"Unus Mundus"

 

Unus mundus, du latin « Monde un », renvoie à la notion d'une réalité unifiée sous-jacente, de laquelle tout émerge et à laquelle tout retourne. Elle a été popularisée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Ce terme apparaît pour la première fois au XVIe siècle chez Gerhard Dorn, un étudiant de Paracelse.

Les concepts jungiens d'archétype et de synchronicité sont liés à l'unus mundus, les archétypes étant des manifestations de l'unus mundus et la synchronicité, ou « coïncidence significative », étant dépendante de l'union de l'observateur et du phénomène via l'unus mundus.

 

Synchronicité et Hasard

 

 

 

par Hans Primäs


http://www.metapsychique.org/synchronicite-et-hasard.html

Les phénomènes synchronistiques sont caractérisés selon Carl Gustav Jung par la coïncidence significative d’un phénomène physique objectif avec un phénomène psychique sans qu’on puisse imaginer une raison ou un mécanisme de causalité évident. A partir de la correspondance maintenant disponible de Jung avec le théoricien de la physique Wolfgang Pauli, on constate que Pauli a eu une participation décisive pour la préparation finale de cette idée. On évoquera les questions qu’ils se sont posées dans leurs discussions sur la causalité, la reproductibilité, le hasard, la probabilité et l’évolution biologique.

Le problème de la complémentarité entre psyché et matière, signalé plusieurs fois par Pauli, est aujourd’hui reformulé par la vision de la physique quantique moderne. Comme la partie matérielle de l’unus mundus est décrite correctement par la mécanique quantique, il est concevable de supposer que les structures les plus fondamentales de cette théorie puissent avoir une validité en dehors du domaine matériel. On montrera que, selon cette supposition, des corrélations holistiques entre la psyché et la matière sont possibles si, et seulement si, il existe des propriétés incompatibles non seulement dans le domaine matériel mais aussi dans le domaine psychique.

(Par Hans Primäs) [1]

En 1992 est apparue dans les éditions Springer la correspondance entre le psychiatre Carl Gustav Jung et le physicien théorique Wolfgang Pauli - un document de premier ordre relatif à l’histoire des idées [2]. A côté de beaucoup d’informations personnelles - qui ne nous intéressent ici que de façon secondaire - il s’agit surtout de discussions sur la relation entre la psyché et la matière. En partant de leurs domaines professionnels respectifs, le psychologue Jung et le physicien Pauli sont parvenus tous les deux avec une concordance remarquable à la supposition de "l’existence d’un seul monde, dans lequel la psyché et la matière seraient une seule et même chose, que nous distinguons uniquement pour mieux les connaître en eux-mêmes" [3]. Jung a écrit dans une lettre datée de 1956 :

"Je ne doute pas que la psyché objective contienne des images qui éclaircissent le secret de la matière. On peut se rendre compte de telles relations dans les phénomènes synchronistiques et leur a-causalité. Aujourd’hui, ces phénomènes ne sont encore que de vagues idées, et c’est à l’avenir qu’est réservé le travail de regroupement des expériences qui éclaircissent un peu cette incertitude" [4].

A première vue on pourrait s’étonner que ce soit Pauli qui se soit occupé intensivement de façon théorique de la psychologie des profondeurs de Jung. Pauli - le rationaliste et l’inexorable physicien à l’esprit critique, surnommé par ses collègues "la conscience vivante de la physique théorique" ou encore "le terrible Pauli". Cependant le "problème psychophysique" a toujours été parmi ses principaux centres d’intérêt. Dans une lettre à Markus Fierz en novembre 1949 Pauli a écrit :

" ... la possibilité des lois de la nature m’a toujours paru fondée sur la coïncidence archétypique de nos attentes (psychique) avec un phénomène naturel extérieur (physique). Pour l’organisateur abstrait, la distinction "physique-psychique" n’existe justement pas. Sur ce point il me semblerait que la "pensée scientifique" serait seulement un cas particulier parmi des possibilités plus générales [5].

1. Premières idées de Jung sur la synchronicité

Les études de Jung sur des "phénomènes inexplicables" ont commencé en 1902 avec sa thèse "Psychopathologie des phénomènes dits occultes" [6] et ont abouti à l’interprétation archétypique de la synchronicité. Selon cette interprétation, l’archétype à la base des phénomènes de synchronicité serait un coordinateur de la réalité psychique et matérielle où la coordination se déroule selon leur signification commune. Jung considère la psyché et la matière comme deux aspects d’une "unité" non divisée qui est inaccessible par voie directe :

"De même que la psyché et la matière sont contenues dans un seul et même monde, elles sont en outre en contact permanent et reposent finalement sur des facteurs transcendants incompréhensibles ; De fait, il est possible et même très probable que la matière et la psyché soient deux aspects différents d’une seule et même chose. Les phénomènes synchronistiques me semblent incliner dans ce sens : du non-psychique pourrait se comporter comme du psychique, et inversement, sans qu’il y ait de relation causale entre eux." [7]

Les conceptions de Jung se distinguent par principe de celles de Freud, en particulier par rapport à l’autonomie de l’inconscient, qu’il a nommé plus tard la "réalité de l’âme". Contrairement à Freud, Jung s’intéressait surtout aux "grands rêves" qui ont une signification numineuse et dans lesquels se trouveny des contenus symboliques qu’on rencontre souvent dans l’histoire de l’humanité, comme des motifs mythologiques ou des images primordiales que Jung qualifiait d’"archétypes" dans ses premières oeuvres.

