Le mensonge de "la croissance verte"

​Un remarquable travail sur la tromperie des énergies renouvelables. 

 

L’étrange logique derrière la quête d’énergies « renouvelables » (par Nicolas Casaux)

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Pour commen­cer, quelques ques­tions, trop rare­ment posées :

La destruc­tion en cours des diffé­rents biomes de la planète, leur conta­mi­na­tion par d’in­nom­brables substances et produits toxiques, et les pollu­tions massives des milieux natu­rels sont-elles les consé­quences de la produc­tion d’éner­gie ou de son utili­sa­tion (ou les deux) ? Et en quelles propor­tions ?

Autre­ment dit, la planète est-elle en train d’être détruite par les consé­quences directes de la produc­tion éner­gé­tique indus­trielle mondiale ou l’est-elle davan­tage par ses consé­quences indi­rectes ?

Le déver­se­ment annuel de millions de tonnes de plas­tique qui asphyxient les océans dépend-il du type d’éner­gie utili­sée par les usines et les zones indus­trielles ?

Les millions de tonnes de déchets toxiques annuel­le­ment géné­rées par les diffé­rentes indus­tries (cosmé­tique, élec­tro­nique, chimique, agri­cole, fores­tière, de la construc­tion navale, de la construc­tion auto­mo­bile, etc.) sont-elles les consé­quences de la manière dont est produite l’éner­gie qu’elles utilisent ?

La destruc­tion d’éco­sys­tèmes, leur pollu­tion, et l’ex­tir­pa­tion de millions de tonnes de ressources non-renou­ve­lables (métaux, mine­rais en tous genres) des entrailles de la planète par l’in­dus­trie des extrac­tions minières sont-elles liées à la manière dont est produite l’éner­gie qu’elle utilise ?

L’abat­tage des dernières forêts d’Afrique (et d’ailleurs) afin de four­nir du bois d’œuvre (ou l’abat­tage des forêts d’Amé­rique du Sud afin de déga­ger de l’es­pace pour l’éle­vage et d’autres acti­vi­tés indus­trielles) est-il lié à la manière dont est produite l’éner­gie utili­sée par les usines de trai­te­ment du bois ?

Le monde est-il en train d’être détruit par manque d’une produc­tion indus­trielle d’éner­gie « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » ?

Inver­se­ment, si toute la produc­tion d’éner­gie indus­trielle était, ou plutôt, pouvait être, « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », l’hu­ma­nité indus­trielle cesse­rait-elle de détruire, polluer, conta­mi­ner, et épui­ser la planète ?

En l’état des choses, les diffé­rentes indus­tries qui consti­tuent nos socié­tés indus­tria­li­sées surex­ploitent et épuisent déjà large­ment les ressources natu­relles (renou­ve­lables et non-renou­ve­lables) de la planète. Qu’en sera-t-il lorsque l’in­dus­tria­li­sa­tion (élec­tri­fi­ca­tion, moder­ni­sa­tion, urba­ni­sa­tion, etc.) de tous les pays dits en déve­lop­pe­ment sera ache­vée ? Lorsque tous les habi­tants de la planète consom­me­ront autant qu’un euro­péen ?

Étant donné que les pays du monde produisent actuel­le­ment envi­ron 50 millions de tonnes de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) par an, dont l’im­mense majo­rité (90%) ne sont pas recy­clées.

Étant donné qu’ils produisent égale­ment plus de 3,5 millions de tonnes de déchets solides par jour (d’après un rapport de la Banque mondiale).

Étant donné que cela suffit à parler de désastre.

Étant donné que c’est loin d’être le seul problème (et que c’est d’ailleurs un problème dont l’am­pleur va augmen­ter expo­nen­tiel­le­ment au cours des prochaines décen­nies, comme nous allons le voir).

Étant donné que les extrac­tions mondiales de ressources en métaux et mine­rais desti­nés aux diffé­rentes indus­tries s’élèvent actuel­le­ment à plus de 40 milliards de tonnes par an.

