Obsolescence programmée

Obsolescence programmée

La célèbre Ford T, fiable, solide, durable et accessible à l'Américain moyen, a très peu évolué durant ses 19 ans de production (1908 – 1927). Elle n'a finalement pas pu faire face à la concurrence de General Motors qui a établi sa stratégie sur la production régulière de nouveaux modèles démodant les séries précédentes1. C'est un des exemples proposés d'obsolescence programmée, par le design et la mode entretenue par la publicité.

L'obsolescence programmée (aussi appelée « désuétude planifiée ») est l'ensemble des techniques visant à réduire la durée de vie ou d'utilisation d'un produit afin d'en augmenter le taux de remplacement1. Ce concept est dénoncé de nos jours, notamment par les mouvements écologistes23 ou en faveur de la décroissance, ainsi que par certaines organisations de défense du consommateur4.

L'obsolescence programmée s'inscrit dans une démarche critique vis-à-vis de la société de consommation. Dans cette optique elle est vue comme résultant du comportement des entreprises pour maximiser leur profit et expliquerait certains cas de cartels. Le secteur bénéficierait alors d'une production plus importante, stimulant les gains de productivité (économies d'échelle) et le progrès technique (qui accélère l'obsolescence des produits antérieurs)1. Cette stratégie ne serait pas sans risques : elle impliquerait un effort de recherche et développement, n'allant pas toujours dans le sens d'une amélioration du produit. De plus, elle ferait courir un risque à la réputation du fabricant (son image de marque) ; enfin, elle implique un pari sur les parts de marché futures de la firme (sur les produits de remplacement).

Cette stratégie a également un impact écologique direct. L'obsolescence programmée visant la surconsommation, elle est la cause d'un surplus de déchets, indépendamment de l'état de fonctionnement effectif des produits techniques mis au rebut ou de l'état d'usure des objets d'usage. Les circuits de recyclage ou de conditionnement des matières plastiques et des métaux, en particulier, ne prennent pas en charge le stockage des déchets informatiques, malgré l'abondance de matières premières de valeur qu'ils peuvent contenir (fer, aluminium, mais aussi tantale pour les condensateurs et métaux rares, etc.)1. L'exportation en masse de déchets des pays de grande consommation vers des zones géographiques où le stockage est négociable à moindre coût est d'autant plus problématique et expose classiquement les pays receveurs à des pollutions spécifiques sur les sites de décharge de grande envergure1.

Cependant, pour Philippe Frémeaux, d'Alternatives économiques, la situation serait plus complexe : d'une part l'optimisation des processus de production a poussé ces temps derniers à limiter la consommation de matières premières et d'énergie2. Par ailleurs, les voitures actuelles sont plus fiables et durables que les anciens modèles2. Enfin, la durée de vie d'un bien ne peut pas être dissociée de son coût. Par exemple si les camions durent plus de temps que les voitures leur coût est aussi proportionnellement plus élevé. Pour cet auteur, « certes, tout ne fonctionne pas toujours comme cela devrait, mais l'idée même d'obsolescence programmée apparaît comme une insulte au travail des millions d'ingénieurs, techniciens et ouvriers qui s'efforcent chaque jour d'atteindre le zéro défaut, la qualité totale, tout en offrant le meilleur rapport qualité-prix »2.

Sommaire

Définitions

Obsolescence et durée de fonctionnement

Il convient de distinguer les significations des termes « obsolescence » et « durée de vie fonctionnelle ». Selon le dictionnaire Larousse, l'obsolescence, au sens précis du terme, signifie la « dépréciation d'un matériel ou d'un équipement avant son usure matérielle »5. Ainsi, un produit obsolète fonctionne encore, mais son usage a perdu de son intérêt : par exemple, un moulin à café manuel en parfait état de fonctionnement.

