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Qui se souvient des Hommes ?

Par Le 21/08/2013

"Qui se souvient des Hommes?"

Un roman de Jean RASPAIL

Résumé : Ils s'appelaient eux-mêmes les Hommes.
Ils étaient parvenus à cette extrémité de la terre - qui devait, bien plus tard, être nommée Terre de Feu -, au terme d'une si longue migration qu'ils en avaient perdu la mémoire. Sans cesse poussés par de nouveaux envahisseurs, ils avaient traversé un continent et des millénaires dans l'ignorance et la peur. Ils s'étaient établis là où, semblait-il, nul ne pouvait les rejoindre, tant sont cruels le ciel, la terre et la mer dans cet enfer austral.
Ils furent peut-être un peuple ; ils ne furent plus que des clans, puis des familles. Un jour, et c'est demain, il n'y aura plus que Lafko - Lafko, fils de Lafko, fils de Lafko depuis le fond des âges -, le dernier des Hommes, celui que nous voyons, à la première et à la dernière page de ce livre, tenter de trouver dans la tempête la grève où il pourrait mourir, seul sous le regard de Dieu. Dans l'intervalle, depuis le rêve de Henri le Navigateur et l'apparition des vaisseaux de Magellan, les Hommes, ces " sauvages ", ont regardé passer l'Histoire et l'ont subie.
Demain, Lafko va se perdre dans la nuit. Qui se souvient des Hommes ? Jean Raspail, pour avoir rencontré l'un des derniers canots des Alakalufs (tel est leur nom moderne), ne les a pas oubliés. Dans ce livre - que, faute de mieux, il qualifie de " roman ", mais " épopée " ou " tragédie " seraient sans doute plus exacts -, il recrée le destin de ces êtres, nos frères, que les hommes qui les virent hésitèrent à reconnaître comme des hommes. C'est une immense et terrible histoire.
Et c'est un livre comme il n'en existe pas aujourd'hui, et dont on sort transformé.

http://www.babelio.com/livres/Raspail-Qui-se-souvient-des-hommes/94687


 

J'étais adolescent lorsque j'ai lu cette histoire. Tragique, cruelle. Toute la symbolique des Peuples Racines contre l'extension des Conquistadors.

  Une étrange similitude avec les vallées de montagnes où nous avons passé l'été. Personne, là-haut, n'a été massacré comme l'ont été les Alakalufs ou d'autres Peuples mais cet exode rural et le vide des hautes vallées est malgré tout terrifiant. Plus encore lorsqu'on redescend dans les basses vallées et les plaines urbanisées. Les concentrations humaines sont un étouffoir des consciences.

Le trajet du retour jusqu'à la maison n'a été qu'une accumulation d'incivilités, un catalogue consternant de cet enfermement des consciences dans l’ego. Je pensais qu’il s’agissait d’immaturité mais finalement, c’est bien plus grave que ça. Les enfants sont toujours susceptibles d’apprendre alors que ces adultes-là sont hermétiques à toutes réflexions…Il faudrait leur taper dessus pour qu’ils écoutent.

La rupture avec le bien-être et la plénitude distillés par l’altitude est une douleur réelle. Se dire qu’il faut, finalement, continuer à vivre ici bas sonne comme une malédiction.

Nous avons cherché cette haute vallée où nous irons vivre dans quelques années. Pyrénées, Ubaye, Queyras, Dévoluy, Lozère, Cévennes… J’ai eu l’impression d’assister dans ce périple à la destruction programmée des Hauts Lieux par une mondialisation qui agit comme les Conquistadors.

« Qui se souvient des Hommes ? »

Juste deux exemples de ces ressentis extrêmes : Une panne du camion nous a obligés à rester trois jours à vadrouiller dans les environs de Luchon (Pyrénées) et un après-midi, après une virée en altitude, nous sommes repassés par le centre ville. Le camion était au garage et nous avons donc cherché un endroit où nous poser. Nous avons vu une terrasse de brasserie, bondée, des gens qui parlaient fort, une agitation frénétique sur le trottoir, des badauds qui léchaient les vitrines comme des trésors et nous avons ressenti, tous les deux, un malaise physique, une douleur dans le ventre, comme si une entité énergétique cherchait à nous happer, une masse dans laquelle les consciences n’existaient plus. Il nous a été impossible de nous asseoir. Physiquement impossible. Comme si nous étions en danger, comme si un mal sournois allait nous envahir. Nous sommes partis.