Le concept de "principe synchronistique" apparaît très discrètement par la première fois dans un éloge funèbre pour Richard Wilhelm dans le Neuen Zürcher Zeitung du 6 mars 1930 :

"La science du "Yi King" n’est pas basée sur le principe de causalité mais sur un principe qui n’est pas nommé jusqu’ici - car il n’apparaît pas chez nous - que j’appelle à titre d’essai le principe synchronistique. Mon occupation avec la psychologie des phénomènes inconscients m’a contraint, il y a plusieurs années déjà, à chercher un autre principe explicatif car le principe de causalité m’est apparu insuffisant pour expliquer certains phénomènes étranges de la psychologie de l’inconscient. [8]"

Dans ses Tavistock Lectures en 1935 Jung a répondu à une question sur le parallélisme psychophysique :

"Le corps et l’esprit sont deux aspects de l’être humain, et cela est tout ce que nous savons. Pour cette raison je préfère dire que les deux choses surviennent ensemble d’une façon mystérieuse et en rester là, car on ne peut pas s’imaginer les deux choses comme étant une seule. Pour mon usage personnel, j’ai conçu un principe qui doit montrer ce fait d’être "ensemble", j’affirme que l’étrange principe de la synchronicité agit dans le monde lorsque certaines choses se produisent d’une façon plus ou moins simultanée et se comportent comme si elles étaient la même chose, tout en ne l’étant pas de notre point de vue. [9]"

"L’Orient fonde sa pensée et son évaluation des faits sur un autre principe. On n’a même pas de mot pour rendre compte de ce principe. L’Orient a bien sûr un mot pour cela mais nous ne le comprenons pas. Le mot oriental est Tao... J’utilise un autre mot pour le nommer mais c’est assez pauvre. Je l’appelle synchronicité. [10]"

La synchronicité selon Jung se réfère à des événements où il se passe des choses dans la réalité extérieure qui sont en correspondance significative avec une expérience interne. Les phénomènes synchronistiques sont des coïncidences significatives où l’espace et le temps apparaissent comme des grandeurs relatives. "Synchronicité" ne veut pas dire "en même temps" mais "avec le même sens". La partie du phénomène synchronistique qui se produit dans la réalité extérieure est perçue par nos sens naturels. L’objet de la perception est un événement objectif. Cependant Jung écrit :

"Il demeure pourtant un événement inexpliqué, car dans les conditions de nos présupposés physiques, on ne pouvait pas s’attendre à sa réalisation. [11]"

Bien entendu, la synchronicité n’est pas une explication, c’est en premier lieu le fait de donner un nom aux faits empiriques suggérant l’existence des coïncidences significatives. Jung a souligné qu’"en ce que concerne la synchronicité, la principale difficulté réside dans le fait de voir sa cause dans le sujet tandis que, selon ma conception, elle se trouve dans la nature des processus objectifs" [12] . Les phénomènes synchronistiques remettent en question le concept physique d’objet tout comme les concepts classiques d’espace et du temps et ils concernent donc également les physiciens intéressés aux questions philosophiques.

Jung traîna avec lui ses idées sur des "coïncidences significatives" pendant des années, sans leur donner leur forme définitive. Il a longtemps hésité avant de les présenter au grand public. Après une conversation avec Pauli, en novembre 1948, ils ont commencé une correspondance intensive [13], dans laquelle Pauli a encouragé Jung à rédiger ses pensées sur la synchronicité. En juin 1949 Jung a envoyé à Pauli un brouillon "entouré partout de signes d’interrogations" [14] pour qu’il l’examine en détail. Pauli a pris vivement part à la mise au point ultérieure du concept de la synchronicité de Jung. Dans leur correspondance (partiellement) publiée, il ressort que la critique constructive de Pauli a été essentielle. La version définitive de Jung a été le résultat de beaucoup de révisions - inspirées par les commentaires critiques de Pauli - et elle est apparue en 1952 sous le titre La synchronicité comme principe des relations acausales [15] dans un volume publié conjointement avec Pauli et intituléExplication de la nature et de la psyché [16]. Ici, il ne s’agit "pas du tout d’un travail complet de description et d’élucidation de ces faits complexes", comme Jung l’a souligné dans son préambule, "mais uniquement d’un essai afin de... soulever le problème."

