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  • Intelligence artificielle : l'illusion d'un monde meilleur

    Vraiment pour moi, cet article est une merveille. J'y retrouve beaucoup des thèmes que j'ai évoqués ici au sujet de l'écomodernisme mais dans cette interview, on y trouve des exemples concrets, vécus par une personne qui y a cru et qui en est sorti. Qui en est sorti pour se servir de ces compétences dans une lutte indispensable. 

    Remarquable. 

     

    « Pour constater que l’Intelligence Artificielle est très dangereuse, il suffit de regarder dans le passé »

     

    En 2019 et 2020, on a été amené à entrainer des modèles de détection d'occupation illégales des sols à partir d'images satellites pour des collectivités territoriales puis l’État. Ce qui pourrait typiquement servir à détecter et traquer par exemple des ZAD pour les évacuer... Entre la surveillance et la rationalisation j'ai perdu la foi dans l'utilisation de mes connaissances scientifiques pour l'amélioration des services publics. On peut penser que cela concerne des politiques récentes, la vérité c'est qu’on utilise rarement la technique pour faire plaisir au « bas peuple ».

    7 avril 2021 - Matthieu Delaunay

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    - Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
    - Format : 128 pages
    - Impression : France

     

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    Après 3 ans de missions dans l’énergie et le secteur public, Romain Boucher, ingénieur, mathématicien et statisticien a démissionné de son poste très bien rémunéré de Data Scientist dans une entreprise de conseil, pour alerter sur les ravages écologiques et sociaux des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle. Diplômé de l’École des Mines et d’un master en maths appliquées et statistiques, il est devenu membre de la jeune association « Vous n’êtes pas seuls » afin d’accompagner les lanceurs d’alerte et prévenir la population sur la façon dont la technologie est utilisée pour traquer les citoyens et réduire les moyens du Service public. Aujourd’hui, il nous explique son parcours, de la fast Track du Consulting for good aux potagers corses. Propos recueillis par Matthieu Delaunay.

    LR&LP : Qu’est-ce qui vous a amené à exercer le métier de data scientist, « job le plus sexy du 21ème siècle » d’après l’illustre Harvard Business Review ?

    Comme j’étais bon étudiant en mathématiques, après une classe préparatoire à Louis le Grand, je suis rentré à l’école des Mines de Saint-Étienne où j’ai fait une spécialisation en maths appliquées et en statistiques et sciences des données. Toutes les branches de l’industrie sont de plus en plus demandeuses de data scientists pour implémenter des modèles statistiques et rationaliser.

    J’étais emballé par cette possibilité d’utiliser les maths pour prévoir ce qui va se passer dans l’avenir, détecter automatiquement des évènements etc. Pour un étudiant qui a toujours vu les maths de façon abstraite, lui dire que son métier sera utile pour améliorer des choses dans le secteur public, servir l’intérêt général et autre, c’est séduisant.

    Ce mythe était déjà bien installé à mon arrivée en école d’ingénieur et je n’avais pas le recul que j’ai aujourd’hui sur la publicité qui est faite autour de la réappropriation de la technique. Après un Master pour approfondir le côté maths et statistiques dont je suis sorti en 2017, j’ai foncé vers le métier de consultant, comme beaucoup d’autres étudiants avec moi.

    Romain Boucher

    LR&LP : Qui recrute des ingénieurs mathématiciens et statisticiens ?

    Je ne voulais pas m’enfermer dans un secteur en particulier, ni aller dans un grand groupe, ni faire de l’argent dans la finance ou l’assurance qui proposent des salaires exorbitants en 3-4 ans.

    Je voulais faire des choses techniquement satisfaisantes et qui amélioraient les transports, la santé, le monde de l’énergie via les smart grids (réseau électrique intelligent pour améliorer la consommation et la production électrique, ndlr) …

    Je suis donc allé chez Sia Partners, un cabinet de conseil à l’organisation matricielle comprenant différentes unités de compétences avec parmi elles des consultants data scientists. Après 18 mois dans l’énergie et la distribution d’électricité, je me suis tourné vers l’administration publique qui commençait à lancer des appels d’offres très techniques pour mettre en place des modèles écologiques, de transport, de détection des fraudes, etc.

    En quelques mois, je suis devenu un des responsables pour répondre aux appels d’offres de data sciences dans le secteur public et mener à bien les missions gagnées. Techniquement, c’était à la pointe, donc c’était très satisfaisant. Nous travaillions à « l’état de l’art », c’est-à-dire qu’on utilisait les modèles les plus performants d’après le consensus scientifique.

    LR&LP : Qui vous fournit ces modèles ? Pouvez-vous nous dire un mot sur votre métier ?

    Un consultant data scientist passe 50 % de son temps à « mettre les mains » dans le code et l’autre 50 % à l’expliquer au client. Pour résumer : tous les mois, un nouveau modèle est mis au point par la recherche, publique ou privée.

    Le data scientist a pour rôle de faire de la veille sur ces nouveaux modèles établis par la recherche, notamment par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Apple, Microsoft, ndlr). Ensuite, il décortique ces modèles dont il utilise le canevas.

    Une fois le modèle choisi et agencé, il récupère les données du client, les nettoie, les traite et les utilise pour ré-entrainer le modèle. Si le modèle du client est de détecter des chats siamois en France alors que le modèle de Google que le consultant a identifié a été entrainé pour détecter des rottweilers aux États-Unis, il va falloir le refaçonner.

    LR&LP : Donc vous voilà un ingénieur heureux, qui fait des choses très gratifiantes intellectuellement, mais aussi financièrement. Quels sont les salaires dans ce milieu ?

    C’est très bien payé. Je suis rentré à 44 000 € la première année et au bout de trois ans je gagnais 60 000 €. Dans la finance, au bout de trois ou quatre ans, un analyste quantitatif peut même toucher jusqu’à 200 000 € par an.

    LR&LP : Que s’est-il passé ensuite ?

    J’ai réalisé différentes missions passionnantes intellectuellement. Pour le compte de la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes, NDLR). Nous avons élaboré un modèle de détection des faux avis sur le web.

    Je pensais que la DGCCRF avait l’objectif de montrer que les GAFAM ne faisaient pas bien leur travail de surveillance afin de leur infliger une amende, mais non : c’était simplement pour dire qu’ils faisaient de la détection de fraude.

    Au bout d’un moment on se rend compte que les types de mission qui reviennent sont des missions de surveillance et de rationalisation d’effectifs.

    Pour l’Agence française de la biodiversité, dont une des fonctions est de contrôler les cours d’eaux, 2 000 agents sont sur le terrain pour faire des contrôles. Comme l’Agence trouvait que, 2 000, c’était trop, elle a lancé un appel d’offre pour un modèle statistique destiné à mieux cibler ces contrôles.

    Le modèle n’était pas là pour dépolluer plus ou éviter des pollutions, il avait juste vocation à rationaliser l’effectif ! L’objectif n’était pas de trouver plus de pollution, mais autant, avec moins d’inspections !

    Ma conscience commençait à s’éveiller. Même quand on pense mettre la technique au profit de ce qui nous tient à cœur, on voit que, derrière, se cache souvent quelque chose d’ignoble. Et ça se répète. La moitié des missions sont à l’avenant.

    La plus technique que j’ai faite était pour un organisme de la Sécurité sociale qui a des téléconseillers qui répondent tous les jours au téléphone à des associations. La Sécurité sociale souhaitait qu’on entraine leur propre modèle de reconnaissance vocale et de compréhension des intentions au téléphone.

    En d’autres termes, concevoir un robot qui répondra aux questions de bénévoles, souvent âgés, qui appellent pour demander une aide ou un renseignement. On nous a demandé de tout faire en open source, donc c’était très technique et intéressant.

    On a réussi, et avons créé ce robot répondant aux questions les plus récurrentes pour soulager les pics d’appels de janvier et septembre pendant lesquels la Sécurité sociale faisait habituellement appel à des CDD de 3 mois.

    LR&LP : Est-ce que vos missions coûtent cher ?

    De façon générale, un consultant coûte environ 1000 € la journée. Pour le secteur public, les missions sont peu chères, mais pour les cabinets qui les réalisent, c’est une image de marque incroyable. Donc indirectement c’est très rentable.

    Nous ne sommes pas dans les ordres de grandeurs scandaleux de missions comme celle de McKinsey qui a organisé la campagne de vaccination. Les enveloppes excédant rarement 100 000 €, c’est vite rentable pour l’Administration publique. La Direction de la Transformation Publique fait des appels à projets dans de nombreuses administrations, qui en retour proposent des idées, que la Direction sélectionne ou pas.

    Globalement, ce sont souvent les projets de rationalisation qui sont retenus et financés, ce qui permet de préparer le terrain des coupes budgétaires. Techniquement, c’est passionnant, et j’étais bluffé de ce qu’on arrivait à faire, mais en voyant le résultat on se rend compte que ça supprime avant tout les moyens du Service public.

    On nous demandait de réaliser de belles présentations pour montrer à la Transformation publique combien on économisait. La logique d’amélioration du service public n’existait plus.

    Et puis, en 2019 et 2020, on a été amené à entrainer des modèles de détection d’occupation illégales des sols à partir d’images satellites pour des collectivités territoriales puis l’État. Ce qui pourrait typiquement servir à détecter et traquer par exemple des ZAD pour les évacuer… 

    Entre la surveillance et la rationalisation j’ai perdu la foi dans l’utilisation de mes connaissances scientifiques pour l’amélioration des services publics. On peut penser que cela concerne des politiques récentes, la vérité c’est qu’on utilise rarement la technique pour faire plaisir au « bas peuple ».

    LR&LP : Et puis vous vous retrouvez en septembre 2019, sur une île de Venise privatisée pour un séminaire qui regroupe tous les consultants du monde. Là on vous fait une annonce importante…

    Ça a été la goutte de trop. Le PDG, Matthieu Courtecuisse, libéral jusqu’au bout des ongles, nous a annoncé qu’après avoir pensé uniquement au profit pendant 20 ans, l’heure était venue d’avoir un but et une nouvelle campagne marketing autour du concept du Consulting for good.