Étant donné qu’en 1970, d’après un rapport de l’ONU, la quan­tité totale des matières premières extraites à travers la planète par l’hu­ma­nité indus­trielle avoi­si­nait les 22 milliards de tonnes, et qu’en 2010, elle dépas­sait les 70 milliards de tonnes (et qu’il s’agit donc d’un triple­ment en 40 ans).

Étant donné qu’il nous faudra en extraire 180 milliards de tonnes en 2050 si nous conti­nuons à consom­mer comme nous consom­mons aujourd’­hui et si la course au « déve­lop­pe­ment » se pour­suit.

Étant donné que notre consom­ma­tion globale d’eau douce actuelle (imagi­nez donc ce qu’il en sera demain !), pour prendre un exemple, est elle aussi d’ores et déjà large­ment insou­te­nable(c’est-à-dire que nous consom­mons l’eau des nappes phréa­tiques et des aqui­fères plus rapi­de­ment qu’ils ne se remplissent, ainsi qu’un rapport de la NASA le souli­gnait en 2015 : 21 des 37 aqui­fères les plus impor­tants sont passés en-dessous du seuil de dura­bi­lité — ils perdent plus d’eau qu’ils n’en accu­mulent).

 

Étant donné qu’en raison de la course au « déve­lop­pe­ment » (élec­tri­fi­ca­tion, indus­tria­li­sa­tion, moder­ni­sa­tion, « progrès ») des conti­nents qui ne l’étaient pas encore entiè­re­ment (Afrique, Asie, Amérique du Sud, notam­ment), il est prévu que la produc­tion annuelle globale déjà fara­mi­neuse (50 millions de tonnes) de déchets élec­tro­niques (ou e-déchets) croisse de 500%, envi­ron, au cours des décen­nies à venir (en raison d’ex­plo­sions des ventes de télé­phones portables, d’or­di­na­teurs, de télé­vi­sions, de tablettes, etc.). Et étant donné qu’il est aussi prévu que la quan­tité totale des déchets solides produits chaque jour dans le monde triple d’ici 2100, pour atteindre plus de 11 millions de tonnes par jour.

Étant donné que la majo­rité des déchets élec­tro­niques des pays dits « déve­lop­pés » (ces 90% qui ne sont pas recy­clés, mais qui sont char­gés en métaux lourds et autres substances plus toxiques les unes que les autres) sont envoyés dans ces pays dits « en déve­lop­pe­ment », où ils s’en­tassent dans des « cime­tières élec­tro­niques » et autres « e-décharges », où ils polluent grave­ment les sols, l’air et les cours d’eaux (comme à Agbog­blo­shie au Ghana, ce que vous pouvez consta­ter dans le docu­men­taire ToxiCité, ci-après, ou comme à Guiyu en Chine, à Sher­shah au Pakis­tan, à Dhaka au Bangla­desh, et en Inde, et en Thaï­lande, et aux Philip­pines, et ailleurs), où ils détruisent la santé des humains qui travaillent à les trier (c’est-à-dire qui les brûlent n’im­porte où et n’im­porte comment, sans protec­tion, à l’air libre afin d’en sortir du cuivre et d’autres métaux qu’ils revendent ensuite pour une bouchée de pain), et la santé des animaux non-humains qui vivent sur place.

Étant donné que l’uti­li­sa­tion massive de ressources non-renou­ve­lables néces­saire à la fabri­ca­tion de ces produits high-tech est d’ores et déjà large­ment insou­te­nable et qu’elle le sera d’au­tant plus lorsque tous les habi­tants du monde consom­me­ront autant de produits high-tech que les habi­tants des pays riches, ce qui entrai­nera une multi­pli­ca­tion par 5 ou plus de la consom­ma­tion d’ap­pa­reils élec­tro­niques.

Étant donné que l’uti­li­sa­tion de ces produits élec­tro­niques est souvent nocive pour le « consom­ma­teur » (écrans qui abîment les yeux, qui altèrent les capa­ci­tés cogni­tives, qui nuisent au sommeil, télé­phones portables qui génèrent des cancers, des tumeurs, etc.) et qu’elle nuit bien plus aux rela­tions sociales qu’elle ne les enri­chit.

