"Soigne ou enseigne, mais tais-toi"

Quand j'étais adolescent, je me souviens très bien qu'il existait deux secteurs professionnels qui passionnaient beaucoup d'élèves : la médecine et l'enseignement. Lorsque je suis devenu instituteur, j'avais tous les ans, dans ma classe, des enfants qui avaient aussi ce rêve. 

Aujourd'hui, le constat n'est plus du tout le même. Il y a même bien longtemps que je n'ai rencontré un enfant rêvant de devenir enseignant...

Il y a dans ces deux professions un intérêt pour l'humain, une empathie naturelle et s'y ajoute la passion pour l'acte médical ou l'acte d'enseigner.

Je trouve par conséquent très révélateur de constater à quel point nos gouvernants successifs martèlent, plombent, détruisent ces deux piliers d'une société.

Dans les deux secteurs, nous verrons s'amplifier avec l'augmentation graduelle du désappointement des personnels une dégradation constante dans l'acte lui-même. C'est inévitable.

On peut dès lors se demander pour quelles raisons les gouvernants délaissent à ce point ces deux secteurs ?

C'est très simple : clinique et écoles privées leur conviennent parfaitement. 

Je force un peu le trait bien entendu... Mais la vérité n'est sûrement pas bien loin.  

 

Si les patients français peuvent se réjouir de bénéficier d'un des meilleurs accès aux soins au monde, les professionnels de santé, eux, sont mal traités. Le panorama de la santé 2017 de l'OCDE est accablant : les infirmiers français sont les plus mal lotis des grands pays de l'OCDE.

 

Les infirmiers français sont parmi les moins bien payés d'Europe

 

FREDERICK FLORIN / AFP

Après le salaire des professeurs, voilà une autre indignité bien française : les salaires des infirmiers en France sont les plus bas de tous les pays développés. Un chiffre calculé par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui présentait la semaine dernière son Panorama de la santé 2017. Avec un diplôme équivalent à une licence (trois ans d'études) et des conditions de travail très exigeantes, les infirmiers hospitaliers  français – 500.000 salariés – perçoivent une rémunération inférieure de 5% au salaire moyen en France. En Allemagne, un infirmier gagne 13% de plus que le salaire moyen, en Espagne 28% de plus. Au Mexique, la rémunération est presque le double du salaire moyen.

Aucune revalorisation des salaires en vue

En France, le tableau est sombre et, malheureusement pour les infirmiers, aucune lueur d’amélioration ne pointe à l’horizon. « Les dernières négociations salariales datent de 2010, à une époque où les infirmiers ont dû accepter un chantage salaire contre retraite », explique Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). « L’âge de la retraite a été repoussé de sept ans, passant de 55 à 62 ans, en échange d’une augmentation de 150 euros par mois ». Un accord arraché à contre-cœur à des professionnels de santé, très frustrés que la pénibilité de leur travail n’ait pas été prise en compte.

Selon un rapport de la Caisse de retraite des agents des collectivités locales, une infirmière vit en moyenne 6 ans de moins qu’une femme française. Les infirmières décèdent en moyenne à 78,8 ans, alors que l’espérance de vie des Françaises est de 85 ans. Autre indicateur éloquent, 20% des infirmières arrivant à la retraite sont affectées d’une invalidité – conséquence des manutentions, du travail de nuit mais aussi de l’exposition aux produits de chimiothérapie.

 

Un tiers des jeunes abandonnent après leur diplôme

Le métier - qui répond à une recherche de sens - continue d’attirer. Mais la difficulté des conditions de travail alliée à cette faible rémunération décourage massivement : "Dans les cinq ans qui suivent l’obtention du diplôme, un tiers des infirmières abandonnent le métier. C’est un gâchis humain énorme", souligne Thierry Amouroux.

L'infirmière de pratique avancée, un espoir pour la profession

Dans L'hôpital à coeur ouvert, le livre bilan qu'il vient de publier, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), évoque une piste pour valoriser la profession: "déléguer des ­tâches de médecins vers des infirmières, en contrepartie de rémunérations plus élevées". 

La promotion du métier d’Infirmière de pratique avancée (IPA) devrait permettre de faire monter en compétence les infirmières. La loi de santé de janvier 2016 a créé un cadre légal pour ce nouveau métier – qui nécessite deux ans d’études supplémentaires, soit un niveau Master. Mais les décrets d’application ne sont pas encore publiés, et les grilles salariales restent à négocier. 26ème pays à reconnaître ce métier, la France ne fait que rattraper son retard. Habilitées à faire une consultation et délivrer une ordonnance, comme les sages-femmes, ces infirmières de pratique avancées pourront soulager les médecins en participant au tri des urgences, à la prévention et au dépistage ou encore au suivi des maladies chroniques.

Au Royaume-Uni, où la profession d'infirmière de pratique avancée ("advanced nurse") est reconnue depuis le début des années 1990, le salaire médian de ces "master infirmières" est très supérieur à celui d'une infirmière : selon les informations du moteur de recherche d'offres d'emploi Adzuna, il tourne autour de 70.000 euros (63.000 livres) par an, soit presque le double du salaire d'une simple infirmière (36.000 livres, soient 40.000 euros).

Cette évolution de carrière n’apporte toutefois qu’une réponse partielle à cette profession en souffrance. Dans les pays qui ont reconnu ce métier de longue date, les infirmières de pratique avancée ne représentent que 3 à 5% du personnel hospitalier. Il faudra certainement aller plus loin et ouvrir d'autres perspectives - la possibilité de réaliser certains actes médicaux - aux 500.000 infirmières sous-payées de l'hôpital français. 

 

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