Ontogenèse et phylogenèse

Ontogenèse et phylogenèse

L'ontogenèse (ou ontogénie) décrit le développement progressif d'un organisme depuis sa conception jusqu'à sa forme mûre, voire jusqu'à sa mort. En biologie du développement, ce terme s'applique aussi bien aux êtres vivants non-humains qu'aux êtres humains mais on le retrouve aussi dans le domaine de la psychologie du développement où l'ontogenèse désigne le développement psychologique d'un individu depuis l'enfance jusqu'à l'âge adulte et plus généralement, pour désigner les transformations structurelles observés dans un système vivant qui lui donne son organisation ou sa forme finale.

En biologie de l'évolution, on contraste souvent l'ontogenèse, l'histoire d'un individu particulier, et la phylogenèse, l'histoire évolutive de l'espèce à laquelle appartient cet individu.

phylogenèse /fi.lo.ʒə.nɛz/ féminin

  1. Histoire évolutive d'une espèce ou d'un groupe d'espèces.
    • Selon Haeckel, « l'ontogenèse récapitule la phylogenèse » : la formation de l'embryon récapitule l'histoire évolutive de l'espèce.

Source Wikipédia

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Il existe un parallèle troublant dans ces deux termes et notre évolution au regard de l’humanité.

Les étapes du développement humain semblent refléter celles de l’Humanité à ses débuts. Au commencement, la conscience globale était probablement similaire à celle d’un nouveau-né.

Les individus étaient conscients de l’environnement et aussi d’eux-mêmes en tant qu’êtres physiques mais possédaient sans doute une très faible notion du Soi individuel. L’unité avec l’univers du vivant restait ancrée, stable, profonde.

Dans la vie de l’enfant, le sens de l’individualité commence à s’installer seulement à partir du moment où il devient autonome par rapport à sa mère. Le « je » prend forme et l’entité indépendante se développe.

Nous agissons de la même façon, non seulement au regard de l’Humanité mais bien plus profondément encore par rapport à la vie.

Le jeune enfant découvre, jour après jour, le pouvoir qu’il détient et sa capacité à agir sur l’environnement. Le groupe humain n’a de sens pour lui qu’à partir du moment où il participe à ce pouvoir, qu’il lui donne des outils supplémentaires. L’école, par exemple, peut devenir un allié tout comme il peut devenir une menace. L’échec scolaire, c’est l’anéantissement de ce pouvoir, l’interdiction faite par l’humanité d’user de ce pouvoir naturel. Un désastre que l’individu cherchera à atténuer par des ersatz allant jusqu’à l’embrigadement.

Les parents sont bien évidemment les alliés prioritaires, les tuteurs, le fil conducteur, la ligne d’horizon vers laquelle le jeune enfant va diriger ses rêves, ses attentes, sa volonté.

Que l’aura parentale vienne à être affadie ou même brisée relève d’un drame existentiel effroyable.  

Mais tout cela n’est que le résumé superficiel de l’existence.

Le véritable problème n’est pas là.

L’existence humaine, socialement intégrée dans des conditionnements archaïques, est un étouffoir de la conscience de la vie.

L’individu au cours de l’ontogenèse, prend conscience et développe son pouvoir, devient autonome, indépendant, construit un projet, s’insère dans le monde social, se bat pour pérenniser sa place, l’accroître, amplifier son pouvoir et simultanément, il efface en lui sa participation à l’univers du Vivant. Cette conscience primaire des débuts de l’Humanité a été balayée.

Les produits de substitution à cette appartenance sont innombrables : la famille, le clan, la bande d’amis, la meute, les castes sociales, les statuts professionnels, les groupes de supporters, le nationalisme, les syndicats… L’intention est toujours la même : le pouvoir, l’accroissement de la puissance, la reconnaissance, la sécurité, la protection lorsque l’émancipation familiale s’est installée.

Tout cela est connu mais ce sont les effets qu’il faut observer et plus encore l’évolution probable.

L’ontogenèse est marquée par un moment délicat, c’est celui de l’émancipation. Beaucoup de Peuples Racines ont instauré un rite de passage permettant de symboliser ce basculement dans la vie de l’individu, de l’enfance à l’âge adulte. Mais ils ont surtout préservé le sentiment profond d’appartenance à la Terre-Mère. C’est là que notre rupture occidentale s’est perdue. L’errance spirituelle, l’inconnaissance de soi, la solitude existentielle. Il nous fallait un produit de substitution pour combler le vide. A défaut de « se » posséder, nous avons appris à posséder. L’attachement au monde des objets prend sa source dans l’incomplétude spirituelle et la peur qui en émane.