Quelques jours auparavant, nous étions en altitude, sur des crêtes isolées, une succession de sommets parcourus dans la journée et sur le trajet du retour, nous sommes passés près d’une cabane, un abri en pierres, avec un toit en tôle, la taille d’un abri de jardin, ancré sur la crête, avec des horizons infinis. Un homme est sorti parce que les chiens s’étaient mis à aboyer à notre passage. Des chiens de berger. Il a dit aux chiens de se taire et il nous a demandé ce qu’on avait fait comme balade. La discussion s’est prolongée pendant deux heures. Il nous a offert un café et nous avons parlé de la vie des montagnes.

Gérald, berger itinérant, il avait grandi dans ces vallées, il en connaissait tous les chemins, l’histoire des Anciens, il gardait les troupeaux de plusieurs éleveurs, il allait passer un mois dans cet abri rudimentaire. Seul. Avec ces trois chiens et les vautours qui tournoyaient au-dessus des sommets.

ete-2013-074.jpgL'abri de Gérald, minuscule petit point blanc, sur les crêtes du Mourtis.

Les vautours… Il nous a expliqué que leur comportement avait changé en quelques années et que l’Union européenne en était responsable. Bruxelles avait imposé aux éleveurs de déclarer les bêtes mortes et de les confier à des équarisseurs. Cent cinquante euros par bêtes et en cas de refus, une amende. Soi-disant pour éviter des épidémies. Dans des montagnes en Espagne, nous avons vu une vache tombée d’une falaise être dévorée par une cinquantaine de vautours. Il leur faudrait 24 heures pour n’en laisser qu’un squelette qui serait à son tour attaqué par les gypaètes. La seule épidémie venait de Bruxelles. La diminution des cadavres disponibles avait conduit les vautours à devenir prédateurs et non plus simplement charognards. Gérald racontait que les vautours piquaient sur les brebis lorsqu’elles empruntaient des passages escarpés et que la panique les faisait chuter ou que les petits naissants étaient attaqués avant même qu’ils ne tiennent sur leurs pattes. Il connaissait l’histoire de cette randonneuse tombée dans une paroi, dévorée avant même que les secours ne trouvent son corps. Ils avaient eu besoin de cinq heures pour ne laisser que le sac à dos et le squelette…

ete-2013-065.jpg

Les scientifiques nient ce changement de comportement parce que dans leurs études scolaires, les vautours sont des charognards et rien d’autre. Gérald vit là-haut. Mais, lui, sa parole ne compte pas…

On a donc parlé de conscience, d’énergie, des traditions, de la culture, de la société, de l’illusion de démocratie, de l’avilissement des consciences, du conditionnement, de l’éducation, de l’école, de politique, de l’Union européenne…

Nous étions là-haut, trois personnes, trois esprits unifiés par les Hauts Lieux. Une rencontre réelle, profonde, émouvante, spontanée, ce sentiment étrange d’une fusion immédiate, comme si émanait de nous une énergie similaire, aucune parole insignifiante, la nécessité d’aller explorer les pensées utiles.

Nous avons repris notre route sur les crêtes. Il est resté en nous avec ce sourire intérieur et la force de son regard. Il est toujours là-haut.

Nous sommes redescendus…

Entraunes, village de l’Ubaye, à la limite du Parc du Mercantour. Au XIX ème siècle, le village comptait plus de 800 habitants. Une activité économique qui permettait aux gens de vivre là-haut. Il reste une centaine d’habitants désormais. Que s’est-il passé ?

Le système de destruction des Hauts Lieux est redoutablement efficace et pervers. En premier lieu, l’école obligatoire a brisé la transmission des savoirs. Au nom de la « connaissance », les enfants ont dû partir dans les collèges et vivre à l’internat. On ne construit pas de petits collèges de montagne, on concentre… On retire aux parents la transmission du savoir et on impose l’accession aux diplômes. Les banques ne prêteront qu’à ceux qui peuvent faire valoir leur niveau d’enseignement. On ne s’intéresse pas aux petites exploitations familiales, il faut développer des activités subventionnées, répondre aux besoins du « marché », on ne cherche pas à maintenir l’équilibre entre les besoins des hommes et les ressources de la nature, on crée des manques et on surexploite jusqu’à la destruction.

