Mémoire...cellulaire...(5)

Ce texte a pour objectif de donner un aperçu de la sophrologie analysante mais il est inévitablement très incomplet au regard des interventions d'un professionnel. Ce n'est donc qu'une vue très succincte de tout ce qui peut être fait dans le cadre de cette thérapie.

Belanger1

 

Il repensait à la séance le soir. Il avait senti l’apaisement de Paul. Comme une rencontre libératrice, des retrouvailles qu’il n’aurait su mener tout seul.

Yoann savait que ce travail prendrait du temps, qu’il faudrait que Paul apprenne à s’aimer, intérieurement, sans aucun soutien ni reconnaissance à attendre, à chercher en lui les ressources qu’il avait pu extraire de ses expériences de vie.

« Si tu n’es pas toi-même, qui pourrait l’être à ta place ? »

Il aimait cette citation de Thoreau. L’enfant intérieur. Il était là, en chacun de nous.

Éclairer l’individu sur son propre parcours, aimer en soi la conscience de son évolution, non pas s’aimer soi-même par pur narcissisme mais accueillir avec bienveillance tous les tourments et les bonheurs, les épreuves et les réussites, comme un film qui se déroulerait pour rappeler à l’individu les raisons profondes des difficultés de l’existence, à leur donner surtout l’image d’une opportunité de transformation positive et non d’une condamnation perpétuelle. Prendre conscience de tout ce qui a été surmonté, s’en réjouir et se nourrir de cette estime de soi pour affronter la suite.

 

 

Paul se représenta au cabinet une semaine plus tard.

Les rituels étaient en place. L’analyse, désormais, prenait une place privilégiée.

Yoann avait expliqué qu’il était temps pour Paul de rencontrer sa limite intérieure.

 

 Le Canal du temps conduisit Paul vers les souvenirs les plus enfouis.

« J’aimerais Paul que tu laisses apparaître en toi une limite, quelque chose qui te pèse depuis très longtemps, dans l’histoire de ton Enfant intérieur, une peur, une culpabilité, un sentiment très fort qui est là, en permanence, une émotion qui tourne en boucle et te bloque…Je te laisse chercher en toi.

-J’ai toujours peur.

-Peur de quoi exactement ?

-J’ai peur…de tout en fait. Je n’ose rien faire tout seul. Et dès que je suis avec quelqu’un, j’ai peur de faire mal.

-Peur de faire du mal ou de te faire mal ?

-Les deux en fait.

-J’aimerais que tu me dises où cette limite se situe en toi, que tu me donnes un endroit précis, là où elle se fait ressentir.

-Dans mon ventre, c’est toujours là, j’ai mal au ventre.

-Mal comment ? Qu’est-ce que ça fait exactement ?

-C’est brûlant.

-Quelle est la forme ?

-C’est comme une explosion. Ça part dans tous les sens, des éclats, comme une bombe. Mais l’explosion, elle est dans mon ventre et après, ça va partout.

-C’est la brûlure qui va partout ?

-Oui, dans mon dos, dans mes jambes qui sont toutes molles, dans mes mains qui tremblent. Je transpire même parfois et j’ai peur que ça se voit.

-Est-ce qu’il y a une couleur, une matière, un poids ?

-Oui, c’est très lourd et ça m’écrase au sol, c’est comme si je ne pouvais plus bouger, c’est rouge comme une explosion et ça fait comme des éclats d’obus qui me déchirent. Je déteste ça et j’ai toujours peur que ça revienne.

-J’aimerais que tu ailles chercher cette limite en toi, que tu la prennes dans tes mains et que tu la déposes devant toi, à tes pieds.

-C’est difficile parce que c’est tout éparpillé.

-Essaie de la saisir lorsqu’elle arrive, imagine-la avant l’explosion, avant qu’elle se disperse.

-C’est une boule rouge, très lourde, hérissée de piquants.

-Bien, prends-la et pose-la devant toi.

-Voilà, c’est fait.