Les phénomènes synchronistiques se comportent selon Jung comme des hasards gorgés de sens. Ils sont caractérisés par la coïncidence porteuse d’une signification d’un phénomène objectif physique avec un événement psychique sans qu’on puisse imaginer une raison ou un mécanisme causal. Jung a listé parmi les exemples de coïncidences significatives la télépathie, des pratiques divinatoires comme le Yi King ou encore la technique d’interprétation de l’astrologie, mais aussi les effets secondaires souvent observés en cas de décès : une horloge s’arrête, une photo tombe du mur, un verre se brise. L’existence des événements synchronistiques est souvent mise en doute car ils sont rares voire exceptionnels. L’argument le plus convaincant de leur réalité est une tradition millénaire et - en dernière instance, la seule valable - l’expérience personnelle propre.

Les phénomènes synchronistiques perdent beaucoup de leur force de conviction quand on les raconte simplement. Ils ont une qualité d’expérience numineuse et on doit l’expérimenter soi-même. La seule chose qui compte est le saisissement personnel. Une discussion de tels phénomènes subjectifs fait sauter le cadre de la science traditionnelle, dite "objective" mais jamais le cadre d’un examen sérieux. Des véritables événements synchronistiques ont un caractère numineux, tel qu’on ne les crie pas sur les toits. Pour ne pas délayer complètement le concept de synchronicité, on pourrait envisager de le restreindre aux événements qui sont inouïs et bouleversants.

2. Wolfgang Pauli et la synchronicité

Pauli était réceptif aux idées de Jung sur les "coïncidences significatives" principalement pour deux raisons : d’abord, il était bien préparé philosophiquement parlant. L’essai de Schopenhauer Le sens du destin : spéculation transcendante sur l’intentionnalité apparente dans le destin de l’individu a eu sur Pauli "un effet fascinant et très durable et il semble avoir préparé Pauli pour un changement futur dans les sciences physiques et naturelles" [17]. Dans son article important publié en 1956, La science et la pensée occidentale, Pauli a écrit : "L’ancienne question de savoir si, sous certaines conditions, l’état psychique de l’observateur pourrait influencer le déroulement de la nature matérielle extérieure n’a pas de place dans la physique d’aujourd’hui. La réponse était évidemment affirmative pour les anciens alchimistes. Dans le siècle dernier, un esprit critique tel que le philosophe Arthur Schopenhauer, excellent connaisseur et admirateur de Kant, a considéré dans son essai Magnétisme animal et magie que les effets dits magiques étaient largement possibles et il les a interprétés dans sa terminologie particulière comme des "influences directes de la volonté qui vont au delà des limites de l’espace et du temps". Sous cet angle on ne peut pas dire que des raisons philosophiques a priori soient suffisantes pour refuser immédiatement de telles possibilités" [18].

Mais l’intérêt que portait Pauli aux "coïncidences significatives" n’était pas purement académique. Dans sa jeunesse Pauli avait été marqué par une mentalité rationnelle extrêmement spécialisée, avec laquelle il a eu des sérieuses difficultés à l’âge de trente ans. En août 1934, il a écrit à son collègue et ami Ralph Kronig :

"Après être tombé en dépression durant l’hiver 1931/32, j’ai commencé lentement à remonter la pente. J’ai rencontré alors des événements psychiques que je ne connaissais pas auparavant et que je nommerai ici simplement l’activité propre de l’âme. Il ne fait pour moi aucun doute qu’il y a ici des choses qui se sont développées spontanément et qui peuvent être désignées comme des symboles ; une chose à la fois psychique et objective qui ne peut s’expliquer par des causes matérielles. [19]"

Sa crise psychologique a conduit Pauli à prendre contact avec Jung en 1930, lequel l’a confié au jeune médecin Erna Rosenbaum, une débutante dans ce domaine. Pendant cette analyse de cinq mois et durant les trois années qui suivirent, Pauli a produit sans aucune influence directe de Jung environ 1500 grands rêves avec des contenus archétypiques surprenants.

On peut glaner quelques informations sur cette activité propre de l’âme, comme disait Pauli, dans la monumentale oeuvre de Jung, Psychologie et alchimie [20].

Pauli a souvent fait l’expérience - comme toute personne ayant une activité créatrice - de la relation mystérieuse entre son travail sur des problèmes de physique théorique et l’activité animique inconsciente. Ajoutons à ceci que Pauli a été hanté pendant toute sa vie par des phénomènes très étranges - c’est ce que l’on a surnommé "L’effet Pauli". Il s’agit ici du fait - attesté de source sûre - que les instruments de mesure avaient de temps en temps des perturbations ou ne fonctionnaient pas lorsque Pauli faisait irruption dans un laboratoire.