Qui est ce « on » ?

Les instances gouvernementales, les financiers, les multinationales, la mondialisation et tous ceux qui la servent.

J’ai vu ce désastre déjà quand je vivais en Bretagne. On demandait aux marins pêcheurs d’abandonner leurs petits bateaux pour s’endetter et construire des bateaux capables d’augmenter les prises. Les enfants devaient aller à l’école pour apprendre le métier. Les pères payaient des droits de succession tout comme pour les exploitations agricoles. Racket organisé, mafia gouvernementale. Les marins se sont endettés, les ressources ont diminué, la mondialisation ne leur permet plus de vivre. On jette le poisson qui n’est pas rentable. La mer se vide. Les pêcheurs se tuent au travail et ils subissent les accusations des écologistes. Tout comme les agriculteurs.

Qui sont les vrais coupables ? Il ne faut pas s’arrêter à l’exploitant mais remonter vers celui qui tient les rênes des finances…

Les villages de montagne se sont vidés parce que les jeunes sont partis. L’aimantation de la masse, l’effacement des valeurs humaines pour les valeurs marchandes. Plus vous concentrez la masse aimantée, plus vous l'accroissez et c'est un phénomène exponentiel. Il faut avoir l'âme ancrée dans la terre pour ne pas être emporté...

« Qui se souvient des Hommes ? »

Nos enfants se poseront une question bien plus effroyable un jour prochain : « Où sont les Hommes ? »

Dans le cœur des hommes.

Par Le 12/08/2013

Plus de trois heures de montée dans un vallon désert, encadré par les sommets, un soleil rasant qui se couchait nonchalamment sur les parois et les champs d’herbes puis l’ascension régulière vers le zénith. Le col, au-dessus de nos têtes, nous aimantait et nous cherchions, nous aussi, à rejoindre l’altitude.

Une esquisse de sentier serpentait dans les barres rocheuses et nous devions rester concentrés malgré les regards qui se perdaient parfois dans les horizons gagnés. J’ai quitté le chemin pour escalader un ressaut rocheux éclaboussé par une cascade. J’avais vu cette ouverture étrange dans la paroi et j’imaginais une grotte. Il s’agissait en fait d’une galerie s’enfonçant dans les entrailles de granit. Je n’avais pas de lampe et n’avais pu aller bien loin. Mystère…

J’avais repris les pas de ma Bien-aimée.

Un final vraiment raide, une surprise constante dans le cheminement, l'intelligence du tracé qui serpentait dans les faiblesses de la pente.

Nous sommes parvenus au Col.

C’est là que nous l’avons vu.

Un homme, seul, au-dessus d’une pente d’herbe finissant en plongeon dans une barre rocheuse. Il hésitait, les mains cherchant des appuis solides, quelques mètres, puis un retour, des regards tournoyants, comme une quête de salut. J’ai sorti les jumelles. Un sac à dos, un casque d’alpiniste, aucune autre présence autour de lui. Il avait posé les fesses au sol. Le meilleur moyen pour entamer une glissade fatidique. Des attitudes qui ne trompaient pas… Peut-être un compagnon déjà tombé. J’observais le bas des parois mais ne voyais rien. Je l’ai appelé. Ma voix se perdait dans l’immensité des sommets, rebondissant sur les parois, il a mis longtemps à me voir. Je m’étais dressé sur un éperon et je lui faisais signe. Il m’a répondu de la main. Je lui ai crié de ne pas descendre mais de traverser vers l’Est, une rampe à suivre pour rejoindre une crête horizontale. Il n’a rien répondu mais il a pris la bonne direction et son attitude était plus solide, comme si notre présence et mon intervention venaient de déclencher en lui une montée d’énergie et d’assurance.

Je l’ai suivi aux jumelles jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière une ligne de rochers.

Nous avons mangé nos fruits secs en l’attendant et il est apparu.

Souriant.

Un Espagnol. Une allure sportive, un matériel de qualité, des mains de grimpeur. Noueuses.

On lui a expliqué qu’il nous avait inquiétés, qu’il semblait perdu. Ma Belle parle un peu Espagnol et moi un peu Anglais. Il connaissait quelques mots de Français. Le tout mélangé, il nous a expliqué au bout de quelques minutes qu’il venait de perdre son travail et que sa compagne l’avait quitté…

Rupture totale.

