Violences à l'école

Violence à l'école : pour moi, Christophe Lemaître, le collège a été un calvaire

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LE PLUS. Cette semaine, "Le Nouvel Observateur" consacre un large dossier aux violences à l'école. 10% des élèves seraient en effet victimes d'insultes ou de coups répétés. S'il n'a jamais subi de violences physiques, le champion d’athlétisme français Christophe Lemaître a bien connu ce harcèlement, qu'il raconte dans son autobiographie "La revanche du grand blond" (Jacob Duvernet). Extraits.



Édité par Hélène Decommer 

Christophe Lemaître après sa victoire sur le 200m au Aviva London Grand Prix, le 14/07/12 (TOM DYMOND/COLORSPORT/SIPA) 

Christophe Lemaître après sa victoire sur le 200m au Aviva London Grand Prix, le 14/07/12 (TOM DYMOND/COLORSPORT/SIPA)

 

Les premières moqueries ont commencé en CE2. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi. C’est vrai que je zozotais et que je ne parlais pas beaucoup. Je ne sais pas si c’était la raison car j’avais malgré tout quelques copains. Quelquefois ils étaient aussi durs avec moi. Mais du jour au lendemain, j’ai été rejeté, banni. Je n’étais plus invité à jouer avec les autres.

 

On se moquait de moi en permanence

 

Au collège, cela a viré à la catastrophe. Je n’en parlais pas à la maison. Je ne voulais rien dire. Pourtant, ma famille se rendait bien compte que quelque chose n’allait pas. Je n’étais pas bagarreur, je ne voulais pas d’histoire (…).

 

Ces années de collège ont été un véritable calvaire. Je n’en garde pas un seul bon souvenir. On se moquait de moi en permanence. En cours et à la récréation. Le matin, j’avais toujours une petite appréhension lorsque j’arrivais devant le portail de l’établissement. La peur de croiser ceux qui m’embêtaient. Ils étaient assez nombreux. Ils ne me tapaient pas – ça n’allait pas jusque là – mails ils se moquaient de ma grande timidité et notamment de mon cheveu sur la langue. Comme je zozotais, j’étais forcément un attardé (…). Ils en profitaient, ils insistaient, car j’étais très réservé. Je n’avais pas le courage de répondre, ma timidité m’en empêchait. C’était difficile à supporter, surtout sur le moment.

 

Dans l’encadrement scolaire, personne ne s'inquiétait

 

De nos jours, certains enfants victimes de harcèlement vont jusqu’à se mettre fin à leurs jours. Heureusement, je n’y ai jamais pensé. Ça n’allait pas fort mais je n’aurais jamais envisagé de me suicider. Je n’aurais jamais eu le courage de toutes façon. Parfois même le harcèlement de mes camarades se poursuivaient même au-delà du collège, dans les rues de Culoz (son village, ndlr). Mes parents n’ont jamais compris pourquoi, dans l’encadrement scolaire, personne ne s’était inquiété. Imaginez, je n’osais plus lever le doigt en cours ou répondre aux professeurs. J’étais tellement mal dans ma peau ! Même à la maison, on n’arrivait pas à me tirer les vers du nez (…).

 

Pendant ces années, j’ai nourri une rage folle à force de garder tout pour moi. C’est ce qui me fait avancer maintenant (…).

 

Au départ d’une course, je veux avant tout m’imposer, prouver que je suis le meilleur. Mais soyons honnêtes, quelque part, je me venge de ces faux amis qui viennent aujourd’hui me féliciter en faisant copain-copain mais qui, à l’époque, étaient les premiers à se moquer de moi (…). Quelque part, je les remercie : ils m’ont rendu plus solide ! Ils ont été un moteur à ma réussite.

 


 Je n'adhère pas à la dernière phrase. Tant mieux s'il parvient aujourd'hui à vivre les choses de cette façon mais l'idée que la dureté peut devenir une opportunité me révolte. L'armée fonctionne sur ce critère. C'est un monde à part.

Que certains enseignants ne réagissent pas, c'est une certitude. Justement parce que bien souvent, ils considèrent que c'est "normal et formateur". "La vie en société est difficile, ils font leurs expériences..." Je connais ces arguments, je les ai entendus en tant qu'elève...Asthmatique, bouffi par la cortisone, "interdit" de sport par les médecins, j'ai eu droit à toutes les moqueries, à toutes les humiliations dont beaucoup sont capables à cet âge.

Et maintenant, je suis cet enseignant qui ne sait plus comment faire pour que ça ne se produise pas dans SA classe... Même plus envie d'y retourner...Un effroyable sentiment d'impuissance...

 

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