    1 500 personnes sortent enthousiasmées de ce séminaire, ravis à l’idée de faire du green washing. Je me doute que ça va être du vent jusqu’à ce qu’on trouve de quoi remplir cette coquille vide, mais au bout de quatre mois, il n’y avait toujours rien. Pourtant les signatures, la charte graphique et les présentations avaient été modifiées pour valoriser cette nouvelle démarche. J’étais sidéré.

    Des collègues commençaient à être convaincus eux même : « De l’argent va pouvoir se faire sur la transition écologique, il va nous falloir prendre une part du gâteau, autant que ce soit nous plutôt que les autres… »

    À cette époque, je travaillais beaucoup avec le Directeur général adjoint, David Martineau, et ne manquais pas de lui parler de mes doutes. Il me répondait : « Je sais qu’il n’y a rien, mais on a besoin de gens comme toi, rebelles et proactifs, pour que cette démarche porte ses fruits. ».

    Concrètement, Consulting for good, c’est faire des bilans carbones, pousser le chemin vers l’hydrogène et les voitures électriques, un point c’est tout. Donc rien de radical pour lutter contre la crise écologique ! Quelques-uns se sont fait avoir, la plupart sont partis en silence.

    An open pit lithium mine – Credit: UNC Chapel Hill

    Lire aussi : Le plus vieux désert du monde meurt pour les batteries de nos voitures « vertes »

    LR&LP : Vous décidez de partir en alertant davantage, c’est d’ailleurs l’objet du rapport que vous rendez public.

    Je ne voulais pas rester plus de trois ans, sinon la machine aurait été inarrêtable. Très vite on peut gagner 100 000 € et ne plus toucher le sol. J’avais beaucoup d’argent de côté et aucune raison d’en vouloir plus.

    Je voulais écrire une longue lettre à tous les gens de Sia Partners pour qu’ils comprennent pourquoi ce départ, assez inopiné pour quelqu’un en fast track, sur la voie royale pour monter très haut, très vite.

    Quand, en janvier 2020, j’ai annoncé ma démission à David Martineau, celui-ci a d’ailleurs cru à une plaisanterie, ne voulant pas y croire. Et puis, on a parlé de l’hypocrisie du consulting for good et du fait que je ne voulais plus être en désaccord avec mes valeurs.

    Je n’ai finalement pas écrit cette lettre, car le temps m’a manqué avant de quitter mon poste en mars, mais me suis remis à lire beaucoup et ce projet de lettre est devenu un début de rapport.

    J’en ai achevé la rédaction fin 2020, après avoir pris quelques mois de vacances et passé notamment plusieurs semaines en Corse dans une ferme pour mettre les mains dans la terre. J’ai découvert là un autre rythme de vie qui m’a fait beaucoup de bien.

    LR&LP : Comment expliquez-vous la fascination qu’exerce vos métiers, la technique et la technologie sur le public en général ?

    Qui est encore fasciné et qui commence à ne plus l’être ? Les gens d’une vingtaine d’années qui se posent des questions sur ce qui se passe sur le plan écologique commencent à comprendre que le confort ne va pas aller en s’augmentant.

    Quant à ceux qui ne sont pas politisés, ils vont le devenir par la force des choses. Pour répondre à votre question, il y a ce matraquage depuis l’enfance, cette propagande qui nous dit que « le progrès, c’est bon parce que ça permet de lutter contre la mort ».

    C’est l’argument numéro 1 qui ne remet jamais en question ce que le progrès technique génère comme syndromes, comme maladies de civilisation (cancer, stress et dépression, pollution). On dit toujours qu’avec le Progrès, on sauve plus de vies qu’on en supprime, comme Amazon qui est supposé créer plus d’emplois qu’il n’en détruit. Sauf qu’il faudrait commencer par mesurer tout ça !

    Cette propagande marche bien, tout simplement parce qu’elle est au service des intérêts financiers. Même par rapport aux enjeux écologiques, on arrive à faire passer le message que c’est avec plus de technologie qu’on va résoudre le problème.

    Les puissances d’argent n’ont donc aucun souci à se faire ! Sauf que cet horizon dessiné par la technique se fissure lentement. Les 15-20-25 ans commencent à le comprendre.

    LR&LP : Vous semblez très optimiste sur cette politisation des masses.

    Il faut qu’il y ait des conséquences concrètes sur la vie des gens pour que cette politisation accélérée se produise. Or, je pense que c’est ce qui va arriver. On le voit au niveau mondial : il y a rarement eu autant d’insurrections simultanément, je pense par exemple aux mouvements sociaux actuels en Inde, dont l’ampleur semble inégalée.

    En France, beaucoup d’étudiant.es n’ont plus à manger, et ne peuvent pas retrouver de travail. Certain.es se jettent par les fenêtres… Ce qu’on vit est impensable ! Dès qu’il y aura de nouveau des espaces de régénérescence de la puissance collective, cette bouffée d’oxygène que le gouvernement fait en sorte de retarder au maximum, les gens vont se politiser.

    La crise actuelle va laisser évidemment des séquelles. L’espoir, il n’y a guère de raisons d’en avoir sur quoi que ce soit. Je pense que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir conscience que ce qui est arrivé avec le COVID-19 n’est pas grand-chose par rapport à ce qui aurait pu se passer, et ce qui risque de se passer dans un avenir proche.

    La tournure que prennent les choses sur le plan sécuritaire et autoritaire n’est pas réjouissante. Et puis avec les élections qui vont arriver en 2022 en France, le gouvernement a tout intérêt à garder « ça » le plus calme possible, même si ça va être très difficile pour lui.

    Pour revenir sur la politisation accélérée, l’exemple des Gilets Jaunes a été ahurissant. Voilà des centaines de milliers de personnes désabusées qui ont en quelques semaines, pris à bras-le corps leur destin politique.

    LR&LP : Puisque vous parlez politique, pensez-vous que le monde politique et scientifique soit volontairement aveugle ?

    Pour les scientifiques, je pense que c’est partagé car j’en ai vu de différentes sortes. Ce qui est sûr, c’est qu’on peut arriver à haut niveau sans nécessairement remettre les méfaits de la technique en question.

    Des pontes de l’IA dans les instituts de recherches sont convaincus de l’intérêt qu’elle représente. Sont-ce des partisans du Trans humanisme ou du progrès technique à l’infini pour autant, je ne le pense pas. Ils ne prennent pas de recul car ils sont les meilleurs dans ce qu’ils font et donc n’ont pas besoin de remettre ça en question.

    Pour les responsables politiques, je pense que cette cécité est volontaire. Ils savent ce qui se passe depuis des années.

    Emmanuel Macron qui dit qu’on a besoin « de jeunes qui veulent devenir milliardaires », sert tout ce qui a de plus capitaliste dans l’État. C’est ce qui lui a permis d’arriver là où il est semble-t-il.

    Est-ce que, quand il se couche, il se dit que le projet de croissance verte est une belle manœuvre ou en est-il convaincu ? Au fond, la différence importe peu puisque les faits, dramatiques, sont là.

    LR&LP : Peut-on réellement changer le système de l’intérieur ?

    Il y a ce discours récurrent, et que j’ai pu tenir un temps : « Si je n’y vais pas, quelqu’un d’autre va y aller, et je sais que je vais faire mieux car, moi, je suis de gauche ». Je me suis confronté aux limites du réel, et ce que j’essaie de dire dans ce rapport c’est que, malgré toute la bonne volonté qu’on y met, structurellement, ça ne changera pas.

    Ce n’est ni un problème d’idées ni d’individus, puisqu’il y a des limites structurelles à ce qu’on peut faire à l’intérieur d’un système comme le capitalisme.

    Je n’ai pas eu la démarche de faire monter le rapport en interne (contrairement à Jérémy Désir qui a démissionné de HSBC) parce que je voulais démissionner rapidement et aussi parce que Sia Partners n’est pas une entreprise d’importance systémique qu’il faut absolument pointer du doigt, même si elle grossit de plus en plus.

    Ce que je montre, c’est l’envers du solutionnisme technologique et le fonctionnement des cabinets de conseil. Dans les deux cas, nous voulions montrer que ce n’est pas en restant indéfiniment à son poste qu’on peut faire changer les choses.

    Lire aussi : « La démission publique d’un cadre d’HSBC expliquée dans une lettre ouverte à l’humanité »

    LR&LP : Puisqu’on ne peut rester à l’intérieur pour avoir une vie décente et changer le système, et que dehors le chômage gronde, que fait-on ?

    Il y a l’association VPNS, Vous n’êtes pas seul (rires, ndlr) ! Plus prosaïquement, on peut aussi trainer des pieds et garder son salaire sans travailler. Ce n’est pas facile à faire mais c’est possible. Un ami l’a fait dans une grande banque et a négocié finalement une rupture conventionnelle.

    Chez VNPS nous souhaitons utiliser la situation professionnelle d’une personne, qui pensait pouvoir changer le système mais qui s’est heurtée à un plafond de verre, pour lui dire de faire imploser les choses par une démarche de lanceur d’alerte.

    Pour l’heure, nous touchons des salariés de grands groupes, des consultants comme des personnes en ONG. Si demain quelqu’un nous contacte parce qu’il travaille dans une usine de LBD, on va réfléchir à ce qui peut être fait sans mettre la personne en danger.

    Mais on ne va pas se battre qu’avec des idées, il nous faut passer à des stratégies structurelles plus importantes. Je ne crois pas non plus qu’il faille sortir du système pour le détruire. À mon sens, il faut rester dans l’adhérence pour attirer des éléments du système et construire des choses qui vont le corroder. 

    La question qui se pose, c’est combien de personnes, et comment ? Nous poussons un mode d’organisation basé sur l’« archipélisation », comptant sur l’entraide pour faire avancer les luttes que nous portons avec nos proches. On réfléchit en faisant et on fait en réfléchissant. La question d’échelle sera fondamentale.