Étant donné que pour subve­nir à ces besoins crois­sants en mine­rais, métaux et autres « ressources natu­relles », la civi­li­sa­tion indus­trielle (l’en­semble de nos socié­tés indus­trielles) va conti­nuer à s’étendre (comme elle le fait depuis son avène­ment, par défi­ni­tion, puisque c’est ce qu’im­pliquent les concepts de « crois­sance » et de « déve­lop­pe­ment »).

Étant donné que cette expan­sion se fera comme toujours au détri­ment du monde natu­rel, des biomes, des derniers peuples tribaux et des espèces non-humaines de la planète.

Étant donné que l’ex­pan­sion de la civi­li­sa­tion indus­trielle se fait égale­ment au nom de ces tech­no­lo­gies soi-disant « vertes », comme au Groen­land, où des terres rares et autres mine­rais (comme l’ura­nium), récem­ment rendus acces­sibles (quelle chance !), grâce au réchauf­fe­ment clima­tique, vont être extraits du sous-sol afin de pour­voir aux besoins de « la nouvelle écono­mie verte mondiale ».

Étant donné, en effet, que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., requièrent égale­ment des extrac­tions minières massives de maté­riaux parfois haute­ment toxiques, et qu’elles impliquent donc égale­ment des déchets miniers en grande quan­tité :

L’in­dus­trie des panneaux solaires, pour prendre l’in­dus­trie perçue comme la plus « propre », requiert, entre autres, les maté­riaux suivants, listés en avril 2016 par le site Resource Inves­tor : l’ar­se­nic (semi-conduc­teur), l’alu­mi­nium, le bore (semi-conduc­teur), le cadmium (utilisé dans certains types de cellules photo­vol­taïques), le cuivre (câblage et certains types de cellules photo­vol­taïques), le gallium, l’in­dium (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le mine­rai de fer (acier), le molyb­dène (utilisé dans les cellules photo­vol­taïques), le phos­phore, le sélé­nium, le sili­cium, l’argent, le tellure et le titane.

Étant donné que le déploie­ment des tech­no­lo­gies produc­trices d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » implique une forte crois­sance de ces extrac­tions minières ; pour prendre un seul exemple, souli­gné par Olivier Vidal (le direc­teur de recherches CNRS au labo­ra­toire de l’Ins­ti­tut des sciences de la terre de Grenoble dont les travaux ont fait l’objet d’un article dans la revue Nature Geos­cience), dans une inter­view parue sur le site de l’Uni­ver­sité Joseph-Fourier : « D’ici 2050, il faudra six ou sept fois la produc­tion mondiale d’acier actuelle pour les seuls secteurs des éner­gies renou­ve­lables ».

Étant donné qu‘il s’agit d’une évidence souli­gnée par la Banque mondiale, elle-même, dans un récent commu­niqué de presse (18 juillet 2017), inti­tulé « La tran­si­tion vers les éner­gies propres fera augmen­ter la demande de miné­raux », dont voici un extrait :

Il faut s’at­tendre à une augmen­ta­tion de la demande d’acier, d’alu­mi­nium, d’argent, de cuivre, de plomb, de lithium, de manga­nèse, de nickel et de zinc, ainsi que de certaines terres rares, telles que l’in­dium, le molyb­dène et le néodyme. Cette hausse pour­rait être parti­cu­liè­re­ment marquée sur le segment des accu­mu­la­teurs élec­triques, où l’aug­men­ta­tion de la demande de métaux (alumi­nium, cobalt, fer, plomb, lithium, manga­nèse et nickel) pour­rait être multi­pliée par plus de 1 000 % si les pays prennent les mesures néces­saires pour main­te­nir les tempé­ra­tures à ou en deçà de 2° C.

(Sauf que la Banque mondiale y voit des « oppor­tu­ni­tés » pour les « pays riches en miné­raux » qui auront alors la chance et l’hon­neur de pouvoir et de devoir extraire toujours plus de ressources de leurs sols et de leurs sous-sols — et donc de toujours plus détruire le monde natu­rel, ce que la Banque mondiale ne dit pas, au contraire, puisqu’elle conti­nue, comme elle l’a toujours fait, à prétendre que les extrac­tions minières peuvent êtres respec­tueuses de l’en­vi­ron­ne­ment.)

