Un long chemin...

Ecrivain savoyard, passionné de montagne, Thierry Ledru a publié en novembre 2007 « Noirceur des Cimes » aux éditions Altal, une quête initiatique sur fond de hauts sommets

Comment avez-vous attrapé le virus de l’écriture ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter des histoires ?
Thierry Ledru : Lorsque j’avais seize ans, mon grand frère Christian qui en avait dix-neuf a eu un accident de voiture. La gendarmerie a appelé mes parents. C’était la nuit. On a foncé à l’hôpital. Quand on est arrivé, un interne nous a dit : « Il est cliniquement mort. » Je suis rentré dans la chambre. Je n’ai pas reconnu mon frère. Et j’ai dit : « Je sortirai de cette chambre avec Christian et il sera vivant. » J’ai passé trois mois dans cette chambre. Jours et nuit. C’était pendant l’été. J’ai manqué la rentrée des classes. Pas question de le laisser. J’ai écrit chaque évènement dans un cahier, mes pensées, mes détresses, l’évolution de mon frère, la mort, Dieu, l’amour, la peur, la souffrance. Mon frère s’en est sorti. Pour la médecine, il représentait une énigme. Il n’avait plus de boîte crânienne au niveau du front. Ils ont mis une prothèse. C’était une première médicale.

Je me suis occupé de mon frère pendant deux ans. C’était très difficile pour lui. Un œil mort, une cheville bloquée, il pesait quarante-sept kilos pour 1m96 en sortant de l’hôpital…Il a fallu tout reprendre jusqu’à ce qu’il puisse reprendre l’escalade avec moi. Une passion commune. Il avait déchiré le cahier de l’hôpital sans le lire. Une déchirure pour moi aussi. Tout ça est très complexe. Un déni de l’évidence pour sa part. La charge de ce qu’il avait perdu avec l’incapacité de comprendre ce qu’il avait vécu. Une blessure spirituelle pour moi. J’étais le témoin de sa guerre. Je ne pensais pas pouvoir retrouver ce que j’avais écrit dans cette chambre. Mais j’avais découvert la force incommensurable de l’écrit. Cette acuité, cette autopsie des pensées. Je ne pouvais plus m’en passer.

Au lycée, je me suis mis à écrire comme un forcené, comme un écorché. Un prof de français et un prof de philo m’ont dit qu’un jour je serais édité. Que mes mots étaient des « scalpels. » Bien choisis, n’est-ce pas ?…Tout avait commencé au milieu des scalpels. Je ne choisissais rien en fait. L’écriture s’imposait à moi parce qu’elle était vitale. J’adorais la philosophie. J’aurais aimé être professeur mais je voulais devenir indépendant financièrement et soulager mes parents qui continuaient à subvenir aux besoins de mon frère. Comme j’aimais beaucoup les enfants, j’ai décidé de devenir instituteur. La formation était payée et moins longue que celle de professeur. Je ne le regrette nullement.

Je vivais déjà une passion exclusive pour l’escalade et l’alpinisme. J’espérais devenir guide de haute montagne. Mais à vingt-quatre ans, j’ai eu une première hernie discale. L’opération a été un échec. Et on ne devient pas guide de haute montagne avec un dos détruit. Dépression. Lourde, très lourde. Et encore les mots pour me sauver.

En quelques mois, j’ai écrit « Vertiges », mon premier roman. L’histoire d’un alpiniste qui redescend son compagnon sur son dos, comme un fardeau à rendre aux hommes. Je ne comprenais pas encore le symbolisme de l’histoire entre mon frère et moi.Ca viendrait plus tard.

Voilà pour mes débuts dans l’écriture. Rien de bien joyeux. C’était une thérapie, une nécessité surtout, une bouée de sauvetage.

Parlez-nous de cette quête intérieure que vous poursuivez en écrivant ?
Thierry Ledru : L’écriture de « Vertiges » a été un déclic. J’ai d’abord pris conscience de l’importance de la nature dans ma vie, de tout ce qu’elle m’apportait, de la sérénité et de « l’éveil » que j’y trouvais. La haute montagne surtout. Parce qu’elle m’offrait la possibilité de me découvrir, d’explorer mon potentiel. Simultanément à ces défis physiques que je multipliais à mon niveau, j’accompagnais cette démarche d’une réflexion constante. Les relations humaines, l’amitié, l’amour, la mort, le sens de l’existence, cette nécessité de « pousser la machine, » de ne pas accepter les limites. Mais cette opération manquée sur ma colonne vertébrale continuait à me faire souffrir…Je devais m’en accommoder mais c’était une souffrance morale plus encore que physique. Je courais malgré tout, des marathons et des virées à vélo. J’en suis à quatre fois le tour de la Terre.  

