Là-Haut

Ecrire en été

Thierry LEDRU Par Le 18/07/2026 0

Un titre énigmatique mais qui ne l'est pas pour moi.

A cette époque-ci de l'année, on est en montagne, on fait un raid à vélo, on parcourt les Alpes avec le fourgon mais on n'est pas à la maison.

Depuis le début du mois de mai, on est parti trois fois, entre six et huit jours. Alpes et Pyrénées. D'ailleurs, le secteur montagneux du Diois qui a brûlé, on y était au printemps. On sait que ces forêts qu'on a traversées n'existent plus. C'est effrayant.

Donc, c'est un été très peu sportif au regard des années précédentes. Les canicules et la sécheresse, les risques d'incendies, le potager, les jeunes arbres. Voilà une bonne partie de notre vie maintenant. Je ne me plains pas parce que je sais que les maraîchers qui vivent de leur travail sont dans un stress mille fois plus puissant que le nôtre.

Mais c'est quand même la première fois de ma vie que tous les jours, je vérifie le branchement des tuyaux d'arrosage aux deux robinets extérieurs de la maison, je vérifie qu'il n'y a pas de noeuds dans les 50 mètres de tuyaux. Non pas pour l'arrosage des plantes mais pour être prêts à lutter contre un incendie qui atteindrait le terrain. On est entouré de prés et de forêts, au bout d'une impasse, avec une toute petite route unique qui n'offirait que deux voies possibles, gauche ou droite. Si le feu venait du côté de la route, on n'aurait aucune issue.

Jamais on n'aurait pu imaginer qu'un jour on en serait à se poser la question de la protection de la maison et du terrain contre un incendie. Donc, en dehors de ces trois périodes d'échappées montagnardes, on n'a pas quitté la maison.

On repart demain pour dix jours. Il a plu ici pendant une partie de la nuit dernière. Le vent brûlant s'est calmé, les températures ont baissé, le soleil ne cuit plus autant les plantes.

Alors, c'est quoi ce titre ? "écrire en été". Juste qu'hier soir, j'ai réalisé que depuis le mois de mai et la première canicule, j'avais écrit une cinquantaine de pages du tome 4 et que ça ne m'est jamais, jamais, jamais arrivé d'écrire autant à "la belle saison", celle qui désormais porte mal son nom. Mais étant donné que j'écris une histoire qui parle de l'extinction partielle de l'humanité, j'ai bien conscience que je ne sors jamais de cette vision cauchemardesque de notre présent et que cette anticipation n'en est plus une.

Regardez les images des incendies au Canada. Tous les ans, sur des surfaces sans cesse de plus en plus grandes. Comme disait Coluche en parlant des conflits au Moyen-orient (eh oui, déjà à son époque et déjà quand j'étais enfant et ça sera toujours le cas quand mes petits-enfants auront mon âge), "Tout va bien, c'est loin."

Non, ça n'est pas loin, maintenant, c'est ici en France, tous les étés. Et penser que les forêts du Canada qui brûlent, ça ne nous concernerait pas, c'est juste tellement fou que je n'arrive pas à imaginer que des gens en sont toujours là.

Alors, voilà, j'écris, j'écris tous les jours, l'après-midi quand les températures dehors sont intenables et le soir et la nuit. Je suis un privilégié, à la retraite, qui vit dans une maison en pierres avec des murs de cinquante centimètres, il fait frais.

Solidarité pour ceux et celles qui travaillent dehors.

Vivement l'automne.

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