Ce n’est pas l’argent qui est à l’origine de tous nos maux mais l’amour de l’argent comme un produit de substitution à l’incomplétude spirituelle. L’amour de l’argent, de la possession, du monde des objets, des appartenances sociales, des adhésions aux mouvements de masse, tout cela n’est que le symptôme d’un mal spirituel.

Nous ne nous appartenons pas, intérieurement. Il n’y a pas de paix en nous mais des désirs infinis, une volonté de marquer notre territoire, notre environnement, comme on établirait des clôtures, la sédentarisation est un mal spirituel et une source de profits immenses.

Les Marchands du temple le savent. Ils vivent dans le même espace mais ils ont su en tirer profit. Tout notre fonctionnement est basé sur la douleur et sur la peur.

« Je souffre d’un mal-être profond que je n’identifie pas mais si je possède et que j’accrois mon pouvoir, j’aurai moins peur de l’avenir. »

Nous grandissons dans la peur et elle est le carburant idéal du monde matériel.

« Quand j’aurai une maison, tout ira mieux. Quand j’aurai une nouvelle voiture, tout ira mieux. Quand je serai célèbre, tout ira mieux. Quand je serai amoureux, tout ira mieux. »

Il n’y a pas d’amour qui se fonde sur la peur. Il n’y a que les êtres en paix intérieure qui peuvent aimer. Les autres posent simplement un cataplasme sur leurs douleurs.

Notre ontogenèse récapitule la phylogenèse.

Et rien ne changera tant que nous n’apprendrons pas à explorer nos abîmes.

Le monde n’est que l’extension de ce que nous sommes.

Nos guerres sont en nous et nous les projetons.

Il n’y aura jamais de paix tant que nous aurons peur de nos vides intérieurs.      

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Commentaires (5)

Thierry LEDRU
  • 1. Thierry LEDRU | 22/01/2017
Au plaisir de vous lire Frédéric.
Frederic Martin
  • 2. Frederic Martin | 22/01/2017
Merci beaucoup de votre réponse.
J'ai lu votre article sur l'instinct de mort, et cela déclenche toute une réflexion que je vous enverrai lorsqu'elle aura été au bout de son élan.
À bientôt
Thierry LEDRU
  • 3. Thierry LEDRU | 20/01/2017
Bonsoir Frédéric
Mille mercis pour ce long commentaire. Je dois dire que je n'ai pas les compétences pour m'approprier derechef tout ce que vous présentez. Je n'ai pas la formation ni les connaissances mais de ce que j'en comprends, c'est que vous développez l'idée que cette "rupture spirituelle" a des conséquences très profondes sur l'organisme.
"D'innombrables frictions se mettent alors à grincer dans les innombrables rouages du "cerveau des molécules", du cerveau émotif et du cerveau mental..."
Il est vrai que je me suis souvent intéressé aux effets émotionnels de cette rupture mais je n'envisageais pas de telles perturbations et c'est éminemment effrayant. On peut supposer que les troubles, les dérives, les errances d'une bonne partie de l'humanité trouvent donc leur source dans cette ontogenèse qui s'extrait de la Source vitale et de sa conscience en chacun.
"Rupture ombilicale fatale, soif inextinguible et angoissée, très vite substituée par un douloureux halètement en quête de satisfactions aussi factices qu'inaptes à jamais combler le manque affectif essentiel, ce qui nous précipite dans un vortex addictif, je dis nous car il s'agit bien en réalité de la "condition humaine" du moins tant qu'elle n'est pas transfigurée par une descente de la conscience dans les profondeurs oubliées de la sensibilité.
J'entends dans vos écrits des échos de Carl Gustav Jung et de Krishnamurti et c'est passionnant.
J'ai passé plus de trente ans de ma vie auprès des enfants et j'ai pu juger de l'impact de cette rupture progressive et des effets délétères sur de jeunes esprits. Le conditionnement sociétal a une puissance que beaucoup n'imaginent pas et il m'était douloureux, souvent, de me sentir si impuissant.
J'imagine que votre expérience de médecin vous a également amené à être confronté à de telles épreuves existentielles.
J'ai écrit également un texte sur "la pulsion de mort" et cela rejoint quelque peu vos propos.
http://la-haut.e-monsite.com/blog/pulsion-de-mort.html
Au plaisir de vous lire.
Thierry
Frédéric Martin
  • 4. Frédéric Martin | 20/01/2017
En lisant votre article, j'ai été tout de suite fortement impressionné par la similitude de son contenu détaillé avec une recherche personnelle, entreprise depuis 35 ans à la suite de la publication d'un livre, qui était ma thèse de médecine en 1978, intitulé "la foi sans croyances ou l'éclosion de l'instinct de guérir" et publié ultérieurement aux éditions "les deux océans", depuis peu reprise par une succursale de Trédaniel.

