"Survivre", web série

« Survivre », la websérie de ceux qui attendent l’apocalypse

 

Lila Meghraoua

Survivre, websérie de France TV, réalisée par Alexandre Pierrin

Après une première websérie de fiction, Doxa qui dénonçait avec humour le triomphe des statistiques dans notre société - ça se passait dans un institut de sondage - le réalisateur Alexandre Pierrin signe Survivre, une websérie documentaire en immersion dans le monde de 5 survivalistes français.

Ils ont entre 19 et 60 ans, vivent chichement, grassement ou « avec prévoyance », avec un sac d’évacuation ou un arsenal à la maison, sans armes à la fraîche dans la forêt, heureux cachés dans une forteresse, en autonomie en off avec leur famille. Bernard, Yoann, Alexis, Freddy, Philippe sont survivalistes. Ils se préparent à la fin du monde. « Je suis cette petite voix qui te trotte dans la tête. Cette angoisse diffuse qui monte quand tu entends parler de réchauffement climatique, de terrorisme, et de crise économique. Je suis cette mauvaise conscience qui t’amène parfois à te demander : et si notre société s’effondrait ? »Et cette question ronge chacun d’entre eux. Et chacun s’y prépare à sa manière. Le réalisateur Alexandre Pierrin (Doxa) les a suivis et en a tiré Survivreune websérie documentaire de 5 épisodes, diffusée depuis le 5 mai sur France TV Slash et Youtube (chaque dimanche) et co-produite par Bridges. Survivrepropose une immersion dans le monde (très) disparate du survivalisme français. « Une idéologie composite », affirme le réalisateur. À chaque homme sa version de la survie.

Le jeu des 5 survivalismes

Bernard a 33 ans. Il n’est pas survivaliste, il est « prévoyant ». Il a un rituel particulier. Le soir quand il va se coucher trône au pied de son lit un sac d’évacuation pour être « tranquille 72 heures, jusqu’au cas où ». Et si l’État de droit était rompu, justifie-t-il. Après tout, même le ministère de l’Intérieur recommande d’avoir chez soi un sac permettant d’être pourvu pendant 3 jours, un « kit d’urgence ».

Survivre ou se défendre des autres ? (France TV Slash/Bridges)

Yoann, lui, est ingénieur informaticien. Pour ne plus être dépendant de la société, il a développé sa BAD, soit sa base autonome durable. Poules, culture en aquaponie, il a pour objectif d’être en autonomie totale sur l’alimentation et l’énergie. Aujourd’hui, il peut tenir 8 mois. En cas de « risques nbc » - d’attaques nucléaires, bactériologiques ou chimiques, au sous-sol l’attend lui et sa famille une pièce aménagée dans le sous-sol, une espèce de bunker.

« Il faudrait revenir à l’état sauvage, on s’en sortirait mieux »

Alexis a 19 ans et pratique le bushcraft, littéralement l’art de vivre dans les bois. « L’instinct primaire de l’homme, c’est vivre en milieu naturel », explique-t-il, « il faudrait revenir à l’état sauvage, on s’en sortirait mieux ». Avec des feuilles d’ortie, on peut faire des beignets. Freddy, lui, est célibataire et sans enfants. Avant d’être survivaliste, il se voit jardinier. La base de la survie, c’est le jardin, son stock, garant de son autonomie. Après un burnout, il a pris le large et s’est réfugié, littéralement dans une forteresse – « une sécurité, une carapace ».

Alexis, 19 ans, pro du bushcraft. (France TV Splash/Bridges)

Philippe est le plus âgé d’entre eux – 59 ans - et a connu en 2011 une période de disette. « Plus jamais ça ». Depuis, son garde-manger est alimenté de telle sorte qu’il serve comme un magasin. « J’essaie de vivre comme en survie ».

Survivalistes contre collapsos

Cette série documentaire, Alexandre Pierrin en a l’idée quand il lit un article sur de drôles de survivalistes. Encore plus différents de ceux que filment sa caméra : « Ça parlait de millionnaires de la Silicon Valley qui se préparent à la fin de notre société ». Il pense alors, raconte-t-il, que le mouvement survivaliste n’est pas « aussi caricatural que ce qu’on imagine ». « Tout le monde trouve la collapsologie (l’étude de l’effondrement, ndlr) cool, alors pourquoi considère-t-on les survivalistes fous ? », se demande alors Alexandre Pierrin. On tend à ridiculiser le survivalisme, parce qu’on a cette image du survivaliste américain « un peu taré qui se retranche », mais « derrière le survivalisme, il y a une philosophie très pratique, on est quasi dans le tutoriel ». À des crises virtuelles, le survivaliste cherche des solutions bien réelles. « Pour chaque problème, il y a une technique. On est d’abord dans du solutionnisme, ça évacue les questionnements politiques. »

« Et si à force de craindre un futur hostile, on participait à le créer ? »

Pour autant, « il y a un noyautage réel des survivalistes par l’extrême-droite ; forcément, dès que tu parles de déclin… Et sur Internet, c’est facile de prendre pour les plus importants ceux qui font le plus de bruit ». On ne dispose pas de chiffres, mais, avance-t-il, il existe des personnes issues d’autres mouvements, écolos, « qui en ont marre et qui se retrouvent à construire des fermes autonomes ». Et ça fait aussi partie du survivalisme.

Outre l’approche de chacun, le réalisateur – et c’est l’un des angles les plus intéressants – documente la question du marketing de l’effondrement, ou quand la « survie devient un marché et la peur, un argument de vente ». L’un des épisodes se concentre sur le salon du survivalisme, espèce de supermarché de l’effondrement. Qui offre autant de jouets ou outils pour se protéger de la crise, mais surtout de l’autre – « une menace », comment s’en isoler, comment en cas de crise, se défendre contre le monde, contre cette époque. « Le survivalisme est une sécession », explique le réalisateur. Et c’est fascinant. En filigrane – et le réalisateur la pose clairement – ça pose la question finale : et si à force de craindre un futur hostile, on participait à le créer ?

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Photo à la Une : tirée de Survivrewebsérie de France TV Slash, réalisée par Alexandre Pierrin.France.tv - Programmes et replay des chaînes France Télévisions

 

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S1 E1 - Quand on voit ce qui se passe

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à propos

« Je suis cette petite voix qui te trotte dans la tête. Cette angoisse diffuse qui monte quand tu entends parler de réchauffement climatique, de terrorisme, et de crise économique. Je suis cette mauvaise conscience qui t’amène parfois à te demander : Et si notre société s’effondrait ? » 

En Occident, tout le monde peut aujourd'hui devenir survivaliste. Et pourtant, nous ne savons rien ou presque, sur eux. En France, ils seraient entre 100 000 et 150 000. On parle de 4 millions aux Etats-Unis. Ce qui est certain, c'est que leur nombre est en croissance exponentielle. En témoigne la tenue du premier « salon du survivalisme » à la Porte de la Villette en Mars 2018 qui a réuni des milliers de personnes et des dizaines de médias venus de toute l'Europe. Alexandre Pierrin est parti recueillir, partout en France, la parole de jardiniers, informaticiens ou artisans qui partagent tous la même certitude que quelque chose va se passer. Et qui s’y préparent...

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