La lumière

Il y a des personnes que j'aimerais pouvoir remercier aujourd'hui de tout ce qu'elles m'ont apporté. Il faudrait toujours dire aux gens qu'on aime à quel point elles nous portent vers l’Éveil.

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JUSQU AU BOUT

Il vit un gros livre au bout du banc. Sri Aurobindo. Il ne déchiffra pas le titre.

« C’est ça on lit depuis un moment, expliqua Birgitt. C’est difficile mais c’est bien.

- C’est quoi le titre ?

- Ça veut dire, la vie…comme Dieu. »

Elle disparut dans le salon et revint avec un dictionnaire. Elle tourna les pages rapidement.

« Ça veut dire la vie divine.

- Et ça parle de quoi ?

- Oh ! c’est très difficile de raconter. Avec le hollandais, c’est déjà difficile de comprendre la première fois. On lit encore et encore pour savoir quoi il explique. Mais tout à l’heure à la plage, c’est quelque chose comme dans le livre tu as raconté. »

Il fut étonné de connaître lui-même un phénomène qui semblait si difficile à comprendre. Il se corrigea en pensant qu’il avait simplement senti des choses étranges mais qu’il ne les connaissait pas.

Yolanda revint avec des fruits.

« Vous pouvez me parler un peu de ce que vous savez ? »

Elles échangèrent un regard sceptique puis Birgitt joignit ses mains devant son visage dans une attitude d’intense réflexion.

« C’est un risque de pas comprendre tout quand on explique mal, commença-t-elle. Les mots sont inconnus pour nous en français mais on peut essayer. Pas de dire ce livre mais les choses on connaît un peu avec tous les livres. C’est le plus difficile de commencer, c’est beaucoup tout mélangé.

- C’est pas grave, ça sera quand même intéressant, j’en suis sûr. »

Elle vida son verre et réfléchit. Elle ouvrit le dictionnaire et commença à chercher. Elle nota les traductions sur un papier.

« A Utrecht, on a fait du yoga dans un centre, avec un professeur, expliqua Yolanda. On a beaucoup appris avec lui. C’est très bon pour toi si tu fais et c’est bon aussi pour rester calme et mieux vivre avec toi. Aussi, on connaît un professeur de Tao, mais ça c’est encore plus compliqué. Avec le yoga, on a appris à trouver le calme mais c’est pas le calme juste pas de bruit. C’est le calme dans ta tête et dans ton corps. Quand tu es dans le vrai calme, tu oublies le monde, tu as plus de souvenirs, plus de pensées. C’est très difficile à faire. Tu crois que c’est facile de pas penser mais si je te dis de penser pendant trois minutes à une seule chose comme…la balle des raquettes, juste la balle, tu vas croire tu as pensé à elle pendant trois minutes mais en vrai tu as pensé à beaucoup des autres choses. Tu as vu la plage, la raquette dans ta main, le soleil, la balle qui roule, un nuage devant le soleil, c’est plein des images qui vont avec la balle et ça c’est pour penser à une seule chose alors si c’est pour penser à rien, c’est beaucoup plus difficile. Avec le yoga, on fait ça. Mais c’est très long pour faire ça une fois. Dans la tête, c’est plein de gens qui te parlent, s’exclama-t-elle en riant. Tu connais les choses tu penses mais tu sais pas où tu es toi. »

Elle regarda les notes prises par Birgitt et continua.

« Dans le calme, si tu as pas de pensées, tu es dans la…conscience, articula-t-elle lentement. Tu sais où est ton esprit et qui tu es. »

Birgitt ferma le dictionnaire et relut ses notes. Elle regarda Yolanda qui lui fit un petit signe de tête.

