Le silence de la foi.

 

 

Quand je vois les adhérents aux partis politiques et leur « foi » en leur sauveur, j’aimerais pouvoir leur dire qu’il ne s’agit que de croyances.

Le croyant est inquiet et il a besoin de partager ses peurs. C’est le rôle des meetings politiques. Le croyant adopte la vision tronquée du réel diffusée par la masse et les discours « liturgiques » des leaders.

La croyance est le tuteur de ceux qui n’ont pas la foi.

La croyance se nourrit d’un espoir apporté par une projection.

La foi, elle, n’a aucun espoir, aucune attente. Elle n’existe pas dans un espace extérieur. Elle ne vibre qu’au plus profond…

 

La croyance vient pour combler un vide existentiel qui propage des peurs, des peurs nourries par un espace extérieur, une réalité qui inquiète et dont les leaders usent à bon escient pour gonfler les armées de croyants. On pourrait trouver dans l’enfance des croyants des traumatismes irrésolus.

La communauté des croyants, noyautée par les Maîtres, vient apaiser les douleurs des âmes apeurées et solitaires et dresser des lumières artificelles, des phares aveuglants.

 

Celui qui a foi accepte la solitude pour une raison très simple : il vit dans l’instant de sa foi en la vie et il est impossible d’être seul au cœur de la vie.

 

Le réel, et non une réalité fabriquée, c’est ce qui reste quand on a laissé derrière soi toute croyance.

La croyance est une réponse à la peur alors que la foi est un appétit de vivre. Non pas sur le repas à venir, dans l'illusion infantile que les famines ne reviendront jamais mais sur les nourritures qui ruissellent en nous, à chaque instant…

L'intellect entretient les croyances, qu'elles soient religieuses, scientifiques, philosophiques.

Ce sont des idées auxquelles on tient, avec acharnement, jusqu'à l'intransigeance parfois et sur lesquelles on cherche à avancer, comme une forme de dépendance, une addiction sociale et intellectuelle.

Ces croyances nourrissent l'ego, ce sont des signes d'appartenance, de reconnaissance, d'union.

Elles restent dans la dimension des "croyances", même si leurs adeptes leur trouvent d'indéniables justifications parce qu'elles sont justement de l'ordre de l'intellect...

Il suffit pour s'en convaincre de juger des changements de ces "croyances", des discussions infinies sur les religions elles-mêmes ou sur la politique... Elles sont fluctuantes parce qu'elles n'existent que par l'intellect et que l'intellect vit sous le joug des émotions. Il est normal qu'elles évoluent dans cet espace mentalisé, sinon, d'ailleurs, il s'agirait de fanatisme...Mais elles ne peuvent dès lors permettre à l'individu de nager en eaux libres.

La foi n'est pas dans cet espace parce qu'elle ne trouve pas sa source dans l'intellect. Elle est de l'ordre du ressenti, mais un ressenti qui n'est pas identifié, maîtrisable, reproductible. Les cinq sens eux-mêmes s'y affolent et dès lors qu'une tentative de contrôle est envisagée, tout se perd.

L'abandon du moi est à la source du Soi. La foi est son combustible. Il n'y a rien à faire. Seul l'abandon de l'intellect, momentané, involontaire ou pas, reste le point de départ.

Ne pas chercher revient à découvrir que c'est déjà là, comme si l'effort était un paravent au lieu du cheminement qu'on imagine.

Les voies de l'intellect sont des labyrinthes mouvants. Il n'est d'autres solutions que de tout raser. 

 

 

 

La foi, elle, n'est même pas une voie puisque cela laisserait entendre qu'il y a un horizon à conquérir.

Ce n'est pas une voie sur la montagne. C'est la montagne.

 

La foi est la certitude que je n'ai pas à chercher une réponse. Alors que la croyance m'invite à absorber celles qui me sont proposées. Il me serait facile de « croire » après avoir été envahi d'auras bleues qui me parlaient, d'avoir recommencé à marcher, d'être devenu une "énigme" médicale...

Les Églises m'invitaient.

Mais je n'ai pas de croyance.

J'ai une certitude. Celle d'un Esprit créateur, celle d'une Énergie divine, celle d'un Souffle commun à tout ce qui est.

La certitude aussi qu'il est inutile et présomptueux de vouloir obtenir une réponse autre que celle de la Vie en moi. Il n'est pas question pourtant de laxisme ou de lâcheté ou de fatalisme. Juste une bénédiction totale et constante devant cette certitude qu'il existe ce que je ne peux pas saisir mais qui pourtant vibre en moi.

Mon cerveau, sous le joug des pensées, est un organe perturbateur dans le courant de ce flux, un obstacle qui me prive du bonheur de l'eau qui tourbillonne.

Il me suffit de m'asseoir et de laisser monter les larmes.

 

 

La croyance est juste une pensée de l'amour qui s'étend comme un écran de fumée. 

L'amour de la vie est une foi qui danse comme une flamme éternelle. Sans aucun voile, sans aucune barrière, aucune retenue, aucune peur.

 

Dieu ? L'Energie ? L'Architecte ? Quelle importance ?

La croyance voudrait le nommer, le reconnaître, l'identifier, lui donner une histoire, un projet, nous transmettre des Textes, la croyance voudrait souder les âmes perdues, leur donner une direction...

Ça ne m'intéresse pas. Le chemin est en moi.

C'est ma foi. Une certitude.

 

Il existe des individus religieux qui n’ont aucune croyance. Ils sont dans la foi ou la foi est en eux. Les textes religieux ne les nourrissent pas, ils sont juste des accompagnants, des passerelles vers d’autres esprits nourris de la même foi. Ceux-là sont au-delà de l'intellect, aud-delà des mots, des paroles récitées.

Et puis, il y a des croyants qui se gaussent d’avoir la foi et qui nourrissent leurs croyances des Evangiles. Ceux-là sont dangereux dans le sens où ils portent leurs croyances comme des glaives ou pire encore comme une bonne conscience, une morale épuratrice, une confession salvatrice.

J’ai rencontré des individus porteurs de la foi. Ils étaient bien au-delà des discours liturgiques. Ils n'avaient d'ailleurs pour la plupart aucune autre religion que celle de l'amour de la vie.

C’est la Vie qu’ils bénissaient.

 

La Vie n'a pas de partis, pas d'étiquettes, pas de castes, pas de textes, pas de monuments.

Elle est là où les hommes se taisent intérieurement, s'assoient, contemplent, sans un mot, sans même une pensée.

Comme une déchirure dans le voile gris de l'ego, un rayon lumineux qui transperce les flots et irradie l'âme.

 

Les croyances sont des bruits du mental, des vacarmes qui se couvrent les uns les autres

La foi est un silence qui accueille à bras souverts ceux et celles qui s'assoient et se taisent.

 

 

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