L'instinct et l'inconscient.

En montant au sommet du jour, je repensais à cette expérience, il y a deux hivers déjà. Une coulée de neige qui m'avait embarqué en ski hors piste. Je m'étais retrouvé tête en bas, brassé par le flot, coupé de la vision du ciel, recouvert par la masse, une impression de vitesse et surtout une force immense qui m'emportait.

Une fulgurance dans mes réactions.

Aucune pensée visible.

Juste l'instinct de survie.

Rester à la surface, se remettre à l'endroit, les pieds dans la pente, brasser avec les bras pour rester à la surface.

Je n'avais aucune expérience dans le domaine et pourtant j'ai choisi les bonnes options sans, bien entendu, avoir eu le temps d'y réfléchir.

 

D'où vient cette "présence," cette lucidité alors qu'aucun raisonnement ne peut la soutenir ?

S'il y a eu des pensées, elles n'ont laissé aucune empreinte. Le laps de temps entre ces éventuelles pensées et les actes nécessaires n'est pas quantifiable. Il n'y a aucune observation de pensées comme cela est possible dans la vie quotidienne. Et pourtant, il est difficilement envisageable que ces actes soient issus de simples réflexes. Il en serait ainsi si j'avais posé ma main sur quelque chose de brûlant par exemple. Mais, là, j'étais embarqué dans une situation dont je n'avais aucune connaissance préalable, ni aucune conscience inscrite.

Aucune conscience...

Mais peut-être un inconscient...Un inconscient apte à provoquer les réflexes corporels sans même que l'intellect, le raisonnement, les pensées rationnelles ne soient mises en application.  

Ou alors, il faudrait concevoir que le corps lui-même dispose d'une auto-capacité à se réguler et à agir.

Là, je n'en sais rien.

Mais je sais par contre que notre inconscient occupe une place gigantesque dans notre existence et que nous en ignorons l'essentiel, de part sa structure, son fonctionnement, son identité même. Puisque tout cela relève de l'inconscient. 

l'inconscient aurait donc, dans ce type de situation, un rôle prépondérant et le corps serait un récepteur extrêmement performant. Bien au-delà de ce que notre conscience et nos connaissances de nous-mêmes laissent envisager.

 

Maintenant, il reste à comprendre la source de cette performance.

Etant donné que je n'avais aucune expérience antérieure me permettant d'user de connaissances acquises et que j'ai pourtant opté pour les bonnes solutions, la question est évidente : d'où vient cette "connaissance" ? Comment peut-elle se mettre en action avec une telle fulgurance ?

 

La seule réponse qui me vient est étrange et me travaille depuis un moment : Une mémoire antérieure. Des acquis à l'échelle de l'humanité. Des expériences vécues par des individus depuis longtemps disparus et dont les résidus inconscients se seraient transmis. On rejoint d'ailleurs l'idée des champs morphogénétiques de Rupert Sheldrake.

Je sais que notre cerveau reptilien contient des données auxquelles je n'ai pas accès de façon consciente.

Sauf peut-être là. Parce que la vie est en jeu.

Peut-être alors devrions-nous vivre alors dans un état de survie provoquée. Je n'envie évidemment pas les êtres humains confrontés à la guerre ou mourrant de faim, d'épidémie et de tous les maux contre lesquels ils n'ont guère de pouvoir de résistance. Je les plains infiniment.

 

Mais, moi, dans cette vie privilégiée, je dispose peut-être de l'opportunité d'apprendre à user consciemment de mon inconscient. Ou tout du moins de tenter de l'explorer. Je connais déjà, quelque peu, à ma simple mesure, les états de conscience modifiée à travers l'épuisement. J'en connais les horizons infinis. Je ne vais pas pour autant me lancer des défis propices à mettre ma vie en danger.

Je n'oublierai jamais l'expérience du canyoning avec Léo et Nathalie. Elle me suffit...Ni celle de l'avalanche, ou de l'ascension de la Tête de Lion, ou de la pointe des Nantillons, ni celle du Peigne... Ni tout le reste.

C'est inscrit en moi maintenant.

Mais j'aimerais par contre trouver le moyen d'explorer paisiblement cet inconscient et d'en extirper les connaissances millénaires.

Il faut que je relise Carl Gustav Jung... 

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