La société civile.

La grippe A et la société civile : [11/11/2009]

 

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l’avènement d’un 3e pouvoir fort

 

J’observe avec intérêt, comme des millions de gens, le combat international qui se livre actuellement autour de la grippe A et de son vaccin, opposant d’un côté les pouvoirs politiques et pharmaceutiques, et de l’autre les citoyens de nombreux pays du monde.

Ce combat me semble crucial et emblématique à plus d’un titre.

Divers auteurs, dont Nicanor Perlas (La société civile : le 3e pouvoir), ont en effet souligné l’importance d’une répartition triangulaire du pouvoir qui, en plus du politique et de l’économique, ferait intervenir la société civile. Chacun peut voir tous les jours ce que devient le monde quand il est seulement livré au pouvoir et à l’argent, et aux alliances immanquables qui se tissent entre les deux. Il est devenu impératif qu’au-delà des seuls processus démocratiques, dont chacun connaît les faiblesses, les citoyens puissent aussi massivement exprimer et défendre leurs revendications, quand celles et ceux qu’ils ont élus ne représentent plus leurs opinions, leurs idées, leurs valeurs.

Depuis le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, auquel assistaient des milliers d’ONG venues du monde entier, réunies dans un sommet parallèle (le Forum Global), depuis aussi l’avènement d’Internet, on assiste à une évolution et un développement formidables de la société civile. Celle-ci présente plusieurs particularités spécifiques.

D’abord, une ramification phénoménale, comme on peut le voir dans le cas de la grippe : des informations, des messages, des pétitions, des vidéos et articles, ont été propagés de toutes parts, avec une grande diversité d’opinions, d’éclairages, de sources. Immanquablement, on a pu voir des infos très folkloriques, certaines carrément paranoïaques, d’autres mal ou pas étayées, mais loin de m’en offusquer, je vois plutôt là le signe de quelque chose de riche, multiforme, non régimenté, duquel finit quand même par se dégager un fond commun qui – on le voit aujourd’hui – peut réussir à s’imposer. Face à la pensée unique, face à la concentration des pouvoirs économiques, médiatiques et politiques, un tel réseau vivant, un tel maillage polymorphe se révèle être une force et prévient toute prise de pouvoir par une personne, une association, une ONG.  

Ensuite, une forme de désintéressement, puisque contrairement aux pouvoirs économiques et politiques, les membres de la société civile qui s’engagent pour une cause n’ont le plus souvent rien à en attendre personnellement. Ils ne sont pas rémunérés pour cela, ils n’en tirent ni pouvoir, ni argent. Tout le contraire : ils dépensent souvent beaucoup de temps et d’énergie pour défendre une cause collective, et prennent parfois des risques personnels importants. Même si des dérives sont toujours possibles (et existent), dans l’ensemble ce désintéressement – associé au maillage multiforme évoqué ci-dessus – prévient la corruption et la récupération des acteurs civils. Dans le cas de la grippe A, je connais de nombreuses personnes qui depuis des mois n’économisent pas leur temps, leur énergie et leurs moyens pour contrer la désinformation massive à laquelle nous avons eu droit initialement, et dont les recherches ont pu ensuite être relayées par des millions de gens.

Enfin, la société civile est de plus en plus la garante d’une certaine conscience collective, là où au contraire tant de décisions politiques et de productions de l’économie n’ont servi qu’à favoriser l’inconscience, l’abrutissement et l’irresponsabilité à tous les niveaux. Dans les modèles de répartition triangulaire des pouvoirs, la société civile est d’ailleurs traditionnellement associée à ce qui est culturel (au sens large) et spirituel (au sens non religieux du terme). A travers la société civile, l’humanité semble en voie d’acquérir une conscience collective, ce dont il y a tout lieu de se réjouir, tant c’est devenu impératif face aux défis qui nous attendent.

Face à cette manipulation massive des pouvoirs politiques et économiques qu’est l’affaire de la grippe A, la société civile s’est galvanisée, mobilisée, renforcée : elle a réagi avec de plus en plus de force, de solidarité, de richesse et d’élan.

L’enjeu, aujourd’hui, dépasse donc largement la seule grippe A. Ce qui est véritablement en jeu, à travers cette bataille éminemment symbolique, c’est la prise par la société civile de la place qui lui revient, une bonne fois pour toutes. Si la situation se retournait (en imaginant que les pouvoirs publics recourent à la force, p. ex.), si cette bataille était perdue, ce serait désastreux non seulement pour notre santé à tous, évidemment, mais en raison du symbole fort que représente actuellement ce combat. A travers cette lutte bien précise, en effet, la société civile est en train de prouver qu’elle est désormais incontournable, qu’elle représente bel et bien ce 3e pouvoir avec lequel les deux autres devront à l’avenir devoir systématiquement compter. Pas seulement en matière de santé, mais aussi d’écologie, de social, d’éducation, et ainsi de suite.

Les tentatives classiques dérisoires auxquelles on assiste çà et là, ces derniers jours, de vouloir mettre la lutte anti-vaccin de la grippe A sur le dos d’une ou de secte(s), dans l’espoir de jouer une fois de plus la carte de la peur et de manipuler l’opinion, montrent bien à quel point le politique et l’économique sont à court d’arguments valables pour contrer ce formidable mouvement de la société civile.

Il est donc important que la dite société civile ne baisse pas la garde trop tôt, sur ce sujet de la grippe : l’histoire et l’expérience ont montré que lorsque de tels intérêts sont en jeu, on peut s’attendre à tout.

Ce serait un joli retournement des choses, au final, si cette campagne mondiale autour de la grippe provoquait dans la société civile un tel sursaut immunitaire contre le virus de la désinformation et le cancer des intérêts privés qu’elle soit à l’avenir prête à livrer de nombreux autres combats de même importance collective !

 

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