Il avait eu besoin de venir se ressourcer dans « ses » montagnes, celles qu’il parcourait depuis son enfance. Il avait voulu rejoindre le col par un névé mais la neige s’était révélée trop dure et il avait opté pour l’escalade de barres rocheuses et de pentes herbeuses, jusqu’à ce qu’il se retrouve en posture délicate, sans savoir vers où aller.

On lui expliqua que son état intérieur n’était guère compatible avec de telles épreuves en montagne. Il sourit pour la première fois en acquiesçant. Qu’avait-il en tête au sommet de cette barre rocheuse ?...

   Il retira ses lunettes de soleil et nous vîmes ses yeux. Pétillants, lumineux, un sourire intérieur. On discuta un bon moment encore et il nous expliqua la suite de son parcours, une longue arête rocheuse jusqu’au sommet qu’on apercevait au loin.

Il comprenait bien qu’on tenait à être certain qu’il jugeait lucidement des difficultés à venir.

Il semblait aller beaucoup mieux lorsqu’il nous quitta. Il serra la main de Nathalie, en fit de même pour moi et posa sa main sur mon épaule en nous remerciant.

On le suivit des yeux un moment et il disparut derrière l'arête.

On l’imagine aujourd’hui auprès de ses amis, racontant cette journée.

Ce fut une rencontre vraiment particulière, la profondeur de nos échanges, malgré le problème de la langue, le fait qu’il se soit mis à nu aussi rapidement, l’intensité de son sourire, de ses yeux…Toute la beauté de l’altitude, jusque dans le cœur des hommes.

Sables mouvants

Par Le 03/07/2013

J'avais imaginé il y a quelques temps une représentation de la vie : le sol n'est qu'un vaste champ de sables mouvants mais au-dessus de chaque individu est tendue vers le ciel une corde lisse. Elle disparaît dans les cieux. Il existe un choix pour chaque individu : décider de s'extraire de la fange et se hisser sur ce brin salvateur en sachant que le haut s'ouvre sur un horizon inconnu, celui de la mort. La montée est redoutable, épuisante, incertaine, considérablement incertaine...La fange de son côté est douceâtre, accueillante, hallucinogène. L'enfoncement est régulier, indolore, de multiples processus d'accompagnement ont été inventés, des marchands s'y enrichissent, mais il arrive un moment où la mort s'invite. La victime se débat, furieuse de la tromperie mais c'est trop tard. Pendant ce temps-là, celui qui grimpe à la corde s'emplit de lumière. Il disparaîtra lui aussi mais en pleine conscience et l'esprit en paix.  

SOS INREES

Par Le 03/07/2013

Un des sites les plus importants au regard de la démarche spirituelle, un travail fabuleux réalisé par des gens passionnés et compétents. Je poste ici le mail reçu ce jour.


L'INREES et Inexploré magazine traversent un moment délicat.

Vous êtes des milliers à nous faire confiance chaque jour et à découvrir dans l'INREES, et dans son magazine Inexploré, ce que vous ne trouvez nulle part ailleurs. Un autre regard sur notre monde, sur les frontières de la science, sur la spiritualité. Des articles qu'aucun autre média ne publie, des interviews qui posent des questions que personne ne pose, des conférences prestigieuses, des idées, des perspectives nouvelles. Un univers qui donne du sens à ce monde de l'extraordinaire qui nous entoure, sans tabou, mais avec sérieux et rigueur, et ce dans une réelle indépendance.

Construire cet espace d'information, jour après jour, est une tâche extraordinaire, et il est important que vous sachiez que l'INREES n'appartient à aucun groupe. Aucun décideur ne contrôle l'INREES ou Inexploré, aucun annonceur n'intervient dans le choix des articles, ou encore dans la manière de les traiter. Cette indépendance, nous y tenons par dessus tout, elle est à la base de cette confiance qui nous lie à vous.

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Olafur Arnalds : Only the winds

Par Le 01/07/2013

Oh, comme j'aime cette musique ...

Une autre vie

Par Le 01/07/2013

 

Vivre sans argent : dans les Pyrénées, j'ai fait connaissance avec des néo-hippies

 

18 réactions | 18515 lu

Temps de lecture Temps de lecture : 3 minutes

Qui n'a jamais eu envie de tout plaquer et de partir loin ? Mathieu Lamour a sauté le pas. Au fil de ses pérégrinations, qu'il nous raconte sur Le Plus, il nous fait partager ses découvertes, ses rencontres, mais aussi ses remises en question. Aujourd'hui, il est allé à la rencontre des habitants de Uli-Alto, un village très isolé des Pyrénées.