Un produit peut devenir obsolète pour plusieurs causes : parce que de nouveaux produits sont plus efficaces ou plus rentables, parce que la mode a changé6, ou encore parce qu'il n'existe plus de pièces de rechange ou que le produit n'est plus compatible avec son environnement (cas d'un ordinateur).

Par contre, il découle de la définition citée plus haut, que ne plus utiliser un produit parce qu'il est hors d'usage ne correspond pas au sens du mot obsolescence employé seul.

Évolution de la signification

Bernard London, qui a inventé la notion d'obsolence programmée (planned obsolescence), regrette, en 1932, que les consommateurs aient pris l'habitude, à cause de la crise, d'utiliser un produit jusqu'à ce qu'il soit hors d'usage7. Il pense que le gouvernement devrait obliger les consommateurs à rendre un produit avant qu'il soit usé8 afin de mieux faire fonctionner l'économie.

Dans les années cinquante, le designer Brooks Stevens popularise la notion en la modifiant9: il propose un modèle selon lequel une entreprise augmentera ses profits en provoquant volontairement l'obsolescence d'un produit, non pas en fabriquant un produit de mauvaise qualité, mais en faisant en sorte qu'il soit passé de mode rapidement. Ici, c'est l'entreprise qui stimule l'obsolescence. On voit que chez ces deux auteurs l'obsolescence programmée se distingue d'une limitation de la durée technique de fonctionnement.

Mais dans les débats actuels on désigne aussi par ce terme la volonté réelle ou supposée pour une entreprise de réduire la durée de vie en introduisant volontairement des défectuosités, des fragilités, voire un arrêt programmé10. Et ceci indépendamment des choix technico-économiques habituels qui consistent à arbitrer entre coût de fabrication, efficacité et durée de fonctionnalité. Il ne faut pas confondre en effet cet arbitrage avec l'obsolescence programmée, comme on le voit dans le faux exemple de l'ampoule à incandescence 11. Un fabricant doit en effet toujours arbitrer entre coût de fabrication, efficacité, rendement et durée de vie 12 13.

Souvent ce sont les clients qui arbitrent eux-mêmes entre un produit bon marché mais fragile et un produit fiable mais plus cher14. Mais lorsqu'un fabricant réduit sciemment, toutes choses égales par ailleurs (coût, efficacité) la durée de vie 15, cela s'apparente bien à de l'obsolescence programmée, car il s'agit de brider volontairement la durée d'utilisation en agissant sur la robustesse du produit en dehors de toute contrainte technique.

Voilà sans doute pourquoi dans ce débat on confond souvent ces deux notions : réduction volontaire de la durée de fonctionnement (technique) et réduction de la durée d'usage par obsolescence provoquée (subjectif). Manifestement, l'intention est semblable, mais les moyens diffèrent. Faut-il alors, dans l'expression « obsolescence programmée », ne conserver que le sens strict d'obsolescence ou au contraire élargir sa signification à la notion de limitation technique  ?

Définition de l'Ademe

En 2012, l'Ademe donne sa réponse à cette question dans un rapport sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques16. Elle donne plusieurs définitions de l'obsolescence et de l'obsolescence programmée :

  • Obsolescence : l'ademe reprend la définition du Larousse donnée plus haut. Elle en distingue deux types :
    • Obsolescence fonctionnelle : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux nouveaux usages attendus, pour des raisons techniques (exemple incompatibilité avec de nouveaux équipements), règlementaires et/ou économiques17 »
    • Obsolescence d'évolution : « correspond au fait qu’un produit ne réponde plus aux envies des utilisateurs qui souhaitent acquérir un nouveau modèle du fait d’une évolution de fonctionnalité ou de design18 »
  • Obsolescence programmée. Elle cite plusieurs définitions avant de donner la sienne :
    • Le sénat belge : « le fait de développer puis de commercialiser un produit en déterminant à l'avance le moment de sa péremption. »19
    • The Economist : « l’obsolescence programmée est une stratégie d’entreprise dans laquelle l’obsolescence des produits est programmée depuis leur conception. Cela est fait de telle manière que le consommateur ressent le besoin d’acheter de nouveaux produits et services que les fabricants proposent pour remplacer les anciens »20
    • L'Ademe, après débat du comité de pilotage : « la notion d’« obsolescence programmée » dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique. »21 Précisons que la durée normative est définie dans le même rapport comme la durée de fonctionnement moyen mesurée dans des conditions normatives de test.

