Compte-rendu

Passage à 17 h 15 dans l'émission.

Quatre minutes d'antenne, à peu près une minute de parole pour moi. 

Je ne voyais pas ça comme ça. Comme quoi, il ne sert à rien d'imaginer... Je suis responsable de ma désillusion. 

 

Content que le titre du livre ait été donné, ainsi que la maison d'édtions. En terme de publicité, je n'imagine rien du coup. Personnellement, si j'avais été à l'antenne à écouter cette émission, je ne me vois pas sauter sur un papier pour écrire le titre du livre pour le chercher ensuite. Il m'en faut davantage.

Je ne comprends pas l'intérêt et encore moins la justification d'inviter quelqu'un à l'antenne si ça n'est pas pour le laisser parler. 

Lorsque Brigitte Lahaie évoque la Kundalini et demande à l'invitée dans le studio d'en expliquer le phénomène, je me suis demandé ce que je faisais là.

J'étais un faire-valoir de cette "personnalité" ? l'occasion de lui donner la parole ?

Lorsque, ensuite,  Brigitte Lahaie me dit qu'il y a des passages du roman qui sont très "sexe", là, je suis resté quelque peu ébahi... Un livre sur le Tantrisme qui n'explorerait pas la dimension sexuelle, c'est comme un roman d'alpinisme à la campagne...On n'est pas dans la visite du couvent des Chartreux ou dans une version de "Martine va à la messe".

Et ça n'est pas "sexe", ce sont des étreintes amoureuses intégralement décrites et vécus dans un état de pleine conscience.

C'est quoi le problème ? Les médias font des ronds de jambe à "Nuances de Grey" où ça humilie et manipule à tout-va et où ça "baise" sur le buffet du salon mais moi, si je raconte pendant dix pages une étreinte amoureuse dans la nature, c'est "sexe"?.....

Il ne faut pas utiliser le mot "verge" et "vagin" mais Houllebecq parle de bite, de fion, de connasse et tout va bien ?

Il y a des choses que je ne saisis pas. 

J'ai passé la matinée à préparer un fil conducteur en me doutant bien qu'il ne s'agirait que de ça et non d'un article à lire.

Le voilà :

GENÈSE DU ROMAN

Je m’intéresse à la philosophie et à la spiritualité. Je sais que ce sont deux termes qui ne laissent pas indifférents, qui agissent parfois comme des repoussoirs ou au contraire intriguent et attirent mais je cherche systématiquement, dans mes romans, à inséer mes réflexions dans un cadre proprement humain et non intellectuel. Il y a des ouvrages philosophiques qui me sont totalement obscurs malgré que je lise beaucoup dans le domaine.

Donc, je ne suis pas un philosophe mais j’aime utiliser le filtre de la philosophie dans mon existence. Ce qui m’importe, c’est de montrer que nous avons tous accès à la philosophie dès lors qu’elle a pour objectif la quête d’une certaine sagesse. Être philosophe à mes yeux, ça ne signifie pas réciter des classiques, de façon intellectuelle puis simultanément agir inconsidérément mais c’est appliquer à sa mesure une observation lucide et aussi constante que possible de ses pensées et de ses actes et de ses relations avec les autres et avec le monde vivant.

C'est ce que Sat, le héros masculin du roman, a développé et que Maud va découvrir à ses côtés.

La philosophie, à mes yeux, est un espace intellectuel et la spiritualité est l’application de cette dimension intellectuelle dans la vie quotidienne.

C’est donc avant tout un roman à visées spirituelles et non à visées philosophiques.

Maintenant, je différencie beaucoup la philosophie occidentale des diverses philosophies orientales et le Tantrisme occupe une place très particulière dans ce registre.

Le tantrisme c’est l’expérience que l’on fait à l’intérieur de soi, dans son corps, dans son cœur, dans son esprit, de la présence de l’amour.


Le tantrisme n’est pas une sensation, c’est l’expérience de l’unité, quand la reconnaissance se fait en soi que rien n’est séparé, que l’autre est soi parce qu’issu de la même énergie qui se manifeste en chaque être sensible, en chaque être vivant.

Chöying Wangm
o

Voilà ce que j’ai cherché à garder à l’esprit durant toute l’écriture de ce roman.

Mais si le Tantrisme parle d’unité, il explore également de façon très profonde, l’unité à l’intérieur du couple et la dimension corporelle, physique, aimante y occupe une place importante. Elle n’en est pas pour autant le tuteur. C’est juste un champ d’expérimentations et de développement personnel qui s’offre aux individus qui se rencontrent.

