Des profs.

Je récupère mon garçon, lycéen et j'écoute sa semaine pendant la route.

Et je m'entends parler à mes parents, il y a trente ans.

Comment est-ce possible ? Comment expliquer que ces rapports conflictuels, que cette incommunicabilité, que cette distance effroyable entre de jeunes individus et des personnes matures puissent encore exister ? Comment justifier que les programmes soient toujours entâchés de connaissances inutiles, totalement abstraites pour des esprits qui sont à des années lumières de ce qui leur est imposé, comme si en trente ans, les adolescents n'avaient pas changé, que ce monde technologique n'existait pas, que cette effervescence de communication n'était pas entré dans les têtes des technocrates qui maintiennent sclérosés un monde scolaire terriblement isolé.

Des notes, des contrôles, des sanctions, des rapports de force, des humiliations, des menaces, des insultes parfois...Des examens, des concours, une course au métier, une compétition acharnée, excaerbée par ces professeurs qui usent de leur bulletin scolaire comme d'une guillotine. "Marche ou crève." "Il faut maintenir les statistiques pour le BAC et puis je vais bientôt être inspecté."

Quelles sont leurs motivations, quelles sont leurs raisons d'être là ?

Tout ce que j'ai connu il y a trente ans. Comme si ce monde de l'Education Nationale et ses représentants n'étaient en fait qu'une forme de vie fossilisée, agitée de l'intérieur par des fantômes.

J'ai eu pourtant des professeurs qui m'ont marqué. Trois exactement. Un professeur de Français au collège, un professeur de Français au lycée, une professeure de philosophie en Terminale.

Combien y en a t-il que j'ai détestés et que j'ai fini par oublier ? Une cinquantaine...

C'est effrayant.

 

Léo raconte : Cours de français, Appolinaire et ses techniques d'absence de ponctuation. Léo est en 1ere S. La prof devrait tenir compte des centres d'intérêt de cette classe et adopter son cours, le rendre actif, participatif, tourner même en dérision l'insignifiance absolue de ces paramètres techniques de la poésie. Qu'elle ne soit pas capable de prendre conscience que sa classe se contrefiche de ce cours académique, de ces notes qu'elle récite depuis quarante ans et que les élèves doivent copier en vue du contrôle surprise à venir, qu'elle fasse mourir dans la tête de ces jeunes toute éventuelle surprise et pourquoi pas intérêt pour la poésie, qu'elle en vienne à tuer la mémoire anarchiste d'Appolinaire qui serait écoeuré de ce massacre, comment est-ce possible ? 

Comment tout cela est-il possible ?

Que font-ils là ces professeurs ?

Comment expliquer que dans les sphères de l'Education Nationale, d'autres individus encore plus obtus, limités, circonscrits à leurs connaissances techniques aient pu accéder à des postes de décideurs ?

Comment justifier que des générations de collégiens et de lycéens continueront à être martyrisés par des rapports humains dignes d'une enceinte carcérale ?

 

Et ça n'est pas que Léo qui me parle de ce calvaire. Trente ans que je suis instituteur. Trente ans que j'entends d'anciens élèves vomir leur dégoût.

 

QUI A UNE EXPLICATION ?

 

Pour ma part, je dirais déjà qu'un prof qui entre dans ce métier par amour d'une matière scolaire, d'une connaissance, pour prolonger ce bonheur du savoir accumulé, celui-là se trompe.

On n'enseigne pas ce qu'on sait, on enseigne ce qu'on est. Et un prof se doit d'être avant tout un diffuseur d'humanité. Un prof qui ne sentirait jamais jaillir en lui, jusqu'aux larmes, ce bonheur de l'osmose des âmes, alors celui-là se doit de se retirer. Ou de grandir au lieu de le réclamer à ses élèves.

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Commentaires (1)

Nathalie
  • 1. Nathalie | 15/10/2011
Ont-ils oublié l'amour qu'ils ont en eux ??!!Dommage, ces profs passent à côté du meilleur...!! bisous bisous !!

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