« Dans la philosophie éternelle, commença-t-elle, tu cherches le moi pur. C’est comme la partie de toi dans toutes les choses vivantes de l’univers mais tu as l’habitude de voir toi, comme toi tout seul. Tu peux pas voir tu appartiens à quelque chose de plus grand et c’est déjà en toi, mais c’est très caché. Il faut chercher cette lumière, c’est beaucoup de travail. Les sportifs, ils connaissent un peu ça quand ils sont très fatigués comme les coureurs ou les gens sur les vélos, ils arrivent à plus penser à rien et ils voient eux très fort. Mais ça, c’est pas eux tout seul, c’est eux avec l’univers. C’est l’unité. C’est ça la vraie réalité. A côté, c’est le monde des hommes et c’est tout un mensonge. Beaucoup de choses cachées avec l’agitation. Alors comme on sait pas chercher le moi pur, on pense beaucoup à plein des choses qui sont pas importantes mais on dit c’est important. C’est le mauvais modèle du moi. Si tu es…illuminé, tu sais tu es un individu mais tu sais aussi tu es uni avec l’univers. Alors tu laisses ton… égo et tu penses pas pareil. »

Elle s’arrêta et regarda Yolanda qui l’encouragea d’un sourire. Elle observa son petit papier et continua.

« Si tu es illuminé, tu connais l’amour pour toutes les choses vivantes. C’est pas l’amour avec les corps mais c’est l’amour avec ton esprit et c’est possible aussi de faire ça avec le sexe. Avec une autre personne qui est comme toi, c’est très fort de faire l’amour. C’est pas pareil. C’est les énergies très profondes tu fais venir, pas le plaisir mais plus fort, c’est difficile de dire. »

Yolanda qui lisait le papier sur la table continua.

« C’est l’orgasme cosmique. C’est pas ton corps qui est là, c’est pas celui de l’autre avec toi, c’est un seul qui est dans la lumière, c’est les moi purs ensemble. C’est ça l’unité…originelle. Et si tu es comme ça, c’est pas l’excitation du corps, c’est l’excitation de l’esprit le mieux, ça peut rester très longtemps.

- C’est ça que j’ai senti à la plage. C’était pas de l’excitation physique, jamais, mais je sentais mon esprit qui brûlait. »

Il réalisa soudainement ce qu’il venait de dire et s’en étonna.

« C’est pour ça, je te dis tu peux faire du yoga ou d’autres choses pour chercher. Tu connais déjà des choses importantes.

- Oh ! je ne les connais pas, je les ai juste senties, reprit-il déçu.

- Mais c’est très bien ! Tu sais c’est beaucoup des gens qui ne trouvent rien avant des années !

- Pourquoi ?

- C’est la vie qui est pas bonne, c’est difficile de garder la philosophie tous les jours. Maintenant, nous on veut ça, on veut pas être dérangées par des choses…extérieures. »

Il se sentit concerné un court instant mais refusa d’y penser davantage.

« C’est bien si tu restes avec les idées tous les jours et tu penses mais si tu travailles pas agréable c’est des pensées pas bonnes et tu peux pas être avec toi. Tu es dans tout le reste dehors de toi et pas avec l’univers. Si tu es avec les hommes, tu peux pas être bien. C’est sûr pour nous deux.

- C’est les hommes comme toi tu peux parler pour pas te perdre, c’est tout. La peinture, c’est bien pour nous aussi pour penser et faire le calme. Et ici aussi, avec la nature.

- Et les gens dehors, ils ne vous gênent pas ? J’en ai vu tout à l’heure qui avaient oublié leurs corps. Ils étaient gros, une horreur !

- Oui, on sait ça mais on va pas voir, c’est tout.

- Et c’est pas toujours la faute à eux, c’est peut-être une maladie mais dedans, c’est des gens ils cherchent.

- Oui, tu as raison Birgitt. Je condamne toujours trop vite.

- C’est toi tu es pressé et tu vois peut-être le mal partout mais c’est des choses belles aussi avec les autres pas comme toi. Il faut écouter.

- Et tu perds ton énergie si tu es toujours contre les autres. Il faut être avec eux ou pas penser, c’est mieux pour toi, c’est comme ça tu avances dans ton moi pur. Et aussi tu fais aller mieux le monde, c’est moins de violences et de méchancetés. Si beaucoup de gens pensent dans le calme, c’est possible les autres sentent aussi le calme et ils font pareil. C’est comme une chaîne plus grande et encore plus grande. Il faut pas penser mal sinon c’est tout cassé et c’est le mal encore plus fort. Si tu fais méditer c’est bon pour toi mais c’est bon pour le monde autour de toi. C’est …drôle.

- Etrange, reprit Pierre.

- Ah ! oui, étrange, continua Yolanda. C’est ça aussi, il dit le Dalaï-Lama.