On pourrait considérer ces effets comme la manifestation du revers de la médaille chez Pauli. Pauli n’avait pas de bonne relation avec les sciences de l’ingénieur ; il n’avait pas de bonnes aptitudes manuelles et il ressentait notre monde technique comme inquiétant et menaçant. Cet état de tension était bien perceptible pour ses collègues et tout le monde était convaincu que des effets "mystérieux et inquiétants" émanaient de Pauli [21]. Son collègue Markus Fierz raconte :

"Même des spécialistes de la physique expérimentale, des savants objectifs et réalistes partageaient l’opinion selon laquelle c’était bien de Pauli qu’émanaient ces effets étranges. On croyait par exemple que sa simple présence dans un laboratoire générait pas mal d’ennuis dans la conduite des expériences, elle réveillait pour ainsi dire la malignité des choses. C’était cela, "l’effet Pauli". Pour cette raison, son ami Otto Stern, l’artiste renommé des jets moléculaires, ne l’a jamais laissé entrer dans son institut. Ce n’est guère une légende, je connaissais très bien Stern tout comme Pauli ! Même Pauli croyait absolument en son effet. Il m’a raconté qu’il ressentait le malheur à l’avance sous la forme d’une tension désagréable et que si ensuite l’ennui pressenti se produisait véritablement, alors il se sentait bizarrement libéré et soulagé. On peut tout à fait considérer "l’effet Pauli" comme un phénomène synchronistique. [22]"

3. La synchronicité comme une relation de signification

Dans ses premières oeuvres, Jung parlait de "synchronistique" en général voulant dire "simultanément". Plus tard il était devenu évident que, par "synchronistique", il fallait plutôt comprendre "avec une même signification". L’essentiel pour la synchronicité est donc le lien de sens entre les événements et non pas leur simultanéité [23]. Pauli a écrit à Jung en 1949 :

"Le mot "synchron" me paraît ... en quelque sorte illogique, sauf si vous voulez qu’il ait un rapport avec un "chronos" qui soit essentiellement différent du temps ordinaire... A priori ce n’est pas évident de voir pourquoi des événements qui "expriment la présence d’une même image et/ou d’une même signification" devraient être simultanés : le concept du temps me donne plus de difficultés que le concept desens.

Quel est le rapport entre Sens et Temps ? A titre d’essai j’interprète votre conception à peu près comme ceci : d’abord, les événements qui partagent un même sens peuvent être perçus plus facilements’ils sont simultanés. Ensuite, la simultanéité est aussi la qualité qui constitue l’unité des contenus de la conscience. [24]"

Pauli préférait parler uniquement d’une relation du sens, et il le souligna dans une lettre à Fierz (octobre 1949) :

"Pour moi la nouveauté dans cette façon de voir les choses c’est qu’en utilisant le concept de "relation de sens", je ne perçois pas de distinction trop nette entre le reproductible et le cas individuel, comme on avait pu le supposer auparavant. Est-ce vraiment très différent de la mécanique quantique lorsque Jung suppose une relation de sens entre la situation psychique ("état de conscience") de l’observateur et ce qui se passe à l’extérieur ?" [25]

Jung et Pauli croyaient que les coïncidences significatives pourraient être un apport essentiel à l’explication des relations entre la psyché et la matière. Ils estimaient qu’en supplément du principe d’action causale dans le cadre de la description spatio-temporelle, une correspondance entre la psyché et la matière à travers un sens préexistant était nécessaire pour une compréhension plus vaste de la nature. Jung a même proposé de détacher le facteur de la signification de l’avis subjectif de l’être humain, et de l’élever jusqu’à en faire un principe métaphysique général :

"La synchronicité présuppose un sens a priori par rapport à la conscience humaine, un sens qui en apparence se trouve à l’extérieur de l’être humain." [26]

Mais un sens autonome n’a pas de place dans notre vision scientifique actuelle du monde. Jung déclare :

"On est habitué à considérer que le concept de "sens" implique un phénomène ou un contenu physique dont on ne suppose pas qu’il puisse exister également à l’extérieur de notre psyché... Lorsque l’on considère l’hypothèse qu’un même sens (transcendant) peut se dévoiler à la fois dans la psyché humaine et dans l’arrangement d’un événement simultané extérieur et indépendant, alors on entre en conflit avec nos idées scientifiques et épistémologiques traditionnelles." [27]

Déjà en 1934, Jung insistait, lors de sa conférence d’Eranos, sur l’idée que le « sens » est un archétype [28] . Cette conception platonique d’un sens préexistant donne naturellement lieu à de grandes difficultés qui n’ont nullement échappées à Jung. Dans une correspondance révélatrice avec Erich Neumann, Jung écrivait en 1959 :

"Le sens semble toujours être d’abord inconscient et ne peut donc être découvert que post hoc ; c’est pourquoi on risque toujours de voir un sens là où il n’y a rien de ce genre. On a besoin des expériences synchronistiques pour pouvoir justifier l’hypothèse d’un sens latent, qui est indépendant de la conscience. Tout comme une création n’a pas de sens discernable sans la conscience humaine qui la reflète, l’hypothèse du sens latent attribue à l’être humain une signification cosmogonique, une véritable "raison d’être"(*En français dans le texte) [29].

