Les arbres meurent.

Que ça soit Greta Thunberg qui le dise ou que ça soit des scientifiques, est-ce que ça change la situation des forêts ? 

Non. 

Peu importe le messager. 

Mais quand les critiques sur le messager viennent occulter le message, on tombe dans le déni et le détournement le plus grave qui soit.

Là, il s'agit des paroles de scientifiques.

Est-ce que ça sera entendu ou le fait que Greta Thunberg s'en fasse un des porte-paroles condamnera-t-il le message ?

 

Ces pins rouges de la forêt de Masevaux, dans le Haut-Rhin, sont morts des multiples sécheresses provoquées par le réchauffement climatique.
Ces pins rouges de la forêt de Masevaux, dans le Haut-Rhin, sont morts des multiples sécheresses provoquées par le réchauffement climatique. VINCENT KESSLER / REUTERS

Dans la forêt vosgienne de Masevaux (Haut-Rhin), les sapins ont viré au rouge. Environ 10 % d’entre eux sont déjà morts, épuisés par les sécheresses et les vagues de canicule à répétition. Une quantité similaire de hêtres a dépéri chez nos voisins suisses, au point que le gouvernement jurassien s’est déclaré en situation de « catastrophe forestière » début juillet.

« On a des dégâts importants, notamment dans l’est de la France, à cause des sécheresses répétées de l’année dernière », déplore Brigitte Musch, responsable du Conservatoire génétique des arbres forestiers à l’Office national des forêts (ONF). Le réchauffement climatique met en effet les plantes à rude épreuve.

« Dès qu’on est dans des situations de sécheresses intenses, la plante est en état critique », explique Nicolas Viovy, spécialiste en modélisation des écosystèmes terrestres au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). A Beaune-d’Allier, au-dessus de Clermont-Ferrand, ce sont près de 80 % des arbres qui ont ainsi dépéri dans une parcelle surveillée par l’ONF, d’après La Lettre du Département de la santé des forêts (DSF) de juillet portant sur l’année 2018.

Avec 73 départements soumis à des restrictions d’eau à la date du 24 juillet, la France est particulièrement touchée, cette année encore, par la sécheresse. Celle-ci va « accentuer l’assèchement des sols superficiels », avertit Météo-France, alors que de nombreuses régions connaissent déjà un « déficit de pluviométrie marqué »depuis un an. Le manque d’eau et la chaleur écrasante devraient par conséquent fragiliser le parc forestier français.

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Surchauffe ou embolie

Normalement, « l’arbre transpire, ce qui lui permet de maintenir ses feuilles cinq à dix degrés en dessous de la température ambiante »,explique M. Viovy. En cas de sécheresse et de forte chaleur, l’arbre se retrouve en « stress hydrique » et réagit de deux manières différentes. Soit il ferme ses « pores » pour éviter de se déshydrater, mais risque alors la surchauffe, soit il sollicite beaucoup d’eau mais court d’autres risques. « L’eau transite par de petits canaux et s’il y a une demande trop forte en eau, on a une embolie. Des bulles d’air s’insèrent dans les canaux, ce qui coupe la circulation et c’est irrémédiable », détaille le spécialiste.

Or les situations de stress hydrique se multiplient. Les canicules, autrefois espacées, sont désormais quasi annuelles. Sans compter que les effets de ces températures extrêmes sur les forêts françaises en juin et juillet 2019 pourront encore se faire sentir dans dix ans.« On place les plantes dans des positions qu’elles n’ont jamais connues. Un hêtre habitué à un maximum de trente, voire trente-cinq degrés, n’est pas constitué pour survivre à des pics à quarante », fait remarquer Hervé Cochard, directeur de recherche à l’INRA de Clermont-Ferrand. D’après le chercheur, les plantes sont déjà « sur le fil du rasoir »

En 2012, il avait coécrit une étude qui montrait que 70 % des espèces étaient déjà au bord de l’embolie.