Par conséquent, il me semblait totalement impossible d’imaginer écrire un roman parlant du Tantrisme et dans lequel la sexualité n’aurait pas trouvé sa place.

Maintenant, je fais une distinction entre la sexualité génitale et la sexualité spirituelle. Sans porter le moindre jugement sur la première. Disons simplement que dans le cadre du Tantrisme, la sexualité va regrouper de façon holistique l’intégralité de l’individu et elle va surtout l’inviter à vivre l’instant présent à sa pleine mesure. Il ne s’agit donc pas de faire l’amour mais d’être dans l’amour.

« Personne ne fait l’amour ; c’est l’amour qui nous fait ». Ce sont les paroles de Sat.

Ce que ça signifie, c’est qu’il existe en nous la possibilité de conscientiser l’énergie créatrice qui fait que nous sommes là, non pas en tant qu’individu identifié mais avant tout en tant qu’être vivant et les diverses méthodes explorées par le Tantrisme pour développer cette pleine conscience concernent également la sexualité.

Il s’agit de se dénuder. Physiquement et bien évidemment intérieurement.

C’est cette nudité-là que je souhaitais exprimer. La nudité générée par l’état de pleine conscience.

Maud, le personnage féminin découvre, à cinquante ans passés, que son mari la trompe de longue date avec des hommes et qu'il la quitte pour un compagnon.

Si cela arrive, c'est que l'idée qu'elle avait de l'amour n'était pas celle de son mari. Qu'ils ne se rejoignaient pas ou plus dans cette dimension amoureuse. Qu'ils ne parlaient plus les mêmes langues.

Puisque c'est le fil conducteur de l'émission, « les langages de l’amour », j'ai un peu réfléchi à la question au regard du roman.

Comment est-ce que j'avais traduit ces différents langages ?

Mais je me suis dit aussi qu'avant de pouvoir analyser chaque élément, il fallait tout d'abord définir ce qu'on entend par « amour ».

Il me paraît difficile et quelque peu illogique de chercher à définir le langage qui conduit à cet amour s'il n'est pas identifié a priori.

Il s'agirait sinon d'un alpiniste qui cherche à analyser le parcours qui le mènerait à un sommet dont il n'aurait aucune idée de l'emplacement, ni encore moins de son altitude. Il n’est pas prêt d’atteindre son but.

Ça nous arrive même parfois de chercher un objet connu dans notre environnement quotidien, des clés par exemple, et de ne pas les voir, alors qu'elles sont là, dans notre champ de vision. Et notre cerveau ne les identifie pas. Il voit le reste mais pas les clés.

Alors, comment ce cerveau pourrait désigner cet amour qu'il n'aurait pas identifié au préalable ?

Comment pourrait-il trouver quelque chose qu'il ne connaît pas ?

Mais, dans ce cas-là, quelle idée nous faisons-nous, clairement, intégralement de ce qu'est l'amour ? D'où vient cette idée que nous portons ?

Voilà déjà des questions que j'ai tenté d'explorer dans « Kundalini ».

Quels sont ensuite dès lors les différentes langues ?

Si je me réfère aux travaux de Ferdinand de Saussure, le langage désigne la capacité naturelle qui permet à chacun de communiquer.

Les langues, ce sont les outils qui vont permettre la réalisation de cette capacité.

Le problème vient donc du fait que nous ne parlons pas tous les mêmes langues même si nous sommes tous des communicants.

On peut mettre vingt personnes dans une salle, toutes d'origine étrangère et ne parlant que leur langue maternelle, il va falloir un certain temps avant que leur tentative de communication aboutisse à quelque chose d'élaboré.

Avant qu'une histoire d'amour ne prenne forme, il va se passer bien plus de temps encore, à moins que la situation soit très particulière. 

Il en est de même avec deux individus parlant pourtant la même langue maternelle.

Parce qu’au-delà de cette communication verbale, il existe de multiples paramètres qui font que la réception des messages envoyés sera validée intégralement, partiellement ou pas du tout.

Lorsque cette multiple communication est intégralement reçue, que toutes les langues de l'amour sont comprises, entendues, partagées, là, on peut parler d’une situation amoureuse.

La parole est donc un élément incontournable et par là-même la voix.

Dans Kundalini, Maud aime la voix de Sat et l'effet de cette voix contribue à la qualité de réception.

Et inversement, l'attention de Maud encourage Sat à ne retenir aucun mot. Parce qu'il se sent entendu, écouté. Pleinement.

