Sécheresse, élevage, jachères.

Il est clair pour Nathalie et moi qu'il va falloir penser à changer d'habitation et à trouver une maison dont le terrain est approvisionné par une eau de source permanente. Malgré nos 5000 litres de récupération d'eau de pluie, nous avons été obligés pour le quatrième été de suite d'utiliser l'eau potable du réseau pour l'arrosage et c'est aussi insupportable que de tirer la chasse d'eau (nous récupérons au maximum l'eau usagée de la maison pour ça). 

Il est évident par conséquent que l'autonomie en eau va devenir encore plus cruciale que l'autonomie en électricité. 

Toutes les modélisations des dix dernières années sur l'évolution climatique tendent vers un accroissement des témpératures estivales et des périodes de sécheresse de plus en plus longues et intenses. 

Vu que le potager contribue grandement à notre alimentation, il va devenir indispensable de trouver un autre lieu d'habitation. 

Une maison avec une source permanente à fort débit, dans un coin très reculé, au bout d'une voie sans issue ou d'une piste en terre, sans AUCUN vis-à-vis, ni aucune construction possible, avec un hectare de terrain plat et si possible un verger et un potager déjà existant. Bon, ça doit être rare tout ça...Dans un an, je serai à la retraite. Les prospections immobilières pourront commencer.

Quant au problème que cela pose déjà à l'échelle du pays et même désormais à l'échelle européenne, on en a un aperçu ici.

 

AFP 23/08/2018 à 07:50

La sécheresse a fait des ravages cet été parmi les pays du nord de l'Europe, producteurs de lait ( AFP / Jean-Francois MONIER )

La sécheresse a fait des ravages cet été parmi les pays du nord de l'Europe, producteurs de lait ( AFP / Jean-Francois MONIER )

"Nos vaches vivent depuis la mi-juillet grâce au foin récolté en juin, il n'y a plus d'herbe": comme nombre d'éleveurs suédois, allemands ou britanniques, Jean-Guillaume Hannequin, agriculteur dans l'est de la France, se demande comment il va nourrir son bétail cet hiver.

 

Si les pays méditerranéens ont depuis longtemps adapté leurs pratiques agricoles au manque d'eau, la sécheresse a fait des ravages cet été parmi les pays du nord de l'Europe, producteurs de lait.

En Suède, où des feux de forêts ont détruit des milliers d'hectares desséchés, la Fédération des agriculteurs (LRF) parle de la "pire crise depuis plus de 50 ans".

Un manque de nourriture pour le bétail "sera perceptible dès cet hiver", prévoit Harald Svensson, chef-économiste de l'Agence gouvernementale suédoise de l'Agriculture.

"La plupart des agriculteurs ont distribué aux animaux durant l'été les réserves de fourrage qu'ils avaient constituées pour l'hiver", explique-t-il à l'AFP, évoquant une chute historique de "29%" de la production suédoise de céréales par rapport à 2017.

Idem en Allemagne, où une ferme sur 25 est menacée de fermeture. En Basse-Saxe, grande région agricole du pays, l'inquiétude est grande pour les exploitations fourragères dont la production est inférieure d'au moins 40% à celle d'une année normale.

Aux Pays-Bas, le déficit de fourrage est estimé entre 40% et 60% par l'organisation agricole LTO, et celui de céréales à 20%.

- Spéculation "désagréable" sur la paille -

Loin de l'image idyllique des vertes prairies anglaises, la Grande-Bretagne n'a pas connu de sécheresse comme cette année depuis 80 ans, selon l'organisme public Agriculture and Horticulture Development Board (AHDB). La collecte de lait est en forte baisse du fait du manque d'herbe.

Chaleur intense : instantané d'une anomalie ( AFP / Laurence CHU )

 

Chaleur intense : instantané d'une anomalie ( AFP / Laurence CHU )

En France, "l'est du pays souffre depuis début juillet, et le reste du pays depuis août avec la vague de chaleur et de canicule prolongée", souligne Patrick Bénézit, responsable de l'organisation agricole FNSEA. Pour lui, la situation est comparable à celle de la canicule historique de 2003.

