Morbide

"Morbide".

C'est le terme employé par un lecteur d'un de mes romans.

  • Qui relève de la maladie, la caractérise ou en résulte : État morbide.
  • Qui a un caractère malsain, anormal : Curiosité morbide. Une littérature morbide.

Evidemment, ça m'interpelle...

Cela signifierait que la compréhension de la mort, de la douleur, de la souffrance, relèverait d'une pathologie. Je serais donc un malade se complaisant dans une littérature morbide, malsaine, anormale. Cette quête, cette recherche de la source des épreuves serait par conséquent un détournement de la vie. Il conviendrait plutôt de jouir sans penser, de batifoler follement dans la dérision, le cynisme, le détachement, l'insignifiance, la futilité, et se laisser ballotter par les flots. Juste un individu décérébré souffrant sans rien y comprendre et s'attachant à tous les hallucinogènes susceptibles de le libérer provisoirement de sa condition de mortel. Ou de se contenter de saisir le peu qui reste, comme un dérivatif qu'il s'agit juste d'avaler sans en connaître la posologie. Toxicomes de l'absence.

Je connais la source de mon bonheur tout autant que de mes épreuves. Et c'est justement cette connaissance exacte, à travers un cheminement littéraire, qui donne à ce bonheur sa solidité, sa constance, sa durée. Il n'y a rien de superficiel, ni de provisoire. Je sais d'où je viens parce que j'y suis retourné. Non par goût du sordide ou par masochisme mais parce que c'était la seule solution pour ne pas reprendre un tour de manège. On n'a pas cinq hernies discales sans raison.

A mes yeux, il est bien plus morbide de vivre dans la fuite. La vie ne peut être saisie qu'au regard de tout ce qui la constitue. Il ne s'agit sinon que d'un cheminement partiel, une incomplétude qui est une offense au cadeau proposé. S'interdire de remonter à la source conduit inévitablement à la dispersion dans la masse océanique. L'issue pour moi sera la même mais avec une différence essentielle. Je n'ai aucune inquiétude. La mort, je la connais. 

La spiritualité qui cherche à saisir cette complétude de l'existence serait donc, elle aussi, une pathologie morbide ?

Et bien, je me réjouis d'être "un malade."

Serait-ce plutôt chez certains humains, une peur effroyable de ce qui reste à découvrir, une interdiction de pousser la porte, de contempler les horizons inconnus ? Peut-on parler de maturité existentielle dès lors ? Je connais des enfants qui ont un regard bien plus lucide sur la mort et sur la vie. Serait-ce donc que l'environnement adulte, que la cacophonie des existences modernes contribueraient à cette déliquescence philosophique ?

Quand on pense tous la même chose, c'est qu'on ne pense plus. Finalement, si les éditeurs eux aussi, jugent que mes textes sont trop ésotériques, voire peut-être morbides, c'est peut-être un signe que je suis en bonne santé ?

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