Sous l’influence de Pauli, Jung a considéré plus tard le concept de synchronicité caractérisé à travers un sens préexistant, comme un cas particulier d’un arrangement plus général appelé l’ordre acausal [30]. L’acausalité de la mécanique quantique, réglée par des lois statistiques strictes est - selon Pauli - également un cas particulier de cet "ordre acausal" :

"Pour moi, il n’y a pas de doute que la "correspondance statistique" de la mécanique quantique soit plus proche de l’ancien déterminisme que des phénomènes synchronistiques. Du point de vue de ces derniers, la mécanique quantique doit apparaître comme une généralisation très faible de l’ancienne causalité. Cependant, la mécanique quantique semble également pointer vers l’autre direction, où l’on ne peut plus parler de reproduction à volonté des résultats. La mécanique quantique prendrait une sorte de position intermédiaire." [31]

4. Synchronicité et acausalité

Même si Pauli a considéré l’idée de la synchronicité de Jung comme un pas génial dans la bonne direction et qu’il a eu une influence essentielle dans les réflexions de Jung, il ne faut pas supposer que Pauli était entièrement satisfait des formulations faites par Jung.

En effet la caractérisation de Jung de la synchronicité comme "la simultanéité de deux phénomènes partageant un sens, mais liés de façon acausale" [32] n’est pas opportune. Bien entendu, Pauli a critiqué dès le début l’utilisation particulière de l’expression "acausal" par Jung :

"Il me semble que le concept "acausal" et l’utilisation particulière du concept du temps ont besoin d’être éclaircis plus en détail. Selon votre conception du phénomène "synchronistique"... celui-ci se produit à travers la duplication ou multiplication d’un "organisateur abstrait" dont l’aspect extérieur est justement double ou multiple. Dans ce sens on pourrait qualifier également cet "organisateur" comme étant lacause du phénomène synchronistique. Cette cause ne serai plus alors dans l’espace-temps." [33]

On peut donc voir, d’après les lettres de Pauli, que lui et Jung avaient des opinions considérablement différentes en ce qui concerne le concept de causalité. Jung ne précisait jamais ce qu’il entendait par "causal" et "acausal". Dans une lettre à Fierz, Pauli parle d’une conversation avec Jung :

"Jung souligna comme particulièrement important l’application du concept de "causalité" uniquement aux causes "concrètes" ou "mesurables" se trouvant dans le temps et l’espace (pour exclure de la causalité les causes "magiques" ou "symboliques" qui sont en dehors de l’espace-temps). Ceci est bien entendu un point décisif car c’est uniquement dans ce sens que les "liens transversaux" des événements simultanés de Schopenhauer sont "acausals" [34].

Même en limitant le concept de causalité aux événements spatio-temporels, l’absence d’un lien causal ne peut jamais être prouvé empiriquement car une liaison de causalité peut être tellement complexe qu’elle échappera à nos méthodes de recherche. Le point essentiel, selon Jung, c’est le fait que, pour comprendre les coïncidences significatives, l’impensabilité du lien causal localisable dans l’espace et dans le temps doit contraindre l’esprit à renoncer à toute discussion d’un tel lien. Jung a découvert des concepts précurseurs à son idée de synchronicité dans des textes anciens comme la théorie de la "sympathie universelle" et dans la "correspondentia" des descriptions de la nature du Moyen-Âge. En résumé on peut par conséquent affirmer que, dans les phénomènes synchronistiques, le lien du sens est évident tandis qu’un éventuel lien causal spatio-temporel est sans importance et en général indiscernable. Mais il faut souligner qu’un lien de causalité dans les phénomènes synchronistiques n’est pas à priori exclu.

5. Les phénomènes synchronistiques et le principe Verum-Factum

Dans la science moderne, les faits dits "scientifiques" sont seulement créés à travers la réplication. Une caractéristique de la science moderne est le fait que ses objets peuvent être fabriqués. Dans la pratique scientifique actuelle, le "critère de vérité" effectivement réalisé est le principe Verum-Factum de Giovanni Battista Vico : "Verum et factum convertuntur" [35], c’est-à-dire que c’est le fait d’être réalisable ou non qui est décisif pour la pensée scientifique moderne. Si un phénomène n’est pas réalisable, alors, selon la conception de la plupart des scientifiques modernes, il y a un objectif essentiel de recherche qui n’est pas encore atteint. Le coeur de l’exigence de la possibilité de répétition est donc la question de la possibilité de réalisation et du statut de l’objet.

Les événements synchronistiques ne sont pas une qualité régulière de la psyché. Ils apparaissent spontanément et ne peuvent pas être déclenchés par un acte conscient de la volonté, voilà pourquoi ils ne sont pas "réalisables" - ils se produisent purement et simplement de temps à autre [36]. Si on accepte le principe Verum-Factum de Vico comme constitutif de la science, alors les effets synchronistiques sont exclus d’elle, car ils ne sont pas "réalisables". Bien entendu, on se demande si une science ne se limite pas d’une façon artificielle quand elle se base essentiellement sur le critère de la possibilité de réalisation.

