yerofei le jour de l’enterrement de son père : « J’ai regardé en arrière pour lui faire signe. Elle se tenait droite comme une statue au bord de la rivière. Elle ne pleurait pas. Elle me fit signe de la tête : “Vas-y, continue.” Nous avons parcouru un kilomètre de plus et je me suis retourné. Elle était toujours là. »

     
     

  • Chemtrails

    Réponse du ministère de l’écologie à la question de Joël Giraud sur les chemtrails

    Le 12 novembre dernier, le député des Hautes-Alpes Joël Giraud (PRG) a adressé une question à destination du ministère de l’Ecologie et de son ministre. Malgré que le délai de réponse de deux mois autorisé par l’Assemblée nationale soit dépassé depuis le 12 janvier 2013, le ministère de l’Ecologie a tenu à répondre à cette interrogation laissée en suspend.

    Voici la question du député, ainsi que la réponse du ministère :

    ass nat giraud

     

    Texte de la question :

    M. Joël Giraud attire l’attention de M. le ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie sur les phénomènes de « chemtrails » et la géo-ingéniérie. Un certain nombre d’articles sont parus dans des
    revues scientifiques spécialisées ayant trait aux « mystérieuses traînées dans le ciel » plus connues sous le
    nom de « chemtrails ». Plus récemment, la Conférence du collectif « skyguards » qui s’est tenu à Bruxelles
    le 9 avril 2013 a rendu ses conclusions et a présenté au Parlement européen une pétition afin de faire cesser
    les épandages aériens clandestins dans le ciel. La géo-ingéniérie qui comprend les interventions délibérées
    à large échelle visant à modifier le climat pour limiter le réchauffement climatique a des effets dévastateurs.
    Des milliers de témoins peuvent dénoncer des trainées d’avions dans le ciel qui se développent d’un horizon
    à l’autre, s’élargissent et fusionnent jusqu’à couvrir le ciel d’un nuage artificiel. En effet officiellement ces
    trainées sont considérées comme des traces de condensation laissées par les avions mais les scientifiques
    qui ont étudié la question mettent en avant le fait que les traces de condensation sont identifiables à des
    altitudes élevées de l’ordre de 10 000 mètres et que celles-ci se résorbent rapidement alors que les chemtrails
    apparaissent à des altitudes plus basses entre 2 000 et 5 000 mètres et s’estompent très lentement. Certains
    émettent l’hypothèse qu’il s’agirait là d’épandage de produits chimiques provoquant d’ailleurs des maladies
    respiratoires chez les populations survolées et que les appareils concernés sont des avions militaires sans
    aucune identification possible, écartant ainsi la piste des appareils civils qui ne seraient donc pas concernés
    par ces traces. Aussi, il lui demande de bien vouloir lui faire savoir si des études ont été diligentées par le
    Gouvernement afin d’apporter des réponses précises aux questions légitimement posées.

     

    Texte de la réponse du ministère de l’Ecologie :

    Les traînées blanches visibles dans le ciel après le passage des avions correspondent à une condensation
    de l’eau de l’atmosphère en cristaux autour des émissions normales de l’avion. La combustion du kérosène
    dans les moteurs des avions conduit en effet à l’émission de gaz et de particules (suies, imbrûlés, poussières)
    qui sont à l’origine de la condensation observée : ces particules peuvent servir de noyau de condensation
    dans des conditions de très forte humidité de l’atmosphère (100 % à 130 % de sursaturation) et pour des
    températures inférieures à – 30° C. En dessous du seuil de 100 %, aucune traînée n’apparaît ; en revanche,
    au dessus de 130 %, un nuage se forme. Ce phénomène dépend peu de l’altitude de l’avion mais bien
    des conditions atmosphériques et de la météorologie. La taille, la durée et l’étalement des traînées de
    condensation dépendent également des conditions météorologiques. Elles ne sont pas nocives pour la santé
    et aucun élément ne contredit à ce jour cet état de fait. Le sujet des traînées de condensation est bien une
    préoccupation mais dont l’enjeu environnemental réside dans l’évaluation de leur contribution à l’effet de
    serre. De nombreuses études sont menées sur ce sujet, au niveau national par l’Office national d’études et de
    recherches aérospatiales (ONERA), et au niveau international par le Groupe d’experts intergouvernemental
    sur l’évolution du climat (GIEC). La lutte contre les émissions et la limitation des nuisances aériennes
    constituent une des priorités fixées à la direction générale de l’aviation civile.

     

    A souligner la quasi-similitude de cette réponse avec celle donnée le 1er Avril 2014, en réponse à la question formulée le 16 Novembre 2012 par le député socialiste Gérard Bapt :

    Bapt

     

    Source :

    http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-42050QE.htm

    http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-7016QE.htm

     

    Ci-dessous, notre interview de Joël Giraud sur cette question :

     

    Pour aller plus loin, sur les chemtrails avec l’Agence Info Libre et Claire Henrion de l’ACSEIPICA :

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