    LR&LP : 1,4 milliards de smartphones sont vendus chaque année. Que dire à une personne qui pense, et je caricature volontairement, qu’on va planter des arbres grâce à des applis ?

    Puisqu’on les gave avec la « décarbonation » et « la lutte contre le réchauffement », notions parfaitement intégrées dans la démarche néolibérale, les gens n’ont pas conscience que les ravages écologiques sont déjà derrière nous.

    En intégrant ça, on comprend que ces catastrophes sont concomitantes avec l’essor des sociétés industrielles et la complexification des sociétés dites développées. On a beau dire que la technique nous fait vivre un peu plus longtemps en bonne santé, on ne se penche pas sur les conséquences que cette technique et cette technologie produisent au niveau écologique.

    L’artificialisation des sols, l’extractivisme, l’exploitation du vivant et des populations humaines n’ont été possibles que par une chose : le développement et l’utilisation de la technique.

    Nous avons construit des sociétés hiérarchisées, verticales et complexes techniquement. On n’a plus besoin de la prospective pour dire que la technologie, l’Intelligence Artificielle, tout cela est très dangereux : il suffit juste de regarder dans le passé. Tout simplement.

    LR&LP : Comment démystifier les promesses technologiques, par exemple sur le volet médical, agricole et en termes de transport ?

    On nous dit que la médecine nous permet de vivre un peu mieux, un peu plus longtemps. Mais vivons-nous plus heureux ? La question mérite d’être posée. Il y a 10 000 ans, il y avait certes beaucoup de mort-nés, mais ceux qui survivaient à la deuxième année vivaient au-delà de 60 ans d’après les récentes recherches anthropologiques.

    Ils avaient sans doute moins de culture et de bijoux technologiques mais n’ont pas développé d’outils leur permettant de détruire le vivant comme nous le faisons. Je suis convaincu qu’il y a davantage d’entraide que de compétition pour la survie de l’espèce. C’est d’ailleurs tout l’objet du livre de Pierre Kropotkine.

    Sur un plan agricole, avec l’IA, les OGM ou autre, le fantasme de faire émerger une technologie qui nous permettra de toujours trouver des moyens de nous alimenter, passe moins bien il me semble.

    Alors bien sûr, une start up qui fait des steaks d’insectes, a levé 300 millions d’euros récemment. Les gens sont contents, puisque ça va rapporter beaucoup d’argent, mais ça ne me semble pas toucher la personne moyenne qui volontairement choisirait de s’alimenter avec des produits ultra transformés et technicisés plutôt que naturels.

    Et puis il y a le forçage génétique, qui est le fait d’imposer des gênes dominantes chez certaines espèces de butineurs et autres, mais dont les gens ignorent tout, alors que cela me paraît effrayant.

    Lire aussi : La technologie de l’extinction : le forçage génétique

    On ne fera pas mieux que ce qui existe déjà. Le vivant a des centaines de millions d’années d’évolution. Un système ultra rationalisé balisé par l’être humain ne pourra le dépasser.

    Quant à l’argument des 8 milliards d’humains qui ne peuvent être nourris que grâce aux OGM, à l’IA et au forçage génétique, même si nous sommes une espèce extrêmement invasive – avec quelques-uns plus destructeurs que d’autres -, il est aujourd’hui reconnu qu’une agriculture raisonnée permettrait de nourrir ces personnes.

    On nous promet une agriculture 4.0 avec des drones pour nous dire où arroser, récolter ou soigner, mais la plus efficace, c’est la plus petite parcelle sans monoculture et qui se rapproche le plus du milieu naturel.

    Lire aussi : « On n’arrivera pas à éradiquer la faim dans le monde si on ne prend pas la crise climatique au sérieux. »

    Enfin, concernant le transports et l’énergie, quelle est la question ? Est-ce qu’on a envie de continuer à se déplacer autant ? D’avoir des avions, des TGV, d’aller à l’autre bout du monde en aussi peu de temps ?

    Les gens vont sans doute dire oui, parce que ça aura fait partie du confort qu’on aura eu pendant une brève période de l’humanité, de la même façon qu’avoir accès à internet a été fabuleux.

    Mais je crois qu’il faut se rendre compte que certaines choses ne sont pas durables et qu’il vaut mieux réagir maintenant. Sinon, je pense envisageable que cette prise de conscience se fasse suite à des drames humains indicibles.

    La période me semble donc propice pour tirer à l’échelle locale les conséquences d’une fausse croyance : celle d’avoir cru pendant des siècles que le temps, c’était la technique.

    Propos recueillis par Matthieu Delaunay. Journaliste, auteur, voyageur au long cours, Matthieu Delaunay contribue régulièrement à La Relève et La Peste à travers des entretiens passionnants, vous pourrez le retrouver ici.

    7 avril 2021 - Matthieu Delaunay

  • La relève et la peste : recueil

    Hors-série – Recueil

    « Recueil » est le titre de notre nouvelle édition. Ce hors-série regroupe tous les plus beaux textes de La Relève et La Peste depuis plus de 7 ans. Nous avons réuni 14 auteurs qui ont façonné La Relève et La Peste depuis ses débuts. Que vous ayez déjà nos livres ou que vous souhaitiez connaître nos éditions, le meilleur choix est ce hors-série qui donne une vision globale de notre travail éditorial.


    Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire notre planète alors que nous savons que nous devons la protéger ? Plongez en immersion au coeur des assassins financiers du développement, ces tueurs à gages économiques qui escroquent des pays du tiers monde de trillions de dollars soutenus par les pays membres permanents de l’ONU. Comment la désobéissance civile est notre seul moyen d’action face à nos dirigeants ? Parcourez l’arctique avec notre exploratrice qui vous emmènera au coeur d’un territoire où règnent ours polaires et pingouins. Découvrez la vraie démocratie participative avec un maire de France. Plongez au coeur du monde animal à travers leurs intelligences et leurs émotions. Produire ou s’épanouir, devons-nous vraiment choisir ? Allons-nous véritablement vers une planète inhabitable ? Voici un bref aperçu des 14 chapitres qui façonnent ce hors-série exceptionnel.

    Caractéristiques :
    Contenu : Démocratie participative, exploration au coeur de l’arctique, désobéissance civile, entretien avec Pierre Rabhi, investigation au coeur de l’ONU, explications de poèmes, protection des océans, intelligence animale.
    Auteurs : Aurine Cremieu, Jean-loup Izambert, Sebastien Bohler, Jo Spiegel, Idriss Aberkane, Jean-François Mattei, Françoise Gervais, Manuel Cervera-Marzal, Valérie Cabanes, Guillaume Corpard, Karine Lou Matignon, Lamya Essemlali.
    Format : 250 pages
    Reliure : Tranche, avec fil
    Impression : En France, sur du papier certifié PEFC
    Livraison : Dans le monde entier

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  • Accaparement des terres agricoles

    Si c'était dans la Creuse, clair qu'on participerait à l'occupation.

    Sauf, qu'ici, les terres, ça ne vaut pas ce prix-là, sinon, on n'y serait pas...

    Un problème majeur quand on parle d'autonomie alimentaire et de développement d'une agriculture raisonnée, bio, locale.

     

    Pays Basque : des paysans occupent un domaine de 15ha pour lutter contre l’accaparement des terres agricoles

     

    « C’est important de protéger ces 12ha car le territoire est bien loin de l’autonomie alimentaire. Ces terres se trouvent aux portes de Biarritz, si un paysan y fait des légumes ou des fruits et les vend, il n’aura aucune difficulté à trouver des débouchés. La recherche de terres est vraiment le nerf de la guerre pour les porteurs de projet agricole. Si on laisse faire la spéculation foncière sans la réguler, ça va devenir invivable pour les paysans mais aussi la population ! Si on se met à répercuter le prix du foncier sur les denrées alimentaires produites, plus personne ne pourra se nourrir ! »

    21 juillet 2021 - Laurie Debove

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    Trop, c’est trop. Dans le Pays Basque, les paysans sont en colère. Depuis fin juin, ils occupent 15ha de terres agricoles pour lutter contre leur vente spéculative : 3,2 millions d’euros pour les terres, une maison et un corps de ferme abandonnés. Achetés par une multimillionnaire parisienne qui évite tout contact direct avec eux, ils ont décidé de durcir le ton et d’occuper la maison pour faire entendre leurs revendications. Pour eux, cette vente est symbolique des enjeux locaux : l’accès au foncier agricole et au logement devient impossible à cause de la spéculation. Ils sont déterminés à « tenir jusqu’au bout », convaincus que ce patrimoine agricole doit rester un bien commun au service de l’autonomie alimentaire du territoire.

    La spéculation foncière des terres agricoles

    C’est une annonce postée sur les réseaux paysans qui a allumé la mèche de la résistance. A Arbonne, aux portes de Biarritz, le dénommé Yves Borotra vend sa propriété comprenant une maison d’habitation en cours de rénovation, l’ancienne maison des fermiers, inhabitée aujourd’hui, et des parcelles agricoles d’un peu plus de 15 hectares pour 3,15 millions d’euros.

    Or, la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer ; l’établissement de gestion des terres agricoles) a estimé ce bien à 800 000 euros « au maximum » pour l’ensemble, soit quatre fois moins que le prix proposé.

    Malgré ce prix exorbitant, le domaine a trouvé une acheteuse : Diane de L’Espée, une propriétaire foncière multimillionnaire vivant à Paris mais possédant plusieurs biens dans la Région. La Safer a donc déposé une demande de pré-emption partielle pour conserver les 12 ha de terres fertiles, « d’un seul tenant et d’une excellente qualité agronomique », pour y installer des paysans.

