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  • "Et tout le monde s'en fout..."

    Rien à ajouter. C'est parfait.

  • D'hier à aujourd'hui.

    J'ai écrit ce texte il y a quatre ans. Aujourd'hui, le constat est encore plus sombre.


     

    "Un bon enseignant doit être capable de montrer que ses ailes ont bien été rognées par l'instruction qu'il a reçue afin d'être autorisé à rogner désormais les ailes de ses élèves."

     

    L'éducation nationale est le plus grand budget de l'état.

    Il faut de gros moyens pour rogner des ailes de millions d'individus. Il faut une grosse puisssance de feu. 

    Sortir du cursus scolaire en ayant réussi à ne pas se perdre en cours de route relève donc de l'exploit.

     

    C'est sans doute parce que mes ailes ont repoussé avec les années que je n'arrive plus à rogner convenablement. J'ai toujours voulu regarder mon travail comme celui du ver dans la pomme. J'étais payé par l'Etat et je m'opposais à son pouvoir, au formatage qu'il me demandait de réaliser. J'ai longtemps cru que ça avait des effets positifs et que je me servais de l'Etat à "l'insu de son plein gré"...

    C'est terrifiant la prétention en fait...Terrifiant comme on peut se bercer d'illusions.

    Comme si moi, petit instituteur, je pouvais en un an, dans ma classe, permettre à de jeunes esprits de prendre conscience de leur statut d'être humain. De la nécessité d'être en quête de vérité, d'être engagé dans une voie spirituelle, d'être sur la défensive par rapport au monde marchand, par rapport au système, comme si ces enfants pouvaient avoir une vision claire de ce système alors que je cherche encore moi-même à en identifier tous les rouages.

     

    Je sais bien pourquoi ma cornée est trouée, pourquoi mon champ visuel s'est réduit, pourquoi ma vésicule biliaire ne fonctionne plus, pourquoi j'ai toutes ces somatisations qui s'empilent les unes sur les autres, indéfiniment...

    Tout ce travail ne sert à rien et je ne supporte plus de voir cette réalité devant moi."


     

    Oui, j'en suis là, de nouveau, après trois ans d'arrêt et de contestation inutile puisque je suis de nouveau dans une classe. A quoi cela a-t-il servi que je m'oppose aux directions gouvernementales ? Sur la réforme, elle-même, ça n'a eu aucun effet et je n'avais pas cette prétention. Par contre, je sais que si je ne l'avais pas fait, je serais bien plus "abîmé" encore. La honte, c'est comme une peste, ça ronge. Je préfère la colère, finalement. 

    Alors qu'en est-il aujourd'hui après cet intermède ? 

    Je suis effaré premièrement par "l'instabilité" des enfants. Pour la plupart, ils sont mûs par une agitation perpétuelle. Avoir un objet dans la main semble être une nécessité absolue et s'ils n'étaient pas "invités" à rester assis et silencieux, ils seraient debout en permanence et parleraient sans discontinuer. 

    Certains ne sont sans doute pas ,naturellement, prédisposés à ce genre d'attitude mais l'importance du groupe a un effet dévastateur...Comment rester calme et intériorisé quand le monde entier, autour de soi, est agité et bruyant ?...

    J'ai l'impression, parfois, que ma classe, n'est qu'une antichambre préfabriquée du monde adulte. 

    Comment comprendre, par exemple, que les enfants sont dans leur grande majorité, incapables de maintenir le silence en eux au-delà de cinq minutes (expérience faite en classe) et que le premier "coupeur de silence" sera immédiatement suivi par une dizaine d'autres qui paraissaient en fait attendre l'occasion pour laisser couler cette agitation qu'ils ne pouvaient plus contenir ? 

    J'ai l'impression parfois d'avoir en face de moi des individus en danger, en alerte constante, à l'affût du moindre bruit... On dirait des lièvres aux abois dans un champ clos. Et ça me désole profondément. 

    Comment comprendre que les notions " de travail et d'effort, d'abnégation et de patience, de détermination et de conscience de soi," relèvent pour eux d'un total mystère, d'une incompréhension profonde alors que toute forme d'enseignement, aussi pointue soit-elle, ne peut être validée que par l'entière conscience du travail dans l'esprit de l'enseigné ?