- C’est une histoire très …étrange je connais avec des singes. C’est un singe, sur une île, il lavait des fruits ou des patates, je sais plus, avant de manger mais pas les autres. Et un autre a fait, et puis un autre encore mais ça allait pas vite pour tout le groupe lave les patates. Mais un jour, c’est un nombre assez grand pour donner envie à tous les singes de faire comme ça. D’un coup c’est toute la tribu. Et après, c’est même des singes dans une autre île, ils ont fait pareil. C’est l’idée, elle est arrivée là-bas ! C’est étrange !

- Avec un peu des hommes, ils méditent bien, c’est pareil, un jour, ils font méditer le monde entier. Et c’est bien pour le monde entier. Il faut passer dans le bon nombre de gens et c’est possible.

- Avec les enfants dans l’école, c’est possible de faire ça. Si tu es calme et gentil, si tu écoutes bien les enfants et tu fais attention à eux, ils sont heureux et alors ils travaillent bien, et comme ils travaillent bien ils sont fiers et encore plus heureux. Ils ont pas peur de venir à l’école et même avec le travail c’est bien si tu es gentil et tu les aides. Tu peux aussi leur apprendre le calme. Alors ils parlent de l’école à la maison et le papa et la maman, ils sont heureux aussi ensemble et tout est mieux pour tout le monde. C’est pas difficile pour le bonheur. Il faut pas des choses tristes et difficiles pour la vie et alors c’est le bonheur. Les hommes, ils veulent le bonheur pas le malheur. La télévision, elle fait du mal si elle parle beaucoup des choses violentes, tristes et c’est les gens ils font ça aussi après. Alors, il faut pas dire ça avec les enfants. C’est mieux les mettre dans la nature et le calme. C’est mieux pour eux et pour le monde entier.

- Comment est-ce que je peux apprendre le calme aux enfants ?

- Tu dis la différence entre écouter et entendre, répondit Birgitt. Tu dis d’écouter toutes les discussions dans leur tête et d’essayer de les faire diminuer une à une pour plus rien avoir à entendre. C’est passer de l’esprit actif, avec plein de choses dans la tête qui se parlent et se répondent ou parlent les unes par-dessus les autres pour arriver à l’esprit passif qui écoute mais n’entend plus rien. Avec la respiration, tu peux les aider. Ils respirent bien normalement, un peu doucement et ils comptent les respirations. Ils soufflent, ça fait un, une autre fois, ça fait deux, une autre fois, ça fait trois et encore pour faire quatre. Il faut juste compter, pas penser à rien d’autre, juste la respiration et compter. Avec ça, ils vont réussir à entendre et pas à écouter. Tu peux faire tout à l’heure si tu veux avec nous.

- Ah oui, j’aimerais beaucoup commencer avec vous !

- Mais attention, c’est un travail long. Il faut pas être énervé si tu arrives pas. C’est pas tout de suite la réussite. Et pour les enfants aussi. C’est plus facile si c’est déjà calme dans eux.

- Mais toi, c’est pas calme dedans !

- C’est beaucoup plus calme qu’avant pourtant », dit-il.

Et ce temps lui sembla très lointain, comme une autre vie. L’impression d’avoir eu à franchir une chaîne de montagnes gigantesques, avec des efforts douloureux, la peur de l’échec, des décisions extrêmes à prendre, sans le temps nécessaire à la réflexion, toujours dans l’urgence et la menace permanente de la chute dans les vallées sombres et que maintenant, de l’autre côté, il redescendait dans une vallée de calme, de connaissance et de plénitude. Il sentit combien le cheminement pour parvenir jusqu’ici ne devait pas être dévoilé…Ce serait à tout jamais sa part d’ombres.

« Vous croyez que je peux trouver des professeurs de yoga en Bretagne ?

- On ne connaît pas là-bas mais c’est possible, je pense. C’est avec les livres aussi tu peux trouver beaucoup de choses. Mais c’est mieux les vivre. Avec la nature, c’est déjà beaucoup de découvertes.

- Tu sais, reprit Birgitt, au début c’est toujours difficile mais si tu penses beaucoup un jour tu comprends. Et tu penses plus pareil. C’est comme avec les singes, il faut beaucoup de nombres de pensées pour l’esprit passe de l’autre côté. Tu cherches, tu cherches, c’est difficile et pourtant un jour, ça y est tout arrive et tout devient clair. Et si tu comprends bien, les gens avec toi ils vont comprendre mieux aussi. Des choses différentes mais ça sera mieux pour eux. Tu vas leur faire du bien.