Un processus quotidien d'écriture contemplative s'est alors établi à partir d'une "nécessité vitale".
Ce processus d'écriture de longue haleine à déployé une floraison de perceptions "ontologiques", entre poésie et descriptions d'orientation scientifique, perceptions fondées sur des ressentis fondamentaux qui s'apparentent, au niveau émotif, sensoriel et cognitif, à ce que l'épistémologie de la démarche scientifique a nommé les Axiomes fondateurs universels indémontrables.

Afin de vous témoigner à quel point votre perception et la mienne suivent un cheminement parallèle, je vous présente ici un
résumé très concentré de mon travail qui, à partir de cette base similaire, explore bien des domaines de la médecine, l'immunologie, la psychiatrie, la sociologie, etc.

En tant que médecin passionné par l'exploration d'un nouveau paradigme capable d'intégrer l'actuelle médecine "moléculaire" avec la psychologie, la philosophie et la spiritualité, j'ai patiemment consigné jour après jour les processus de guérison profonde expérimentés en moi-même aussitôt que l'attention s'immobilise par une véritable "chute salutaire" suivie d'atterrissage en douceur sur ce qui est ressenti comme Terre Primordiale, sorte de foyer gravitationnel animique, racine de la conscience qui s'y nidifie, comme les semences dans l'humus, comme l'ovule fécondé dans la matrice.

Au cours de notre ontogenèse, la merveilleuse innocence de l'enfance se retrouve cruellement avalée, happée, séquestrée par le paradigme de la concurrence, soutenu de notre héréditaire angoisse d'exclusion, de perte d'appartenance sociale.
Il y a alors injection d'une infection radicale, mythique, similaire à la stratégie des virus bactériophages, par le "virus psychique" porteur d'obsession sociale délétère pour "l'autonomie concurrentielle"...
Il y a alors une dramatique perte du lien ombilical, magique et transcendantal, un oubli antique de la gratitude envers le vide immobile nucléaire, notre unique et véritable Source de Souffle spirituel.
Rupture ombilicale fatale, soif inextinguible et angoissée, très vite substituée par un douloureux halètement en quête de satisfactions aussi factices qu'inaptes à jamais combler le manque affectif essentiel, ce qui nous précipite dans un vortex addictif, je dis nous car il s'agit bien en réalité de la "condition humaine" du moins tant qu'elle n'est pas transfigurée par une descente de la conscience dans les profondeurs oubliées de la sensibilité.

Outre cet apport multi-toxique, multiples approvisionnements de "plaisirs substitutifs compensateurs", la rupture du lien matriciel avec l'Âme et le Souffle de Vie (qu'elle exhale comme Aspiration à rayonner), est responsable d'une tragique et dangereuse chute du débit de l'Intelligence Organisatrice infinie que ce Souffle colporte, tant sur le plan de la biochimie/physiologie que sur celui de l'affectivité et du mental.

Déficit du flux artériel d'Ordre.... D'innombrables frictions se mettent alors á grincer dans les innombrables rouages du "cerveau des molécules", du cerveau émotif et du cerveau mental...
Frictions bourdonnantes à bas bruit, responsables d'une véritable cacophonie microcosmique de réactions proto-inflammatoires profondes à un niveau pré-biochimique, pré-émotif et pré-mental.
Ce grouillement de proto-inflammations souterraines généralisées devient alors le pourvoyeur de l'immense panoplie la pathologie, par désordre subatomique vibratoire de la santé physique, psychologique, sociale, écologique etc. , avant de finir comme fossoyeur convoqué souvent bien trop prématurément.
En espérant une réponse de votre part, je vous témoigne ma sincère reconnaissance pour cette convergence de perception.
Frédéric Martin
wazzani
  • 5. wazzani | 18/03/2016
c'est vraiment génial ,bien résumé, plus profond , plus concentré, philosophique et scientifique ......merci beaucoup pour l'auteur et on souhaite des articles similaires et plus détaillés .

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