    Je pense que nous avons tout faux sur les premières années d'enseignement de nos élèves. Il ne sert à rien de vouloir insérer dans de jeunes esprits l'apprentissage de la lecture et du calcul, de l'écriture et des mathématiques, alors qu'ils n'ont quasiment aucune conscience d'eux-mêmes, ni certainement aucune conscience de l'importance considérable d'être un humain en éveil ? 

    Je récupère dans une classe de 29 CM2 des enfants qui, pour un tiers, connaissent des difficultés et ne voient plus l'école que comme une menace, une majorité qui suit mais sans aucune ardeur réelle et quelques-uns et unes qui éprouvent toujours un embrasement constant dans leur existence, des esprits en éveil, des regards flamboyants.

    J'ai connu dans mes premières années des pourcentages inverses. Et je n'ai vu au fil des ans qu'une dégradation.

    J'ai passé alors des milliers d'heures à tenter de comprendre le pourquoi du comment, à analyser ma pratique, à essayer de les enthousiasmer à travers le travail, à faire bouillir en eux ce magma de l'intellect et du corps et simultanément à culpabiliser devant le manque de passion et de sérieux, de réflexion et de calme, à culpabiliser de ne pas pouvoir repousser la vague folle du monde extérieur d'entre les murs de ma classe. 

    J'ai la "chance" au vu de tout ce qui est parti en vrille, physiquement et psychologiquement, d'avoir obtenu un poste à mi-temps thérapeutique à plein salaire. (reconductible ou pas tous les trois mois après avis d'une commission médicale). Je sais aujourd'hui, arrivé aux premières vacances scolaires, et en observant le délabrement de mes collègues après deux mois de classe, que ce travail n'est plus pour moi. 

    Ni sur un plan physique et psychologique, ni encore moins sur un plan spirituel. Il est évident que la partie est finie. 

    Les parents qui continueront à penser que l'école publique a les moyens d'oeuvrer au développement bienheureux, rigoureux et aimant de leurs enfants, sont entrés dans le champ de l'utopie. 

    Nous n'avons plus, enseignants, ni les conditions favorables (sur-effectif), ni les moyens (j'ai fait moi-même des meubles de ma classe, budget des communes en berne), ni les dirigeants intelligents, ni la formation professionnelle, ni le soutien de la société civile elle-même. Peu importe les raisons, c'est un fait, un constat et c'est justement le fait que ça soit possible qui est consternant.

    Le problème fondamental, c'est que l'institution scolaire fonctionne comme la société civile et que justement et inévitablement, le développement spirituel des individus en est renié. Qu'on ne vienne pas me dire que le travail salarié, tel qu'il est vécu, par des millions d'individus, contribue à leur développement spirituel... L'école est-elle donc devenue une simple succursale du monde salarié ? Doit-on extraire tout bonheur de ces lieux ? Doit-on juste astreindre les masses étudiantes à ingurgiter des nourritures "matérielles" ?

    "Tu auras un meilleur métier que moi, mon fils."

     

    Les enfants, et c'est bien évidemment, le plus douloureux, sont considérablement contaminés par ce monde extérieur et je n'ai pas le pouvoir, ni encore moins l'énergie, pour lutter contre de telles forces.

    Je peux me dire qu'il restera peut-être un petit coin lumineux dans leur tête, dans quelques années, un lieu secret où il leur plaira de venir se reposer et se réjouir. Leur année de CM2.

    C'est la dernière chose qui me tient "debout" quand j'ouvre la porte et que je les regarde entrer. 

    "Pourvu qu'il en reste quelque chose de bien de toutes ces heures à vivre..."

    Il m'est venu parfois l'idée, au fil de ma carrière, que tout ce chemin professionnel n'avait aucun sens, n'avait aucun effet bénéfique sur personne et je sentais aussitôt les larmes monter. C'était une réelle douleur. Des dizaines de visages qui. s'affichaient en fond d'écran sur ma mémoire. 

    Aujourd'hui, je ne ressens plus rien d'aussi intense.