La définition de l'Ademe tranche avec les définitions originelles, avec celle du Sénat Belge ainsi qu'avec celle de The Economist, ou même avec la définition du mot obsolescence employé seul, puisqu'elle associe exclusivement l'obsolescence programmée à une limitation technique objective, et renvoie l'aspect subjectif (phénomène de mode, goûts) hors du champ de la définition : « Il a ainsi été décidé, dans le cadre de cette étude, de limiter l’obsolescence programmée à des raisons techniques objectives pour en exclure la dimension subjective liée aux choix de consommation »22. En clair, l'obsolescence programmée est pour l'Ademe la limitation technique provoquée sciemment par le fabriquant : par exemple en introduisant une fragilité, une limitation technique, l'impossibilité de réparer ou la non compatibilité du produit.

Historique

Bernard London (1932) Ending the depression through planned obsolescence

Comme cela a été vu dans la rubrique Définition, l'expression (planned obsolescence en anglais) remonterait à un chapitre rédigé par un Américain courtier en immobilier, Bernard London, en 1932 en pleine crise économique : Ending the Depression Through Planned Obsolescence (« Mettre fin à la crise au moyen de l'obsolescence programmée ») dans son ouvrage The New Prosperity23. Il y faisait le constat que, sous l'effet de la crise économique, les Américains avaient rompu avec leur habitude de se débarrasser de leurs biens avant qu'ils ne soient usagés et qu'ils s'étaient mis à conserver leur voiture, leurs pneus, leur poste de radio, leurs vêtements plus longtemps que ne l'avaient prévu les statisticiens, allant ainsi à l'encontre de la « loi de l'obsolescence »24.

L'expression aurait été popularisée ensuite au milieu des années 1950. Elle fait l'objet de débats dans les colonnes de la revue Industrial Design et sera popularisée par le designer industriel Brooks Stevens. Comme ses prédécesseurs, il souhaite non pas faire des produits de mauvaise qualité, mais les renouveler tous les ans via la mode. Il produit de nombreux objets (voitures, motos, tondeuses, aspirateurs25 et autres articles ménagers) dont les modèles sont sans cesse renouvelés. Selon B. Stevens, il faut « inculquer à l'acheteur le désir de posséder quelque chose d'un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire26 ». Il crée une société de design Brooks Stevens Design Associates et se fait le chantre de cette approche, parcourant l'Amérique pour en faire la promotion au moyen de nombreux enseignements, articles et conférences.

Dans les années 1960, l'expression devient courante. Le constructeur automobile Volkswagen lance même une campagne de publicité sur ce thème27.

L'expression a connu un regain d'intérêt en France ces dernières années, probablement à la suite de la diffusion d'un documentaire sur Arte Prêt à jeter en 2010. La candidate écologiste Eva Joly, lors de la campagne présidentielle de 2012, a proposé d'interdire cette pratique28.

L'association environnementale Les amis de la Terre a publié avec le CNIID un rapport sur la question en 201029. Elle souligne dans un nouveau rapport sur les produits high-tech que le problème est palpable en particulier pour ces produits30. Une proposition de loi contre l'obsolescence programmée est en cours d'élaboration chez le groupe Europe Écologie Les Verts, et le sujet sera débattu au parlement en 2013 dans le cadre du projet de loi "consommation"31.

L'Ademe a publié en juillet 2012 une "Étude sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques"32, dans laquelle elle précise la notion d'obsolescence programmée.