Étant donné que de toutes manières, une étude menée par l’in­gé­nieur Philippe Bihouix évoque trente à soixante ans de réserve pour la plupart des grands métaux indus­triels que sont le zinc, le cuivre, le nickel ou le plomb, et que les réserves acces­sibles d’in­dium, notam­ment utilisé dans les cellules photo­vol­taïques, se limi­te­raient, elles, à vingt ans, et celles de cuivre à trente ans. Cf., la vidéo suivante :

Étant donné, rappe­lons-le encore, que les extrac­tions minières sont des acti­vi­tés parti­cu­liè­re­ment nuisibles pour l’en­vi­ron­ne­ment (avez-vous déjà vu à quoi ressemble et en quoi consiste une zone d’ex­ploi­ta­tion minière ? Prétendre que cette pratique puisse être respec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment, c’est prétendre qu’une coupe rase puisse être respec­tueuse d’une forêt), parce qu’elles impliquent en premier lieu de détruire des écosys­tèmes entiers, et parce qu’elles rejettent ensuite d’im­por­tantes quan­ti­tés de déchets (pour exemple, voir cet article du Monde, inti­tulé « En Chine, les terres rares tuent des villages »). & étant donné que le travail dans les mines est un très bon exemple du carac­tère néces­saire et intrin­sèque des inéga­li­tés et de la hiérar­chie dans une société de masse (quel plai­sir d’al­ler travailler à la mine, n’est-ce pas ? Qui n’en rêve pas ? D’ailleurs on se demande pourquoi on n’y trouve pas plus de PDG, de million­naires et de milliar­daires).

Étant donné que, comme le formule Philippe Bihouix, ingé­nieur centra­lien et auteur de « L’Âge des low tech », dans l’ou­vrage collec­tif « Crime clima­tique stop ! » (éd. du Seuil) :

Avec la crois­sance « verte » […] ce qui nous attend à court terme, c’est une accé­lé­ra­tion dévas­ta­trice et morti­fère de la ponc­tion de ressources, de la consom­ma­tion élec­trique, de la produc­tion de déchets ingé­rables, avec le déploie­ment géné­ra­lisé des nano­tech­no­lo­gies, des big data, des objets connec­tés. Le saccage de la planète ne fait que commen­cer.

(L’ar­ticle que Philippe Bihouix a écrit dans l’ou­vrage collec­tif « Crime clima­tique stop ! » est consul­table en ligne, en entier, et vaut le détour !)

Étant donné que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., sont prin­ci­pa­le­ment déployées par des grandes multi­na­tio­nales (Vinci, Total, BP, etc. ; pour plus de détails, lire la Note de Traduc­tion en fin de cet article).

Étant donné qu’une société en mesure de mettre en place tout ce système indus­triel de produc­tion de hautes tech­no­lo­gies est néces­sai­re­ment massive (c’est-à-dire que sa taille est exces­sive, qu’elle en devient inhu­maine), inéga­li­taire, coer­ci­tive, haute­ment hiérar­chi­sée et spécia­li­sée.

Étant donné que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., qui sont des hautes tech­no­lo­gies, requièrent et dépendent donc égale­ment de ce type de société.

Étant donné que la produc­tion d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », issue des barrages, des éoliennes, des panneaux solaires, etc., ne remplace pas du tout l’uti­li­sa­tion des combus­tibles fossiles (on assiste actuel­le­ment au déve­lop­pe­ment de l’ex­ploi­ta­tion indus­trielle des hydrates de méthane, une nouvelle manière d’ex­ploi­ter des combus­tibles fossiles ; des centrales nucléaires sont en construc­tion dans plusieurs pays du monde, ainsi que des centrales au char­bon ; la frac­tu­ra­tion hydrau­lique pour l’ex­ploi­ta­tion du gaz de schiste se déve­loppe égale­ment, tout comme la produc­tion de pétrole à partir des sables bitu­mi­neux) ; étant donné qu’elle n’est qu’une nouvelle manière, supplé­men­taire, ou complé­men­taire, de produire de l’éner­gie indus­trielle.