Des résineux desséchés, dans une forêt de Menden, à l’ouest de l’Allemagne, le 22 juillet . Des résineux desséchés, dans une forêt de Menden, à l’ouest de l’Allemagne, le 22 juillet . INA FASSBENDER / AFP

Un rythme de migration trop lent

Alors les espèces végétales s’organisent et migrent vers des contrées moins chaudes. Gabrielle Martin, chercheuse au Muséum d’histoire naturelle, a participé à une étude publiée (en anglais) le 10 juillet dans Biology Letters, qui fait la démonstration que la flore change rapidement sous l’effet du réchauffement climatique en France métropolitaine. « En France, depuis 2009, il y a de plus en plus d’espèces à température préférentielle élevée [adaptées à la chaleur] comme le brome de Madrid », explique-t-elle.

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L’étude montre aussi que les espèces qui se renouvellent en un an s’adaptent plus vite que les espèces pérennes. Mais les arbres, dont certaines essences peuvent vivre des centaines d’années, ont une mobilité trop lente pour s’adapter au réchauffement actuel. « Sur une échelle très longue, les espèces vont progressivement migrer. Mais là, le changement climatique est extrêmement rapide ! Il va s’installer sur un siècle, c’est le temps de vie de certains arbres », alerte Nicolas Viovy, du LSCE.

Pour protéger les forêts qui couvrent un tiers de son territoire, la France s’organise. L’ONF a notamment lancé le « projet Giono » depuis 2011. Les correspondants-observateurs de l’organisme récupèrent par exemple des graines de la forêt de la Saint-Baume, près de Marseille, pour les planter à Verdun, dans la Meuse.

« Les arbres du Sud ont développé des allèles [de mêmes gènes] qui permettent de mieux résister aux sécheresses. On les fait donc migrer pour qu’ils enrichissent les autres. Cela permet d’améliorer leur résistance future en créant des hybrides, même si cela risque de ne pas suffire », explique Brigitte Musch, responsable du Conservatoire génétique des arbres forestiers à l’ONF.

A Sewen, à une demi-heure de la forêt de Masevaux (Haut-Rhin), de nombreux pins sont morts sur pied. A Sewen, à une demi-heure de la forêt de Masevaux (Haut-Rhin), de nombreux pins sont morts sur pied. Odile Mougeot

« Il faut changer drastiquement de mode de vie »

Beaucoup d’incertitudes demeurent sur les capacités d’adaptation des arbres. Des expérimentations sont mises en œuvre pour trouver la solution la plus adéquate. « On propose à des gestionnaires forestiers d’implanter des chênes sur un demi-hectare dans des zones plus chaudes, par exemple, et on observe la manière dont ils survivent », explique la généticienne de l’ONF.

Les chercheurs sont, pour l’heure, assez pessimistes. « Si on continue sur la lancée des émissions actuelles de CO2, le système forestier français ne va pas résister. Il faut changer drastiquement de mode de vie sinon les écosystèmes ne s’en sortiront pas. Mais ce qui est désolant, c’est qu’on le dit depuis les années 2000, et ça ne change rien », s’inquiète Hervé Cochard, de l’INRA.

Même si Brigitte Musch estime que la situation n’est « pas encore irréversible », elle met en garde : si les arbres déclinent, « ils n’absorbent plus de gaz carbonique », ce qui « amplifie le réchauffement climatique ».

 

 

 

Situé sur les berges du Rhône, en plein cœur de Lyon, ses 117 hectares, font du Parc de la Tête d'Or, le plus grand parc urbain de France. / © PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP
Situé sur les berges du Rhône, en plein cœur de Lyon, ses 117 hectares, font du Parc de la Tête d'Or, le plus grand parc urbain de France. / © PHOTOPQR/LE PROGRES/MAXPPP

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Le réchauffement climatique oblige les jardiniers de Lyon à complètement repenser leur choix quant aux variétés d'arbres à planter. Certaines espèces ont beaucoup de mal à survivre à Lyon où il fera en 2100 au mieux le climat de Madrid, au pire celui d'Alger si rien n'est fait.

