Autrefois, l'été, on l'appelait la belle saison.
Je vais avoir 64 ans. Cet "autrefois" n'est pas bien loin. Qu'en sera-t-il demain à l'allure où ça va ?
Je ne vais pas parler des incendies, il suffit d'aller sur les réseaux sociaux pour les voir.
"Pas de victimes à déplorer".
Cette phrase, entendue maintes fois, me noue le ventre parce qu'elle ne prend en considération que les humains. Et elle est finalement très représentative de notre positionnement au regard du Vivant. Il y a "nous" et le reste.
Il est impossible de comptabiliser le nombre de victimes, dans l'ensemble du Vivant.
"Pas de victimes humaines à déplorer" serait bien différent. Je rappelle d'ailleurs qu'un pompier de 22 ans est mort en Savoie et qu'un autre est en urgence absolue. A savoir également que les funérariums en zone urbaine sont tellement surchargés qu'ils envoient les corps dans les funérariums de campagne.
"Le taux d’occupation des chambres funéraires « qui, d’habitude, est plutôt autour de 30 à 45 % sur les mois d’été », dépassait ce lundi 29 juin 66 % au niveau national, et atteignait « 100 % », soit la « saturation », sur certaines zones urbaines denses", selon Élisabeth Charrier, déléguée générale de la FNF (la fédération nationale du funéraire), citée par l’AFP.
Ici, depuis la maison, on voit le panache de fumée des incendies dans le Diois. L'étau de l'enfer se resserre, partout. Et nous, humains, sommes les attiseurs de ce feu. Les gouvernants sont en première ligne dans le registre de la responsabilité. Les citoyens les suivent de près. Combien sommes-nous à avoir décidés de ne plus rien attendre de la sphère politique et à nous être engagés dans la voie de la sobriété, de la simplicité volontaire, dans cette prise de conscience que chacun d'entre nous constitue la masse ?
Le plan agricole, c'est à dire celui de la FNSEA, je ne veux pas en parler. J'ai décidé d'arrêter de les prendre en considération. Tous, politiciens, industriels de l'agriculture et financiers sont les maîtres de notre souffrance et de celle du Vivant et rien de bon ne viendra d'eux.
Je n'ai pas de solution. Parce qu'il n'y en a pas. Pas dans ce système de pensées qui nous élève au-dessus du Vivant. Il faudrait une catastrophe majeure. C'est horrible de l'envisager mais tant que des forêts de massifs montagneux seront en flammes, tant que quelques maisons brûleront, tant qu'il n'y aura "pas de victimes humaines" à déplorer, à grande échelle, rien ne changera.
Aux prochaines élections présidentielles, les électeurs vont se focaliser sur le candidat qui sera le plus convaincant sur la croissance, le niveau de vie, la baisse du chômage, le pouvoir d'achat. Les élections auront lieu au printemps, juste avant la belle saison. Pas grand-monde ne se souviendra de l'été 2026. Qui ne fait pourtant que commencer.
Alors, nous, tous les matins, on se lève à 6 heures, on prend un café et on va sur le terrain. On est des privilégiés, des retraités, notre pension tombe tous les mois. Loin de moi l'idée de porter un jugement envers tous ceux qui ont pour priorité d'améliorer leur existence, qui travaillent, qui sont inquiets pour leurs fins de mois.
Je n'ai pas de solution. Nous sommes engagés dans une voie très étroite, une ligne toute tracée et nous ne sommes pas prêts à en changer.
Les phénomènes climatiques vont nous y forcer. Pas par choix puisque nous avons beaucoup trop attendu mais par nécessité. Pour ceux et celles qui seront encore là.
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