L’écriture continuait à m’offrir un baume salvateur, un cataplasme sur mes douleurs existentielles.

J’ai écrit « Jusqu’au bout. » Un retour analytique sur mes expériences de vie. J’avais besoin de comprendre, un besoin viscéral et je savais que l’écriture avait cette force que les échanges humains ne m’apportaient pas. Les pensées sont trop éphémères alors que les écrits sont des cheminements infinis de taupe…Allez toujours plus bas dans les profondeurs, avec acharnement.

Puis ce fut « Là-Haut. » La mort encore, la souffrance, Dieu, le Bien, le Mal, des questions existentielles qui me torturaient sans relâche. J’aurais bien eu besoin d’une psychothérapie. Je préférais écrire. Lorsque j’écris, il m’arrive de ne plus être « là », de ne plus être un mari, un père, un instituteur…J’entre dans une dimension d’une profondeur inouïe et en même temps dans des horizons inaccessibles dans le cadre de la vie sociale. Rien n’existe autour de moi, le monde a disparu, les êtres ont disparu, le jour a disparu, le temps n’est plus. C’est comme un puits au fond duquel scintille une lumière inconnue. Comme si la noirceur était lumineuse…

« Noirceur des cimes » viendrait plus tard, c’était inéluctable.

J’ai quitté la Bretagne pour venir m’installer dans les Alpes, en Haute Savoie. J’avais absolument besoin du spectacle des montagnes. J’ai rencontré Nathalie. Nous vivons ensemble depuis. Nous avons trois enfants.

Mon frère est mort à trente-neuf ans d’une rupture d’anévrisme. Un choc effroyable, destructeur. Je ne l’avais pas revu depuis plus d’un an. Je l’ai retrouvé dans la salle de la morgue. Une énorme culpabilité. Mes parents n’étaient pas là et injoignables. Je suis allé en Bretagne pour m’occuper de son corps, de l’administration, de préparer la crémation, prévenir la famille…J’ai enfin réussi à contacter mes parents pour leur dire : « Maman, Papa, Christian est mort. ».

Je ne pouvais pas échapper à la quête spirituelle. C’est mon chemin de vie, je devais l’accepter.

A trente-neuf ans, cette hernie discale mal opérée et qui me faisait souffrir s’est réveillée avec une violence inimaginable. Je « portais » toujours mon frère et mon dos n’en pouvait plus mais je ne l’avais pas encore compris.

Personne ne voulait m’opérer. Les risques étaient énormes. Mais j’allais perdre ma jambe gauche. Un chirurgien s’est lancé et ça a marché. Du moins, c’est ce que tout le monde a cru pendant quelques années. Mais ce travail en moi n’était toujours pas fait. Je continuais à écrire. Je retravaillais « Jusqu’au bout » et « Là-Haut » dont aucun éditeur ne voulait. « Trop dur, trop complexe, trop long, trop exigeant… »

D’autres histoires aussi. « Jarwal », un petit lutin auquel j’avais donné vie et dont je racontais les histoires à mes enfants quand nous allions marcher en montagne. Sur mon blog « là-haut », je travaillais sur des textes « philosophiques », des réflexions qui me concernaient. L’être réel, le moi, le Soi, le mental, le temps psychologique, la mort, la douleur, la peur, l’intention, le désir, l’imagination, l’amitié, les autres, l’âme…

Et puis, à quarante deux ans, trois hernies discales d’un coup. Mon médecin n’avait jamais vu ça. C’est toujours là, en moi, cette douleur effroyable. Cette destruction psychologique…

Personne ne pouvait rien. Je faisais des rêves étranges, apaisants, comme des messages d’anges au milieu de cauchemars hallucinants… Des auras bleutées qui me parlaient : « Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. » Une totale incompréhension…

J’allais mourir. Vessie bloquée, les reins en danger, paralysie de la jambe, douze kilos perdus, des cauchemars infinis au milieu des larmes, ma femme et mes enfants effondrés. Un calvaire.

Une opération de la dernière chance : sortir les intestins, visser une plaque sur la colonne, ouvrir le dos, visser une autre plaque et boulonner les deux. 50% de risque pour le fauteuil roulant, 25% paralysie de la jambe gauche, 25% je remarche à peu près. J’ai refusé. Prolongement du calvaire. Et puis la rencontre avec Hélène, une médium magnétiseuse. La première séance, quatre heures dans un espace inconnu, une dimension spirituelle dont je n’imaginais pas l’immensité…. Je suis sorti en marchant. Trois mois après je reprenais le ski.