"Dans beaucoup d'endroits, même dans le Massif Central, le +château d'eau+ de la France, il n'y a pas de deuxième coupe d'herbe, c'est très préoccupant", indique-t-il à l'AFP.

Le responsable dénonce "une spéculation assez désagréable" sur les prix de la paille: "Les éleveurs ont besoin d'acheter de la paille pour la mélanger au foin afin de nourrir leurs bêtes, et les négociants en profitent." Réclamant jusqu'à 100 euros la tonne, contre 60 à 80 euros l'an dernier, selon lui.

Le coût du fourrage ayant bondi, beaucoup de bêtes ont été envoyées à l'abattoir plus tôt que d'habitude. En Grande-Bretagne, l'abattage de bovins a été 18% plus élevé que l'an dernier en juillet, avec une bonne partie de vaches laitières, selon l'AHDB. En Allemagne, où le gouvernement vient de débloquer 340 millions d'euros d'aide, les abattages ont augmenté de 10% dans les deux premières semaines de juillet, selon l'Agence allemande pour l'agriculture et la nutrition.

En Suède, le gouvernement a aussi débloqué une aide de 1,2 milliard de couronnes (117 millions d'euros) pour acheter du fourrage et éviter les abattages d'urgence.

 

En France, le sujet est tabou, tant les éleveurs redoutent une chute brutale des cours, en raison notamment du monopole de fait dont dispose le groupe Bigard dans l'abattage.

"On a peur qu'il profite de l'aubaine (de la) sécheresse pour acheter encore moins cher nos animaux, alors que nous avons déjà beaucoup de mal à survivre", confie un éleveur à l'AFP sous le sceau de l'anonymat.

- Risque d'abandons massifs -

Du côté de l'élevage laitier, "l'hiver risque d'être catastrophique" embraye un autre. "Pour compléter les rations des animaux, il va falloir acheter des céréales qui, elles, ont vu leur prix monter cet été, le lait va être de plus en plus cher à produire, les coûts de revient vont augmenter."

Un constat confirmé par Erwin Schöpges, président de l'European Milk Board à Bruxelles qui regroupe 100.000 petits producteurs laitiers européens: "Sans cette sécheresse, les coûts de production sont déjà loin d'être couverts. On parle, pour toute l'Europe, de coûts autour de 40 à 45 cents" alors que le prix de vente du lait en Europe "tourne autour de 30 à 33 centimes", détaille-t-il à l'AFP. "Alors comment voulez-vous, avec la sécheresse qui va encore augmenter les frais, que la situation s'améliore?"

Pour desserrer l'étau, la Commission européenne a promis des aides exceptionnelles, notamment le versement anticipé de certaines aides et des dérogations pour permettre d'utiliser l'herbe des jachères comme fourrage.

Jean-Guillaume Hannequin avertit néanmoins: "Il va y avoir des abandons massifs dans l'élevage."


 

 A la suite de cet article, j'ai donc cherché à voir quelles étaient les solutions à court terme pour tous ces agriculteurs et j'ai découvert le problème des terres laissées en jachère. C'est juste consternant en fait. L'article a un an mais c'est la même problématique aujourd'hui.

Pour résumer, quand un céréalier met des terres en jachère pour la rotation des cultures, il perçoit une subvention compensatrice mais s'il décide d'ouvrir ces jachères aux troupeaux d'un collègue éleveur qui souffre des effets de la sécheresse, il perd cette subvention et de plus, ce terrain risque de passer en "prairie permanente" et ne plus pouvoir être cultivé. Ce qui bien évidemment n'est pas envisageable pour lui. Au final, l'administration de l'UE empêche toute forme de solidarité paysanne par des textes de lois très restrictifs. 

Non, je ne dirai pas ce que je pense de l'UE...

 

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Jachères et élevage, une souplesse bien raide

1ParJeandey Antoine - Dans Edito

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13JUIL2015

En raison de la sécheresse, la profession agricole a demandé à pouvoir exceptionnellement utiliser les surfaces en jachère pour fournir les éleveurs en herbe. La réponse du ministère n'a pas traîné, extrêmement "gonflée", disant qu'elle autorise les agriculteurs à changer les déclarations d'affectation de leurs terres ou jachères. En d'autres termes, sans assouplir les textes en vigueur, et donc sans s'associer lui-même à la solidarité.