    J'ai d'ailleurs oublié la majorité des visages d'enfants de mes cinq dernières années alors que je me souviens parfaitement bien des enfants de mes premières classes.

    Est-ce une lassitude, un détachement qu'on ne veut pas s'avouer, un épuisement de la mémoire, un affaiblissement de la passion, une extinction de la foi ?

     

    Je vais tenter d'aller jusqu'au bout, en me réjouissant des sourires et des yeux brillants, des visages captivés, du bonheur de la connaissance, de la joie d'apprendre. 

    J'ai appris, avec les années qui passent, à ne plus manquer un seul de ces instants.

    Il le faut pour tenir.  


     

     

     

     

     

  • Biodiversité et monde agricole

    Disparition des insectes en Europe : "C'est l'ensemble de la biodiversité qui est en déclin"

    Selon Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au CNRS, les insectes ne sont pas les seuls menacés par les pratiques agricoles intensives. D'autres animaux, comme les oiseaux, sont aussi en danger. Et la France est largement concernée. 

    Une abeille en train de butiner à Radebeul, en Allemagne en octobre 2017
    Une abeille en train de butiner à Radebeul, en Allemagne en octobre 2017 (MONIKA SKOLIMOWSKA / AFP)

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    Propos recueillis par Juliette CampionfranceinfoFrance Télévisions

    Mis à jour le 
    publié le 

     

    L'étude scientifique publiée mercredi 18 octobre par la revue PLoS One est très inquiétante : en trente ans, les populations d'insectes auraient chuté de 80%. Cette étude internationale, menée en Allemagne depuis 1989, annonce : "Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76% en moyenne et jusqu’à 82% au milieu de l’été, dans les aires protégées allemandes, en seulement vingt-sept ans". Le facteur principal avancé par les scientifiques : l'intensification des pratiques agricoles avec, en premier lieu, le recours accru aux pesticides. 

    Ce constat est largement partagé par Vincent Bretagnolle, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et responsable de la Zone Atelier "Plaine & Val de Sèvre". Sur ce vaste territoire agricole, il constate lui aussi, depuis vingt-cinq ans, le déclin très fort de nombreux insectes mais aussi de mammifères et de certains oiseaux. Franceinfo l'a interrogé pour comprendre l'impact de l'agriculture intensive sur les écosystèmes. Le chercheur avance des pistes de solutions, qui doivent s'accompagner d'une prise de conscience de la part des agriculteurs, des politiques et des citoyens. 

    Franceinfo : L'étude publiée par la revue PLoS One vous paraît-elle fiable ?

    Vincent Bretagnolle : Je l'ai lue en détail et je pense qu'elle est très fiable. En premier lieu, elle est passée par le processus de validation des pairs de la communauté scientifique en étant publiée dans une revue internationale. Elle est donc solide, par la quantité de données disponibles et par les analyses statistiques, qui sont très soigneuses. 

    Elle repose ensuite sur un travail empirique : cela signifie que ses auteurs se fondent sur des données historiques. Ces résultats ne prouvent pas seuls la causalité des facteurs. Du coup, les scientifiques qui ont mené cette étude ont pris beaucoup de précautions pour définir les facteurs, en écartant les hypothèses alternatives, comme le changement climatique par exemple. 

    L'étude est d'autant plus impressionnante qu'elle a été réalisée sur trente ans, et sur de multiples territoires en Allemagne. Chacun des 63 sites a été étudié pendant un à deux ans : il a donc fallu agglomérer toutes ces données pour en tirer une tendance temporelle et éviter de faire des erreurs en produisant de mauvaises interprétations. Le facteur majeur qu'elle dégage pour expliquer cette baisse spectaculaire des insectes est donc l'intensification des pratiques agricoles. 

    En France, constate-t-on aussi une disparition des espèces ?