A mon tour, je devenais une énigme pour la science.

J’ai écrit « Les Eveillés » pour essayer de comprendre…

Je ne pouvais pas échapper à cette quête spirituelle. Tout ça n’était qu’un chemin à prendre. Ca ne dépendait pas de moi.

Comment est née l’idée de « Noirceur des cimes » ? L’intrigue se passe en montagne. C’est un cadre idéal selon vous pour révéler les êtres et plus particulièrement votre personnage de Sandra ? Comment la voyez-vous ? Comment pourriez-vous la décrire ? Pour un amoureux de la montagne, que représente le K2 ? Qu’est-ce que la noirceur des cimes ?
Thierry Ledru : Tout ce que j’avais vécu avait eu des conséquences multiples. J’avais besoin de transposer tous ces ressentis dans le cadre de la montagne.

Dans « Noirceur des cimes », la montagne n’est qu’un prétexte. L’histoire aurait pu se dérouler dans d’autres endroits mais la montagne a cette force de révéler les âmes. Et c’est un milieu que je connais très bien. Je ne suis jamais allé en Himalaya mais toutes mes lectures me donnaient les informations dont j’avais besoin. Le K2 est un sommet mythique que tous les alpinistes connaissent. Je voulais une montagne à la mesure des « révélations intimes que les protagonistes allaient éprouver. Un tuteur redoutable.

« Noirceur des cimes » n’est pas uniquement un livre d’alpinisme mais également un livre à visées philosophiques. Le mental et ses pensées anarchiques, le poids du passé, les traumatismes refoulés, les situations amoureuses lorsqu’elles sont chargées d’intentions, la quête spirituelle, la découverte de l’être réel, la divulgation de l’être social, les imbrications relationnelles qui conduisent l’individu à vivre des situations qui ne lui correspondent pas…

Le drame, à mon sens, peut devenir un tremplin. Il s’agit d’y chercher ce qui peut permettre à l’individu de s’extraire de ses conditionnements sociétaux, historiques, éducatifs. Le drame a ce pouvoir de tout briser, de pulvériser les repères, les habitudes lorsque ces comportements irréfléchis sont des enfermements, des aveuglements, des anesthésiants. L’enjeu, c’est l’accession à la conscience. Un état d’éveil.
De toute façon, l’individu concerné n’a pas le choix. Soit il sombre, soit il s’élève et use de cette situation pour entrer dans une autre dimension, un autre regard, une autre « réalité ».

D’un point de vue littéraire, il est extrêmement important pour moi que le lecteur soit totalement plongé dans l’ambiance, qu’il se sente impliqué, qu’il puisse vivre à la place des personnages, ressentir en lui les émotions, que les descriptions réveillent en lui des échos personnels, qu’il se sente concerné, proche, attaché. Que la vie des protagonistes fasse partie de la sienne. J’essaie dès lors d’avoir une écriture cinématographique dans laquelle je travaille sur les cinq sens mais également sur l’intuition, l’indiscernable, ce qui n’est pas identifiable, qu’on ne peut nommer mais que l’on connaît tous. Les ressentis qui sont au-delà des choses connues, au-delà de la raison, au-delà du mental.

En installant cette histoire à 8000 m d’altitude, j’espérais créer également un cadre oppressant, stimuler l’imagination des lecteurs qui ne connaissent pas ce milieu et en même temps rester crédible envers les alpinistes.

Ce travail d’écriture m’a permis d’approfondir et de clarifier ce que j’ai vécu et d’en retirer l’essentiel. Les mots sont des scalpels qui permettent d’autopsier l’âme, d’en arracher les vieilles peaux, d’exciser les tumeurs. A mes yeux, rien ne peut avoir cette force. Et ce que je vis aujourd’hui est le résultat de cette démarche. Je l’entretiens désormais parce qu’elle est vitale. L’enjeu c’est la conscience, la lucidité, la vigilance

« Noirceur des cimes » est aussi un livre sur l’Amour. L’Amour entre les individus et l’Amour pour la Nature. Mais de quel Amour s’agit-il ? L’Amour inconditionnel ou l’Amour intentionnel ? L’amour intentionnel est issu du mental et il est au service de l’égo. Il souffre de tous les fonctionnements instaurés par l’histoire temporelle de l’individu, ses refoulements, ses traumatismes, ses éducations modélisées. L’Amour inconditionnel est un état constant, une vibration initiée par une conscience libérée du Temps psychologique.

