Œdipe (3)

OEDIPE 3

 

Difficultés familiales pendant la résolution de la phase œdipienne

 

Dans la plupart des cas, les parents répondent avec joie et amusement aux inclinations que manifeste l’enfant mais cette période est souvent difficile pour l’enfant et elle peut le devenir aussi pour les parents.

 

*L’enfant peut ne pas se sentir aimé et soutenu dans sa recherche d’identification.

Il a besoin que ses attitudes « viriles » ou « féminines » soient appréciées comme des efforts qu’il fait pour se développer. Il a besoin que ses parents répondent à ses essais par une compréhension, une tolérance et une empathie suffisantes.

Ses sentiments sont souvent confus, il peut les exprimer maladroitement et avoir des comportements inappropriés ou incompréhensibles, comportements qui agacent ou inquiètent les parents. Désapprobation ou punitions peuvent survenir…

Ainsi, la relation entre l’enfant et parents peut-elle s’en trouver globalement perturbée. L’enfant se désespère et a la sensation que les parents ne le prennent pas au sérieux. Il peut penser que ses parents sont méchants, qu’ils ne l’aiment pas assez, qu’ils sont uniquement préoccupés de le commander et de le faire obéir. Il peut développer également une jalousie très forte envers sa fratrie…

 

 

*Les avances de l’enfant vers le parent de l’autre sexe passent inaperçues ou ne reçoivent aucune réponse.

Par exemple, un père très occupé dans son travail et ses activités extra-familiales et /ou éprouvant moins d’intérêt pour les enfants en général, peut ne pas remarquer les besoins de sa petite fille ; il lui prête peu d’attention, ne la regarde guère et ne lui donne aucune réponse à ses sentiments. Il l’ignore.

La fillette peut alors ressentir un profond sentiment d’échec et conclure qu’elle ne parvient pas à plaire. Elle renonce à ce sentiment développant et se retourne vers sa mère dans une attitude régressive. Cependant, elle risque d’en concevoir un sentiment de dévalorisation, soit centré sur elle-même, au risque de rester dépendante de sa famille et inhibée vis-à-vis des hommes), soit centrée sur son identité sexuelle (déçue par sa féminité, elle peut rester immobilisée ou perturbée dans l’orientation de sa sexualité)

 

 

*Le parent de l’autre sexe apprécie les avances de l’enfant mais semble ne pas comprendre la nécessité de les limiter.

Il peut arriver, par exemple, qu’une mère traite son petit garçon comme un petit « mari ». L’enfant se sent valorisé et aimé selon l’idée qu’il se fait de l’amour porté à un homme. Il aime sa mère et la cajole avec ardeur, la mère elle-même peut y trouver beaucoup de satisfaction. Peut-être se trouve-t-elle déçue dans certains de ses besoins de tendresse, y compris dans la relation conjugale, et elle trouve là une sorte de compensation, bien innocente à ses yeux. Mais elle ne se rend pas compte à quel point l’enfant prend la situation au sérieux…Il redouble d’ardeur dans ses sentiments et câlins et cherche de plus en plus à séduire sa mère et à l’avoir pour lui seul.

Pour l’enfant, il s’agit bel et bien d’un enjeu de possession exclusive mais la mère n’en est pas consciente. Quoiqu’il en soit, les « promesses supposées» ne seront pas tenues : à un moment donné, la mère va « abandonner » son enfant  pour ses occupations et ses relations d’adulte, d’où il restera exclu.

Là encore, l’enfant peut en concevoir un profond sentiment de dévalorisation et peut-être s’y ajoutera-t-il un sentiment d’insécurité dans ses futures relations amoureuses.

 

Il est possible également que ce désir de possession soit finalement intolérable pour la mère, par exemple, parce que cela ravive inconsciemment en elle une angoisse d’être maîtrisée. Une angoisse de ce type, illogique dans la situation actuelle, trouve son origine dans l’enfance de cette mère elle-même, dans une relation conflictuelle avec des parents trop autoritaires, relation dans laquelle elle se sentait étouffée par l’autorité.   

Cette mère sent les sentiments et le malaise montrés par son petit garçon mais ne peut ni les comprendre ni surtout les accepter, du fait d’une confusion inconsciente entre les niveaux de génération. Elle pense que l’enfant outrepasse ses droits et peut réagir violemment. Ou bien, au contraire, inhibée par une culpabilité et une agressivité inconsciente, il lui est difficile de trouver les moyens de limiter son petit garçon.

 

*Le parent de l’autre sexe peut chercher à se concilier préférentiellement l’enfant, entrant en conflit avec l’autre parent.

Le parent de l’autre sexe peut avoir tendance à céder tout à l’enfant parce qu’il redoute son hostilité ou qu’il se laisse prendre par son attitude séductrice. Il peut prendre alors maladroitement le contrepied de son conjoint, lorsque celui-ci cherche à imposer des limites. Cette attitude risque de raviver une mésentente au niveau parental et ne sera évidemment pas propice à l’enfant.