Édité par Louise Pothier 

Dans le jardin de Uli-Alto

Uli-Alto est un village des Pyrénées espagnoles occupé depuis 4 ans par trois permanents français. Ils ont roulé leurs bosses, sont encore dans la première moitié de leur vie et relèvent chaque jour le pari fou de redonner vit à un village abandonné.

Perché en haut de la vallée, c'est tout un monde qui vit là haut. Les gens de passage se suivent, se croisent, se ressemblent parfois et alimentent constamment ce manège aussi vital que l'eau qui coule dans la rivière en contrebas. En bon lieu ouvert, Uli s'enrichit de ses visiteurs et compense ainsi son isolement (13km de pistes de montagne pour atteindre la première route goudronnée). Six villages sont occupés dans la vallée, le plus grand compte une cinquantaine de personnes et existe depuis trente ans, le plus petit compte deux personnes qui entament sa restauration. Il y a aussi une fille qui se construit son habitat en partant de zéro.

Une grande diversité qui m'a un peu perdu dans mon exploration des modes de vies alternatifs. Nés de préoccupations semblables, ces villages ont de nombreux points communs. A contrario, les différences de fonctionnement sont considérables.

Occuper l'inoccupé

L’Espagne a connu un exode rural plus tardif qu'en France, particulièrement dans les années 70, laissant à l'abandon de nombreux villages. Sur ma route, j'ai d'ailleurs croisé plusieurs villes fantômes. La vallée ne fait pas exception et son isolement conférait une place de choix pour ceux qui souhaitaient reconstruire un vivre autrement.

Lakabe est le premier village de la zone à avoir été investi au bénéfice d'une tolérance par les autorités. Cela fait plus de 30 ans que la communauté survit au fil des départs et des arrivées d'habitants. Aritzkuren, un hameau enfoui dans la forêt, est occupé depuis 16 ans. Uli-Alto n'en est pas à sa première occupation, le groupe actuel le reconstruit depuis 4 ans.

Un soir à Uli-Alto, un habitant originaire d'un squat de Barcelone

Ce n'est pas un hasard si un nombre substantiel d'habitants de la vallée est issu de la mouvance "squat". En France comme ailleurs, les squats citadins sont de plus en plus menacés et même rasés par les autorités. Ils tiennent pourtant un rôle de passerelle entre la société dominante et les sociétés alternatives.

Les villes perdent la pluralité nécessaire à une évolution saine et les occupants se voient privés des commodités pour une transition en douceur, le vieux dicton "Pour vivre heureux, vivons cachés" prend ici aussi du sens. Dans la vallée, les occupants vivent dans le statu-quo avec les autorités.

Une des places du village de Lakabé

En ville, on détruit des quartiers charmants pour construire des bâtiments plus "efficaces" en terme d'accueil ou de consommation (sans prendre en compte le coût écologique de fabrication). À quand des projets de développement rural pouvant concurrencer les projets de développement urbain ? Il y aurait possibilité de restaurer des espaces immenses et abandonnés en créant des emplois pour revaloriser les plus démunis.

Des dépendances à la société variées pour un même objectif

Loin d'un rejet tout entier de la société, l'envie de s'ouvrir est permanente. À Uli, ils ouvrent leur porte à qui le veut en ayant été jusqu'à prendre le risque de s'exposer publiquement via leur site web. À Lakabé, ils vendent du pain et de la bière, paient des impôts et inscrivent leurs enfants à l'école. Ça c'est pour la partie redistribution vers l’extérieur. La présence de la société dominante au sein des villages est plus contrastée.

Dans la vallée, on s'accorde sur l’impressionnante vitesse à laquelle Uli s'est développé. Tandis qu'à Ulo-Si, plus récente reconversion en date, ils construisent sans électricité, le groupe de Uli est arrivé chargé de groupes électrogènes et d'une quantité de matériel à faire pâlir n'importe quel bricoleur du dimanche. Pour la nourriture, l'indépendance alimentaire est encore très lointaine. Les vaches et chevaux qui vivent dans la vallée obligent à protéger chaque jardin. Au passage, ces animaux n'ont rien de sauvage et leur propriétaire profitent simplement de la grande zone de pâturage officiellement abandonnée. Beaucoup ont perdu leur récolte pour avoir négligé la robustesse de leur clôture, le sujet prête régulièrement à l'auto-dérision. 