Quand les événements sont reproductibles, cela aide beaucoup à obtenir des renseignements sur la nature des phénomènes impliqués, toutefois cette qualité ne peut être indispensable pour décider si un examen est scientifique ou non - dans le cas contraire beaucoup de sciences établies (comme par exemple les sciences sociales) devraient perdre leur statut de science.

Si on se restreint à la reproductibilité statistique, c’est-à-dire si on veut fonder la connaissance scientifique sur des données statistiques, alors on présuppose tacitement la validité conceptuelle de la théorie mathématique de la probabilité - ce qui ne va pas de soi. En outre il faut souligner que le postulat de la reproductibilité seulement exige qu’il se produise toujours les mêmes événements quand on a les mêmes conditions initiales. Dans des systèmes complexes les conditions initiales identiques ne sont jamais réalisables, on doit donc se satisfaire d’une reproductibilité statistique. Celle-ci demande alors uniquement la possibilité de réalisation d’une distribution de probabilité des conditions initiales essentielles. Souvent on n’a besoin que de très peu de paramètres (comme par exemple la température) pour décrire de façon reproductible le comportement statistique de systèmes à grand nombre de particules en physique - et ceci est une singularité remarquable.

Cependant, rien n’indique qu’il faille attendre, de façon générale, qu’une distribution de probabilité des conditions initiales essentielles soit réalisable en pratique. La science expérimentale exclut les événements non reproductibles statistiquement bien qu’évidemment la réalité d’un phénomène ne dépende pas de sa reproductibilité statistique.

Pauli a toujours souligné - et plus tard Jung a adopté cette idée [37] - que la méthode statistique de la science est en relation de complémentarité avec la synchronicité. Dans une lettre à Fierz, Pauli écrivait en octobre 1949 :

"Je crois que les coïncidences synchronistiques sont détruites lorsqu’on élimine tous les facteurs incontrôlables et inconscients afin d’obtenir des conditions expérimentales reproductibles (Complémentarité)." [38]

6. Le hasard, la probabilité et la complexité

Dans les sciences physiques et naturelles on parle d’un événement dû au hasard, quand il peut se produire sous certaines conditions mais pas avec certitude. Un tel événement est caractérisé par lafréquence relative avec laquelle il se produit parmi les événements possibles d’une totalité de conditions données. Dans un premier temps, on ne précise pas si un événement dû au hasard est soumis ou non à la causalité. Dans les sciences de l’ingénieur, les phénomènes ou processus aléatoires sont caractérisés par des changements dans le temps, ce qui rend imprévisible le cas particulier.

La théorie de la probabilité empirique-statistique se réfère toujours à la discussion de la fréquence relative d’un événement durant une longue série d’observations. On suppose tacitement qu’en prolongeant indéfiniment cette série statistique, la fréquence relative convergera vers une valeur limite et on nomme cette limite la probabilité de cet événement.

Beaucoup de mathématiciens et de scientifiques pensent que tous les problèmes de la théorie de la probabilité sont en principe résolus à travers les axiomes de Kolmogoroff [39] de 1933, c’est-à-dire qu’ils sont réduits à des problèmes purement mathématiques. En effet on considère que la théorie mathématique de la probabilité moderne a commencé lorsque Kolmogoroff créa la formulation basée sur la théorie de la mesure. Il est cependant important d’observer qu’avec ceci, ses problèmes conceptuels n’ont pratiquement pas été abordés. Dit plus cyniquement, la théorie de la probabilité basée sur les axiomes mathématiques de Kolmogoroff n’est rien d’autre qu’un chapitre de la plus générale théorie de la mesure, mais avec une sélection particulière des problèmes et avec une terminologie étrange. Jusqu’à présent, on ne connaît pas d’arguments solides qui suggéreraient que les axiomes de Kolmogoroff seraient pertinents pour toute sorte de recherche empirique.

Kolmogoroff lui-même était conscient de ce problème et il est revenu là-dessus 30 ans plus tard dans le cadre de ses approches avec ses concepts d"information" et de "complexité" pour mieux éclaircir la définition conceptuelle de la probabilité [40]. Schnorr a pu montrer ultérieurement que la formulation algorithmique de la théorie mathématique de la probabilité est mathématiquement équivalente à sa version constructive de la théorie de mesure [41]. D’un point de vue conceptuel la version algorithmique est largement préférable. Dans cette version on peut voir en particulier que chaque définition de la complexité, de l’information ou de la probabilité est nécessairement dépendante du contexte. Ce qui dans une description est considéré comme aléatoire peut tout à fait être régulier dans une autre description.

Pour pouvoir appliquer la théorie mathématique de la probabilité à des problèmes concrets, on a besoin d’une interprétation du système formel. L’interprétation subjective considère le degré de probabilité comme un critère pour la sensation de certitude ou d’incertitude attribuée à des déclarations ou suppositions spécifiques. Ce qu’on appelle l’interprétation objective considère chaque énoncé de probabilité numérique comme une prédiction d’une fréquence relative. Mais cette interprétation de la fréquence, populaire en physique, implique des difficultés encore plus grandes.