A un degré de plus, si une mésentente latente règne entre les parents (au niveau conjugal), le parent de l’autre sexe peut faire alliance avec les sentiments hostiles de l’enfant, contre le parent du même sexe.

Un petit garçon dont la mère ressent de l’hostilité pour son mari peut trouver auprès d’elle une confirmation de ses sentiments œdipiens. Il peut avoir le sentiment d’être davantage aimé de sa mère que ne l’est son parent rival. Il plaint sa mère, il devient sa « consolation » et éprouve rancune et hostilité vis-à-vis de son père.

Il est alors conduit à penser que son père est méchant, il s’interdit de lui ressembler de peur de perdre, lui aussi, l’amour de sa mère. Cette difficulté d’identification au parent de son sexe peut entraver profondément son évolution, le faisant refuser l’agressivité, les jeux de garçons, les sentiments virils…

Dans certaines familles, l’hostilité latente au sein du couple conjugal favorise ainsi un partage des alliances enfant-parent dans le sens donné par l’Œdipe. La mère fait alliance avec le fils, le père avec la fille, dans un conflit latent, non exprimé mais parfois durable, contre « l’autre partie » de la famille.

 

*Il peut arriver que le parent de même sexe ne puisse pas supporter la préférence affichée par l’enfant. Cela représente pour l’adulte une atteinte narcissique insupportable.

Telle mère est effondrée lorsque sa fille montre de l’hostilité ouverte, lui dit qu’elle ne l’aime plus…Elle ne comprend pas consciemment l’origine de cette « rupture », cela lui semble une perte d’amour irréparable.

Tel père est atteint dans son image d’autorité paternelle, en voyant son fils s’opposer à lui, refuser d’obéir et se montrer distant alors que par ailleurs, il recherche la compagnie de sa mère et se montre obéissant pour lui plaire.

L’enfant a besoin de sentir que ses parents sont en accord. Les mauvais rapports entre parents sont effrayants pour lui. Ils rendent la sexualité redoutable et peuvent l’amener à refouler ses désirs.

 

*Difficultés touchant l’intériorisation de la culpabilité.

Les sentiments de culpabilité exagérément développés peuvent entraîner l’enfant à renoncer à ses pulsions, à ses désirs propres parce qu’il les ressent comme coupables : il devient alors un enfant inhibé, timide, généralement peureux et dépendant.

En d’autres termes, l’enfant ne maîtrise pas ses sentiments sexuels ou agressifs qui restent donc menaçants pour lui. Il les refoule ou les réprime profondément mais il se coupe alors de tout l’élan et de toute l’énergie dont ils sont chargés.

A l’opposé, l’enfant peut adopter une attitude de révolte. Il ne veut pas ou ne peut pas renoncer à des désirs qui restent pour lui coupables et menaçants. L’enfant continue donc à se sentir menacé, il  a tendance à projeter ce sentiment interne sur l’entourage, les attitudes de ses parents lui apparaissent donc volontiers comme menaçants…face à ce vécu, il ne peut que tenter de dominer son entourage. Il tente de faire peur à sa famille, par tous les moyens à sa disposition : opposition, méchanceté, violence sur lesquelles, rien ne semble avoir de prise…

Le comportement répressif de ses parents peut venir confirmer ses fantasmes et renforcer encore davantage les dérives de l’enfant…

Dans tous les cas, il reste inquiet, insatisfait, coupable et présente divers troubles réactionnels qui entravent son adaptation au réel et créent des difficultés nouvelles entre parents et enfant…Par exemple, lorsqu’il s’endort, ses sentiments de culpabilité reprennent le dessus et il se réveille subitement en proie à des cauchemars terrifiants au cours desquels il rêve qu’il est attaqué et dévoré par des monstres.

 

Conclusion

La déception œdipienne sereinement vécue constituera un facteur dynamique d’évolution affective, en favorisant le transfert de sentiments en dehors de la famille ; Elle permettra l’accession à la phase dite « de latence », au cours de laquelle l’enfant renonce en partie à ses sentiments, les mettant en quelque sorte en réserve pour plus tard.

Les difficultés de résolution de la phase œdipienne ne peuvent être isolées du contexte relationnel dans lequel elles se manifestent. En particulier, lorsque l’expression des sentiments souvent confus et contradictoires de l’enfant, a pour effet de conflictualiser les relations parents-enfant ou parent-parent, ceci entraîne l’enfant à ressentir que ses propres sentiments sont agissants ou redoutables. C’est dans ce contexte que les difficultés apparaissent : les sentiments œdipiens de l’enfant tendent ainsi à se fixer ou se cristalliser, provoquant une exagération tantôt de son opposition, tantôt de ses sentiments de culpabilité. 

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