L'été, il se passe parfois de drôles de choses dans les établissements publics, les vérifications ne sont pas forcément aussi poussées que d'habitude, et les décisions manquent, de temps à autre, de vision pratique à terme... Ou encore le "politicien" passe devant le gestionnaire avisé.

Ainsi, disons-le tout net, le dernier communiqué sorti par le ministère de l'Agriculture tient ni plus ni moins du foutage de gueule, rédigé noir sur blanc qui plus est, et au nom de Stéphane Le Foll (dont on ose espérer qu'il aura été surpris par un collaborateur trop zélé de l'associer à une telle entreprise)...

Les faits, simples, compte-tenu de la conjoncture. La profession agricole (plusieurs syndicats en fait, nationaux ou départementaux) demande la possibilité d'autoriser le pâturage et la fauche de surfaces en herbe non utilisées, notamment les jachères. Ceci de manière exceptionnelle, pour répondre à une situation qui ne l'est pas moins, la sécheresse que nous vivons et qui handicape les éleveurs, déjà souvent en crise par ailleurs, les manifestations récentes l'ont démontré. Car sinon on connaît les règlements, les jachères, on n'y touche pas, et en échange de ces terres non cultivées considérées comme des SIE (surfaces d'intérêt écologique), les agriculteurs perçoivent une compensation.

Or que répond le ministère à cette demande ? Tout simplement un rappel du règlement : il est toujours possible de déclarer un changement d'affectation des jachères. Comprenez : "vous voulez faire pâturer sur vos jachères, faites-le, mais alors ce ne seront plus des jachères..." En d'autres termes, la prime (légère) perçue pour la surface non cultivée disparait... Et pire encore, le changement d'affectation acté par l'administration peut transformer la jachère en prairie permanente, ce qui signifie que la terre en question ne pourra plus être cultivée.

Pourquoi faire simple...

Soyons encore plus précis, à travers un exemple. Imaginons un céréalier voisin d'un éleveur. L'éleveur voit ses pâtures souffrir de la sècheresse, la production d'herbe est faible, la deuxième coupe est compromise... Bref il est en souci pour nourrir ses animaux, cela dans un contexte global de l'élevage en France qui l'empêche de trouver une alternative avec sa propre trésorerie. Le céréalier a quelques jachères. Elles sont là pour reposer la terre, en rotation bien sûr avec les cultures. Ces jachères génèrent de l'herbe, sans que l'on puisse parler de production puisqu'elle n'est pas valorisée. Une solution simple d'entraide entre agriculteurs serait donc d'autoriser l'éleveur à faire pâturer ses bêtes sur la jachère. Certes, les jachères n'ont pas été prévues pour cela, d'où le fait des demandes syndicales, pour assouplir le règlement compte-tenu d'éléments exceptionnels. Mais, comme vous l'avez compris désormais, la réponse du ministère ne l'autorise pas sans que cela ne devienne une perte sèche de terres pour le céréalier, lequel ne pourra plus poursuivre ses rotations en incluant une jachère dans le processus... Alors que laisser brouter ou paître quelques animaux quelques semaines uniquement n'aurait eu aucune influence sur ses cultures, et aurait bien sûr rendu service à l'éleveur.

Devant la demande syndicale, le ministère avait en fait deux possibilités rationnelles. La première consistait à rappeler le bon usage des jachères de façons à éviter que l'exception ne devienne habitude, tout en accordant des dérogations par zones géographiques selon les gravités recensées. La seconde aurait été de se couvrir à Bruxelles vis-à-vis des règlements européens sur les jachères, en faisant passer en urgence cette demande et en la faisant valider à ce niveau, histoire de ne pas insulter l'avenir et d'éviter un retour de bâton européen plus tard. Seulement, dans ce dernier cas, on transférait le souci administratif au personnel du ministère, et il était plus "simple" de le laisser aux agriculteurs, qui devront donc faire les démarches pour le transfert des jachères, puis surveiller que l'administration locale ne les transforme pas en prairies permanentes.