Pour évaluer si la distribution empirique de valeurs se différencie seulement un peu de la distribution de valeurs asymptotique, on a besoin non seulement de la loi mathématique des grands nombres mais aussi de la contestable règle suivante [42] : Si la probabilité d’un événement est suffisamment petite, alors on peut être pratiquement sûr qu’en réalisant une seule fois les conditions, l’événement n’apparaîtra pas.

Mais la théorie ne donne aucun critère pour décider quand une quantité de répétitions serait "suffisamment grande", ni non plus de critère pour savoir ce qu’on entend par "suffisamment petite". Comme l’a montré Rudolf Carnap, l’interprétation de la probabilité comme équivalente à une fréquence est adéquate ("probabilité n°1 de Carnap ou "fréquence relative pour le long terme") à condition de l’utiliser avec un "degré de crédibilité" ("probabilité n°2" de Carnap ou "degré de confirmation") [43]. De ce fait, il faut toujours tenir compte d’un facteur subjectif dans l’interprétation de la probabilité, considérée habituellement comme objective. Dans les mots de Pauli :

"... même la réalisation unique d’un événement très improbable est considérée à partir d’un certain point de vue comme pratiquement impossible... Ici, on est confronté à la limite fondamentale de la viabilité de l’ancien programme de l’objectivisation rationnelle de l’attente subjective unique." [44]

De temps en temps, le "hasard" est opposé - par Jung également - à la "causalité", comme s’il était son antonyme. Ici, il semble y avoir une confusion conceptuelle. Dans la physique classique, des systèmes crypto-déterministes [45], dynamiques, instables et complexes peuvent générer des événements aléatoires [46]. Antoine Augustine Cournot (1801-1877) et John Venn (1834-1923) ont clairement remarqué que la dynamique dans des systèmes suffisamment complexes peut être extrêmement sensible aux conditions initiales et aux conditions aux limites. La dynamique chaotique qui en résulte peut générer objectivement des événements aléatoires qui peuvent être décrits par des fréquences relatives [47].

Par exemple, on peut décrire des expériences avec une planche de Galton grâce à la dynamique d’un système mécanique crypto-déterministe. Notre manque de connaissance des conditions initiales et aux limites précises nous empêche de prédire un événement isolé. Cependant, la distribution observable dans les expériences avec une planche de Galton ne dépend pas du tout de nos connaissances. Dans ce cas, on peut parler de hasard objectif. Pourtant, ce serait une grossière erreur de supposer que des événements "aléatoires" obéissent toujours aux lois de la théorie mathématique de la probabilité [48]. Par exemple, les coïncidences synchronistiques ne sont pas calculables à partir de la théorie de la probabilité de Kolmogoroff. Pauli a écrit dans une lettre à Fierz :

"Les phénomènes synchronistiques observés par Jung... échappent aux "lois" naturelles, car ils ne peuvent pas être reproduits, c’est-à-dire qu’ils sont uniques et qu’ils s’estompent à travers le traitement statistique appliqué aux grands nombres. Par contre, les "acausalités" sont justement saisissables en physique grâce aux lois statistiques (des grands nombres)." [49]

7. Le hasard et l’évolution

Le hasard joue un grand rôle dans la théorie de l’évolution. Comme l’ont par exemple toujours souligné Walter Elsasser, Jacques Monod et Manfred Eigen [50], le hasard est constitutif pour la compréhension de la théorie de l’évolution et de l’apparition des formes de vie. Francis Crick résume : "La seule source des véritables innovations est le hasard" [51]. Cependant ce qu’il faut entendre par hasard n’est pas clair. Manque de causes ou manque de connaissances ? Monod parle du "hasard essentiel" qui serait caractérisé par "l’indépendance totale de deux séries d’expériences" . Mais des raisonnements quantiques nous poussent à douter de l’existence d’une telle "indépendance totale" [52] .

Pauli a remarqué que l’idée de la synchronicité pouvait avoir de l’importance pour la théorie biologique de l’évolution. Il a surtout discuté des arguments scientifiques théoriques contre la théorie de l’évolution de Darwin et il souligna la possibilité de synchronicités dans l’évolution :

"Le modèle de l’évolution de Darwin est un essai afin d’éliminer entièrement toute finalité par une nouvelle théorie. La finalité a donc dû être remplacée par l’introduction du "hasard" (chance)." [53]

Pauli a souligné que des événements rares ou même uniques sont particulièrement importants pour l’évolution biologique, contrairement aux lois statistiques vérifiables empiriquement [54]. Ensuite, il a admis la possibilité des processus physiques finaux. Il écrivit à un ami, le biologiste Delbrück :

"Probablement que la solution est complexe, et qu’à côté du hasard sacré, il existe aussi des processus avec un but dirigé et des influences causales de l’environnement..." [55]