    Oui, et de manière inquiétante. Avec une équipe de chercheurs du CNRS et de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), on suit 450 kilomètres carrés de parcelles agricoles depuis vingt-cinq ans. On parle de 15 000 parcelles cultivées au sud de Niort (Deux-Sèvres). On a donc une description extrêmement complète de l'évolution des paysages agricoles. Depuis toutes ces années, on suit l'ensemble de la chaîne alimentaire animale : les mammifères et les oiseaux, mais aussi les insectes comme les pollinisateurs (abeilles, papillons ...), les criquets, les carabes ou encore les araignées... Pratiquement l'ensemble de cette biodiversité est en déclin, surtout les insectes, pour lesquels ce phénomène est très rapide. Du coup, les oiseaux étant insectivores, ils tendent à disparaître très vite eux aussi. Les populations d'alouettes des champs et de perdrix grises sont en déclin spectaculaire : la première a diminué pratiquement de moitié et la seconde de 95% ! La situation globale est probablement la même dans toutes les plaines d'Europe de l'Ouest, c'est-à-dire la France mais aussi l'Angleterre, la Hollande, l'Allemagne, le Danemark... 

    Comment expliquer cette situation très inquiétante ?

    La taille des parcelles agricoles n'a cessé d'augmenter car il y a de moins en moins d'agriculteurs. Le prix de la terre agricole étant très élevé, ils cherchent à s'agrandir, ce qui est normal. Mais le problème est que le paysage en devient beaucoup plus homogène et bien moins favorable à la biodiversité : puisqu'il y a de moins en moins de prairies, l'élevage diminue. Il en résulte une disparition des haies, des murets, des petites mares. Autant de lieux dans lesquels les insectes et les oiseaux se reproduisent. Ce qui est impossible au milieu des champs. Ensuite, évidemment il y a le rôle très néfaste des pesticides. Entre les herbicides qui enlèvent aux insectes leurs ressources alimentaires et les insecticides qui tuent directement les insectes, je ne suis pas étonné de ces résultats. 

    Comment susciter une prise de conscience de la part des agriculteurs ?

    En leur montrant qu'ils ont tout à gagner à travailler en harmonie avec l'écosystème animal. On essaie de leur montrer que la biodiversité est bénéfique à leur activité. Quand ils perdent des insectes, ils perdent des pollinisateurs et notamment les abeilles : dans nos précédentes études, nous avons démontré que les pollinisateurs augmentaient les rendements de colza et de tournesol de 25%. C'est considérable ! Si ces pollinisateurs se raréfient, les agriculteurs vont perdre de l'argent. 

    Quand ils perdent des insectes, par exemple des guêpes, qui vont parasiter des pucerons, eux-mêmes ravageurs de cultures, ils sont obligés de remplacer ces guêpes, qui sont un service gratuit, par des insecticides, qui eux ne le sont pas. On essaie de rentrer dans des considérations économiques car le seul argument de la biodiversité ne suffit pas à motiver les agriculteurs. On fait évoluer les mentalités mais sur notre seul territoire, c'est tout petit. On aimerait bien qu'il y ait des relais qui soient pris, soit par les politiques publiques, soit par les instituts techniques

    Que peuvent faire les politiques et les citoyens pour remédier à cette situation ?

    Je ne suis pas convaincu que ce ne soit qu'une question de politique publique : par exemple le plan Ecophyto est très bien, mais à lui tout seul il ne suffira pas à faire évoluer les mentalités. Ce qui me rend optimiste, c'est que nous avons identifié des solutions : nous démontrons qu'il est possible de baisser le recours aux intrants. Mais je me pose des questions sur la volonté des politiques pour faire appliquer ces méthodes. Le consommateur a aussi un rôle fondamental à jouer en faisant pression sur les politiques publiques. C'est ce qui se passe en ce moment autour des pesticides ou du prix de l'eau. Les citoyens ont des motifs qui devraient les inciter à relayer un certain nombre de revendications. Chacun a un rôle à jouer !

  • Autisme et Haut Potentiel


    « Les autistes, au fond, ce sont tous des génies »
    « De toute façon c’est un surdoué, il vit dans sa bulle d’autiste »
     
    Qui n’a jamais entendu ou formulé ce genre d’affirmation ? Beaucoup de gens ne font pas la différence entre autisme et haut potentiel et n’hésitent pas à mêler allègrement ces deux concepts pour évoquer un individu perçu comme à la fois brillant et marginal, ou juste bizarre.
     