-Demande à cette boule rouge depuis quand elle est là.

-Depuis que je suis tout petit. Depuis que je sais marcher. Ma mère avait toujours peur que je me fasse mal, elle me surveillait tout le temps, elle me prenait dans ses bras. J’ai l’impression d’avoir passé mon enfance dans ses bras, comme si le sol n’existait pas. Je pensais aussi que mon père ne pouvait pas me sauver du danger.

-Quelle était l’intention positive de cette boule rouge ? Quel était son but ?

-De me faire du mal.

-Tu penses que ta mère et ton père te voulaient du mal ?

-Non, sûrement pas. Ma mère me protégeait et mon père la laissait faire comme elle voulait.

-Alors, cette boule rouge avait nécessairement une intention positive.

-De me protéger alors.

-Oui, sans doute.  

-Bien. Est-ce que tu sais te protéger autrement aujourd’hui ?

-J’essaie.

-Comment ça ?

-Je me dis que je ne suis pas en danger, que ça n’est pas vrai. C’est juste dans ma tête. Que je ne suis plus un enfant.

-As-tu une autre façon de faire encore ?

-Non.

-Il y a le sport peut-être. Tu joues bien au tennis, ça peut te donner confiance en toi.

-Oui, mais quand on joue pour le plaisir, je ne suis pas en danger mais tu sais bien que je suis incapable de gagner un vrai match. Je ne supporte pas la pression.

-Peut-être la méditation alors et la sophrologie analysante. Apprendre à respirer calmement, à observer cette émotion qui te submerge, l’accueillir et la comprendre.

-Oui, il faut que j’apprenne ça.

-Et lui parler.

-Lui parler ?

-Est-ce que tu aimerais t’en débarrasser, est-ce que tu aimerais poser cette boule rouge une bonne fois pour toute ?

-Oui, bien sûr.

-Alors, dis-le lui, parle-lui, elle est en toi, tu peux donc la trouver, lui expliquer qu’elle ne t’est plus utile, qu’elle t’a servi à te protéger quand tu étais enfant mais que maintenant, tu peux faire autrement. Explique-lui tout ça.

… Silence…

 

-Voilà, c’est fait. Je lui ai dit que je n’avais plus besoin d’elle, que je pouvais faire autrement.

-Alors, maintenant, j’aimerais que tu remercies cette limite de s’être présentée à toi. Et j’aimerais qu’en même temps, tu la regardes partir, s’éloigner, disparaître à l’horizon. Tu peux choisir de lui tourner le dos et de t’en aller, en la laissant là ou de la regarder s’éloigner, comme si elle était emportée par un courant d’air.

-Oui, je la vois, elle s’envole.

-Bien, maintenant, j’aimerais que tu remplaces cette boule rouge dans ton ventre par une image apaisante. Quelque chose qui te convient, que tu aimes, une image que tu as déjà utilisée ou que tu crées maintenant et que tu pourras visualiser facilement, quand tu en auras besoin.

-C’est un arbre dans le jardin de ma maison d’enfance. C’était un chêne. J’aimais bien grimper dedans quand ma mère ne me surveillait pas. Il ne m’est jamais rien arrivé de mal dans cet arbre.

-Bien, très bien. Imagine cet arbre, le tronc épais et solide, la force de ses branchages, la solidité et la profondeur de ses racines, la beauté de son feuillage, retrouve cette sensation de sécurité, ce bonheur d’oser grimper là-haut.

-Oui, c’est là, c’est beau, j’ai envie de sourire.

-Profites-en alors pour te projeter dans un avenir proche, dans une situation que tu connais et pendant laquelle la boule rouge était là. Imagine que maintenant, ce chêne est là, avec toute la confiance qu’il te propose. Imagine cette force en toi.

… Un long soupir…

-Oui, je vais faire comme ça.

-Une porte s’est ouverte, elle ne se refermera jamais. Cette libération se diffuse dans chaque cellule de ton corps, respiration après respiration, pour le reste de ta vie. »

 

 

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