Pendant ce temps la réalité de cette pratique fait débat chez les économistes. Serge Latouche affirme sa réalité et la dénonce dans son livre "Bon pour la casse ! Les déraisons de l'obsolescence programmée"33, tandis que Philippe Frémeaux dans Alternatives économiques34, ou Alexandre Delaigue dans Le Figaro35, la considèrent comme une "idée" sans véritable réalité pour le premier, ou même comme un "mythe" pour le second.

Modèle économique

Microéconomie

La mise en œuvre d'un programme d'obsolescence programmée suppose que le fabricant soit sûr que l'achat de remplacement sera fait chez lui, ce qui implique deux conditions :

  • Une situation dominante, voire de cartel, monopole ou d'oligopole. En effet, lorsque le marché est dynamique et réellement concurrentiel, il est difficile d'imposer aux consommateurs des produits ayant une durée de vie limitée.
  • La durée de vie programmée de l'objet doit rester secrète, sans quoi le consommateur aurait l'impression de se faire tromper et s'adresserait à un autre fabriquant avec une meilleure réputation. C'est ce qui distingue le modèle de l'obsolescence programmée de celui du produit jetable ou plus généralement dont il est clair pour le consommateur que sa durée de vie est limitée (produit de saison comme un sapin de Noël par exemple), même si les logiques à l'œuvre sont proches (réduction des coûts, augmentation du rythme de renouvellement).

Ces conditions sont drastiques et c'est ce qui rend le concept d'obsolescence programmée si critiqué. En effet, si un fabricant (ou un groupe) dispose d'une situation dominante, il a d'autres choix que d'essayer d'augmenter son marché futur par une réduction de la qualité de son produit (au risque de sa réputation) ; à commencer par le plus profitable à court terme, simplement augmenter ses prix. [réf. nécessaire]

Macroéconomie

À l'époque de la Grande Dépression, Bernard London a soutenu qu'il serait bon pour l'économie de rendre l'obsolescence programmée obligatoire, non pas en produisant des produits manufacturés de mauvaise qualité, mais en leur imposant une date limite légale, après laquelle les consommateurs devraient obligatoirement les renvoyer à un organisme ad hoc, de manière à entretenir un flux éternel de produits manufacturés36.

Ce genre de réflexion, selon laquelle une destruction est favorable aux affaires, correspond au sophisme de la vitre cassée décrit par l'économiste Frédéric Bastiat en 1850.

Cependant, certains estiment que la péremption rapide des produits est le pendant de l'industrie de masse, une conséquence inévitable du progrès technologique tel qu'il est conçu actuellement. Pour l'historien et critique social Christopher Lasch par exemple « la production […] est dirigée par des stratégies marketing reposant sur la technique bien connue de l'obsolescence programmée » et « l'idéal de la publicité est un univers de biens jetables, où l'on se débarrasse de choses dès qu'elles ont perdu leur attrait initial. Que quoi que ce soit doit être réparé, rénové ou remplacé est une notion étrangère à l'éthique publicitaire. »37.

Différents types d'obsolescence programmée

Il existe différentes variantes d'obsolescence programmée. Certaines impliquent d'ajouter sciemment des défauts de conception au produit vendu (il ne s'agit pas alors à proprement parler d'obsolescence, mais de défectuosité) ; d'autres formes plus psychologiques tentent plutôt de dévaloriser l'image du produit auprès des consommateurs. Voici un tour d'horizon non exhaustif des mécanismes attribués aux industriels.

Défauts fonctionnels

Lorsqu'une pièce ne fonctionne plus, l'ensemble du produit devient inutilisable. À ce moment-là, si le prix d'un appareil neuf est inférieur à celui de la réparation et de l'amortissement de l'appareil ancien, alors le neuf revient moins cher.