    Seulement, le vendeur refuse la pré-emption partielle à un prix inférieur à celui qu’il a décrété, et la Safer ne peut pas payer le prix fort, au risque de légitimer ces pratiques de spéculation dans la Région. Surtout, l’acheteuse veut conserver les 12ha d’un seul tenant pour y mettre des chevaux, et refuse tout bâti car le terrain est situé juste en face de la grande propriété bourgeoise en rénovation, avec vue sur La Rhune, un mont emblématique du Pays Basque.

    La vue depuis le domaine – Crédit : Laurie Debove

    « On n’a rien contre les chevaux, mais le Pays Basque est un petit territoire qui perd déjà 1000ha de terres par an à cause de l’artificialisation. On sait que l’autonomie alimentaire du territoire n’est déjà pas évidente, si on continue à laisser des millionnaires s’accaparer des terres pour en faire de l’agrément, ça devient insupportable. » résume Maryse Cachenaut, paysanne à Itxassou depuis 1995 et membre de Lurzaindia, pour La Relève et La Peste

    Pour le syndicat agricole Euskal Herriko Laborarien Batasuna (ELB) – un syndicat paysan basque rattaché à la Confédération paysanne – et l’association basque Lurzaindia, chargée de protéger le foncier agricole, cette vente est « un cas d’école » de l’accaparement des terres perpétré par la spéculation foncière.

    Depuis le mercredi 23 juin, ils occupent le terrain pour faire entendre leurs revendications.

    Le champ actuellement utilisé pour des chevaux – Crédit : Laurie Debove

    « L’acheteuse ne veut pas de bâti devant chez elle, y compris agricole. Le rêve des paysans est d’installer 3 ou 4 maraîchers, sur ces 12 ha, ce qui implique des serres et des bâtiments. Si l’acheteuse nous enlève cette possibilité, elle enlève l’installation paysanne. C’est important de protéger ces 12ha car le territoire est bien loin de l’autonomie alimentaire. Ces terres se trouvent aux portes de Biarritz, si un paysan y fait des légumes ou des fruits et les vend, il n’aura aucune difficulté à trouver des débouchés. La recherche de terres est vraiment le nerf de la guerre pour les porteurs de projet agricole. Si on laisse faire la spéculation foncière sans la réguler, ça va devenir invivable pour les paysans mais aussi la population ! Si on se met à répercuter le prix du foncier sur les denrées alimentaires produites, plus personne ne pourra se nourrir ! » explique Elise Villain, animatrice du syndicat agricole ELB, pour La Relève et La Peste

    Depuis le début de leur combat, les organismes paysans ont tenté de joindre l’acheteur et la vendeuse pour pouvoir échanger directement avec eux, sans succès. Aux dires de ses proches, le vendeur Yves Borotra serait « un homme sourd de 90 ans vivant en Suisse ». Les paysans, eux, sont perpétuellement renvoyés à des intermédiaires.

    La première banderole des paysans – Crédit : Laurie Debove

    L’inégalité des chances

    L’acheteuse Diane de l’Espée, une retraitée de 75 ans, n’est pas une inconnue des organismes agricoles : elle avait déjà soulevé l’indignation en vendant 32 ha de terres à Saint-Jean-de-Luz pour 12 millions d’euros. Mardi 12 juillet, près de 130 tracteurs ont défilé jusqu’à Biarritz pour protester contre la perte de la vocation agricole de ces terres, et faire connaître la situation à une plus grande part de la population. Une pétition lancée en ligne a déjà récolté près de 30 000 signatures.

    Le défilé de tracteurs sur le départ – Crédit : ELB

    Jeudi 15 juillet, une délégation paysanne d’une dizaine de personnes s’est également rendue chez le notaire et l’architecte en charge du projet, afin d’essayer d’entrer en contact direct avec l’acheteur et la vendeuse. S’ils ont bien été reçus, ils n’ont pas obtenu leurs coordonnées et ont été sommés de partir par les gendarmes.

    De retour au terrain, décision a donc été prise de « durcir le ton » lors d’une assemblée générale. Après avoir occupé le terrain et lancé un potager dessus, les paysans et leurs soutiens ont décidé d’investir la maison en travaux pour tenter de débloquer les négociations.

    Le potager lancé sur le terrain – Crédit : Laurie Debove

    But de la soirée : raccrocher la fourche et la fourchette pour que paysans et société civile soient unis pour faire vivre la mobilisation. Femmes et hommes de tout âge parlent ensemble et s’organisent dans la convivialité. Un groupe de paysans est même venu du Béarn pour apporter son soutien, illustration que cette affaire est loin d’être un simple problème local.

    Ce problème touche tous les paysans, et notamment les personnes qui ne sont pas issues d’une famille d’agriculteurs, comme Martin, un enfant du pays à la recherche de terres pour cultiver du houblon et de l’orge et devenir paysan brasseur.

    « Je viens du village voisin. On a beaucoup de foncier agricole mais il n’est pas libre. Cette prairie je passe devant depuis que je suis gosse, je me suis toujours demandé à qui elle appartenait. La question s’est posée encore plus fort depuis que je souhaite m’installer. Un jour c’est des chevaux, le lendemain d’autres. Moi le premier, je pense que ça peut plus durer. Des terres il y en a plus qu’il n’en faut. Autour de nous, assis par terre, on est plein à chercher du foncier. Mais nous sommes pour la plupart non-issus d’une famille agricole. Quand tu commences de zéro, il n’y a pas de foncier. On passe tous les jours devant des maisons et des terrains inoccupés qui coûtent une fortune. J’ai mis 6 ans à avoir une parcelle d’1ha, et il m’en faut 15… On est tous en train d’enrager. Tout aussi préoccupant, une fois que tu as trouvé tes terres, tu ne peux même pas vivre à côté tellement le prix est exorbitant. Cette vente en particulier cristallise tout : les terrains, la ferme, et un prix hallucinant. Cette affaire balaie le prisme de tous les problèmes en un seul cas. On voit passer pas mal de ventes à plusieurs millions dans le secteur, et cette fois-ci on a décidé de ne pas se laisser faire, on va aller jusqu’au bout. » témoigne Martin, jeune paysan et vigneron, pour La Relève et La Peste

    Arrivée du barnum – Crédit : Laurie Debove

    En France, l’accès aux fermes pour les futurs paysans non issus du milieu agricole devient un véritable facteur d’exclusion. De nombreux élus locaux et parlementaires nationaux ont ainsi apporté leur soutien aux revendications des paysans, et se sont engagés à appuyer leur combat à travers un changement législatif comme la proposition de loi du député Jean-Bernard Sempastous.

    « Je suis là à titre personnel, mais on suit cette affaire de près avec le travail. Je trouve ça scandaleux ce genre de situation où c’est si dur de trouver de la terre pour installer les jeunes, et là c’est acheté par quelqu’un qui n’est pas agricultrice et aucun outil n’est disponible pour lutter contre ça. » explique Camille Vignereau, animatrice installation à Euskal Herriko Laborantza Ganbara, la Chambre d’Agriculture du Pays Basque

    « Nous, on a vraiment le sentiment qu’on nous vole la terre. N’importe quel propriétaire foncier attaché à son bien va dire qu’un propriétaire fait ce qu’il veut, mais il faut aussi penser à l’intérêt général et au bien commun. Et la terre doit être protégée au même titre que l’eau et la biodiversité : c’est un bien commun. Aujourd’hui, une terre qui est artificialisée ou une terre à qui on ne donne pas une vocation nourricière, c’est une responsabilité importante. Et là-dedans, nous paysans avons une responsabilité mais nous sommes de moins en moins nombreux, nous avons donc besoin du soutien des élus et des citoyens pour inverser le rapport de force. » renchérit Maryse Cachenaut, paysanne à Itxassou depuis 1995 et membre de Lurzaindia, pour La Relève et La Peste

    Cette semaine-là, l’appel semble avoir été entendu : de nombreuses personnes de tout âge se sont inscrites sur le planning pour tenir l’occupation de la maison.

    Réunion sur le domaine pour la suite des actions – Crédit : Laurie Debove

    21 juillet 2021 - Laurie Debove

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  • Monnaie libre : Le G1 ou June

    Un ami vient de me parler de ce site. 

    Absolument passionnant, une idée qui va faire son chemin et qui mérite amplement d'être diffusée.

    Je vais étudier ça de très près.  Il est clair qu'il est nécessaire de s'émanciper du système bancaire et financier qui nous gouverne. 

     

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  • Prémonition

    Prémonition

    Définition : Avertissement, d'origine inexplicable mais qui s'impose à la conscience, d'un événement à venir.

    La nuit dernière, j'ai rêvé du roman que j'écrivais avant de décider d'arrêter tout ça. Un passage très précis. La lecture des cahiers de survie de Théo. Une liste effroyable des potentielles raisons d'un éventuel chaos. C'était étrange parce que je voyais Laure, plongée dans sa lecture, et en même temps je voyais ce qu'elle lisait. 

    Je n'écris plus parce que mon temps libre est intégralement tourné vers les actes réels. Et l'écriture n'est en rien réelle. 

    Il y a tant à faire si on tient compte des prémonitions.

     

     

     

    CHAPITRE 45

    Quand Laure avait ouvert les yeux, elle avait deviné dans la pénombre la silhouette de Théo, calé dans le fauteuil. Elle avait écouté sa respiration. Sommeil profond. Elle s’était reproché de s’être endormie sur la banquette.

    Théo n’avait pas besoin de nuits chaotiques. Il ne lui racontait pas grand-chose de sa vie professionnelle mais il était facile d’en deviner la charge.

    Elle se leva et s’approcha. Elle posa les mains sur ses joues, délicatement, centimètre par centimètre, jusqu’à envelopper son visage.

    Il ouvrit les yeux, péniblement, avec les battements lents d’une conscience qui remonte à la surface.

    C’est lorsque les pupilles de Théo brillèrent pleinement que Laure se souvint de son rêve. Un flash-back tonitruant, comme un écran d’ordinateur qui sort de sa veille.

    Les yeux de Figueras.

    Sa respiration s’arrêta.

    Quelques images, elle revoyait l’Indien lui parler, comme une prière lancée à travers l’espace.