Par N.MB avec AFP

Le réchauffement climatique met à rude épreuve les jardiniers de Lyon qui doivent repenser totalement leur palette végétale.
L'an dernier, une mini-forêt d'épicéas a disparu au Parc de la Tête d'Or, un jardin à l'anglaise du milieu du XIXe siècle classé monument historique. Les jardiniers ont en abattu près de 200. Fragilisés par les vagues de chaleur, ils ont été victimes d'une attaque fulgurante de scolytes, coléoptères qui creusent des galeries sous l'écorce et empêchent la sève de circuler.

Aujourd'hui, il n'en reste qu'une plaine vide où les herbes folles ont repris leurs droits. D'autres espèces nordiques comme les hêtres ou les bouleaux ont aussi de plus en plus de mal à survivre à Lyon, où il fera en 2100 au mieux le climat de Madrid, au pire celui d'Alger si rien n'est fait.


Les jardiniers lyonnais testent de nouvelles espèces

Au Parc Blandan dans le 7è arrondissement de Lyon, qui a ouvert en 2014 sur un ancien fort militaire, les jardiniers ont cherché une végétation capable de s'adapter au climat des décennies à venir.
les jardiniers de la ville sont donc allés chercher des essences du Sud comme des genêts, des chênes verts, de petits érables de Montpellier. Et tout cela 
se mêle aux peupliers d'origine. 
 Mais il y a aussi des chênes de Turquie et du Caucase, où les hivers sont froids, les sols calcaires et les étés caniculaires et très secs. "Finalement c'est un peu le climat de Lyon dans quelques années", remarque Frédéric Ségur, responsable du service arbres et paysages de la métropole de Lyon. Des expérimentations capitales car "on ne peut pas transposer intégralement la palette végétale méditerranéenne" ici, prévient Jean-Marie Rogel, chef du service de gestion du paysage à la ville de Lyon.
Le laurier rose par exemple est sensible au gel. Planter des oliviers est trop risqué avec la bactérie xylella fastidiosa qui a décimé des milliers d'arbres en Italie et qui a été détectée en France.  Et qui dit pin d'Alep, dit chenilles processionnaires incompatibles avec la présence du public.

Le cèdre du Liban en revanche a la cote. Mais les majestueux spécimens centenaires du parc de la Tête d'or perdent des branches quand il fait chaud l'été. "Un phénomène inexpliqué, peut-être lié au réchauffement mais difficile à appréhender car l'arbre ne présente aucun signe avant-coureur de rupture", témoigne Jean-Marie Rogel. 
    
Il n'y a donc pas de réponse toute faite, l'adaptation au réchauffement "c'est du cas par cas" et la meilleure stratégie aujourd'hui est "de diversifier au maximum et d'expérimenter", martèle-t-il.

12 degrés de moins sous un arbre 

La prise de conscience date de 1994 quand le chancre coloré a décimé un millier de platanes à Lyon. Donc à l'avenir on évitera les allées de platanes où une maladie se propage comme une traînée de poudre. Et dans la métropole, on est passé de 150 à 300 espèces différentes.
Avec quelques ratés comme le tulipier de Virginie ou des adaptations insoupçonnées comme le melia des Indes. Le micocoulier de Provence est aussi une valeur sûre et on voit arriver à Lyon l'albizia, un arbre d'Inde avec des pompons roses.

Car l'enjeu avec les arbres c'est aussi de rafraîchir la ville. Avec l'évapotranspiration, on peut ressentir 12 degrés de moins sous un arbre, qu'à quelques mètres à côté. Même si pour créer de l'évapotranspiration, il faut arroser. Une autre équation à régler.
    
Dans ces conditions, la métropole de Lyon veut encourager la plantation de 300.000 arbres en plus d'ici 2030 et appelle au sursaut de tous. Si chaque copropriété plante trois arbres, ce sera déjà beaucoup, souligne M. Ségur. "On doit pouvoir traverser la ville de Lyon à l'ombre de nombreux arbres. L'espace public doit s'adapter à la catastrophe climatique", implorait justement EELV Lyon dans un communiqué jeudi 25 juillet où la température a dépassé 39 degrés. 

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