Le coût de réparation est constitué du prix de la pièce de rechange, du coût de la main-d'œuvre locale, des frais de transport et de logistique. Le fabricant peut influencer le coût de la main-d'œuvre en concevant des objets plus ou moins faciles à réparer. Néanmoins, les contraintes de production, d'ergonomie et de fiabilité du produit fini peuvent également conduire à compliquer les réparations. C'est le cas par exemple de produit non démontable et de pièces scellées : circuit imprimé de téléviseur, pièces scellées de matériel électroménager, etc. [réf. nécessaire]

Obsolescence par péremption

Certains produits possèdent une date de péremption à partir de laquelle ils sont annoncés comme « périmés ». Cela s'applique principalement aux aliments et aux boissons, qui ont une date limite de consommation ou une date limite d'utilisation optimale, ainsi qu'aux produits cosmétiques, pharmaceutiques et chimiques. Cependant, dans certains cas, les produits restent utilisables après cette date. Par exemple, un aliment ayant une date limite d'utilisation optimale risque de voir ses qualités organoleptiques diminuées au-delà de la date indiquée, tout en restant consommable sans risque pour la santé. Une date limite de consommation est par contre plus stricte, car elle indique un risque pour la santé du consommateur s'il utilise le produit au-delà.

L'ignorance de la différence entre date limite d'utilisation optimale et date limite de consommation peut entraîner le consommateur à des mises à la poubelle prématurées, ou à des prises de risques inconsidérées.

Une forme courante d'obsolescence par péremption concerne les logiciels dont l'éditeur annonce la fin du support à une certaine date, contraignant les utilisateurs à acheter une version supérieure dont ils n'ont pas forcément besoin et qui si elle n'est pas compatible avec le matériel de l'utilisateur entraîne alors obsolescence de celui-ci.[réf. nécessaire]

Obsolescence indirecte

Télé cathodique mise aux déchets avec le carton de la télé LCD qui l'a remplacée.

Certains produits deviennent obsolètes alors qu'ils sont totalement fonctionnels de par le fait que les produits associés ne sont pas ou plus disponibles sur le marché. C'est le type d'obsolescence programmée le plus courant en ce qui concerne les téléphones mobiles : un téléphone en parfait état devient inutilisable lorsque sa batterie ou son chargeur ne sont plus offerts sur le marché, ou simplement parce que racheter une batterie neuve serait économiquement non rentable. Certains fabricants vont jusqu'à souder la batterie des appareils électroniques pour pousser au renouvellement de l'équipement quand la batterie ne fonctionne plus38. De la même façon certaines imprimantes deviennent de facto obsolètes lorsque le fabricant cesse de produire les cartouches d'encre spécifiques à ces modèles. On peut également citer l'exemple d'un moteur de voiture rendu inutilisable du simple fait qu'il est impossible de trouver des pièces de rechange. Autre exemple, les traceurs à plumes, dont la plupart fonctionnent encore parfaitement, mais dont les outils de traçage ne sont plus fabriqués.

L'arrêt de la production de pièces détachées est un levier puissant à la disposition des industriels. Le choix d'abandonner la production ou la commercialisation des produits annexes (cartouches, pièces détachées, batteries, etc.) complique la tâche de maintenance et de réparation, jusqu'à la rendre impossible.

Cette pratique ne se limite pas aux produits consommables et aux pièces dérivées. Le même mécanisme d'obsolescence indirecte est possible également pour l'industrie des services et des logiciels. Par exemple, en juillet 2006, Microsoft abandonne le service d'après-vente et de maintenance corrective pour les logiciels Windows 98 et Millenium39. Cette décision implique que, depuis cette date, les bogues et les failles de sécurité ne sont plus corrigés par Microsoft40. Effet secondaire : les consommateurs vont se débarrasser du vieux matériel incapable de faire tourner les versions récentes de Windows (quantité de mémoire vive insuffisante, etc.).