    Elle aurait voulu s’isoler, là, dans l’instant, empêcher les images de sombrer dans les gouffres de l’inconscient. Il y avait un message.

    « Viens mon amour, on monte dans la chambre, proposa-t-elle, en tirant Théo par les mains. Ne te réveille pas vraiment, laisse-toi guider, je vais te déshabiller et tu te rendors aussitôt. »

    Théo la laissa mener son idée jusqu’au bout et une fois dénudé, il se glissa sous les draps.

    Elle ôta ses vêtements et elle se glissa à ses côtés.

    Elle attendit quelques minutes puis elle reconnut la respiration de l’homme endormi.

    Elle se concentra immédiatement sur le rêve. Figueras. Comment était-ce possible que son visage soit aussi précisément restitué, aucune déformation, aucune ressemblance avec une autre personne, lui et uniquement lui, du début à la fin, sans qu’elle ne puisse juger de la longueur du film ? Ni retrouver aucune de ses paroles. Un visage impassible bien qu'elle ressentit malgré tout une forme d’inquiétude, non pas une menace identifiée mais quelque chose de flou.

    Il y avait un danger.

    Figueras.

    Combien de fois avait-elle repensé à ce tunnel des âmes et à ces lumières mouvantes dans la voiture ? Et aux yeux de l'Indien. Rien à comprendre puisque rien n’était vérifiable. Il ne pouvait s’agir que d’interprétations. Elle avait dévoré divers ouvrages. « La vie après la vie » de Raymond Moody l’avait beaucoup marquée. Elle avait lu à maintes reprises ce qui aurait pu être son témoignage. Et là, maintenant, Figueras réapparaissait. Le cerf l’avait annoncé. Il aurait été irrespectueux et même fou, finalement, de ne pas tenter de comprendre. Il n’y avait pas qu’elle mais des millions de personnes. Certains scientifiques parlaient de processus chimiques du cerveau; les expérimentateurs parlaient des âmes. Mais là, durant son sommeil, elle n’avait pas exploré le tunnel de lumière de son coma et l’horizon lumineux de la mort, c’était un Indien qui venait en elle et cherchait à délivrer un message. L’Indien qui lui avait intimé l’ordre de retourner dans son corps, l’Indien qui savait tout d’elle, dans le train de Colombie, avant même qu’elle ne lui parle. Qui était-il réellement ? Non pas dans son habit élimé et cette attitude indéfinissable, cette sagesse intérieure qui l’avait troublée, non, pas ce personnage matériel mais l’entité spirituelle, l’âme de cet être. Qui était-il ? Pourquoi revenait-il vers elle ? Si un danger devait survenir, pourquoi la prévenir, elle ? Que pourrait-elle y faire ? Quel était ce danger ? Était-elle la seule concernée ou devait-elle être une messagère ? Et qui croirait à une vision onirique ? Elle n’aurait jamais, absolument jamais la moindre crédibilité.

    Sauf auprès de Théo.

    Il évoquait si souvent les dangers du monde.

    Demain, elle lui parlerait de Figueras.

    Elle attendit plusieurs minutes puis elle accepta l’évidence. Elle ne dormirait pas. Pas dans cet état. Comme une énergie qui déborde. Les jambes agitées par des vagues incessantes de flux électriques.

    Elle se leva silencieusement et rejoignit la bibliothèque du salon. Elle ne souhaita pas reprendre sa lecture précédente et laissa ses yeux naviguer sur les étagères.

    Dans un angle du mur, une petite planche en bois, un coin d'ombre, comme remisée dans un lieu discret. Quatre cahiers au format identique. Une écriture manuscrite sur le dos.

    « Cahier de survie / tome 1 »

    Intriguée, elle retira le volume du rayonnage.

    Une couverture rigide, un large format, des calligraphies ésotériques. Elle songea à des manuscrits religieux.

    Elle l’ouvrit délicatement et le feuilleta.

    Des notes au stylo, des schémas minutieux, de multiples graphiques, des articles découpés et soigneusement collés.

    Un sommaire, des numéros de pages.

    Réchauffement climatique, réserves stratégiques de carburant, cyberattaques, pandémie, autonomie alimentaire des mégapoles, nouvel ordre mondial, permafrost et méthane, élévation du niveau des océans, démographie et alimentation, biodiversité et déforestation, phénomènes climatiques et catastrophes naturelles, comportement humain et sociologie, menaces nucléaires.

    Tout était classé, numéroté. L’ordre habituel de Théo.

    Une bible du survivalisme.

    Elle jaugea rapidement le contenu à une centaine de feuilles par volume. Les trois autres cahiers étaient identiques. Des heures de réflexion, assurément. Une écriture très serrée, comme guidée par la peur de manquer de papier.

    Elle s’installa sur la banquette et se laissa guider par l’intuition. Tellement de choses à lire. Un titre écrit en gras capta son attention.

    « Conséquences d’une rupture brutale d’approvisionnement en pétrole. »

    Théo lui avait déjà parlé de ce scénario. Elle voulut en savoir davantage.

    Trois jours de réserves alimentaires sur Paris. Dépendance critique au ravitaillement. Comme la plupart des principales villes françaises. Transport routier vital. Rationnement obligatoire et des émeutes inévitables. Les réseaux sociaux amplifieront la propagation de la panique. Deux mois de réserves stratégiques de carburant au niveau national quand la situation est gérée. Beaucoup moins si un mouvement de panique s’empare de l’ensemble de la population. Confiscation par le gouvernement des stocks éparpillés sur le territoire. Pillages des magasins. Situation médicale dramatique. Les pannes surviendront très rapidement sur les infrastructures vitales. Plus d’alimentation en eau dans les immeubles. Plus de chasse d’eau. Problème d’hygiène. Plus d’approvisionnement en sang dans les hôpitaux. Plus de médicaments dans les pharmacies. Les morgues seront débordées. Conservation impossible des corps. Protection des bâtiments gouvernementaux et des préfectures. Prise en charge du fonctionnement des centrales nucléaires. Mise à l’arrêt des réacteurs. 

    Comment peut-on en arriver là ?

    * Des attaques terroristes de très grande ampleur, menées par des groupes fortement armés et financés par des États complices. Les raffineries de France et d’autres pays européens peuvent être facilement atteintes. Des incendies incontrôlables réduiront à néant les structures.

    * Un conflit international entre les USA et le Moyen Orient dégénérant en guerre civile entre sunnites, chiites, wahhabites des différents pays arabes et s’étendant aux pays occidentaux sous la forme d’attentats. Les communautés arabes établies dans les pays occidentaux seront ciblées et devront se défendre. Conflits armés dans les grandes villes. Des guerres ethniques entre factions religieuses dans les pays arabes. La Libye est devenue un terrain militaire gigantesque où différents groupes armés s’entre-déchirent, un terreau explosif. La Syrie, le Niger, l’Indonésie et tous les autres. Beaucoup trop de pays incontrôlables. Le blocage du détroit d’Ormuz et des destructions d’oléoduc. Un effet domino orchestré par des attaques diverses, explosions, incendies, cyberattaques, pollutions chimiques entraînant des déplacements massifs de populations. Il y aura inévitablement des dingues qui profiteront du désordre et viendront l’amplifier par des actes imprévisibles, des groupes borderline, sous le contrôle d’aucun État ou groupe connu, juste des fous adeptes de l’apocalypse et rêvant de la fin du monde. Les banlieues et l’ensemble des grandes mégapoles deviendront des zones de non-droit, des territoires tenus par des groupes extrêmement violents. Les armes existent déjà. Il ne manque que la disparition des forces de l’état pour lâcher les fauves.

    * Un éventuel complot politico-financier au sommet de la hiérarchie des hommes les plus puissants de la planète pour instaurer un gouvernement unique à l’échelle mondiale, un plan similaire aux pires romans d’anticipation, des décisions impliquant l’ensemble de l’humanité afin de mettre un terme à la démographie galopante et à ses effets sur l’ensemble de la planète, un plan qui viserait à réduire considérablement le groupe humain afin de permettre une mainmise totale sur les survivants et d'installer sans aucun contre-pouvoir un ordre mondial.

    Cette dernière option me semble de plus en plus probable. Les puissants ne laisseront pas l’humanité détruire la vie sur la planète puisqu’ils disparaîtraient eux aussi."

     

     

     

     

    Une sidération.

    Tout était possible. Rien n’était contestable et pourtant, elle ne parvenait pas y croire totalement, comme si des résistances archaïques l’emprisonnaient dans une vision idyllique du monde, une croyance tenace envers les gouvernants, l’impossibilité d’une telle dévastation au regard de toutes les inconnues qu’elle contenait.

    Elle tourna la page.

     

     

     

    Comportement de la population

    * Si on regarde le comportement irrationnel des consommateurs le premier jour de soldes des grands magasins, on a une idée de ce qui peut survenir au regard d’une pénurie alimentaire. La loi martiale aura beau être décrétée, rien n’empêchera les pillages. L’ouragan Katrina ou celui qui a frappé Saint-Barthélemy et Saint-Martin ont engendré des mouvements violents qui n’ont pu être jugulés qu’avec l’intervention des forces de l’ordre. Qu’en sera-t-il lorsque celles-ci ne pourront contenir des mouvements similaires à l’échelle nationale ou européenne puisqu’elles ne seront plus en mesure de simplement se déplacer? Qu’en sera-t-il lorsque les stocks stratégiques de carburant seront épuisés, lorsque les infrastructures vitales auront été détruites, lorsque le réseau électrique ne fonctionnera plus, lorsque l’alimentation en eau potable sera rompue ? Le pétrole, c’est le sang de l’organisme des états et lorsque le sang ne circule plus et que les principaux organes sont atteints, le retour à une situation normale n’est plus envisageable. Et personne n’a réellement idée des impacts causés, de leur vitesse de propagation, ainsi que des dégâts engendrés.  On ne guérit pas un mourant. On ne peut que prier pour le repos de son âme.