Afin d’illus­trer ce dernier point, quelques graphiques tirés d’un article publié le 13 juillet 2017 dans le Natio­nal Obser­ver :

Étant donné que la produc­tion d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », issue des barrages, des éoliennes, des panneaux solaires, etc., dépend de l’uti­li­sa­tion des combus­tibles fossiles (au mini­mum : au niveau des extrac­tions minières, de l’in­fra­struc­ture des trans­ports indus­triels, de la main­te­nance).

Étant donné que toutes les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., servent, entre autres, à alimen­ter en élec­tri­cité non seule­ment les proces­sus de fabri­ca­tion mais aussi l’usage des produits high-tech précé­dem­ment mention­nés (ceux dont 90% finissent dans des pays pauvres où ils détruisent l’en­vi­ron­ne­ment et tous ses habi­tants, ceux qui détruisent la santé mentale et physique de leur utili­sa­teur, ceux dont la consom­ma­tion va forte­ment croître mondia­le­ment, etc.), et parti­cipent ainsi de la conti­nua­tion du système écono­mique et tech­no­lo­gique en place (c’est-à-dire de la perpé­tua­tion du désastre écolo­gique et social en cours).

Étant donné qu’ac­tuel­le­ment, d’après le dernier rapport de l’IEA(Inter­na­tio­nal Energy Agency, ou Agence inter­na­tio­nale de l’éner­gie) sur la produc­tion d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » (publié en 2016), celle-ci ne repré­sente qu’en­vi­ron 13.8% de l’éner­gie consom­mée par la civi­li­sa­tion indus­trielle (c’est-à-dire que les 86.2% restants proviennent des combus­tibles fossiles et du nucléaire), et qu’au sein de ces 13.8% d’éner­gie dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les deux premières et prin­ci­pales sources de produc­tion sont :

  1. L’in­dus­trie des biocar­bu­rants et de la biomasse, qui désigne d’un côté le fait d’uti­li­ser des terres arables pour faire pous­ser des plantes qui pour­raient servir de nour­ri­ture (maïs, canne à sucre, soja, colza et palmiers à huile) de manière agro-indus­trielle (c’est-à-dire en détrui­sant les sols) afin de faire fonc­tion­ner des machines, et de l’autre, l’in­ci­né­ra­tion massive d’arbres, dont les forêts d’Eu­rope, d’Amé­rique et d’ailleurs (plus de détails par ici), et d’autres soi-disant « déchets » orga­niques (ou leur métha­ni­sa­tion), et qui repré­sente 72.8% de la produc­tion mondiale d’éner­gie quali­fiée de « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable ». (Un récent article de Libé­ra­tion explique d’ailleurs qu’aujourd’­hui, « à travers le monde et en France aussi, le bois est la première des éner­gies renou­ve­lables. Il repré­sente 40% du mix éner­gé­tique renou­ve­lable, loin devant l’hy­drau­lique (20%), l’éo­lien (8%) ou le photo­vol­taïque (3%) »).
  2. L’in­dus­trie des barrages et sa produc­tion d’hy­dro­élec­tri­cité (une autre catas­trophe écolo­gique et sociale, entre destruc­tions d’éco­sys­tèmes et dépla­ce­ments massifs de popu­la­tions, ce qui est détaillé dans cet article) qui compte pour 17.7% de la produc­tion mondiale d’éner­gie quali­fiée de « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable ».

(En effet, toujours d’après les derniers chiffres publiés par l’IEA, le solaire et l’éo­lien repré­sentent envi­ron 1% de la produc­tion d’éner­gie mondiale, l’hy­dro­élec­trique 2.4% et les biocar­bu­rants et la biomasse 10.1%, ce qui signi­fie que lorsque vous enten­dez des poli­ti­ciens ou des patrons parler d’éner­gie « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », ou que vous lisez des articles à ce sujet dans les médias grand public, sauf préci­sion, ne pensez pas panneaux solaires et éoliennes, pensez inci­né­ra­teur, métha­ni­seur, biocar­bu­rants et barrages).

