Visualisation.

Une semaine de classe aujourd'hui...

Des mathématiques, du vocabulaire, de la grammaire, de l'orthographe, de la géographie, des sciences mais surtout, surtout, beaucoup d'explications orales.

Les séances de natation ont été un excellent point de départ.

Visualisation, observation interne, conscience de soi, connaissance des phénomènes intérieurs, parvenir à s'extraire des actes pour devenir l'observateur...

Un exemple : Un enfant n'arrive pas en crawl à garder les deux jambes dans l'axe, son genou gauche part en diagonale, comme s'il faisait une demie brasse. Je peux toujours répéter inlassablement la même consigne, ça sera inutile si l'enfant ne parvient pas lui-même à "observer" ce qu'il fait. Il doit parvenir à ressentir cette jambe.

"Tu n'es pas un nageur, tu es un corps qui tente de réaliser un geste technique destiné à te faire nager. Mais si tu restes juste enfermé dans ce corps, tu ne peux pas voir ce qu'il fait, tu te contentes de reproduire des gestes que tu ne "vois" pas et donc, tu ne peux pas les corriger. Tu ne dois donc pas rester à l'état de nageur mais devenir celui qui observe ce nageur. Tu dois prendre conscience de tes actes afin de ne pas être simplement un corps qui agit mais devenir pleinement celui qui oeuvre à la maîtrise parfaite de ces gestes de nageur. Le fait de nager n'est pas une fin en soi, ça n'est pas un objectif, ce qui importe, c'est que tu apprennes à observer ce que tu fais. A partir de là, tu ne seras pas qu'un nageur mais le maître du nageur, le maître de ton corps. Je sais bien que tu ne peux pas voir réellement tes jambes deriière toi quand tu nages mais tu peux les voir par l'intérieur. Apprends à te concentrer sur cet endroit précis, défais-toi de tout le reste."

Séance de mathématiques, calcul mental : 123+13

L'enfant n'arrive pas à visualiser l'opération et il répète plusieurs fois la même erreur, mauvais alignement des colonnes, les autres enfants qui lèvent le doigt, mon regard posé sur lui dans l'attente de la réponse, l'incapacité à se libérer de toutes ces pressions. Je maintiens cette attente et montre volontairement un certain agacement...Nouvelle erreur de sa part. Là, je stoppe le calvaire.

"Pourquoi est-ce que tu ne parviens pas à trouver la réponse ?

-Je mélange tout.

-Non, ça c'est une conséquence mais ça n'est pas la raison première. Ce qui se passe, c'est que tu as beaucoup trop d'émotions en toi pour que ton cerveau parvienne à réfléchir : tu as peur de ne pas trouver, tu vois les autres qui lèvent la main, tu vois mon regard impatient et du coup, dans ta tête, c'est le chaos. Imagine une éponge que tu aurais trempée dans l'eau et ensuite tu la poserais sur une flaque, elle ne pourrait rien absorber puisqu'elle est déjà gorgée d'eau. Dans ta tête, c'est pareil. Toutes les émotions prennent une place immense, ton cerveau n'est pas libre. Et plus tu as du mal, plus ça prend du temps, plus tu te remplis de peurs. Il est absolument indispensable que tu parviennes à garder la paix en toi, le silence, le calme et que tu observes ce qui se passe. Ton objectif, c'est le résultat de ce calcul, le reste tu dois apprendre à t'en défaire, ne pas laisser ton cerveau être envahi.

On est comme à la piscine, vous devez observer tout ce qui se passe en vous et établir un contrôle, rejeter ce qui n'est d'aucune utilité, vous alléger pour pouvoir absorber ce qui va vous permettre de progresser, vous devez donc apprendre à vous observer intérieurement. C'est ça qui est important. Je m'en fiche du résultat de cette opération. Je sais très bien que tu es capable de le trouver si je ne t'interroge pas devant la classe, que je ne te regarde pas fixement, que je ne laisse pas les autres vouloir répondre à ta place. Tu sais faire ce calcul mentalement mais tu ne sais pas ce qui se passe en toi. C'est ce travail mental qui est important. Le calcul n'est pas une fin en soi, ça n'est pas un objectif suffisant, ce qui compte, c'est ce que tu vas apprendre de toi grâce à l'observation que tu auras de tout ce qui se passe en toi.

  A la piscine, quand j'ai dit que vous deviez apprendre à plonger, certains savaient déjà le faire et d'autres ont eu peur immédiatement. Aujourd'hui, vous savez tous le faire. Je ne vous ai pas poussé à l'eau, vous m'avez écouté, vous avez essayé, vous avez raté, vous avez écouté, vous avez recommencé, vous avez raté, vous avez encore écouté, vous avez recommencé, vous avez réussi...Le plongeon en lui-même n'est pas le plus important, comme le calcul. Ce qui importe, c'est tout ce qui s'est passé en vous pendant tout ce chemin, du premier plongeon raté à celui que vous avez réussi. Rappelez-vous Socrate : "La chute n'est pas un échec, l'échec est de rester là où on est tombé. "

C'est vrai à la piscine, en mathématiques, en vocabulaire, en ski, en amour, en amitié, dans tout ce que vous allez rencontrer dans votre vie. Vous ne devrez pas pas vous contenter d'exécuter des actes. Vous devrez vous observer pendant ces actes. C'est là qu'est la vraie compréhension de soi. Le reste, c'est juste de la connaissance. Il faut visualiser intérieurement votre vie et ne pas vous contenter d'être vécue par les évènements extérieurs. Quand vous aurez appris à être en vous, vous pourrez tout apprendre.

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