- C’est ce que vous faites avec moi. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce que je comprends depuis que je vous ai rencontrées. Et parfois ce sont des choses dont on n’a pas parlé mais qui se sont quand même révélées. Ca aussi c’est étrange. C’est comme si tout mon esprit s’ouvrait parce que vous avez poussé une porte. »

Elles se regardèrent en souriant.

« Ça nous fait très plaisir ça, tu sais, c’est très important pour nous. On veut essayer aussi d’aider le monde. C’est notre participation à cet univers qui est en nous, à cette lumière de tout le monde.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette lumière ? Qu’est-ce que c’est exactement ?

- Impossible de répondre. Il y a beaucoup trop de réponses. Chaque peuple a sa réponse. C’est Dieu peut-être. Pour moi Dieu, c’est une sensation pour tous les êtres vivants, une espèce… de complicité ! Tu as dit ça aussi. Le dauphin il saute, l’oiseau il chante, l’enfant il rit, c’est Dieu aussi en eux, tu vois une sorte de bonheur, c’est tout le monde vivant il sent ça parfois. Nous, c’est devant un beau paysage, une jolie personne, une belle musique. C’est la lumière de Dieu, elle brille en nous et elle nous réunit avec toutes les espèces vivantes. Mais les hommes, ils appellent ça Dieu, c’est dommage, ça fait trop penser à une personne humaine. C’est pas une personne bien sûr, c’est pas une forme, c’est juste une sensation, un bonheur sans nom, c’est trop important pour lui donner un nom, il faut laisser la liberté à chacun. C’est le nom tu veux lui donner le bon. C’est tout. Mais Dieu, c’est la rencontre dans toi de toutes les lumières qui sont dehors, alors c’est le grand bonheur. Ta lumière brille plus fort et tu es heureux. Très fort. Ta lumière, elle rencontre les autres lumières de l’océan, du vent, du soleil, des étoiles, de la pluie, de la neige, d’un animal, d’une plante, d’un être humain, d’une musique, d’un paysage, d’un grain de sable. La main d’un enfant dans la tienne, c’est les deux lumières ensemble, alors elles brillent plus fortes. Elles s’ajoutent l’une à l’autre et pourtant elles restent à l’intérieur des deux. C’est formidable. Mais c’est la joie pour faire briller les lumières, pas le malheur. C’est pour ça, on dit toujours le malheur c’est noir. C’est les gens sans la lumière intérieure. C’est pas juste une image, c’est la réalité. Et c’est la vie elle cache la lumière aux gens. Alors, il faut faire un effort pour la retrouver. C’est grave pour les enfants s’ils entendent jamais ça. Nos parents avec le naturisme, c’était aussi pour nous aider à trouver. Souvent, ils nous ont parlé de ça. C’est pour ça les parents, c’est important. C’est pour envoyer les enfants sur le chemin de la lumière. Si tu passes du temps à lutter contre le mal, tu t’occupes du mal et tu lui sacrifies ton énergie. Mais ça ne fait pas remonter la quantité de bien. Il restera pareil. Tu peux même finir par tomber du côté du mal. Mais si tu t’occupes du bien, tu le développes, tu élèves un mur de plus en plus important devant le mal. Et un jour c’est le mal qui se retrouve en position inférieure. Avec les enfants, c’est pareil. Il faut les mettre toujours sur le chemin de la lumière. C’est ça ils cherchent dans leurs vies. Ici beaucoup d’hommes cherchent à obtenir tout le contraire de la lumière. La honte d’avoir gâché la vie les envoie vers le mal. Il faudra beaucoup de gens illuminés pour renverser cette direction. »

Il comprit enfin le dégoût qu’il avait si souvent éprouvé. Lutter contre le mal et devenir le mal…Il s’était laissé piéger. Sa mission avec les enfants était essentielle mais il s’était trompé de méthode. Il reprendrait tout à zéro. Ce n’était pas juste pour eux mais pour le monde entier. Comme une goutte tombée dans la mer et dont les effets, apparemment infimes, feraient le tour de la planète.

Jusqu

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