L’amour intentionnel est le reflet des tourments de l’égo qui se projette dans un avenir illusoire à travers des espoirs, des attentes, des projets, un futur idéalisé et illusoire ou établit un ancrage invalidant sur un passé disparu. Cet amour-là n’est que le reflet de notre incapacité à vivre l’instant présent dans un état de clairvoyance. Il est le symbole même de l’anarchie de nos pensées, du capharnaüm psychologique qui caractérise l’égo. L’amour intentionnel se construit sur nos identifications, l’assemblage hétéroclite de nos rôles sociaux. Ceux-ci correspondent à nos traumatismes enfouis, à notre histoire personnelle, nos conditionnements sociétaux. Il n’y a aucune liberté dans cet état de « sommeil éveillé ». Il n’y a pas de conscience mais un état hallucinatoire.

Il ne s’agit donc pas d’Amour mais d’une construction mentalisée qui nous offre une continuité rassurante dans nos schémas de pensées. L’égo créé les problèmes et s’efforce ensuite de les résoudre et par ce subterfuge assure son propre maintien.

Il y a les prisons que l’on accepte mais pire encore celle que l’on se fabrique. L’amour mentalisé est une prison aux murs gigantesques. Seul l’individu ayant accompli une quête intérieure, une épuration spirituelle, qui sait ce qu’il est en dehors de tous conditionnements, qui a conscience des manipulations de l’égo, seul celui-là a la capacité de faire de l’Amour véritable un espace à découvrir et non des murailles à constituer.

Luc et Sandra sont amenés à détruire jour après jour leurs propres geôles, à autopsier avec lucidité leurs propres errances. Ils n’ont pas le choix. Ca ne leur appartient pas. Les évènements imposent ce cheminement intérieur.

« Il faut briser la coquille pour atteindre le noyau » a écrit Maître Eckart.

C’est un livre sur l’accession à la liberté et donc sur la possibilité de vivre totalement l’Amour, à être dans une dimension de conscience qui permet l’acceptation, l’agir dans le non agir.

Les deux protagonistes vont être dépouillés de leurs carapaces par l’exigence et la rudesse de leurs conditions de vie et dans cette situation douloureuse, ils vont réaliser que les conditions de vie ne sont pas la vie, que l’importance des regards n’est pas la vie mais juste une interprétation. La conscience de la vie est bien plus profonde. Les pensées ne font pas la vie, elles ne font que la commenter. La noirceur des cimes est là pour illuminer les tréfonds ignorés. Quand on perd ses repères dans l’obscurité opaque des conditions de vie, il existe l’opportunité de passer à un autre état. C’est une chance à saisir. Il faut mourir pour renaître.

C’est aussi un livre sur la solitude et tout ce qu’elle apporte. Les regards, les attentions ou l’indifférence qui jalonnent l’existence sociale contribue à l’identification dont l’égo se remplit. Les rôles que nous tenons apparaissent comme des piliers alors qu’ils ne sont que des paravents. Ils cachent l’être réel, celui qui que nous sommes quand il ne reste que le Soi qui n’est pas le moi. Le moi, c’est l’égo qui se couvre d’oripeaux. Le Soi, c’est l’esprit libre de toutes entraves. Et dans cette liberté peut prendre forme la conscience réelle de la vie, de notre connivence cellulaire avec l’Univers du Vivant. C’est la vibration essentielle, celle qui nous fait ressentir la vie en dehors des conditions de vie. L’individu entre dans une dimension spirituelle détachée de la dimension sensorielle dont l’égo se sert pour se préserver.

La solitude devient dès lors un cheminement possible vers l’être intime. Lorsque s’ajoute à cette situation particulière l’usage immodéré des forces physiques, il se créé un état de plénitude parce que les résistances sont liquéfiées par l’épuisement. L’individu entre dans une sorte de béatitude qui ouvre les portes de l’esprit. Les émotions prennent le pas sur les ressentis. Les ressentis sont issus des cinq sens alors que les émotions émergent d’une zone plus profonde mais elles sont encore sous le joug de l’égo. Il faut briser les carapaces pour parvenir à une dimension spirituelle. C’est un autre espace intérieur illimité et d’une acuité extraordinaire.

Il est malheureusement consternant de constater que l’homme a besoin d’être confronté à une situation dramatique pour parvenir à s’engager dans une démarche spirituelle. Quand il est inscrit dans un fonctionnement routinier, l’expression elle-même l’amuse, il s’en moque ou bien elle lui fait peur. Cette réaction cache évidemment une introspection qu’il refuse, qu’il juge inutile. Il est plus simple de continuer à rester « endormi ». Sandra, l’universitaire, vit dans cet état léthargique en usant de son intellect. Elle est performante dans son domaine mais elle n’a rien acquis de l’essentiel.

La vie sociale dans le foisonnement d’idées anarchiques et superficielles qui la caractérisent ressemble à un état de sommeil dans le sens où même si nous maîtrisons nos actes nous n’avons pas su développer une conscience du jeu d’influences que nous subissons et qui conditionnent ces actes. Nous ne nous offrons pas assez de recul, de temps d’observation, nous rejetons l’élévation. C’est pour cela que le drame devient inévitable.

Il survient lorsque l’enfermement dans nos conditionnements est si étouffant que l’être réel succombe et se doit de se révolter pour survivre. Il ne s’agit pas de hasard mais d’une nécessité que nous créons par notre aveuglement, les conséquences des dysfonctionnements liés à ce mental auquel nous nous soumettons.

« Nous sommes comme des noix. Pour être découverts, nous avons besoin d’être brisés. » Khalil Gibran.

Il est possible de scinder l’individu en trois entités distinctes. « Le corps physique » est fait de matière dense et il réagit à la conscience sensorielle. Ce corps physique est celui que nous éprouvons constamment et dont il est difficile de s’extraire dans des conditions de vie habituelles. Ce corps physique représente l’enveloppe du « corps mental », la deuxième entité.
Il s’agit cette fois d’une entité faite de pensées et d’émotions. Luc, le héros de l’histoire, lorsqu’il souffre de la morsure du froid (sensation du corps physique) éprouve la peur (émotion du corps mental) des doigts gelés. Ces deux entités sont indissociables et s’entretiennent. Le troisième corps est la manifestation spirituelle de l’être, le Soi. C’est « le corps spirituel. »

Il n’est pas enfermé dans le corps physique mais connecté avec le Tout. Le corps physique n’est qu’un abri occasionnel. Le « corps spirituel » ne meurt pas. Il baigne dans une félicité éternelle. Il n’est pas possible de l’identifier en usant des critères inhérents aux deux autres corps. Ce Soi se situe au-delà même du plan de l’inconscient. Il n’appartient pas à l’être mais au Tout, à l’Univers du Vivant, et lorsque les barrières du mental sont brisées par les conditions extérieures de vie et que l’ego perd tous ses repères, cette dimension ouvre ses portes.

Luc et Sandra vivent ce voyage intérieur et cette osmose avec la Vie.

C’était le but essentiel de ce livre.

Le Soi.

Vous avez reçu le prix Plume de l’espoir et le prix du roman au festival du livre du Queyras pour votre premier roman « Vertiges ». Comment avez-vous vécu cette première reconnaissance ? Comme un vrai bonheur ou une pression supplémentaire pour faire aussi bien ensuite ?
Thierry Ledru : J’écris dans le cadre d’une démarche personnelle. Par conséquent la plus belle récompense, c’est de parvenir à transcrire ce que je porte et à l’éclairer à la lumière des mots.

Ces deux récompenses, je les ai donc reçues comme un « supplément », la prise de conscience aussi que mes textes pouvaient émouvoir les lecteurs, qu’ils n’étaient pas qu’une introspection opaque mais qu’ils pouvaient éveiller des ressentis similaires. Ce fut un grand bonheur, tout simple, l’occasion de rencontrer des lecteurs.

Je ne me suis pas mis pour autant en tête de devoir faire aussi bien, avec un objectif de « récompense. »

Je devais écrire « Noirceur des cimes » parce que c’était nécessaire. Comme des balises à poser sur mon chemin. Je n’ai jamais cherché à écrire avec une intention dirigée vers les lecteurs. Ne pas se trahir, ça me paraît indispensable. »

 

 


C’était en Mai 2009.

Beaucoup de choses intérieures depuis, un parcours personnel qui m’a poussé à me lancer pleinement dans l’écriture de « Jarwal le lutin ». Toutes ces histoires que j’ai racontées à mes enfants, ces messages que je transmettais dans un conte sans fin, ces réflexions spirituelles, existentielles, philosophiques, tout ce que j’essaie désormais de transmettre à mes élèves, je devais les écrire. C’était aussi une promesse faite à mes enfants.

Il faut toujours tenir ses promesses.  

Commentaires (1)

renal
  • 1. renal | 26/05/2011
Une histoire pleine de courage, et qui confirme comment l'écriture peut être une belle thérapie. Merci

Nicole

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