Chacun pour soi.

Hier, en rentrant de notre séjour en Lozère avec le camion, on entre sur l'autoroute vers Grenoble et j'aperçois à quelques centaines de mètres une voiture qui semblait arrêtée au milieu de la chaussée. Je ralentis et effectivement, on réalise qu'un véhicule est immobilisé sur la voie, en plein milieu et que les voitures et les camions slaloment pour l'éviter. 

Consternation.

PERSONNE ne s'arrête pour aider l'automobiliste. 

Je me range sur la bande d'arrêt d'urgence, warning enclenché et je descends immédiatement. Je cours sur le bas-côté et à hauteur du véhicule, je regarde les usagers qui passent de chaque côté de la voiture. Pas un seul ne s'arrête...

Nathalie est sortie et agite le gilet jaune de sécurité en se tenant sur le bord de la chaussée. 

Je rejoins le véhicule arrêté et je dis aussitôt au conducteur de sortir pour venir m'aider à pousser son véhicule sur la bande d'arrêt d'urgence. 

Le conducteur, crâne rasé, blouson de cuir fermé jusqu'en haut (il fait pourtant bien chaud) et le passager, cagoule de survêtement sur la tête (il ne tourne même pas son visage vers moi). Une troisième personne sur la banquette arrière. Pas eu le temps de l'observer.

Le conducteur me parle en Polonais ou en Moldo slovaque de Transylvanie des Carpates en s'obstinant à redémarrer. 

Le pare-brise est entièrement étoilé et l'avant droit de la Laguna est enfoncé. Aucun éclat de verre ou de tôle au sol. 

Incompréhension. Qu'est-ce que c'est que ces baltringues ?

Enfin, le moteur repart, je me dégage de la chaussée. Il y a une bonne vingtaine de véhicules arrêtés par Nathalie.

Les "Polonais" rangent leur épave sur la bande d'arrêt d'urgence et la circulation reprend.

On repart également.

Conclusion...

Nathalie et moi, on est sidéré de l'individualisme des gens. Cette symbolique des esprits enfermés dans leur habitacle est d'une puissance morbide.

"Tout le monde peut bien crever tant que moi, j'arrive à passer et à m'éloigner..."

Combien de véhicules sont passées pendant ces quelques minutes ? Vingt, trente ?... 

Lorsque j'étais sur la chaussée et que Nathalie avait réussi à arrêter les véhicules, pourquoi personne n'est venu proposer son aide ?

Pourquoi ? 

Il n'y avait pas de danger. Et même s'il y en avait eu un, doit-on pour autant ignorer la situation et s'enfuir ?

Mais alors, tous ces gens qui se sont enfuis, qu'attendent-ils des autres, si un jour cette situation leur arrive ? 

De l'aide ? ... Vraiment ?...

Poussons la réflexion un peu plus loin ?... Que se passerait-il dans la population française si une situation chaotique de grande ampleur survenait ?

La réponse, on l'a eue sous les yeux pendant quelques minutes...

Chacun pour soi.

Assurer sa "sécurité", ignorer, détourner les yeux, prôner l'indifférence, se convaincre que quelqu'un d'autre prendra les choses en main, continuer sa route, ne pas perdre de temps, maintenir sa moyenne horaire, ne pas rater l'heure du repas devant les actualités de TF1...

Il y a des jours où ce genre humain me révulse. 

Le pire d'ailleurs, c'est que même l'expression "chacun pour soi" ne représente plus la réalité ; il faudrait dire "chacun pour moi" étant donné que ces gens pensent que si cela leur arrivait, d'autres viendraient les aider. Le Moi est d'une bêtise incommensurable.

Dans la collapsologie ou survivalisme, l'attitude de "la victime" esr clairement analysée. Le Moi est une victime qui doit être protégée par des instances supérieures, les institutions du Pouvoir. Dès lors, cette "victime", dans une situation inhabituelle et anxiogène par rapport à ses conditionnements victimaires, n'aura aucune capacité d'initiative : elle attendra que les instances concernées interviennent et si elle, en tant qu'individu n'est pas directement impliquée, elle s'en détournera.

Je n'ose imaginer le chaos si les instances gouvernementales ne tenaient plus les rênes.

C'est étonnant d'ailleurs à quel point, la vie m'envoie tout ce dont j'ai besoin pour l'écriture du roman en cours...

 

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