Un mot sur l'effet d'annonce ministériel, qui ne manque franchement pas d'air. En titre "sécheresse 2015 : le pâturage des jachères est possible sur simple modification de la déclaration Pac". Déjà, on sent le piège, mais le texte, lui, ne laisse aucun doute quant à l'"aide" ministérielle sur le dossier : "Suite aux demandes des professionnels agricoles, au vu des conditions climatiques exceptionnellement sèches en ce début d’été, Stéphane Le Foll s’était engagé à répondre dans les meilleurs délais sur la possibilité de déroger aux règles applicables aux jachères pour leur utilisation en alimentation animale. Il confirme que l’obligation de maintien des jachères au titre de la conditionnalité et la sanction à hauteur de 20 % qui était liée à cette obligation sont supprimées dans le cadre de la nouvelle Pac applicable cette année. Les agriculteurs peuvent doncmodifier leur déclaration pour requalifier en prairies des surfaces initialement déclarées en jachère." Et après ce simple rappel du règlement, une conclusion emphatique et de récupération politicienne pas vraiment de circonstance : "Stéphane Le Foll reste pleinement mobilisé et à l’écoute du monde de l’élevage qui traverse aujourd’hui une situation délicate. Toutes les souplesses permises par la réglementation communautaire seront exploitées pour leur permettre de passer ce cap difficile."

Une "ubuesque gestion administrative de la solidarité professionnelle"

Ce communiqué ministériel a été publié le 8 juillet. Son côté "bien tourné" a dans un premier temps fait son effet, il a été repris dans la profession agricole... Jusqu'aux premières tentatives de mises en pratique. C'est le syndicat de la Fdsea Ile de Francequi a levé le lièvre. Voici son communiqué, diffusé il y a quelques heures seulement : "Dans un contexte de sécheresse, la solidarité agricole doit pouvoir jouer son rôle, permettant aux céréaliers de mettre à la disposition des éleveurs des surfaces en jachères pour assurer un complément de fourrage aux animaux. C’est dans ce sens que la FDSEA a saisi l’administration afin d’autoriser la fauche et le pâturage de certaines surfaces en herbe, dont règlementairement le produit ne peut être utilisé, à l’image des jachères. Une demande simple pour pouvoir activer la solidarité entre voisins agriculteurs. Mais le ministère de l’Agriculture contraint ce geste de solidarité à une nouvelle démarche administrative, au risque d’engendrer des pénalités financières pour ceux qui le feraient. En effet, il faut requalifier en prairies les surfaces initialement déclarées en jachères, leur enlevant le caractère de Surface d’Intérêt Ecologique, dont le taux cette année est de 5 %. Plus grave, si la parcelle est déclarée en « Jachère SIE », l’administration peut la notifier définitivement en prairie permanente, avec les conséquences d’une remise en culture impossible." Avec en prime un commentaire de Damien Greffin, président de ce syndicat : "Nous sommes dans un système totalement ubuesque, où les agriculteurs, déjà sur-encadrés règlementairement, doivent maintenant subir une gestion administrative de la solidarité professionnelle."

En conclusion, pensez à ces éleveurs qui cherchent désespérément aujourd'hui à passer au travers des catastrophes qui s'amoncellent... Et à qui on répond, "bien sûr, les autres agriculteurs peuvent vous aider, ils n'ont qu'à faire les démarches nécessaires pour perdre définitivement l'exploitation des terres correspondant à leurs jachères..."

Où va-t-on ?

Notre illustration : l'annonce publiée sur le site du ministère de l'Agriculture, lien direct :http://agriculture.gouv.fr/secheresse-2015-le-paturage-des-jacheres-est-possible-sur-simple-modification-de-la-declaration-pac 

 

JachèresÉlevage Crise Ministère De L'AgricultureFdsea Ile De FranceDamien Greffin

 

Auteur :

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JEANDEY ANTOINE

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