Liberté d'expression. (2) (politique)

 

 

La liberté d’expression et le devoir de conscience

 

Une question tellement complexe…. Trois jours que ça me travaille.

Il est inévitable que je creuse la question. Que j’identifie clairement ma position et que j’arrête d’écouter ce qui s’en dit.

 

Je reviens immanquablement aux préceptes de Socrate.

Ce qui est dit doit être « vrai, bon et utile. » J'aime utiliser le terme de "juste" en complément du "vrai".

Est-il vrai (ou juste), bon et utile de caricaturer le Prophète ou d’autres symboles aussi fondamentaux ?

Quels sont les symboles fondamentaux ?

La liberté d’expression doit-elle être supervisée par un devoir de conscience ?

J’appelle « devoir de conscience », cette interrogation qui consiste à analyser a priori les raisons et les intentions des paroles, des actes ou des créations artistiques.

Si le protocole du tamis « vrai, bon et utile » est déficient, quelle attitude doit-on avoir ? Est-ce qu’une censure « par principe de respect » et non « par principe de précaution », doit être appliquée ?

Cette censure va-t-elle à l’encontre de la liberté d’expression ?

Mais la liberté d’expression possède-t-elle le droit d’être une « liberté de pression vers l’extérieur ?

« Ex-Pression »

Cette pression, dans ce cas-là, n’est pas tournée vers soi mais vers l’autre. Inévitablement.

Est-elle juste, bonne et utile ?

Je prends l’exemple du Prophète.

Est-il envisageable que les caricatures déclenchent dans l’esprit des Intégristes qui sont concernés un problème de conscience, l’ébauche d’une réflexion, un début de questionnement ? Évidemment pas. Le croire serait d’ailleurs un blasphème……Et surtout une prétention ridicule.

Est-il envisageable que les caricatures en viennent à représenter une agression envers l’ensemble de la communauté religieuse concernée ?

Oui, bien entendu. C’est inévitable.

Ces individus croyants et modérés seront atteints, blessés et il n’y aura en eux qu’une profonde colère. Une incompréhension.

Personne n’est en état de réfléchir quand la colère le submerge. Et même une fois, cette colère « digérée », les éléments qui l’ont déclenchée resteront des ferments éternels de cette colère. La réflexion, le recul, l’esprit critique ne seront jamais invités. La route sera barrée.

Il n’y a donc à mes yeux aucune raison « juste, bonne et utile » de porter atteinte à des symboles fondamentaux.

Il ne s’agit pas de censure mais de devoir de conscience. La liberté d’expression doit rester subordonnée à l’esprit de respect.

Il ne s’agit pas non plus d’éviter de créer des tensions mais bien davantage d’établir durablement une passerelle entre les Peuples. Initier de l’amour à la place de la haine… Même s’il s’agit de dénoncer des actes haineux.

Comment pourrait-on exiger d’une communauté, quelle qu’elle soit, de réfléchir à son fonctionnement en lui manquant de respect ?

Comment pourrait-on demander à une communauté de réfléchir à l’abomination de la haine en alimentant cette haine elle-même ?

Il n’est possible d’évoluer, consciemment, que dans un espace d’amour, d’écoute, de partage, de respect, de rires… Mais un rire commun.

La liberté d’expression a-t-elle le droit d’exclure du rire une partie de la population quand celle-ci n’a rien fait pour le mériter ?

J’ai eu dans mes diverses classes un grand nombre de familles d’origine maghrébine. Ces enfants-là ne m’ont pas posé plus de problèmes que ceux d’origine savoyarde ! Mais il est évident qu’il n’y a jamais eu dans mes classes la moindre marque d’irrespect de ma part envers un enfant. On parlait du Ramadan, ils nous expliquaient les prières et à la fin, on mangeait tous des cornes de gazelle J

De la colère envers ce qu’un enfant aurait fait, oui, j’en ai eue. Et j’ai bien vu d’ailleurs qu’on ne réfléchit pas dans ces moments de colère….Et qu’on finit immanquablement par les regretter. Ils n’ont servi à rien. Ou alors, c’est qu’ils doivent être suivis d’explications profondes, calmes, respectueuses… Il aurait donc mieux valu dans ce cas commencer par là…

 

Quels sont les symboles fondamentaux ?