    En outre, la pop culture a tendance à entretenir cette confusion. Êtes-vous capables de déterminer si Sheldon Cooper de The Big Bang Theory est un surefficient mental, un autiste ou les deux ? J’ai la flemme de vérifier, mais je suis sûre que ce débat est plus violent que le conflit pain au chocolat VS chocolatine. Dans les séries, les HP sont souvent représentés comme également autistes (qu’il s’agisse d’autisme réel ou de clichés populaires à ce sujet) et les autistes s’avèrent être en général des génies incompris. Prodiges marginaux, envahis de tocs, à des années-lumière de comprendre les normes sociales et les émotions d’autrui… le rapport haut QI/autisme s’impose alors dans l’esprit du spectateur.
     
    "On pleure parce qu'on est triste. Par exemple, je pleure parce que les autres sont stupides et cela me rend triste." Sheldon Cooper
     
    Mais qu’en est-il vraiment ? Est-ce décent ou non de comparer les autistes et les HP ? Qu’est-ce qui les différencie l’un de l’autre ?
     

    Pourquoi on mélange tout, déjà ?

     
     
     
    C’est vrai quoi, si la méprise existe elle doit bien avoir une origine ! Il existe en effet des points communs entre l’autisme et le haut potentiel et il n’est pas absurde de confronter ces deux notions. Voici les éléments incriminés :
     
    • Dans les deux cas, la personne est dotée d’un fonctionnement cognitif différent de la norme, influant profondément sur sa façon de réfléchir, de ressentir et de percevoir le monde.
    • Dans les deux cas, la personne est en décalage par rapport aux autres, à des degrés variables : cela se traduit par exemple par des difficultés à communiquer, à s’adapter aux normes et à comprendre leur sens ou leur utilité… D’où le fait qu’elle soit plus à l’aise en présence de personnes fonctionnant comme elle, diminuant ce décalage.
    • Dans les deux cas, la personne est hypersensible : ses émotions bouillonnent, elle est facilement anxieuse, ses sens sont plus affûtés et elle est atteinte d’un déficit d’inhibition latente plus ou moins envahissant. (Ce dernier est beaucoup plus fort chez les autistes.)
    • Dans les deux cas, la personne peut présenter des attitudes ou comportements hors-normes. (Tocs, habitudes excentriques, façon particulière de bouger, de parler…)
    •  Dans les deux cas, la personne peut être très à l’aise avec la logique et les chiffres.
    • Dans les deux cas, si la personne n’a pas identifié sa différence, elle a tendance à croire que tout le monde fonctionne comme elle, ce qui accroît les malentendus et le sentiment d’incompréhension. Bah oui y’a pas de raison, elle n’a jamais vécu dans une autre tête que la sienne.
    • Dans les deux cas, la personne est perçue comme immature lorsqu’elle est enfant et cet aspect puéril peut perdurer jusqu’à l’âge adulte.
    • Dans les deux cas, la personne naît ainsi et le reste toute sa vie. Vous pouvez tout plaquer, rester H24 devant votre ordi et ne plus parler à personne (hormis à votre guilde de d’elfes-nains des bois maudits), vous ne deviendrez pas un autiste : vous deviendrez juste un no-life. Vous pouvez aussi offrir à votre gamin l’intégrale des Misérables pour ses 7 ans : il ne deviendra pas un HP, il deviendra juste allergique aux classiques du XIXe siècle. On ne peut « guérir » de l’autisme ou « devenir normal » quand on est HP : on peut juste apprendre à mieux vivre avec sa différence.
    •    Ni l’un ni l’autre ne sont considérés comme des maladies. L’autisme (aussi appelé trouble du spectre autistique) est un trouble du développement, tandis que le haut potentiel n’est pas un trouble mais désigne simplement une structure cérébrale particulière associée à un haut QI.
    •    Un HP peut présenter le syndrome d’Asperger (une forme d’autisme sans retard intellectuel et verbal) et un autiste peut avoir un haut QI. Eh ouais ils font vraiment tout pour vous embrouiller en plus, les saligauds…

    Et donc, quelles différences ?

