Eclairage public: le grand gaspillage

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ECLAIRAGE PUBLIC : Le grand gaspillage



 

Allées interminables de lampadaires, projecteurs braqués sur les monuments, l’éclairage public ne connaît pas la crise. Pourtant, il plombe chaque année les budgets des communes et gaspille une énergie désormais précieuse.

 

Nous avons pris l’habitude d’éteindre nos appareils en veille, de baisser le chauffage ou d’utiliser des ampoules basse consommation. La logique voudrait que l’Etat, grand pourvoyeur de conseil et de leçon de morale en économies d’énergies, en fasse de même. Or, il fautse rendre à l’évidence, la France, pays des Lumières, a troqué ses philosophes contre des lampadaires. Neuf millions au total, pour éclairer nos rues, nos routes, nos places et nos ronds-points sans se soucier du prix de l’électricité et de l’impact écologique qu’il représente. La consommation totale de l’éclairage public français représente ainsi 1 % de la consommation nationale du pays, soit 5,6 milliards de kW/h, ce qui correspond à la production de 1 à 2 de nos centrales nucléaires ! Un gaspillage qui désole la très active Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne (Anpcen), qui se bat depuis des années pour une gestion responsable de l’éclairage public. Pour son secrétaire général, Pierre Brunet, la tendance actuelle révèle un paradoxe criant : « Curieusement, le secteur de l’éclairage est le seul épargné par les règles de bon sens économique. Grâce aux progrès techniques, nous avions la possibilité de diviser par cinq la facture de l’éclairage, or nous avons choisi d’éclairer cinq fois plus pour le même prix ! ». Principaux responsables de cet emballement lumineux, les sociétés de matériel électrique et leurs plans marketing offensifs « Ils vendent du rêve aux communes. Leur catalogue, épais comme le bottin, ressemble à celui d’un bijoutier. On se demande si c’est la commune qui sert d’écrin au lampadaire ou si c’est le lampadaire qui doit mettre en valeur la commune ! » s’énerve Pierre Brunet.

 

Contagion lumineuse

Et ça ne va pas s’arranger car cette course au lampadaire touche maintenant les coins les plus isolés du territoire. Petits et gros villages veulent, eux aussi, briller de mille feux. Si en 1990, les communes de moins de 2 000 habitants éclairaient seulement 933 heures par an, quinze en plus tard, en 2005, leurs éclairages publics tournent plus de 3 000 heures ! Des chiffres qui se rapprochent dangereusement de ceux de grandes agglomérations éclairées près de 4 000 heures chaque année. Avec une efficacité très discutable. La majorité du parc de lampadaires est en effet complètement dépassée. Les lampadaires boules, par exemple, n’envoient que 30 % de leur lumière vers le sol et la chaussée. Le reste du flux lumineux s’échappe sur les cotés, pour s’infiltrer par les volets des riverains ou vers le ciel pour éclairer… les étoiles ! Mais, dans l’ombre des lampadaires, se cache un problème plus insidieux, une pratique encouragée par les offices du tourisme et les associations de commerçants, persuadés que la lumière attire et fait vendre : la surenchère lumineuse Pourtant, le prestige d’une grande ville ne se mesure pas à l’aune de son halo lumineux. Berlin est par exemple bien moins éclairée que nos grandes villes. Certaines de ses rues sont encore équipées de réverbères à gaz et l’éclairage y est davantage conçu comme un balisage. Chez nous, quelques villes commencent à prendre conscience du problème. Ploemeur, commune bretonne de près de 20 000 habitants a lancé en octobre dernier une campagne d’interruption de l’éclairage public entre 1h et 5h du matin. Devant le succès de l’opération, la phase de test s’est poursuivie jusqu’à la fin de l’année avant une éventuelle poursuite en 2009. Alors, à quand les Champs-Élysées au clair de lune ?

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