La victime

Un texte de Denis MARQUET dans la revue "Nouvelles clés".

"Le mot victime recouvre une réalité : si on me vole ou m'assassine, je suis la victime d'un délit ou d'un crime. En m'attribuant cette notion, qui appartient à la sphère juridique, la société m'offre une triple reconnaissance : d'abord que je souffre ; ensuite que je ne suis pas responsable de mes souffrances ; enfin qu'un tiers en est responsable et me doit réparation. (ou à mes proches...)

Nécessaire dans le domaine juridique, ce concept devient dangereux appliqué au domaine psychologique. 

N'avons-nous pas tendance, consciemment ou non, à nous poser en victime ? Car nous pouvons en attendre un triple bénéfice, qui est en réalité une triple impasse:

1) par la mise en avant de ma souffrance, je peux espérer qu'un autre va venir m'en soulager. Ne se sentant pas responsable de sa souffrance, la victime attend secrètement son sauveur, c'est à dire celui qui en assumera la responsabilité à sa place. Bien des "amours" naissent d'une transaction entre inconscients : tu me sauves / je te sauve. Et beaucoup meurent de ce que les amoureux n'ont su dépasser ce marché de dupes. Car en matière psychologique, personne ne sauve personne.

2) par l'affirmation de mon irresponsabilité, j'évite non seulement la culpabilité (je souffre mais ce n'est pas de ma faute), mais encore la pénible tâche de chercher en moi-même les racines de ma souffrance. Car il est douloureux de regarder au fond de soi. C'est pourtant le seul moyen de guérir vraiment. Renier ma responsabilité me procure une trompeuse impression d'allègement que je paie immédiatement au prix fort : celui d'une impuissance totale. Celle-ci est fréquemment compensée par une quête de toute puissance. La recherche compulsive du pouvoir sur autrui cache souvent une victime impuissante...

3) j'espère obtenir réparation, donc soulagement de mes souffrances en trouvant un coupable. C'est ainsi que la victime cherche son bourreau. Parfois, elle le trouve, se liant de préférence à des êtres qui vont réellement la faire souffrir. Plus souvent, elle l'invente. Lorsque je projette inconsciemment l'image du sauveur sur un être aimé, j'attends de lui le soulagement d'anciennes souffrances refoulées, lesquelles refont surface ainsi à l'occasion de sa rencontre ! Le sauveur étant évidemment impuissant à soulager des souffrances qui sont intérieures à la victime, celle-ci lui en attribue la responsabilité, le faisant passer de statut de sauveur à celui de bourreau...

L'amour se transforme en haine et la victime exerce son courroux sur le sauveur déchu...La victime oscille toujours entre plainte et colère.

Deux conclusions : d'abord, c'est en se posant en victime, consciemment ou non, que l'on transmet la souffrance. Ce sont les victimes qui font mal. Ensuite, personne n'échappe à cette impasse, pour une raison simple : c'est qu'il est vrai que nous ne sommes pas à l'origine de notre souffrance. Nous avons reçu, enfant, les blessures de notre âme. Et celles-ci n'ont pas été reconnues. D'où la difficulté d'en assumer à présent la responsabilité.

Le chemin de la maturité est long et ardu. Il consiste à prendre conscience que, si je ne suis pas la cause de ma souffrance, la cause de ma souffrance est en moi...Donc aussi, la puissance de m'en libérer.

On cesse d'être une victime par la responsabilité."


Je vois dans cette description toute l'importance du travail à mener sur "l'Enfant Intérieur", sur la rencontre avec le Parent, sur les liens limitants, sur la généalogie, sur la notion d'âme, de chemin de vie, de "karma"...Il est évident pour moi que la médecine mécaniste possède une maîtrise indéniable dans la sphère chirurgicale mais qu'elle est totalement immature au regard de la spiritualité. La sophrologie analysante, la psychanalyse, le chamanisme, l'analyse transactionnelle, la méditation, la kinésiologie, la gestalt, l'hypnose, l'EMDR, l'EFT, la respiration holotropique...Il existe un grand nombre de chemins possibles pour s'explorer, en toute responsabilité... Il est impossible de dire qu'on a tout essayé. On peut ne plus avoir envie d'essayer...Mais alors, on en prend la responsabilité...

"Qui est responsable ?"

Une question à ne pas délaisser...

Je suis responsable de la situation compliquée dans laquelle je me trouve. Il me suffisait d'accepter les directives du Ministère et de continuer à travailler dans ma classe. J'ai fait un choix. Toutes les difficultés que je rencontre désormais sont de ma responsabilité. Je ne suis pas "victime" du Ministère. C'est mon interprétation des actes du Ministère qui instaure ce conflit. Si je n'étais pas allé poser ma démission, je n'aurais pas pris en pleine figure que 32 ans de carrière, "ça ne vaut rien"...

Ensuite, cette souffrance, il est de mon ressort de la pérenniser ou de m'en servir comme carburant pour avancer. Soit, je me condamne à la plainte, soit j'use de ma colère comme ferment de mes actes. Mais je ne dois pas oublier le fait que cette colère, un jour, s'effacera et que si je n'ai que cela comme moteur, je tomberai en panne...

Je n'agis par par ressentiment mais par intention. Le ressentiment est tourné vers un passé pesant, l'intention est un projet sur l'avenir. 

Ma colère est un tapis de feuilles qui va pourrir. En se désagrégant, elle nourrira le désir de lumière.  

 

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