On pense inévitablement aux religions. Toutes les religions. Donc, également, celle qui consiste à ne pas en avoir et qui applique elle aussi toute une liturgie reconnue, partagée, codifiée. Et soi-disant inattaquable. Et surtout par les Religieux… Étrange paradoxe qui consiste à exclure ceux qui ne souhaitent pas l’être.

J’entends dire que la laïcité est un bloc erratique contre lequel les religions n’ont pas le droit de s’appuyer. Mais derrière les religions, ce sont des humains. Avec leurs ressentis, leurs émotions, tout ce qui les construit. Si je rejette les religions, je rejette donc les hommes.

La laïcité est-elle en droit de rejeter les hommes ? La liberté d’expression dont la laïcité se fait le chantre possède-t-elle ce pouvoir ? S’agit-il d’un devoir ?

Lorsque je lis dans les témoignages de professeurs dans certaines régions de France le mal qu’ils ont eu à faire respecter une minute de silence dans les classes et les phrases entendues, je me dis qu’il y a quelque chose de fondamental qui ne va pas. Pas du tout.

Cette agressivité verbale, ce déni de la République et de ses règles, c’est  quelque chose d’extrêmement grave mais si on se contente de dire que c’est aux Musulmans de le régler, on va droit dans le mur.

Il y a inévitablement une attitude générale à modifier. De tous les côtés.

Il ne s’agit pas de faire de l’école une tribune ni encore moins un tribunal.

Il s’agit d’associer dans une même énergie constructive des individus différents. Il est irresponsable de penser qu’une attitude irrespectueuse puisse contribuer à cette communion.

 

Il est, à mes yeux, indispensable, également que les Musulmans s’interrogent sur leurs priorités. Il y a une question incontournable qu’ils doivent se poser:

« Suis-je avant tout Français ou suis-je prioritairement Musulman et « malheureusement Français »?

La réponse conditionnera n’importe quel enfant dès lors qu’il vivra dans un environnement respectueux ou dans une méfiance et un mépris constant.

« Je suis Français et Musulman. »

Cette réponse, si elle est suivie par des actes qui correspondent, doit absolument être entendue, validée. Et donc respectée…

Et la liberté d’expression qui s’octroie le droit de blesser la confiance difficilement instaurée est à mes yeux un ennemi de la paix.

Et je sais qu’en écrivant ça, je vais faire bondir. Les Intégristes de la liberté de s’exprimer…

Curieux dilemme. J’ai le droit de dire que la liberté d’expression est un droit qui doit être limité par le devoir de conscience et je me fais exclure par les Intégristes de cette Liberté.

Mais disant cela, je dois m’interroger : Cette conclusion est-elle juste, bonne et utile ?

Et bien, c’est justement à ça que je réfléchis… Et je n’ai pas la réponse.

 

Alors, je cherche d’autres situations à mettre en scène.

Si, par exemple, je dis que les « Charlie » de dimanche sont des moutons qui suivaient leurs Maîtres, bien gentiment, sans comprendre qu’ils les mènent à l’abattoir….

C’est une infâme caricature. Un amalgam destructeur. Je le sais bien.

Quel est le ressenti immédiat des gens qui lisent ça et qui sont concernés par cette Marche ? Est-ce que cette caricature écrite va contribuer à la moindre interrogation ?

Non, bien évidemment.

 

 

Quels sont les symboles fondamentaux ?

Les Religions tout comme le fait de ne pas en avoir.

La Famille tout comme le droit de ne pas en fonder.

La Liberté et le devoir de ne pas y toucher.

La Terre.

L’Amour. (et donc le respect, l’attention, le partage)

 

Mais si je ne peux pas toucher à la Liberté, est-ce que je dois tout de même en limiter l’usage ?

Oui, si cela contribue à l’Amour. Mais pour en juger, je dois parvenir à une observation lucide et objective de la situation. Sans aucune colère, sans même la moindre émotion. Juste de l'Amour. Non, pas une adoration béate mais un Amour de la vérité. 

L'Amour...

C’est toujours sur lui que je retombe finalement….

C’est à lui d’avoir le dernier mot.

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