Le fait que les spécifications ne soient pas toutes communiquées, ainsi que les brevets, empêchant des tiers de satisfaire la même demande41, représentent une pression supplémentaire.

Obsolescence par notification

Proche de l'obsolescence indirecte, l'obsolescence par notification est une forme évoluée d'« auto-péremption ». Elle consiste à concevoir un produit de sorte qu'il puisse signaler à l'utilisateur qu'il est nécessaire de réparer ou de remplacer, en tout ou en partie, l'appareil. On peut citer l'exemple des imprimantes qui avertissent l'utilisateur lorsque les cartouches d'encre sont vides. En soi ce mécanisme n'est pas un mécanisme d'obsolescence. Cependant si les cartouches ne sont pas complètement vides lorsque le signal est émis, il s'agit bel et bien d'une obsolescence programmée de la cartouche.

L'aspect insidieux de ce type de péremption forcée réside dans l'interaction entre deux produits : dans l'exemple de l'imprimante, un produit « consommable » (la cartouche) est déclaré obsolète par un autre produit (l'imprimante elle-même). Cette technique est plus efficace lorsque le constructeur produit à la fois la machine et les recharges.

On peut aussi noter le cas des imprimantes affichant un message d'erreur bloquant leur fonctionnement normal (« réservoir d'encre usagée plein ») et où le fabricant n'assure aucun service et invite à renouveler le matériel. L'utilisateur se retrouve avec une imprimante qui ne fonctionne plus et il ne peut aller au-delà de ce message. L'imprimante s'est ainsi rendue inutilisable elle-même et l'utilisateur est contraint de renouveler son matériel ou de nettoyer son imprimante et d'utiliser un logiciel permettant de remettre le compteur d'impressions à zéro.

La Communauté européenne a en revanche interdit désormais la commercialisation de cartouches d'encre à puce électronique refusant tout service après un certain nombre de pages (même après remplissage d'encre), n'y voyant pas d'intérêt pour le consommateur et moins encore pour l'écologie des pays.

NOTA : Cette obsolescence peut s'avérer nécessaire si elle vise à garantir une sécurité des utilisateurs. Par exemple une pièce « fusible » d'un avion, d'un bateau, d'un ascenseur cassant avant même la rupture de pièces liées à la sécurité indiquerait aux utilisateurs de passer par une case maintenance obligatoire.[réf. nécessaire]

Obsolescence par incompatibilité

Principalement observée dans le secteur de l'informatique, cette technique vise à rendre un produit inutile par le fait qu'il n'est plus compatible avec les versions ultérieures. Dans le cas d'un logiciel, le changement de format de fichier entre deux versions successives d'un même programme suffira à rendre les anciennes versions obsolètes puisque non compatibles avec le nouveau standard.

Les changements de formats ou de standards sont souvent nécessaires pour prendre en compte les innovations d'un produit. Cependant ils peuvent aussi être provoqués artificiellement.

On retrouve encore une fois ce type d'obsolescence dans les imprimantes, dans lesquelles les cartouches qui ne sont pas ou plus produites par le fabricant ne peuvent être remplacées efficacement. La raison en est que les cartouches fournies par le fabricant disposent d'un circuit d'identification indiquant à l'imprimante que c'est bien une cartouche officielle. Si ce n'est pas le cas, l'imprimante refusera d'imprimer ou imprimera avec une qualité moindre. Pour parer à cela, il existe des logiciels permettant de passer outre cette protection de l'industriel et permettre l'usage de cartouches reconditionnées (à la maison, ou par des professionnels). À noter que certains vendeurs fournissent directement des cartouches génériques reprogrammées pour simuler une cartouche officielle à moindre coût pour l'utilisateur final.