    Qui sera encore en état de prier ?

     

     

     

     

    Elle ferma le cahier et se leva lourdement, assommée, perdue, un déséquilibre intérieur, une masse écrasante qui comprimait sa poitrine.

    Elle avait besoin d’air pur.

    Elle sortit sur le perron et rejoignit le banc accolé à la façade.

    Elle s’assit et respira profondément, lentement, en levant les yeux vers le ciel étoilé.

    Une vague subite de frissons la parcourut. L'air était tiède et elle ne vit dans les flux nerveux que la peur qui coulait dans ses fibres.

  • De l'importance des haies

    Article mis à jour le 19 février 2020, 12:10

    Pourquoi il faut préserver et replanter les haies, le cas de la Bretagne

     

    paysage-agricole-Bretagne

    Dans le Morbihan (Bretagne)
    © 
    Christophe Magdelaine / www.notre-planete.info - Licence : CC BY-NC-ND

    Depuis le siècle dernier, le bocage breton, véritable patrimoine régional, continue de disparaître. Aujourd'hui, malgré des programmes d'aides pour planter des haies comme Breizh bocage, le linéaire de haies régresse toujours sous l'effet des arrachages et du fait de leur vieillissement. En effet, n'étant plus intégrées dans le modèle agricole dominant, les haies ne sont plus pourvues des jeunes arbres qui permettront d'assurer leur renouvellement. Non seulement cela génère une mutation profonde des paysages bretons, mais cela affecte aussi la biodiversité, le cycle de l'eau et finalement nuit à l'agriculture elle-même.

    Depuis 1950, 70 % des haies ont disparu des bocages français. L'office français de la biodiversité (OFB), recensait la disparition de 750 000 km de haies vives, arrachées sous l'effet conjoint du remembrement agricole et du déclin de l'activité d'élevage au profit de la céréaliculture intensive. Aussi, une étude Agreste de 2014 montre que la surface en haies et alignements d'arbres en France métropolitaine est en constante diminution, avec une baisse de 6 % depuis 2006 (Sénat, 2019)

    Les haies étaient autrefois courantes dans le paysage breton, utiles pour l'agriculture et riches de biodiversité. Mais du fait des nouvelles pratiques de l'agriculture industrielle, des centaines de milliers de mètres linéaires de haies ont été coupées, rien qu'en Bretagne (et beaucoup plus dans toute la France).

    En 2008, il restait moins de 182 500 km de talus et haies bocagères en Bretagne, 60 % du linéaire de bocage a disparu de Bretagne entre 1960 et 1980 puis a continué à décroître de 12 % entre 1996 et 2008 (Source : enquête régionale de la Draaf Bretagne).

     

    Si les haies disparaissent, c'est que les agriculteurs, de moins en moins nombreux, manquent de temps pour les entretenir et vont au plus vite en créant de grandes parcelles.

    Au moment où le Conseil Régional et l'Etat font le bilan de Breizh bocage, Bretagne Vivante appelle à une véritable prise de conscience et une mobilisation de tous sur l'importance du bocage breton. Dans un contexte de réchauffement climatique, d'érosion des sols, de pollutions des eaux, de perte d'habitats pour la biodiversité, la disparition du bocage est un enjeu fondamental pour la Bretagne.

    A lire sur ce sujet :

    En pleine crise sanitaire, la destruction des haies se poursuit illégalement en France

    Pourquoi 200 000 km de chemins ruraux ont disparu en France ?

    La place du bocage dans l'agriculture moderne et l'évolution de sa représentation dans la société

    Bretagne : comment les algues vertes peuvent-elles devenir mortelles ?

    Force est de constater que les politiques régionales, pourtant dotées de fonds importants, ne suffisent pas à enrayer cette disparition.

    Pourquoi les haies sont-elles très importantes, pour l'environnement comme pour les agriculteurs ?

     

    Elles absorbent du carbone et participent activement à la lutte contre le changement climatique : planter 1 km de haie stocke 550 à 900 tonnes équivalent Carbone sur 100 ans.

    Elles ont un effet brise-vent bien utile dans une région comme la nôtre : une haie protège une culture sur 15-20 fois sa hauteur.

    Elles servent d'abri aux animaux d'élevage : le rendement (lait, viande) peut augmenter de 20 % si les animaux sont bien protégés.

    Bien gérées, elles peuvent fournir un bois renouvelable, y compris du bois d'œuvre.

    Elles limitent l'érosion des sols et les crues : un terrain nu et pentu peut perdre entre 11 et 86 T de terres/ha/an.

    Elles purifient l'eau en filtrant les eaux de ruissellement : certaines haies consomment des nitrates (fonctionnent comme un filtre épurateur).

    Une haie riche en humus abrite de nombreux micro-organismes décomposeurs qui améliorant la qualité du sol et rendant de nombreux services écosystémiques (notamment celui de décomposer tout ou partie des produits chimiques tels que les pesticides).

    Elles servent de refuge à une grande diversité d'animaux (oiseaux, petits mammifères, papillons, reptiles, etc.) et constituent une continuité écologique entre les milieux naturels.

    Les haies fleuries sont essentielles pour les pollinisateurs tout en embellissant le paysage.

    Elles limitent l'exposition à la pollution liée au trafic automobile (en bordure de routes) et aux épandages de pesticides (près des habitations).

    les haies fruitières peuvent contribuer à la résilience alimentaire du territoire et sont un lien entre les riverains et la nature.

    Elles préservent l’intimité des promeneurs et cyclistes qui longent les routes mais aussi des enfants dans les cours d'écoles.

    Elles permettent de lutter contre les ravageurs des cultures en abritant leurs prédateurs ou leur en offrant le nourriture qui ne sera pas prélevée sur les champs.

    Chacun peut intervenir pour préserver les haies

    Ne pas les arracher. Même un talus peu arboré a une valeur qui peut être améliorée.

    Ne jamais les entretenir avec des produits chimiques, toujours préférer les coupes mécaniques. Ne pas faire de coupes au printemps / début été, pour ne pas perturber la période de nidification des oiseaux.

    Conserver une bande herbacée fleurie et sauvage en pied de haie. Ne pas araser les talus.

    Planter des haies, quand on a le terrain pour le faire, avec des essences locales, qui pousseront mieux et attireront plus de biodiversité.

    On peut aussi alerter les mairies afin qu'elles classent certaines haies faisant partie du patrimoine de leur commune sur le plan local d'urbanisme. Même si une telle protection est au bon vouloir des municipalités, lors de l'élaboration des plans locaux d'urbanisme, cela reste une des meilleures solutions existantes pour pouvoir protéger certaines haies.

    Outre l'action individuelle, Bretagne Vivante demande aux acteurs publics, et en particulier aux collectivités territoriales, de développer de vrais programmes d'action sur le bocage, avec les agriculteurs, les habitants et les associations environnementales, au bénéfice de tous.

    Quand planter les arbres et arbustes ?

    Fin novembre est le meilleur moment pour planter des haies, en dehors de période de gel ou de sécheresse. De nombreux sites donnent des conseils de jardinage !

    Pour le choix des arbustes, il sera fonction de la nature de votre terrain mais aussi de la hauteur que vous souhaitez voir votre haie atteindre. Préférez des mélanges d'arbustes aux haies composées d'une seule essence, et privilégiez les variétés locales, qui seront bien adaptées à votre terrain. Puis les haies, selon les essences que vous choisirez, c'est aussi une source de nourriture : vous pourrez faire de délicieuses tartes ou confitures avec les mûres ou avec les baies de sureau !

    Particuliers, agriculteurs, collectivités, conservez le bocage et plantez des haies avec des essences locales adaptées à notre région !

  • Planète-info : climat

    19 juillet 2021, 09:59

    Pourquoi le changement climatique n'explique pas tout dans les inondations en Allemagne ?

     

    inondation-Schuld-Allemagne-14072021

    Inondations à Schuld (Rhénanie-Palatinat, Allemagne), mi-juillet 2021
    © Unwetter Freaks - Licence : Tous droits réservés

    Les inondations catastrophiques dans le sud-ouest de l'Allemagne ont largement été médiatisées et pour cause : près de 200 morts, des dégâts significatifs... Cela dit, ce fût aussi l'occasion de désigner un seul coupable devenu une fatalité : le changement climatique, occultant de nouveau l'aménagement du territoire irresponsable qui augmente considérablement le risque.

    La journée du 14 juillet restera gravée dans les mémoires pour le sud-ouest de l'Allemagne et l'est de la Belgique. Des précipitations extraordinaires ont été relevées ce jour, après un 13 juillet déjà abondamment arrosé :

    154 mm à Cologne ;

    144,8 mm à Kall-Sistig ;

    129,2 mm à Dahlem-Schmidtheim ;

    124,1 mm à Schneifelforsthaus ;

    119,4 mm à Lissendorf ;

    114,4 mm à Lüdenscheid.

    "En 72h, les cumuls du 13 au 15 juillet ont atteint jusqu'à 182 mm en Allemagne, à Nachrodt-Wiblingwerde une commune de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Le Luxembourg a été aussi touché par d'intenses précipitations. 74 mm ont été mesurés en 12 h à l'aéroport Findel, un nouveau record de précipitation en 12 h pour ce pays", précise Météo-France qui ajoute que cette situation est liée à une goutte froide.

    En météorologie, une goutte froide ou goutte d'air froid désigne un volume limité d'air froid qui entraîne le plus souvent à une circulation atmosphérique de blocage. Celle-ci peut générer des précipitations intenses et durables pendant quelques jours causant des inondations.

     

    Ces précipitations intenses sur l'Etat allemand de Rhénanie-Palatinat et le sud de la Belgique ont tué près de 200 personnes tandis que plusieurs sont toujours portées disparues. Les dégâts dans la vallée sont impressionnants.
    "C'est une situation surréaliste et fantomatique, je dirais presque que la langue allemande a du mal à trouver les mots pour décrire la dévastation qui a été causée", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, lors d'une conférence de presse tenue le 18 juillet 2021 à Schuld (Rhénanie-Palatinat). "Le gouvernement fédéral et les régions agiront ensemble pour remettre progressivement de l'ordre" dans les zones dévastées, a-t-elle ajouté.

