Le Livre des morts tibétain (1) (spiritualité)

Bardo1

 

Entretien sur « Le livre des morts tibétain » (Bardo Thödol) avec le Docteur Jean-Pierre Schnetzler dans la revue Nouvelles Clés de décembre 1992.

 

Comment expliquer clairement le Bardo Thödol ?

-C’est compliqué simplement parce que cela se rapporte à des processus subtils, liés au passage d’un état d’être à un autre, tout aussi transitoire (le Bardo) lequel sera la « sanction » de ce qui a précédé et le début de ce qui va advenir. Le texte décrit l’abandon d’un mode de manifestation corporelle au travers du processus de la mort qui est suivi par un bref contact avec la réalité fondamentale, que les Tibétains appellent « la Claire Lumière ». cette apparition précède un mode d’existence non corporel, uniquement mental, dans lequel la conscience de l’individu va expérimenter un certain nombre des possibilités qu’elle porte en elle. Celles-ci vont s’extérioriser sous formes d’expériences, qui seront attribuées ou non à une cause extérieure. Cependant, il faut savoir qu’en réalité ces manifestations sont les propres pensées et tendances conscientes et inconscientes du défunt. De tout cela, la conscience ne se rend pas toujours compte car elle est encore chargée d’illusions. A cette zone du bardo, font suite les préliminaires de la renaissance, lorsque les désirs et les passions non résolues de l’individu l’entraînent vers un autre état de manifestation, corporelle ou non corporelle selon les cas. C’est donc un processus compliqué, quis e réfère à un mode d’existence sur lequel nous n’avons pas beaucoup de données et de compréhension, à moins de le comparer au rêve, état qui se rapproche le plus de l’expérience du Bardo.

Le Bardo Thödol, c’est donc d’abord le Bardo de la mort. C’est la dissolution de l’être corporel et la résorption de la conscience dans sa modalité fondamentale. Quand cette résorption est opérée, la mort survient et l’individu est ramené à sa manifestation uniquement spirituelle. C’est un moment crucial. Si l’individu a pratiqué la méditation au cours de sa vie, il sera peut-être capable de saisir la chance qui se présente. Car à ce moment, il est libre du corps qui le limite et des activités mentales qui sont en train de se résorber, il est alors capable de saisir même de l’esprit qui est appelé de façon imagée « la Claire Lumière ».

C’est dans la mesure où il va reconnaître l’esprit qui est aussi le sien, comme étant la réalité fondamentale, qu’il peut réaliser le nirvana. Mais s’il laisse passer cette occasion unique, au bout d’un certain temps d’inconscience, il va réapparaître en tant que manifestation purement mentale. Et là, il peut être le jouet des forces du psychisme. Il existe alors sous un mode purement psychique pendant un certain temps, confronté au meilleur et au pire. Généralement, le meilleur vient en premier avec des manifestations lumineuses ou sonores représentant les différents modes de la sagesse. Mais pour celui qui s’isole dans une identification, la sagesse peut être ressentie comme terrifiante car elle menace de dissoudre cette identification à notre ego et nous « tuer ». C’est ce qui explique la panique qui peut saisir certains êtres, devant la merveilleuse splendeur mais aussi la toute-puissance qui se révèle à leurs yeux. Bien souvent, ils ressentent  ces manifestations comme épouvantables. Au lieu de saisir l’occasion de s’identifier à cette lumière ils s’en écartent et retombent dans les manifestations inférieures de leur psychisme. Ils sont ainsi les jouets des reliquats de leur inconscient : peurs, jalousies, insatisfactions…En retrouvant ce qui a influencé et déterminé les vies précédentes, ils seront conduits vers la renaissance par le déterminisme et la contrainte. Ils retomberont dans ce que les Grecs appelaient « le cycle de de la nécessité » et que les Orientaux appellent le « samsara ».

 

 

Le Bardo Thodol est un ouvrage fondamental du bouddhisme tibétain traitant de la possibilité de libération spirituelle dans l'état intermédiaire entre la mort et la renaissance.

 

Le nom de l’ouvrage, ou plutôt celui de sa partie principale, composé de bardo (état intermédiaire), de thö (entendre) et de dol (libérer), signifie libération par l’audition pendant les stades intermédiaires [entre la mort et la renaissance].

Le Bardo Thödol ou Livre tibétain des morts est un texte décrivant les états de conscience et les perceptions se succédant pendant la période qui s’étend de la mort à la renaissance. L’étude du texte ou la récitation du principal chapitre par un lama lors de l’agonie ou après la mort est censée aider à la libération du cycle des réincarnations, ou du moins à obtenir une meilleure réincarnation.

 

Quelques mots sur l'ouvrage dans sa première édition par Jacques Bacot directeur d'études de tibétain à l'École pratique des hautes études :

Le Bardo Thodol est un traité de la mort reposant sur un fond d'animisme extrême oriental. La description, non extérieure, mais interne et vécue de l'agonie est si précise qu'on pourrait croire cette science eschatologique acquise par des humains revenus du seuil même de la mort. Le traducteur anglais, le Dr W.Y. Evans-Wentz, la croit plutôt dictée par de grands maîtres, agonisants, attentifs, qui eurent la force d'enseigner à leurs disciples le processus de leur propre fin. 
Mais les enseignements vont plus loin. Après s'être adressés au mourant, ils dirigent l'esprit du mort à travers les visions infernales qui l'épouvantent et l'égarent. Dans l'état intermédiaire — le Bardo — entre la mort et la renaissance, se développent selon un déterminisme rigoureux, les effets dont les causes furent les oeuvres durant la vie. Car, enfers, dieux infernaux et tourments sont créés par l'esprit lui-même, ils n'existent pas en dehors de lui. Ils ne sont que phantasmes, pareils aux mauvais rêves des mauvaises consciences.

 

Extrait de la préface à la seconde version (nouvelle traduction) préfacée par Anagarika Govinda, moine et pratiquant de la tradition tibétaine (auteur du Chemin des nuages blancs) :

Dans le titre du Bardo-Thodol, le mot de mort n'apparait nullement. Ce mot dévie le sens de l'oeuvre qui réside dans l'idée de libération, c'est-à-dire libération des illusions de notre conscience égocentrique qui oscille perpétuellement entre naissance et mort, être et ne pas être, espoir et doute, sans parvenir à l'éveil, à la paix du nirvana, cet état stable, loin des illusions du samsara et des états intermédiaires.(..)

Pour qui met sa confiance dans la métaphysique bouddhique, il est clair que naissance et mort ne sont pas les phénomènes uniques de la vie et de la mort, mais qu'ils interviennent en nous d'une manière ininterrompue. A chaque instant quelque chose meurt en nous et quelque chose vient à naitre. Les différents Bardos ne sont autres que les différents états de conscience de notre vie : l'état de la conscience éveillée, de la conscience de rêve, de la conscience d'agonie, de la conscience de mort et l'état de la conscience de renaissance.

Ainsi ce traité n'est pas un guide des morts, mais un guide pour tous ceux qui veulent dépasser la mort en métamorphosant son processus en un acte de libération.

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