Étant donné que le problème (vous l’au­rez proba­ble­ment compris) des tech­no­lo­gies produc­trices d’éner­gie soi-disant « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » est non seule­ment lié à la faus­seté de ces quali­fi­ca­tifs (puisqu’en effet, toutes les indus­tries de produc­tion d’éner­gie soi-disant « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable » sont en réalité nuisibles pour le monde natu­rel, comme toutes les indus­tries qui s’ins­crivent dans le cadre de l’éco­no­mie high-tech mondia­li­sée) mais égale­ment à l’uti­li­sa­tion de l’éner­gie produite.

Étant donné que tout ceci (plus ou moins) est expliqué par quelques personnes et dans quelques ouvrages que l’im­mense majo­rité des habi­tants de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne connaissent pas et n’ont pas lu, et, pour l’im­mense majo­rité de cette majo­rité, dont ils n’ont pas même entendu parler (à ma connais­sance, en français, il existe en tout et pour tout trois livres qui traitent de cela : L’Âge des low tech de Philippe Bihouix, Comment tout peut s’ef­fon­drer : Petit manuel de collap­so­lo­gie à l’usage des géné­ra­tions présentes de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, & Le soleil en face de Frédé­ric Gaillard, en anglais, il en existe davan­tage, comme Green Illu­sions: The Dirty Secrets of Clean Energy and the Future of Envi­ron­men­ta­lism d’Oz­zie Zehner, les ouvrages de Derrick Jensen, ceux de John Michael Greer, et d’autres encore).

Étant donné que l’ano­ny­mat rela­tif de ces ouvrages et de leurs auteurs s’ex­plique par la simple raison que l’ana­lyse et la pers­pec­tive qu’ils exposent ne plaisent pas aux indi­vi­dus les plus fortu­nés (à la classe diri­geante), puisqu’elles repré­sentent une menace pour la péren­nité de leur inté­rêts finan­ciers et de leur pouvoir/puis­sance, et qu’ils n’ont donc aucun inté­rêt à les promou­voir dans les grands médias et au sein de la sphère cultu­relle domi­nante, qu’ils contrôlent.

Pensez-vous que les tech­no­lo­gies de produc­tion d’élec­tri­cité dite « verte » ou « propre » ou « renou­ve­lable », les barrages, les éoliennes, les panneaux solaires, etc., puissent résoudre les innom­brables problèmes extrê­me­ment graves auxquels nous faisons face ?

Pensez-vous que leur déve­lop­pe­ment puisse résoudre le problème de la surex­ploi­ta­tion des ressources non-renou­ve­lables (et de la surex­ploi­ta­tion des ressources renou­ve­lables) ?

Pensez-vous que leur déve­lop­pe­ment puisse résoudre le problème des inéga­li­tés sociales crois­santes ?

Pensez-vous que leur déve­lop­pe­ment puisse résoudre le problème de la sixième extinc­tion de masse, prin­ci­pa­le­ment liée à l’éta­le­ment urbain de la société indus­trielle qui détruit les habi­tats natu­rels des animaux non-humains (et qui détruit tous les biomes et tous les habi­tats sains en géné­ral, donc ceux des humains) ?

Ou pensez-vous que la seule solu­tion cohé­rente au conglo­mé­rat des problèmes que nous connais­sons relève avant tout d’une dimi­nu­tion dras­tique à la fois de la produc­tion (et donc de la consom­ma­tion) de produits indus­triels high-tech, de la produc­tion d’élec­tri­cité, des extrac­tions minières, et des extrac­tions de combus­tibles fossiles ?

(Avec en ligne de mire un aban­don progres­sif de l’uti­li­sa­tion des — et de la dépen­dance aux — produits indus­triels high-tech et de l’élec­tri­cité indus­trielle ; un retour à un mode de vie simple, low-tech, basé sur un arti­sa­nat local, écolo­gique, permet­tant un maxi­mum d’au­to­no­mie, un respect complet des équi­libres biolo­giques, et des espèces vivantes non-humaines).

Nico­las Casaux

 énergies renouvelables  extractivisme  illusions vertes

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