    Le changement climatique est-il responsable des inondations en Allemagne ?

    Le changement climatique, ce basculement planétaire et global du climat engendré par nos activités a de multiples conséquences. Si les vagues de chaleur de plus en plus régulières et puissantes sont des manifestations très probablement corrélées au réchauffement climatique, c'est encore beaucoup moins clair pour les inondations dont les conséquences sont principalement liées à un enjeu (présence d'habitations) mal ou pas du tout pris en compte.

    A lire sur ce sujet :

    Inondations catastrophiques au Sénégal : analyse des défis et prospectives d'une urbanisation chaotique

    En effet, la plupart du temps, c'est le mauvais aménagement du territoire qui reste la cause première d'inondations catastrophiques. Cela peut se traduire sur le terrain par une imperméabilisation à outrance, la perte de couvert forestier, d'espaces naturels, de haies, de zones humides qui font office d'éponge et de barrières naturelles : les sols, saturés en eau, ne peuvent plus absorber des précipitations exceptionnelles qui se déversent alors dans les fonds de vallées, rapidement inondées.

    En outre, les lits majeurs des rivières sont dorénavant occupés par les activités humaines et les logements, il suffit de précipitations exceptionnelles (avec une période de retour qui n'est pas compatible avec les vues à court terme de nos sociétés) pour que le cours d'eau occupe naturellement et de nouveau son lit... Les images de cette catastrophe sont édifiantes : le lit majeur de l'Ahr était tout simplement bétonné et occupé par des habitations... Un cas d'école que l'on retrouve dans la plupart des inondations de vallées.

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    Avant et après les inondations du 14 juillet 2021. La rivière l'Ahr retrouve tout naturellement son lit majeur
    Auteur : Unwetter Freaks / Nahel B - Licence : DR

    L'étude de la situation géographique des zones inondées à Schuld est édifiante également : cette commune est encastrée dans une vallée où coule l'Ahr, un affluent du Rhin. Elle est située à 250 m d'altitude en contrebas de plateaux d'environ 400 m d'altitude. Or, ceux-ci sont très largement cultivés et dépourvus de haies (dont les fonctions écologiques et hydrologiques sont essentielles) et encore moins de couvert forestier à même d'absorber et freiner une partie du ruissellement.

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    Situation géographique de la municipalité de Schuld où coule la rivière Ahr (Rhénanie-Palatinat, Allemagne)
    Auteur : Google / GeoBasis-DE/BKG (©2009) / Landsat / Copernicus / Data SIO, NOAA, U.S. Navy, NGA, GEBCO / IBCAO - Licence : DR

    "Les précipitations extrêmes deviendront plus intenses et fréquentes dans de nombreuses régions"

    Le dernier rapport du GIEC publié en 2014 - dont la révision est imminente - indiquait : "Il est très probable que les vagues de chaleur se produiront plus souvent et dureront plus longtemps, et que les événements de précipitations extrêmes deviendront plus intenses et fréquentes dans de nombreuses régions."
    Les inondations catastrophiques en Allemagne pourraient être engendrées par le changement climatique sans que cela soit une certitude.
    "Le changement climatique ne joue pas directement sur l'occurrence d'un événement météo lié à la circulation atmosphérique de grande échelle, comme le déplacement d'une goutte froide sur l'Europe de l'est qui est à l'origine des pluies actuelles. Ce sont des phénomènes météorologiques connus et documentés de longue date, mais le changement climatique amplifie leur intensité. On constate ces dernières années que l'intensité des événements météorologiques remarquables augmente. Leur sévérité a ainsi été aggravée par le changement climatique." précise Météo-France.

    Ce qui est certain c'est que les décideurs et aménageurs ne considèrent pas suffisamment les conséquences d'un monde plus chaud et continuent de construire de manière irresponsable, sans atténuer ou prévenir les risques liés au changement climatique.
    Par exemple, en France, les nouveaux lotissements construits ne tiennent aucun compte du phénomène 
    d'îlot de chaleur urbain et sont imperméabilisés à outrance, sans végétation rafraîchissante. De surcroît, on continue de construire dans des zones inondables, y compris sur les littoraux qui seront pourtant submergés dans quelques décennies seulement...

    "Après les récentes évolutions catastrophiques - surtout en Europe occidentale - tout le monde semble parler de l'urgence climatique, et à juste titre. Mais dès que ces tragédies seront terminées, nous oublierons probablement et passerons à autre chose comme avant.
    À moins que nous traitons la crise comme une crise de tout temps, nous ne pourrons pas stopper l'urgence climatique." Greta Thumberg qui commente cette tragédie.

  • Assemblée nationale : Résolution 2361

     

    Il ne s'agit donc pas d'un site complotiste...

    Assemblée nationale : Texte du 27 janvier 2021

     

    " Pour ce qui est de garantir un niveau élevé d’acceptation des vaccins:

    7.3.1 de s'assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement;

    7.3.2 de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner;"

     

    Résolution 2361 (2021)

    Vaccins contre la covid-19: considérations éthiques, juridiques et pratiques

    Résolution 2361 (2021)

    Auteur(s) :

    Assemblée parlementaire

    Origine

    Discussion par l’Assemblée le 27 janvier 2021 (5e séance) (voir Doc. 15212, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et du développement durable, rapporteure: Mme Jennifer De Temmerman). Texte adopté par l’Assemblée le 27 janvier 2021 (5e séance).

    1. La pandémie de covid-19, maladie infectieuse causée par le nouveau coronavirus SRAS-CoV-2, a été source de beaucoup de souffrances en 2020. En décembre 2020, plus de 65 millions de cas avaient été enregistrés dans le monde et plus d’1,5 million de personnes avaient perdu la vie. La charge de morbidité de la pandémie elle-même et les mesures de santé publique nécessaires pour la combattre ont ravagé l’économie mondiale, dévoilant au grand jour des fractures et des inégalités préexistantes (y compris dans l’accès aux soins) et causant chômage, déclin économique et pauvreté.

    2. Le déploiement rapide, dans le monde entier, de vaccins sûrs et efficaces contre la covid-19 sera déterminant pour contenir la pandémie, protéger les systèmes de santé, sauver des vies et contribuer à la relance des économies mondiales. Même si des mesures non pharmaceutiques comme la distanciation physique, le port du masque, le lavage fréquent des mains et les fermetures et confinements ont contribué à ralentir la propagation du virus, les taux d’infection sont de nouveau en hausse presque partout dans le monde. De nombreux États membres du Conseil de l’Europe sont confrontés à une seconde vague, pire que la première, et leurs habitants éprouvent de façon plus prononcée une certaine lassitude face à la pandémie (appelée en anglais «pandemic fatigue») et se sentent démotivés à l’idée de suivre les comportements recommandés pour se protéger et protéger autrui du virus.

    3. Cependant, les vaccins, même s’ils sont sûrs, efficaces et déployés rapidement, ne sont pas une panacée dans l’immédiat. En effet, après la période des fêtes fin 2020 et début 2021, avec leurs traditionnels rassemblements en intérieur, les taux d’infection seront probablement très élevés dans la plupart des États membres. Par ailleurs, une corrélation vient d’être scientifiquement établie par des médecins français entre les températures extérieures et le taux d’incidence de la maladie sur les hospitalisations et les décès. Les vaccins ne suffiront sans doute pas à faire baisser de manière significative les taux d’infection cet hiver, d’autant plus si l’on tient compte du fait que, à ce stade, la demande est largement supérieure à l’offre. Un semblant de «vie normale» ne pourra donc reprendre, même dans les meilleures conditions, avant le milieu ou la fin de l’année 2021 au plus tôt.

    4. Pour que les vaccins soient efficaces, il est absolument essentiel que leur déploiement soit réussi et qu’ils soient suffisamment acceptés par la population. Cependant, la rapidité avec laquelle les vaccins sont mis au point peut provoquer un sentiment de défiance difficile à combattre. Un déploiement équitable des vaccins contre la covid-19 est également nécessaire pour garantir leur efficacité. En effet, s’ils ne sont pas assez largement distribués dans une région gravement touchée d’un pays, les vaccins deviennent inefficaces et ne permettent pas d’endiguer la propagation de la pandémie. En outre, le virus ne connaît pas de frontières et il est donc dans l’intérêt de chaque pays de coopérer afin de garantir une équité mondiale dans l’accès aux vaccins contre la covid-19. La réticence à la vaccination et le nationalisme en matière de vaccin sont à même de réduire à néant les efforts couronnés de succès et étonnamment rapides qui ont été déployés jusqu’ici pour mettre au point un vaccin, car ces comportements permettraient au virus SRAS-CoV-2 de muter, rendant ainsi partiellement inopérant l’outil le plus efficace au monde à ce stade pour lutter contre la pandémie.

    5. La coopération internationale est ainsi plus que jamais nécessaire pour accélérer la mise au point, la fabrication et la distribution juste et équitable des vaccins contre la covid-19. Le dispositif COVAX est l’initiative phare en ce qui concerne l’attribution des vaccins et leur accès à l’échelle mondiale. Codirigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Gavi l’Alliance du vaccin et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations-CEPI), COVAX mobilise des fonds auprès des pays adhérents afin de soutenir la recherche, le développement et la fabrication d’un large éventail de vaccins contre la covid-19, mais aussi en négocie les prix. Une gestion adéquate des vaccins et une logistique de la chaîne d’approvisionnement, qui requièrent une coopération internationale et des préparatifs de la part des États membres, seront également nécessaires afin d’assurer une distribution sûre et équitable des vaccins. À cet égard, l’Assemblée parlementaire attire l’attention sur les orientations élaborées par l’OMS à l’intention des pays concernant la préparation et la mise en œuvre des programmes ainsi que la prise de décision au niveau national.