De la même façon, Sat aime écouter la voix de Maud, la fragilité qui en émane, tout autant que la détermination à apprendre, son impatience, son enthousiasme tout autant que sa voix quand elle se fait murmure.

Sat pratique d’ailleurs sur Maud une méditation particulière dans laquelle il utilise sa voix sur des mantras.

La voix est un outil très puissant.

L'usage de la parole est l'élément qui permet de maintenir la cohésion du couple. Une parole profonde, existentielle. Il ne s'agit pas des paroles quotidiennes, elles sont nécessaires mais néanmoins insignifiantes. Rien de vital. Il s'agit « d'informations ». Le problème, c'est que la vie sociale nous martèle l'esprit d'informations insignifiantes au point que nous finissons par considérer la parole comme insignifiante elle aussi. Et que nous en oublions de réellement communiquer. 

Nous devons apprendre à parler de nous. Profondément. Avec les êtres que nous aimons et qui nous aiment.

C'est cela aussi que Maud va découvrir. L'horizon infini des paroles et de la pensée. Nous possédons une machinerie cérébrale d'une puissance incommensurable mais si à la fin de chaque journée, nous pouvions réentendre l'ensemble des paroles prononcées, je pense que nous serions quelque peu désappointés.

Combien de paroles existentielles ? Celles qui parlent de nous, de notre être réel, pas de l'individu social mais de celui qui reste quand on a tout enlevé, toutes les fonctions, tous les rôles ? Est-il normal que celui-là soit ignoré ? Où bien n'existe-t-il même pas ?

Qui sommes-nous quand nous ne sommes plus rien « d'identifiés » par les autres ?

Est-ce cet individu-là que nous aimons ou l'individu social et toutes les parures qu'il porte ?

C’est le genre de questions auxquelles Maud va être amenée à répondre.

Mais avant d'utiliser la langue parlée, il y a habituellement la communication visuelle.

Maud est admirative et fascinée, immédiatement, par la beauté du corps de Sat. Il en est de même pour lui.

Ils sont tous les deux adeptes du yoga et attachent une grande importance à leurs corps. Pas avec la même intention malgré tout. Maud est professeur de yoga, elle a besoin que son corps soit opérant. Sat utilise le yoga à des fins spirituelles.

Il est évident qu'il existe chez l'être aimé une dimension physique qui nous réjouit, qui répond à quelque chose en nous, quelque chose qui reste du domaine de l'inexplicable.

« C’est comme ça. »

C'est l'élément inspirateur. Je pourrais même dire « aspirateur ». Celui qui génère une forme d'attirance, une aimantation. Et il faut que ça « aspire » des deux côtés.

Lorsque le contact est établi et la proximité suffisante, c'est le regard immédiatement qui va jouer un rôle essentiel.

Sat a un regard très particulier. Il a une maladie (hypotricose) qui le prive totalement de cheveux et de poils. Il est totalement imberbe. Et il n'a donc ni cils, ni sourcils. Ce qui donne à son regard une profondeur indéfinissable.

Sat aime dans le regard de Maud l'interrogation, la curiosité, la vivacité, la joie et même les moments de perdition, de détresse intérieure devant les bouleversements qu'elle connaît.

Le regard est une porte qui ouvre sur l'intérieur. Parfois elle est juste entrebâillée, parfois elle s'ouvre en grand.

Le contact des peaux.

La première fois que nous avons touché les doigts de la personne à qui on voulait déclarer nos sentiments...Inoubliable. Juste le bout des doigts avant de serrer la main ou de caresser la joue. Juste quelques centimètres avant d'oser aller plus loin. Et déjà dans ce premier contact sentir l'intégralité de son propre corps qui rayonne.

Que se passe-t-il ?

Barjavel disait que c'est le flot de sperme de Roméo qui monte à l'échelle pour rejoindre le réceptacle utérin de Juliette. Clair et net. Le cerveau limbique dans sa toute puissance.

Oui, mais ça ne nous fait pas ça à chaque fois que quelqu'un nous touche et parfois, c'est même le phénomène inverse qui se produit. La répulsion ou la colère ou la peur.

C'est donc que le contact physique ne suffit pas.

C’est là qu’il faut que l’ensemble des langues disponibles s’accordent.

Mais est-ce qu’il est possible qu’une autre explication se tienne cachée en nous et en l’autre ?

Ça aussi, je voulais l'explorer dans Kundalini. Et je suis allé le plus loin possible, jusqu'au bout de mon idée initiale. Je n’en révélerai pas ici la teneur :)

Pourquoi est-ce que certains individus, dès leur rencontre, vont éprouver une aimantation irrésistible l'un envers l'autre, de façon similaire et simultanée ? Et surtout pourquoi est-ce que ça va durer dans le temps ? Il ne s’agit pas d’un coup de foudre avec l’extinction progressive de l’énergie diffusée. Là, je parle d’une rencontre qui va conduire les individus non pas à consumer cette énergie jusqu’à son épuisement mais à la développer.

Y a-t-il en nous une « intuition » qui ne se nourrit d’aucun élément rationnel ? Une émotion qui n’a aucune raison d’être et qui en vient à briser toutes les certitudes, tout ce qui était déjà connu ? Et cette émotion doit-elle être rejetée ou pleinement explorée ? Puisque nous pensons en fonction de nos expériences et des sensations déjà éprouvées, qu’en est-il lorsque la sensation est irrationnelle, qu’elle ne peut pas être rattachée à quelque chose de connu, qu’elle est au-delà du vécu ?

J'ai vraiment cherché à donner à la vie quotidienne de ces deux personnages une dimension spirituelle très forte. C'est dans la vie quotidienne que la spiritualité devrait prioritairement prendre forme. Nous avons malheureusement accepté que la frénésie de nos vies sociales nous éloignent de notre spiritualité.

Faut-il dès lors ajouter une activité spirituelle aux activités sociales ou réduire les activités sociales pour laisser une place réelle à la spiritualité ?

Sat a choisi la voie de la simplicité volontaire pour que sa vie soit emplie de ce qui contribue à son évolution spirituelle. La voie matérialiste est un outil, pas une finalité. Il a construit sa base de vie non pas comme l’étendard de son existence mais comme le lieu nécessaire à la vie qui lui convient. Juste ça.

Il n’est rien d’autre que ce qu’il est.

Moi, par exemple, je ne suis pas instituteur ; j’exerce le métier d’instituteur. C’est totalement différent.

Le fait de placer les deux personnages dans une situation de nudité quasiment sur la totalité du roman était bien entendu volontaire et avait un sens. Le premier dépouillement. L'effacement des attributs sociaux et de la catégorisation qu'ils entraînent.

C'est le début du dénuement. La nudité corporelle n'est pas une nudité intégrale. Elle en est la première étape. Et cette étape n'enclenchera pas automatiquement la suite. Il existe des résistances et parfois elles sont très fortes.

Il y a donc un élément incontournable dans le Tantrisme : c’est la dimension énergétique des individus.

Il y a dans les différentes langues utilisées dans le cheminement vers l'amour un phénomène qui n'a pas vraiment de nom, qui n'a pas de reconnaissances scientifiques, qui ne relèvent pas d'un des organes des cinq sens.

On en trouvera des expériences dans des récits d'ordre spirituel.

Maud sent la présence de Sat avant même de le voir. Sat également. D'où vient cette intuition ? Est-ce juste une imagination débridée ou une prise de contact qui n’est pas explicable dans le domaine scientifique occidental ?

Ruppert Sheldrake a raconté l'histoire d'un aviateur anglais pendant la bataille d'Angleterre. Il vivait chez sa mère et il avait un chien. Ils étaient très attachés l’un à l’autre. A chaque fois que le jeune pilote partait en mission, le chien se mettait dans son panier et attendait le retour de son maître et systématiquement, une vingtaine de minutes avant qu'il n'entre dans la maison, le chien allait s'asseoir devant la porte d'entrée. Il était pourtant impossible pour le chien comme pour la mère du jeune homme de connaître l’heure de son retour. Un jour, le jeune homme n'est pas rentré de sa mission. Ce jour-là, le chien n'est pas sorti du panier. Il s'y est même laissé mourir.

Que perçoivent les animaux que nous ne pourrions percevoir ?

Est-il « logique » qu’au vu du potentiel phénoménal du cerveau humain et de l’ensemble même de notre organisme, il n’y ait pas une « entité » capable de saisir ce qu’un animal perçoit ?

Et comment entrer en contact avec cette « zone de perception » ? Où se trouve-t-elle ? Peut-on réellement la stimuler ?

La méditation, par exemple, est-elle une voie d’accès ?


 Je savais bien que je pourrais pas parler de tout ça. 

Et en fait, je n'ai parlé de rien. Je n'ai pas eu le temps.

 

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