Le jardin de Uli-Alto

En attendant de se nourrir majoritairement de sa production, Uli se nourrit de ce que "Babylon" considère comme jetable. Ils font de la "récup'" et ont même développé des liens amicaux sur le grand marché aux légumes de Pampelune. Régulièrement, ils ont le droit à des petits cadeaux. La nourriture abonde et Uli est même devenu une des meilleurs tables du coin !

Une autre manière de considérer l'espace commun et son utilisation, un regard plus utilitaire sur les produits de la société, une clé pour s'ouvrir un peu plus. Le mouvement "Occupy" gagnerait peut être à s'inspirer de ces anonymes qui construisent ailleurs et laissent les convaincus avec leur jouets dangereux et usés. L'énergie qu'ils ne gaspillent pas en s'opposant est directement au service de leur avenir.

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Guerre froide

Par Le 01/07/2013

"Des alliés" !

Purée, l'UE, faut vous enlever les oeillères, là, en plus de l'incompétence, vous êtes carrément IDIOTS !




Les Européens exigent des explications des USA : « Entre partenaires, on n’espionne pas »

Publié le 01/07/2013

Par La Voix du Nord

Les Européens ont exigé des explications sur le programme d’espionnage américain, qui aurait visé les institutions de l’UE et des millions de citoyens européens, alors que, dernier épisode en date, le quotidien britannique The Guardian a affirmé dimanche que la France, l’Italie et la Grèce figuraient parmi les 38 cibles surveillées par l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine.

GERMANY-US-INTELLIGENCE-PRISM-PROTEST

Face au déluge de documents communiqués via l’ancien consultant américain de la NSA, Edward Snowden, au coeur d’un imbroglio mondial digne des meilleurs romans d’espionnage, Bruxelles a averti même de possibles conséquences sur la négociation d’une zone de libre-échange transatlantique. « Entre partenaires, on n’espionne pas ! », a lancé dimanche au Luxembourg la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding. « On ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s’il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens », a-t-elle estimé, en réclamant que les Etats-Unis « dissipent ces doutes très rapidement ».

La Direction nationale du renseignement américain (ODNI), qui chapeaute les 17 agences de renseignement du pays dont la NSA, a indiqué dans un communiqué transmis à l’AFP que les Etats-Unis répondront de façon appropriée à l’UE et à ses Etats membres par les canaux diplomatiques.

De son côté, le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, a jugé sur une chaîne de télévision belge que l’affaire serait «très grave» si ces allégations étaient confirmées.

« Clarté, vérité et transparence: c’est ce qu’on peut et doit attendre de nos amis et alliés. Les explications américaines sont nécessaires et urgentes », a affirmé sur son compte Twitter le commissaire français, Michel Barnier.

La France a elle aussi demandé des explications dans les plus brefs délais. « Ces faits, s’ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables », a déclaré le chef de sa diplomatie, Laurent Fabius. La ministre française de la Justice, Christiane Taubira, est allée plus loin, en estimant que si Washington avait bel et bien mené les opérations d’espionnage décrites par le Spiegel, ce serait «un acte d’hostilité inqualifiable». Pour son homologue allemande Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, qui a elle aussi réclamé des explications «immédiatement et en détail, ce n’est pas sans rappeler des actions entre ennemis pendant la Guerre froide».

Selon le Spiegel, le programme était constitué non seulement de micros installés dans le bâtiment de l’UE à Washington, mais aussi d’une infiltration du réseau informatique qui lui permettait de lire les courriers électroniques et les documents internes. La représentation de l’UE à l’ONU était surveillée de la même manière, toujours selon ces documents, dans lesquels les Européens sont explicitement désignés comme des «cibles à attaquer».

Et les dernières révélations du Spiegel dimanche risquent d’enflammer l’opinion allemande, très sensible sur les questions de protection de vie privée.

L’Allemagne est en effet « le pays européen le plus surveillé » par la NSA, avec 500 millions de connexions téléphoniques et Internet enregistrées mensuellement, assure le magazine, qui explique qu’une journée «normale» d’espionnage concerne environ 15 millions d’appels téléphoniques recensés en Allemagne, contre environ deux millions quotidiennement en France.