    6. Les États membres doivent dès à présent mettre au point leurs stratégies de vaccination pour attribuer les doses de manière éthique et équitable, et déterminer notamment les groupes de population prioritaires durant les premières phases de déploiement, lorsque les stocks sont limités, ainsi que la manière d’étendre la couverture vaccinale à mesure que la disponibilité d’un ou plusieurs vaccins contre la covid-19 s’améliore. Les spécialistes de la bioéthique et les économistes s’accordent largement à dire que les personnes de plus de 65 ans et celles de moins de 65 ans qui présentent le plus grand risque de contracter une forme grave de la maladie et d’en mourir en raison d’affections sous-jacentes, le personnel de santé (tout particulièrement ceux qui travaillent en contact étroit avec des personnes appartenant à des groupes à haut risque) et les personnes exerçant dans des infrastructures essentielles devraient être vaccinées en priorité. Les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes, pour lesquels aucun vaccin n’a à ce jour été autorisé, ne doivent pas être oubliés.

    7. Les scientifiques ont accompli un travail remarquable en un temps record. C'est maintenant aux gouvernements d'agir. L'Assemblée soutient la vision du Secrétaire général des Nations Unies selon laquelle un vaccin contre la covid-19 doit être un bien public mondial. La vaccination doit être accessible à toutes et tous, partout. L’Assemblée demande donc instamment aux États membres et à l’Union européenne:7.1 en ce qui concerne la mise au point des vaccins contre la covid-19:

    7.1.1 de garantir des essais de haute qualité qui soient solides et menés dans le respect des règles éthiques, conformément aux dispositions pertinentes de la Convention pour la protection des droits de l'homme et de la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie et de la médecine: Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine (STE no 164, Convention d’Oviedo) et son Protocole additionnel relatif à la recherche biomédicale (STCE no 195), et qui incluent progressivement les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes;

    7.1.2 de veiller à ce que les organismes réglementaires chargés d’évaluer et d’autoriser les vaccins contre la covid-19 soient indépendants et à l’abri de toute pression politique;

    7.1.3 de veiller à ce que les normes minimales pertinentes de sécurité, d’efficacité et de qualité des vaccins soient respectées;

    7.1.4 de mettre en place des systèmes efficaces de contrôle des vaccins et de leur sécurité après leur déploiement dans la population générale, y compris en vue de surveiller leurs effets à long terme;

    7.1.5 de mettre en place des programmes indépendants de réparation en cas de dommages ou de préjudices injustifiés consécutifs à la vaccination;

    7.1.6 d’être particulièrement attentifs au risque de délit d’initié par des responsables de l’industrie pharmaceutique ou des entreprises pharmaceutiques qui s’enrichiraient anormalement aux dépens de la collectivité, en mettant en œuvre les recommandations figurant dans la Résolution 2071 (2015) intitulée «La santé publique et les intérêts de l’industrie pharmaceutique: comment garantir la primauté des intérêts de santé publique?»;

    7.1.7 de surmonter les obstacles et les restrictions découlant des brevets et des droits de propriété intellectuelle, afin d’assurer la production et la distribution à grande échelle de vaccins dans tous les pays et pour tous les citoyens;

    7.2 en ce qui concerne l’attribution des vaccins contre la covid-19:

    7.2.1 de veiller au respect du principe de l’accès équitable aux soins de santé, tel qu’énoncé à l’article 3 de la Convention d’Oviedo, dans les plans nationaux d’attribution des vaccins, en garantissant que les vaccins contre la covid-19 sont mis à la disposition de la population indépendamment du genre, de la race, de la religion, de la situation juridique ou socio-économique, de la capacité de payer, du lieu et d’autres facteurs qui contribuent souvent à des inégalités au sein de la population;

    7.2.2 d’élaborer des stratégies de distribution équitable des vaccins contre la covid-19 au sein des États membres, en tenant compte du fait que l’offre initiale sera limitée, et de prévoir comment les programmes de vaccination seront déployés lorsque l’offre s’étoffera; de suivre les conseils des institutions et comités de bioéthique indépendants aux niveaux national, européen et international, ainsi que ceux de l’OMS, lors de l’élaboration de ces stratégies;

    7.2.3 de veiller à ce que les personnes d’un même groupe prioritaire soient traitées équitablement, en accordant une attention spéciale aux plus vulnérables comme les personnes âgées, les personnes présentant des maladies sous-jacentes et les professionnels de la santé, tout particulièrement ceux qui travaillent en contact étroit avec des personnes appartenant à des groupes à haut risque, ainsi que les personnes exerçant dans des infrastructures essentielles et dans les services publics, notamment les services sociaux, les transports publics, les forces de l’ordre, les écoles, ainsi que dans les commerces;

    7.2.4 de promouvoir un accès équitable aux vaccins contre la covid-19 entre les pays en soutenant des initiatives internationales, notamment le Dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la covid-19 (Accélérateur ACT) et son initiative COVAX;

    7.2.5 de s’abstenir de stocker des vaccins contre la covid-19, car cette pratique affaiblit la capacité d’autres pays à se procurer des vaccins pour leur population, et de veiller à ce que le stockage ne se traduise pas par une augmentation des prix des vaccins à l’avantage de celles et ceux qui les stockent contre celles et ceux qui ne le peuvent pas; d’effectuer des audits et un contrôle a priori pour assurer un déploiement rapide des vaccins à un coût minimal fondé sur la nécessité et non sur la puissance commerciale;

    7.2.6 de veiller à ce que chaque pays soit en mesure de vacciner ses professionnels de santé et ses groupes vulnérables avant que la vaccination ne soit déployée aux groupes non à risque, et donc d’envisager de faire don de doses de vaccin ou d’accepter que la priorité soit donnée aux pays qui n’ont pas encore été en mesure de le faire, en gardant à l’esprit qu’une allocation mondiale juste et équitable des doses de vaccin est le moyen le plus efficace de vaincre la pandémie et de réduire les fardeaux socio-économiques qui y sont associés;

    7.2.7 de veiller à ce que les vaccins contre la covid-19 dont la sécurité et l’efficacité ont été établies soient accessibles à toutes celles et tous ceux qui en auront besoin à l’avenir, en ayant recours, là où cela sera nécessaire, à des licences obligatoires en contrepartie du versement de droits;

    7.3 pour ce qui est de garantir un niveau élevé d’acceptation des vaccins:

    7.3.1 de s'assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement;

    7.3.2 de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner;

    7.3.3 de prendre des mesures efficaces le plus tôt possible pour lutter contre les fausses informations, la désinformation et la méfiance concernant les vaccins contre la covid-19;

    7.3.4 de diffuser en toute transparence des informations sur la sécurité et les éventuels effets indésirables des vaccins, de travailler avec et réglementer les plateformes de médias sociaux pour empêcher la propagation des fausses informations;

    7.3.5 de communiquer, de manière transparente, le contenu des contrats avec les producteurs de vaccins et de les rendre publics pour examen par les parlementaires et le public;

    7.3.6 de coopérer avec des organisations non gouvernementales et/ou d’autres initiatives locales afin d’atteindre les groupes marginalisés;

    7.3.7 de se rapprocher des communautés locales pour élaborer et mettre en œuvre des stratégies sur mesure visant à faciliter l’acceptation des vaccins;

    7.4 en ce qui concerne la vaccination des enfants contre la covid-19:

    7.4.1 de veiller à un juste équilibre entre le déploiement rapide de la vaccination chez les enfants et l’examen justifié des préoccupations concernant la sécurité et l’efficacité des vaccins, et d’assurer la sécurité et l'efficacité complètes de tous les vaccins pour les enfants en mettant l’accent sur l’intérêt supérieur de l’enfant, conformément à la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant;

    7.4.2 de mener des essais de haute qualité, en tenant dûment compte des garanties applicables, conformément aux recommandations et aux normes légales internationales, notamment de la répartition équitable des bénéfices et des risques pour les enfants inclus dans les essais;

    7.4.3 de veiller à ce que les souhaits des enfants soient dûment pris en compte, en conformité avec leur âge et leur degré de maturité; lorsque le consentement de l’enfant ne peut pas être donné, de veiller à ce qu’un accord reposant sur des informations fiables et adaptées à son âge soit donné sous d’autres formes;

    7.4.4 de soutenir le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) dans les efforts qu’il déploie pour procurer à ceux qui en ont le plus besoin des vaccins de fabricants ayant passé des accords avec l’initiative COVAX;

    7.5 en ce qui concerne la surveillance des effets à long terme des vaccins contre la covid-19 et de leur innocuité:

    7.5.1 d’assurer la coopération internationale pour la détection et l'élucidation en temps opportun de tout signal de sécurité au moyen d'un échange mondial, en temps réel, de données sur les manifestations postvaccinales indésirables (MAPI);

    7.5.2 d’utiliser les certificats de vaccination uniquement dans le but désigné de surveiller l’efficacité du vaccin, les effets secondaires potentiels et les effets indésirables;

    7.5.3 d’éliminer les ruptures dans la communication entre les autorités de santé publiques locales, régionales et internationales traitant des données MAPI, et de surmonter les faiblesses des réseaux de données de santé existants;

    7.5.4 de rapprocher la pharmacovigilance des systèmes de santé;

    7.5.5 de soutenir le domaine émergent de la recherche «adversomique», qui étudie les variations interindividuelles des réponses vaccinales fondées sur les différences d'immunité innée, de microbiomes et d'immunogénétique.

    8. En référence à la Résolution 2337 (2020) sur les démocraties face à la pandémie de covid-19, l’Assemblée réaffirme que les parlements, en tant que clés de voûte de la démocratie, doivent continuer de jouer leur triple rôle de représentation, d’élaboration de la loi et de contrôle en ces temps de pandémie. L’Assemblée demande donc aux parlements d’exercer ces pouvoirs, selon le cas, également en ce qui concerne la mise au point, l’attribution et la distribution des vaccins contre la covid-19.