Du côté d'Apple, le même phénomène se produit. En effet, en 2011, le nouveau système d'exploitation Lion n'intègre plus de module Rosetta qui permettait d'exécuter les programmes compilés pour un processeur PowerPC sur un Mac équipé d'un processeur Intel. Ceci se traduit par une incompatibilité des programmes compilés avant 2006. Par ailleurs, la période de 2006 à 2011 est appelée période de transition car les développeurs ont été encouragés à abandonner le PowerPC pour l'Intel. Cependant, tous n'ont pas fait ce pas et des programmes datant de cette période ne peuvent être exécutés sur Lion42. L'abandon de Rosetta est contesté car lors du passage de Snow Leopard à Lion, les programmes PowerPC devinrent inutilisables. De plus, bien que les programmes les plus populaires aient été convertis, il reste une importante ludothèque, inutilisable aujourd'hui.[citation nécessaire]

Obsolescence esthétique

Certains produits (notamment les chaussures et les vêtements) subissent une obsolescence subjective. Les modes vestimentaires et les critères d'élégance évoluent rapidement et les vêtements perdent leur valeur simplement parce qu'ils ne sont plus « à la mode ».

Certains fabricants exploitent ce principe en lançant des opérations marketing et des campagnes publicitaires dont le but est de créer des modes et d'en discréditer d'autres. À noter tout de même l'effet « boomerang » de l'obsolescence esthétique : un objet qualifié de démodé pourrait très bien revenir au goût du jour quelques années plus tard. [réf. nécessaire]

Exemples

Quelques exemples sont cités par Cosima Dannoritzer dans son documentaire Prêt à jeter de 2010 :

  • L'ampoule électrique à incandescence : sa durée de vie a été « harmonisée » et maintenue par les industriels (cartel Phœbus) à 1 000 heures, dans le monde entier. Le documentaire en fait un argument majeur et affirme que des technologies 10 fois plus durables à performances égales (éclairage, consommation, prix) ont été refusées par les fabricants. Toutefois après recherche, on n'a pas trouvé la source de cet argument. Pourtant il est repris depuis tel quel dans de nombreux de sites. Le reportage présente également une ampoule de 1901, qui brille sans interruption depuis plus d'un siècle. Mais la validité de cet exemple est contestable car l'augmentation de la durée de vie se fait au détriment de la consommation. En réalité l'optimum entre durée de vie et consommation serait de 5000 heures selon un calcul mathématique entre durée de vie, luminosité et consommation43. D'ailleurs des techniques existent pour augmenter la durée de vie d'une ampoule tungstène et ont bel et bien été commercialisées : filament à double spirale, bulbe rempli de néon, krypton ou ampoule dite halogène. À chaque fois, un compromis est fait entre consommation et durée de vie. Dans les années 50 la commission de la concurrence britannique a certes condamné le cartel Phoebus pour entente sur les prix, mais a reconnu que le standard des 1000 heures représentait un bon compromis, au bénéfice des consommateurs 44. Il s'agirait ici d'un mauvais exemple et le documentaire semble sur ce point erroné. Voir Lampe à incandescence classique.
  • L'automobile : pour concurrencer Henry Ford et sa Ford T volontairement vendue comme modèle unique, à portée du consommateur moyen, fiable, facile à réparer et très robuste, Alfred P. Sloan a inventé pour General Motors une Chevrolet conçue avec un châssis et un moteur uniques, mais selon le concept du changement de gamme à raison de trois nouveaux modèles de carrosserie, formes, couleurs et accessoires par an. En démodant rapidement les produits par la publicité, il pousse l'automobiliste à sans cesse abandonner son véhicule « démodé » au profit d'un modèle plus à la mode. C'est ainsi que General Motors a forcé Ford à changer de stratégie pour se lancer dans la course aux nouveaux modèles.
    Il semble qu'il s'agisse-là du début du modèle d'« obsolescence programmée par l'esthétique et le design »1.
  • Le bas nylon : mis sur le marché par DuPont dans les années 1940, il était si résistant que les ventes s'effondrèrent, faute de besoin de renouvellement. En modifiant la formulation (notamment en r&ea

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