L’Allemagne, comme la France, sont considérées par la NSA comme moins fiables que le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, explique aussi Der Spiegel se fondant sur ces documents.

Les USA...

Par Le 29/06/2013

Prism : la NSA espionnait l'Union européenne

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | • Mis à jour le

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La NSA espionnait dans le cadre du programme de surveillance Prism plusieurs bureaux de l'Union européenne, montrent des documents secrets dont "Der Spiegel" a pris connaissance.

Les services de renseignement américains espionnaient dans le cadre du programme de surveillance Prism plusieurs bureaux de l'Union européenne, dont ils avaient réussi à pénétrer les réseaux informatiques, montrent des documents secrets dont l'hebdomadaire allemand Der Spiegel a pris connaissance.

Le magazine allemand cite dans un article publié samedi 29 juin un document classé "strictement confidentiel" de la National Security Agency (NSA) daté de septembre 2010, que l'informaticien Edward Snowden a emporté dans sa fuite après avoir dévoilé l'existence de Prism et que les journalistes du Spiegel ont pu lire en partie.

Selon ce document, la NSA a implanté du matériel d'écoute dans les bureaux de l'Union européenne (UE) à Washington et aux Nations unies et était en mesure non seulement d'écouter les conversations téléphoniques, mais aussi d'accéder aux documents et aux courriels des diplomates européens, qualifiés de "cibles à attaquer" dans le document.

D'après le Spiegel, l'agence de renseignement américaine surveillait aussi les systèmes de communication de l'immeuble Justus Lipsius, qui héberge le Conseil européen à Bruxelles et où les gouvernements de l'UE disposent de bureaux à partir desquels ils peuvent passer des appels sécurisés. Il y a "plus de cinq ans", écrit Der Spiegel, les experts en sécurité de l'UE avaient découvert un système d'écoutes sur le réseau téléphonique et internet du bâtiment Justus-Lipsius, qui remontait jusqu'au quartier général de l'OTAN en banlieue de Bruxelles.

Lire : Aux Etats-Unis, une cybersurveillance digne d'un Etat policier

IMPACT SUR LES RELATIONS USA-UE

Der Spiegel a également recueilli sur son site internet des réactions de personnalités européennes, comme le président du Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz, qui estime que "si cela se confirme, il s'agit d'un immense scandale". "Cela nuirait considérablement aux relations entre l'UE et les Etats-Unis", ajoute-t-il.

Pour le ministre des affaires étrangères luxembourgeois, Jean Asselbron, "les États-Unis feraient manifestement mieux de surveiller leurs services de renseignement plutôt que leurs alliés". L'espionnage américain est "hors de contrôle", juge-t-il, soulignant que si les activités de renseignement "sont justifiées par la lutte contre le terrorisme (...) l'UE et ses diplomates ne sont pas des terroristes".

Toujours sur le site du Spiegel, le député européen écologiste Daniel Conh-Bendit appelle à une rupture immédiate des négociations sur le traité de libre-échange transatlantique, tant qu'un accord n'a pas été signé avec les États-Unis sur la protection des données. Des négociations en ce sens, lancées en 2011, n'ont toujours pas abouti.

Mercredi, l'Union européenne avait demandé aux États-Unis de lui fournir "aussi rapidement que possible" des réponses à ses questions sur le programme de surveillance américain Prism.

CORREA S'EST ENTRETENU AVEC BIDEN

Edward Snowden se trouve depuis presque une semaine dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou, en attendant la réponse de l'Equateur à sa demande d'asile politique. Cet ancien collaborateur de l'Agence nationale de sécurité (NSA) est recherché par les Etats-Unis pour avoir divulgué des informations explosives sur de vastes programmes américains de surveillance des communications.

Le président équatorien, Rafael Correa, a annoncé samedi s'être entretenu avec le vice-président américain Joe Biden du cas de l'ancien agent du renseignement américain, recherché pour espionnage par Washington. "Nous avons parlé de l'affaire Snowden et il m'a transmis de manière très courtoise la requête des Etats-Unis de bien vouloir rejeter la demande d'asile", a déclaré le président Correa lors d'une conférence de presse, précisant que M. Biden l'avait joint au téléphone vendredi.