Officiellement, les considérations finales sont mal vues dans la biologie moderne mais elles ne sont pas superflues. Comme le dit le généticien J.S.B. Haldane dans un de ses bons mots :

"La téléologie est comme une maîtresse pour le biologiste : il ne peut pas vivre sans elle, mais il ne veut pas être vu avec elle en public." [56]

Un thème central dans les rêves de Pauli des années cinquante était la question d’une nouvelle physique. A plusieurs reprises, il y a dans ses rêves la question d’une nomination de professeur de physique théorique. Pauli commente ceci avec la remarque qu’il ne s’agit pas de la chaire universitaire conventionnelle, vu que Pauli, lauréat du prix Nobel, était déjà professeur de physique théorique à l’ETH Zurich depuis plusieurs années. Il s’agit de la nouvelle physique, de la nouvelle science. Et l’université en question ne se trouve pas dans la fameuse ville de Zurich mais à Esslingen - connue par les habitants de Zurich pour n’être que le terminus d’un train régional. Dans ce lieu inconnu de la science traditionnelle serait cultivée la nouvelle science. Et si Pauli veut se décider pour Esslingen, sa démarche n’est absolument pas assurée. En tout cas, Pauli doit y aller pour donner des cours à titre d’essai devant des inconnus.

Fort heureusement, il existe un manuscrit de quatre pages sous le titre Le cours devant les inconnus qui décrit cette situation [57]. Le point de départ du cours fictif de Pauli est le "hasard aveugle et sans but" de la mécanique quantique avec ses probabilités primaires associées. La deuxième sorte de lois naturelles est essentiellement liée au fait que l’observateur peut intervenir dans les événements à travers le libre choix du dispositif expérimental. D’après Pauli, la nouvelle science doit se consacrer surtout à la troisième sorte de lois naturelles. Après une discussion critique sur les conceptions traditionnelles de la biologie et du hasard, les concepts de l’évolution de Lamarck et Darwin, Pauli a écrit :

"Selon cette hypothèse, différente de la conception de Darwin et de celle de Lamarck, on rencontre justement ici la troisième sorte de lois naturelles, qui consiste en la correction des fluctuations aléatoires à travers des coïncidences significatives ou finales d’événements reliés de façon acausale. ... en rapport avec ceci, je voudrais maintenant soumettre à la discussion l’hypothèse que cette apparitionglobale de coïncidences porteuses de signification dans l’évolution biologique met en évidence un facteur psychique qui va de pair avec elles et qui apparaît comme émotion ou excitation portée à son degré le plus élevé." [58]

Le cours fictif se termine avec une indication sur la synchronicité dans le sens de Jung :

"En outre, je pense ici aux coïncidences significatives non déclenchables par l’intention et qui se produisent uniquement dans des conditions particulières, auxquelles C.G. Jung a fait référence à plusieurs reprises. En appelant ces coïncidences des "synchronicités", il a établi une relation étrange entre ces phénomènes et le concept du temps. Dans la mesure où les phénomènes d’adaptation de l’évolution biologique distinguent visiblement une direction de la flèche du temps, il devrait sembler naturel de considérer tous les phénomènes présentés ici, ces phénomènes non-causaux liés à un sens ou à un but, comme de nature analogue." [59]

Une conception du monde qui inclut des correspondances significatives conduit à une nouvelle évaluation du problème psychophysique. Les tentatives prudentes de Jung et Pauli indiquent quel chemin pourrait être emprunté. Il me semble qu’il n’est pas a priori impossible que ces idées soient intégrables dans une science de la nature élargie, dont la concrétisation reste pour le moment une question ouverte. Pauli a remarqué dans sa conférence La science et la pensée occidentale :

"Je n’oserai pas faire des prévisions sur l’avenir, averti que je suis par les échecs de tous les efforts prématurés d’unification de l’histoire de l’esprit. Je remarque seulement que, depuis le XVIIème siècle, les activités de l’esprit humain ont été divisées de façon stricte, mais que je conçois qu’une victoire des contraires, comprenant également la synthèse de la compréhension rationnelle et de l’expérience mystique de l’unité, est le mythe - déclaré ou non - de notre époque." [60]

8. La relation globale entre la psyché et la matière

La mécanique quantique est une théorie de la matière et, en tant que telle, elle ne donne pas de renseignements directs sur le problème de la relation entre la psyché et la matière. Mais le fait que la mécanique quantique soit une théorie holistique, cohérente et qui rassemble des concepts opposés, nous pousse à penser que les rapports de complémentarité intervenant ici puissent avoir une validité qui aille au-delà de la physique. Dans une lettre à Fierz du 10 août 1954, Pauli spécule :

"Il se pourrait qu’on ne traite pas "correctement" la matière - dans le sens où l’on considère la vie par exemple - quand on l’observe de la même façon que dans la mécanique quantique, c’est-à-dire en ignorant l’état inté

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