Des preuves "inutiles"

Il y a longtemps déjà que je me dis que ça doit être terriblement éprouvant pour ces scientifiques de ne pas être entendus, de ne pas être pris au sérieux, de voir leurs travaux reléguer au rang de "fables écologistes". J'ai moi-même parfois ce sentiment de l'absurdité de ce blog alors qu'il ne représente aucunement un travail d'ampleur alors je n'ose imaginer la douleur que doivent ressentir ces hommes et ces femmes devant l'inertie et l'aveuglement des masses, qu'il s'agisse des gouvernements comme de la population de base...

 

 

 

« Dès le XIXe siècle, on savait pour le dérèglement climatique ! »

 

Le Finistérien Jérôme Fournier, chercheur au CNRS, collectionne les écrits d’auteurs du XIXe et du XXe siècles alertant sur les conséquences de l’action de l’Homme sur la nature.

Jérôme Fournier a passé trois mois en Antarctique entre décembre 2019 et février 2020 à l’occasion de sa vingt-troisième mission polaire. « J’ai la chance de faire un métier de passion en travaillant au contact de la nature d’êtres vivants. » | CNRS/IPEV

Il se définit lui-même comme un « chercheur citoyen »Un biologiste du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), « passionné » mais parfois désabusé à force « d’alerter » sans « être écouté ». Préoccupé par les sujets environnementaux, au premier rang desquels le dérèglement climatique.

À travers son travail et ses nombreuses missions dans les régions polaires, en Arctique ou en Antarctique, Jérôme Fournier, 52 ans, apporte, régulièrement, des preuves des changements en cours. « Mais à quoi bon ? s’interroge-t-il. Je ne fais que confirmer des choses que l’on sait depuis tellement longtemps… »

Depuis quand exactement ? « La première partie du XIXe siècle , répond-il. Depuis plus de vingt-cinq ans, j’effectue des recherches sur la philosophie des sciences et les rapports entre l’Homme et la nature. J’ai retrouvé un livre de 1825, signé George Perkins Marsh. Un monsieur qui a vu la révolution industrielle se mettre en place. Il reconnaissait qu’elle était source de progrès, mais disait qu’elle ne pourrait pas durer, faute de ressources. »

« La croissance durable n’a aucun sens »

L’ouvrage n’est pas le seul que Jérôme Fournier est parvenu à dénicher. Si certains pressentiments ont pu se révéler farfelus, d’autres trouvent un écho particulier aujourd’hui. « Dès le XIXe siècle, des gens prédisaient les changements en cours. En assurant que l’action de l’Homme ne pourrait pas être infinie. Que la croissance durable n’avait aucun sens. Que d’exploiter les ressources aurait une limite. Qu’à un moment donné, cela poserait des problèmes liés à notre environnement. »

Et le chercheur de citer George Perkins Marsh, John Muir, Jean-Jacques Audubon et Élisée Reclus, « l’un des plus grands géographes français, un anarchiste ayant posé les premières bases de l’écologie militante ». Ou d’autres scientifiques, philosophes ou auteurs du XXe siècle comme le Norvégien Arne Naess, l’Américain Aldo Leopold, l’Anglais James Lovelock, le Suisse Robert Hainard ou encore les Français Roger Heim et Jean Dorst, tous deux directeurs du Muséum national d’histoire naturelle.

La réduction des algues vertes prônée dès 1976

Une liste, non exhaustive, sur laquelle Jérôme Fournier s’appuie pour dénoncer l’inertie collective. « On a le sentiment que l’on a découvert récemment la plupart des problèmes environnementaux. Ce qui permet de dire que l’on ne pouvait pas agir puisque l’on ne savait pas. Tout cela est faux. »

Pour le scientifique, hébergé à la Station marine de Concarneau (Finistère), les exemples ne manquent pas. « En 1962, Rachel Carson publie Printemps silencieux, un best-seller qui fait interdire le DDT, un pesticide très puissant. Depuis plus de cinquante ans, on sait donc que certains pesticides sont dangereux. »

Les algues vertes ? « En 2009, François Fillon, alors Premier ministre, annonce qu’il faut lancer un plan d’actions visant à réduire les algues vertes en Bretagne. Dès 1976, le premier colloque sur le bocage, organisé à Rennes par l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), apporte déjà les réponses à la problématique. »

« On a perdu le rapport à la nature »

Le Covid-19 ? Des politiques à travers le monde ont affirmé « qu’on ne pouvait pas prévoir une épidémie comme celle-là. Des dizaines d’articles ont pourtant été publiées, depuis des années, sur le risque épidémique à l’échelle mondiale ».

« On a perdu le rapport à la nature. Ce goût du simple, ce goût du temps. » Une prise de conscience collective pourrait-elle permettre de stopper ou de ralentir le dérèglement climatique ? Jérôme Fournier en doute.

« Dans notre monde de l’immédiateté, le sujet ne préoccupe pas grand monde, surtout pas les décideurs. Sur le terrain, on voit les changements s’accélérer à une vitesse inimaginable. La situation est pire que le pire des scénarios envisagés il y a vingt ou trente ans. » Glaçant.

 

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Commentaires (2)

Thierry LEDRU
  • 1. Thierry LEDRU | 25/07/2020
Bonjour Dominique.
Merci pour cette précision mais franchement, je ne lui en tiendrai pas rigueur pour autant. Tout cela remonte à si loin qu'une erreur de quelques décennies n'est plus préjudiciable. Je pense pour ma part que le discrédit jeté sur les scientifiques qui oeuvrent comme lanceurs d'alerte est déjà bien assez conséquent. Malheureusement.
Dominique Meeùs
  • 2. Dominique Meeùs (site web) | 25/07/2020
Fournier semble un peu fantaisiste. Le livre qu'il mentionne comme de 1825 est bien connu: c'est de 1864. https://en.wikipedia.org/wiki/George_Perkins_Marsh#Works

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