Contractuel enseignant (école)

Contractuel de l'Éducation nationale, j'ai appris à être prof en 2 jours. Mais j'ai adoré

6 réactions | 22368 lu

Temps de lecture Temps de lecture : 5 minutes

Avatar de Jean Chapon

Par 
Prof en devenir

LE PLUS. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, donner un cours n'est pas réservé à ceux qui ont réussi un concours. Au collège ou au lycée, certains remplaçants sont de simples contractuels, parfois sans la moindre expérience. C'est le cas de Jean Chapon (nom d'emprunt), en reconversion professionnelle, qui a passé deux semaines dans la peau d'un prof. Témoignage.

Édité et parrainé par Louise Pothier

Peut-on apprendre à être prof sur le tas ? (YAGHOBZADEH RAFAEL/Sipa) 

Peut-on apprendre à être prof sur le tas ? (YAGHOBZADEH RAFAEL/Sipa)

 

J’ai souvent pensé à devenir "prof". Cette idée a même été mon premier projet professionnel post-bac. Alors avec mon bac de sciences économiques et sociales en poche et mon inscription validée en fac d’économie gestion, le chemin me semblait tout tracé : une licence (eh oui, c’était avant la "masterisation"), le Capes de sciences économiques et sociales et finalement, l’enseignement. Mais les études supérieures m’ont poussé à aller voir d’autres horizons et à travailler dans d’autres secteurs.

 

Mais voilà, dix ans après avoir fini mes études et multiplié les expériences dans le milieu journalistique, j’ai décidé de revenir à mes premières amours.

 

Ce n’est pas rien. Je n’ai aucune connaissance de la réalité de ce métier, dont le rôle social est primordial. Je me lance dans la préparation du Capes via le Cned (Centre national d’enseignement à distance) et me dis qu’une confrontation au terrain pourrait être positive, ne serait-ce que pour vérifier que mon choix de réorientation professionnel va me plaire.

 

Inscription, entretien, CDD

 

Une simple inscription sur le site de l’académie souhaitée – Créteil pour ma part, qui regroupe les départements de la Seine-et-Marne, du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis (et qui est sans surprise plus en demande de professeurs remplaçants que l’académie de Paris) – et un rendez-vous est fixé avec l’inspecteur en charge du recrutement des "contractuels".

 

Loin du statut de fonctionnaire, c’est un CDD, comme on en trouve partout. Aucun dépaysement pour moi, c’est un entretien comme on peut en faire dans le secteur privé, qui se conclut par ma "validation en tant que professeur remplaçant". Je suis dans le vivier, on va faire appel à moi. Fantastique.

 

Un appel et je commence dans deux jours

 

L’appel ne tarde pas. Un poste m’est proposé. Je dois donner des cours d'éco à des secondes et des terminales ES. Quand même.

 

Il faut vite que je contacte le lycée qui est dans le besoin. Le jour-même, je rencontre le chef d’établissement, un professeur de la matière qui avait pallié en partie l’absence de son collègue (au prix de nombreuses heures supplémentaires). Il me prête immédiatement ses cours pour que je m’inspire. Je commence dans deux jours. Ça va vite, peut-être même trop.

 

J’ai les compétences théoriques requises pour le poste, je n’ai aucune inquiétude sur ce point. Mais la pédagogie… Il semblerait que cette notion pourtant si importante, s’apprenne sur le tas. Tant mieux. De toute façon, je ne suis pas moins bien loti qu’un étudiant suivant la filière spécialisée, visiblement la pédagogie n’est pas au cœur du concours de recrutement des professeurs. Alors c’est parti.

 

Je suis comme les élèves, j'apprends

 

Le cours commence et pour ma part, il se passe plutôt bien, même si je me retrouve confronté à un mur. Celui de mon inexpérience à laquelle rien ne m’a préparé. Je n’ai aucune idée de la vitesse à laquelle avancer. La prise de note n’est pas connue dans ma classe alors il faut dicter des parties du cours. C’est long, très long.

 

Je dois revoir à la baisse ce que j’avais prévu de voir dans l’heure. Pas grave, je suis comme les élèves en face de moi, j’apprends. Sauf que je ne passe pas le bac en juin et que leur obligation de réussite est aussi la mienne, et que ça met la pression. De plus, j’ai aussi une deadline : les vacances scolaires, qui marqueront le retour du professeur remplacé. Et la fin de ce que je peux apprendre aux jeunes devant moi.

 

Des heures pour préparer un simple cours

 

Ce qui peut sauver un enseignant (ou une personne qui n’a encore rien d’un enseignant, mais qui est dans une classe face à des élèves) au moment où il arrive dans sa classe, c’est la préparation de son cours. Mais c’est un exercice difficile qui ne s’improvise pas et qui, lui aussi, mérite une formation.

 

Heureusement, les autres professeurs sont conscients des limites de ce recrutement de contractuels et très volontaires pour aider : prêts de cours, explications, avertissement sur les élèves, idées à mettre en place, conseils pédagogiques… Ouf, la potentielle bombe à retardement a été désamorcée, un cadre a été posé. Je peux avancer plus sereinement.  

 

Le programme est chargé, j’accélère aux autres cours, tout en améliorant ma façon de transmettre, grâce aux conseils qu’on me donne et à ma toute nouvelle expérience. Bref, je me mets dans la peau d’un professeur. Ce qui veut dire que je passe des heures à préparer une simple heure de cours. C’est, semble-t-il, le seul moyen de réussir à faire classe correctement.

 

S'adapter au public, un défi

 

Mais le facteur humain reste imprévisible et il est difficile d’anticiper les questions qui vont être posées. Elles sont parfois incisives, parfois franchement improbables et souvent, il n’est pas simple de faire le lien avec le sujet évoqué en cours. Il faut remettre immédiatement en question ses idées préconçues sur le métier, les connaissances que peuvent avoir les élèves à cet âge, bref, faire peau neuve.

 

C’est assez challenging et très motivant ! Pour la monotonie, ici, on n’est pas déçu. Surtout que d’un niveau à l’autre, enseigner n’est pas le même métier. Une seconde n’apprend pas au même rythme qu’une terminale. L’importance de la matière n’est pas non plus la même ce qui joue sur l’attention fournie. La maturité des élèves n’a rien à voir. Bref, rien n’est pareil. Poncifs ? Certainement, mais le savoir et le vivre restent des expériences totalement différentes.

 

Un système de recrutement inquiétant

 

Et c’est là que le système actuel de recrutement d’enseignant a de quoi inquiéter. Des gens arrivent en cours d’année, sans expérience, sans formation dans des classes qui doivent passer le bac. Mais il faut bien faire face à la réalité : il y a un manque que les académies essayent tant bien que mal de combler.  

 

Finalement les vacances sont arrivées. Et l’expérience a été l’une des plus enrichissantes de ma vie.

 

J’adore ce métier, du moins le petit bout que j’ai aperçu pendant mon remplacement. Et je pense m’en être bien sorti, les élèves semblaient en tout cas satisfaits, la direction aussi.

 

Heureusement surtout que les équipes de professeurs étaient là pour me montrer leur métier. Ils ont ça dans le sang : ils enseignent. Peu importe que ce soit un élève ou un collègue en devenir, ils facilitent l’apprentissage. Et c’est ce qui permet à ce système de tenir debout. Au prix de leur épuisement.

 

blog

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau