Une dernière pour la route...

2014-04-01 17:42


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Coup de gueule d'une instit de maternelle
Maîtresse Alice (Strasbourg)

Ras le bol des classes surchargées en maternelle !

26 élèves en moyenne par classe ! Des millions d'enfants entassés !

Comment voulez vous bien « élever » des enfants s'ils sont trop nombreux en classe ?

Quel est l'espace vital minimal dans un enclos pour un chien? 5 m2. Pour élever un poulet bio? 4 m2. Et pour un enfant scolarisé en maternelle? Pas de norme, mais une simple recommandation de 60 m2 pour 30 élèves, soit moins de 2 m2 par enfant sans compter les tables, les armoires et les adultes...

Il y a 2 enfants en moyenne par famille. En crèche 6 pour un adulte, 8 par adulte s'ils marchent. Et subitement 26 par classe lorsqu'ils entrent à l'école. Vous trouvez ça normal, vous ? En Europe, c'est 20 par classe la moyenne... La France, mouton noir de l'Europe en ce qui concerne l'encadrement !

Mettez vous à la place de ces enfants qui quittent leurs parents pour se retrouver noyés dans la masse de leurs camarades.

En tant qu'enseignante, je vois bien la souffrance de certains. Pas assez de place sur les bancs : ça pousse des coudes... Bousculade dans les WC. Pendant les ateliers, pas assez de place pour tout le groupe, alors c'est la course pour ne pas être celui sans. Pas de place pour accrocher les manteaux : ceux qui ont des poux à répétition les refilent aux autres... Trop de bruit dans la classe : la maîtresse porte des boules Quiès. Des coups par ci des coups par là : les plus faibles en pâtissent. De 7 à 8 enfants par groupe, alors je ne peux pas bien s'occuper de chacun...

Et que dire de la pédagogie ? Le ministère voudrait faire de nous des pédagogues plus modernes, plus respectueux des besoins des enfants, mais comment faire ? Plus il y a d'enfants dans une classe et plus le moule dans lequel nous devons les faire rentrer est petit. J'entends les cris des autres instits de l'autre côté du mur. Moi, je ne crie pas mais je n'hésite pas à punir, à menacer. Les enfants restent assis sur le banc pendant la récréation pendant que les autres jouent. Et ils peuvent pleurer, appeler leur mère, rien n'y fera. Pendant certaines récrés, il peut y en avoir 5 sur les bancs, interdit de s'amuser. Ils doivent apprendre à respecter les règles de base de la classe sinon c'est le bazar, à m'obéir pour certains, sinon je n'aurai plus la maîtrise de la classe.
D'autres tentent d'être moins sévères et se retrouvent avec une classe qu'elles ne peuvent plus contrôler. Les enfants n'écoutent plus leur maîtresse lorsqu'elle parle. C'est le foutoir, ils se lèvent quand ils veulent, défient les adultes, restent impunis, font parfois souffrir les autres sans conséquence pour eux.
Mais comment voulez vous pratiquer une éducation moderne dans des classes qui ne peuvent être contrôlées que par une éducation stricte et traditionnelle ?

Quant à leur réforme, je la maudis ! Nous accueillons les enfants dans des conditions médiocres, voire honteuse pour la France et ceux d'en haut, tout ce qu'ils trouvent à faire, c'est de contraindre les enfants à venir plus souvent et plus longtemps dans de telles conditions... et bien ils seront dégoûtés de l'école comme la plupart d'entre nous commence à être dégoûtés de notre métier. Je maudis ces politiques qui n'écoutent pas les besoins des élèves, qui ne font pas confiance aux professionnels que nous sommes... Dans un sondage sur les priorités pour améliorer l'école, les profs mettaient en premier la diminution de cette moyenne d'enfants par classe... et en dernier sur plus d'une dizaine de propositions, les changements d'horaires !

Je n'ai pas choisi ce métier par vocation. Et pourtant lorsque j'avais 24 élèves, j'y ai trouvé mon compte. Mais avec 30 enfants depuis plusieurs années, je commence à me poser des questions. Un droit de grève devenu inefficace... Moins d'argent et pas qu'un peu... Et maintenant il faut venir travailler le mercredi ? Ce jour me permettait de me ressourcer, de préparer la fin de la semaine... De partager du temps avec mes enfants... La gauche a fait les 35 heures pour tous... Pour les instits rien. La droite a échangé le samedi matin contre du soutien, des réunions... Si on veut nous reprendre quelque chose, reprenez le samedi matin ! Pas le mercredi matin... Ce matin permettait un équilibre pour les enfants comme pour les adultes ! Depuis plus de 200 ans !

On choisit un métier pour une séries d'avantages et d'inconvénients qui s'équilibrent... Là, l'équilibre est rompu... Avec de telles conditions, je ne referais plus les mêmes choix...
Nous avons perdu certaines possibilités (efficacité du droit de grève, pause en milieu de semaine) et dans le même temps la pénibilité s'accroît (enfants de plus en plus perturbés, relations parfois difficiles avec les parents, travail non stop, dépendance et exposition aux politiques locales), perte salariale conséquente...
Notre travail est méprisé : en compensation des 36 mercredis où nous allons venir maintenant travailler, la prime la prime est royale : 400 euros par ans... disons que ce mercredi matin va nous prendre 2h de plus consacrées à la préparation et au déplacement... 400 / (2x36) : ça nous donne 5,55 euros de l'heure ! C'est sympa de payer les instits en dessous du Smic... La flexibilité ça doit apporter des compensations financières, non ? De plus, certaines mairies ont proposé des pauses déjeuner de 3 heures à la place des 2 heures déjà existantes ! Ou de faire le périscolaire avant la classe, par conséquent les instits quittent toujours à 16h30 et en plus ils viennent le mercredi matin... Nous, fonctionnaires d'état, nous sommes maintenant parfois traités par certaines municipalités comme des fonctionnaires municipaux... Avant il y a avait parfois les parents et l'inspecteur pour nous emmerder et maintenant, il y a en plus la mairie ! Nos classes seront réquisitionnées pour faire des ateliers en trop grand nombre... On nous convoque à des réunions... On nous propose de participer à l'évaluation des Atsem... On nous reproche de ne pas vouloir venir à des réunions en soirée... Que se passera-t-il en cas de changement de majorité politique localement ? Est-ce que la mairie pourra remettre en cause le plan établi en 2013 pour la réforme des rythmes ? Lorsque l'on se rendra compte que cela coûte trop cher ? Que se passera-t-il si le FN prend le pouvoir localement ? Nous serons une cible de choix... Comment le ministre de l'éducation nationale peut-il abandonner ses fonctionnaires d'Etat ? Je n'ai jamais signé pour être lié avec les pouvoirs locaux... Nos demandes de mutations seront encore plus compliquées : nous devrons prendre en compte désormais les modalités locales d'application de cette réforme...

Il y a pourtant de plus en plus de femmes qui font ce métier : entendez par là qu'il y a de moins en moins d'hommes qui le choisissent. Pourquoi ? parce que ces messieurs ne choisissent plus un métier qui s'est dévalorisé au fil des années. Notre métier a baissé d'un cran dans les catégories sociales. Nous ne faisons plus partie des professions intellectuelles. Une polyvalence et des études assez longues pour un faible salaire et des conditions de travail déplorables...
Quand vous avez 20 enfants dans votre classe, c'est déjà du boulot. Quant vous en avez 30, cela devient un calvaire. Parmi ces 30 enfants, vous avez de grandes chances d'avoir 2 enfants perturbateurs et 2 enfants en grande difficulté. Parfois ce sont les mêmes.
A 3, 4 ou 5 ans, ces élèves perturbateurs sont capables de taper les adultes, leur cracher dessus, crier sans discontinuer, les défier, ne pas leur obéir, faire souffrir leur camarade. C'est déjà dur de mettre en place une activité avec un tel nombre, et en plus tout est mis à bas parce que celui là fait un caprice, se roule par terre et hurle.
Vous avez aussi de grandes chances d'avoir des parents pénibles, eux aussi parfois difficilement gérables. On vous reproche de faire grève, alors que le mot d'ordre c'est de lutter contre un réforme débile. Il y en a même qui peuvent me reprocher de tomber malade : ben oui je tombe malade lorsque je m'occupe de gamins en hiver qui n'arrêtent pas de me postillonner dessus, qui n'arrêtent pas de tousser dans la même pièce.
N'oublions les éventuelles collègues avec qui on se prend plus la tête car elles aussi sont à cran. Les éventuels directeurs ou directrices despotiques (il faudrait une grande enquête pour voir le pourcentage).
Avec un peu de malchance, vous pouvez même avoir un inspecteur pénible (idem, une enquête !) et des conseillers pédagogiques pantouflards qui ont tout fait pour ne plus avoir à s'occuper d'une classe comme vous, ce qui en dit long. Une psychologue scolaire pour un secteur immense : vous la voyez au mieux un fois dans l'année, pour l'entendre dire en substance que : « Ah oui c'est vrai, celui ci est gratiné ! ». Des formations imposées parfois chiantes à mourir, où personne n'a envie d'aller. Et enfin pour couronner le tout, un sinistre ministre qui croît pouvoir nous forcer à faire ce que nous ne voulons pas.

Ce ministre utilise certains arguments à la limite du totalitarisme : il faut vous soumettre à l'intérêt supérieur des enfants... vous n'avez donc pas votre mot à dire... vous êtes corvéable à merci... pour peu qu'un conseiller lui souffle à l'oreille que lire des histoire aux enfants c'est bien, il serait capable de nous demander d'aller le soir leur lire des histoires... bientôt il lira un rapport de chronobiologiste préconisant que les enfants aillent à l'école aussi le samedi matin et il nous faudra venir aussi ce matin là... c'est facile il a trouvé la formule magique : « c'est dans l'intérêt supérieur de l'enfant »... malheureusement affirmer la primauté de l'intérêt de l'enfant sur ses éducateurs ne permettra pas une relation pédagogique apaisée... cet argument pourrait être repris par les parents pour demander tout et n'importe quoi... et cela rappelle de manière inquiétante la philosophie de l'enfant-roi, ce qui a donné en éducation de nombreuses aberrations...
Si le ministre voulait réellement faire passer l'intérêt de l'enfant avant tout, la première chose qu'il ferait serait de leur permettre d'être moins nombreux en classe...

« La France doit faire des efforts »... oui on demande aux instits d'être plus flexibles au niveau de leurs horaires, de perdre une pause nécessaire... les instits se plaignent mais il ne faut pas les oublier nos Atsem... ce sont elles qui vont faire le plus d'effort... elles seront obligées de prendre des groupes d'enfants lorsque nous, nous seront partis... de préparer des activités... d'être responsable de leur sécurité... et tout ça pour pas un kopeck de plus...
mais la nation, elle n'en fait pas d'effort pour ses enfants... elle qui a la charge d'encadrer les enfants ne fait aucun effort à la mesure de ce qui serait nécessaire... 60 000 postes c'est malheureusement une goutte d'eau pour diminuer les sur effectifs (d'ailleurs ces postes ne serviront pas à diminuer les effectifs)... il faudrait construire des écoles... combien ?... embaucher (pas forcément des professeurs, cela coûterait trop cher) du personnel pour s'occuper des enfants en bas âge (à l'exemple des kindergarten allemands)... combien ?...
Les communes vont faire un effort financier, d'accord... mais les seuls qui feront des efforts non rémunérés, ce sont les instits et les atsem !

Et on voudrait qu'on continue d'aller au front la fleur au fusil, le sourire aux lèvres ? Est-ce qu'on nous prendrait pour des couillons ? A trop nous prendre pour des connes, on va jouer au jeu du plus con et à ce petit jeu là vous n'êtes pas certain de gagner ! Méfiez vous, s'il n'y a plus de mutineries comme en 17, il y aura démotivation, démobilisation...

Voilà pourquoi je commence à me poser des questions sur ce job... combien de temps encore ? est-ce que je me vois à 65 ans dans la cour de récré, en classe parmi cette tribu de petits excités ? est-ce que j'aurai encore assez d'énergie pour les captiver ?

Alors soyons positif. Rêvons ! Soyons optimiste !

Le ministre fait volte face. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
Il se rend compte que ce n'était pas la réforme des rythmes qu'il fallait faire ! Non ! Le dieu des philosophes lui est apparu et dans une vision la vérité s'est révélé à lui.

« Cette réforme est un erreur : les enfants en maternelle n'ont pas besoin de passer plus de temps en collectivité, ils ont besoin que leur professeur ait le temps de s'occuper d'eux ! Et pou cela une seule solution, réduire le nombre d'enfants confiés à un adulte ! C'est pas plus compliqué ! Nous allons nous remettre au travail pour refonder l'école autour d'un vrai projet unificateur ! Un enfant a besoin qu'un adulte serein s'occupe de lui ! L'enfant doit se sentir bien à l'école pour bien apprendre. L'adulte doit se sentir bien pour bien s'occuper des enfants. Il faut qu'il ait le temps de s'occuper de chaque enfant. Surtout de ceux qui sont en difficulté.
Nous allons faire la réforme du mieux être à l'école ! L'enfant en maternelle n'a pas besoin de passer plus de temps dans des conditions d'accueil médiocre. Construisons des écoles modernes. Observons ce qui fonctionne à l'étranger. Tentons des expériences pour voir si de nouvelles formes d'organisation scolaire sont plus bénéfiques aux apprentissages.
L'enfant ne doit pas passer avant l'adulte. L'adulte ne doit pas passer avant l'enfant. Chaque individu doit être respecté à l'école, qu'il soit enfant ou adulte. L'enfant n'est pas roi. Il ne doit pas non plus être entassé comme une vulgaire sardine.
Dans un premier temps, nous allons tout faire pour diminuer le nombre d'enfant par classe. Cela demandera des sacrifices, des investissements des rééquilibrages dans le budget. Il faut que la France traite ses enfants plus dignement et vise les moyennes européennes : 20 par classe. Puis nous diminuerons ce nombre pour rejoindre le peloton de tête. Cette moyenne de 26 enfants par classe en maternelle est une honte pour la France. Nous ne pouvons plus traiter nos enfants ainsi, il faut que cela cesse. »

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