    Les différences entre autisme et haut potentiel résident principalement dans les causes qui ont amené l’individu à posséder ses caractéristiques hors-normes. En fait, s’ils peuvent se ressembler extérieurement (je dis bien « peuvent », parce que c’est loin d’être systématique), un autiste et un surefficient mental ont un fonctionnement interne très différent.  
    Tout d’abord, voyons les différences liées à ce fameux QI, puisqu’il semble souvent impliqué dans l’affaire :
     
    • Le QI d’un HP est d’au moins 130, ce qui correspond à deux écarts-types au-dessus de la moyenne (100). Certaines exceptions existent, par exemple lorsque les résultats du test sont trop hétérogènes pour être exploitables, ou jugés biaisés par certains facteurs tels qu’un trouble de l’attention, une dépression… Le diagnostic est alors surtout posé en fonction des tests d’évaluation psychologique accompagnant le test de QI. On estime qu’il n’y a pas plus d’autistes parmi les HP que parmi les non-HP (environ 1 %).   
    • Un autiste peut présenter un retard mental (on parle d’autistes de Kanner) ou ne pas présenter de retard mental (on parle d’autistes de « haut niveau » et d’autistes Asperger, capables d’interactions sociales). Le point de bascule entre présence ou absence de retard mental se situe en théorie à deux écarts-types en-dessous de la moyenne (soit un QI de 70), mais comme pour le cas des HP, la réalité est plus complexe et nuancée. Ceci explique qu’il soit possible pour un autiste d’avoir un haut QI et même de passer à la télé avec l’étiquette « autiste savant », tandis que d’autres ne seront jamais capables de parler ou de vivre en autonomie. On estime que la proportion d’autistes à haut QI n’est pas plus élevée que la proportion de non-autistes (dits neuro-typiques) à haut QI (environ 2 %).
     
    En conclusion, la majorité des HP ne sont pas autistes et la majorité des autistes ne sont pas HP. La plupart du temps, lorsqu’on désigne une personne comme étant les deux à la fois, il s’agit d’une confusion entre les caractéristiques de chacun (et donc plus spécifiquement entre les HP et les autistes de haut niveau).
     
    Autre point qui induit trop de psychologues de comptoir innocents en erreur : les spécificités d’ordre psycho-social. C’est là qu’on entre dans le vif du sujet et qu’on peut dégager les divergences cruciales entre nos deux « cas », celles qui vous permettront de ne plus jamais les confondre. Et comme j’adore énumérer des trucs, c’est parti pour une nouvelle liste comparative ! (Ici sont présentés des cas généraux : n’oubliez pas les nuances ! C’est très important les nuances…)
    •      L’autiste ne perçoit pas les implicites. Il ne saisit pas ou comprend mal les normes sociales, notamment lorsqu’elles sont tacites (savoir à quelle distance d’une personne il faut se tenir quand on lui parle, deviner quand c’est son tour de parler dans une conversation, etc.). Il peut les apprendre, mais elles ne lui sont pas innées et lui réclament un effort d’adaptation. Pour cette raison, il peine à comprendre les sous-entendus et le second degré. Le surefficient mental, lui, perçoit les implicites : il jouit même d’une compréhension fine des normes sociales et des rapports humains. Cependant, cela ne supprime pas son décalage… Il peut trouver ces normes inutiles, absurdes et avoir une réticence ou des difficultés à s’y conformer. Quand un HP vous dit « Franchement je comprends rien aux relations humaines » après que sa copine non-HP l’ait largué en le traitant de cas social, il sous-entend en réalité : « J’ai parfaitement analysé et compris les rouages des relations humaines : j’en déduis qu’ils sont mal foutus. Pourquoi personne ne voit que j’ai raison ? ». (Tenez, voici le genre d’implicite que les HP passent leur temps à relever.) Le surefficient adulte aime faire des sous-entendus et abuser du second degré (je spécifie « adulte », car les enfants HP prennent plutôt ce qu’ils entendent au pied de la lettre, ce qui nourrit la confusion avec les autistes). Il peut se montrer cynique et apprécier l’humour noir.  
     
    •      L’autiste a du mal à identifier les émotions des autres, surtout quand elles ne sont pas exprimées explicitement. Il pourra s’isoler par peur de se retrouver démuni face au comportement d’autrui et de réagir d’une façon inadaptée. Le surefficient, au contraire, est hyperempathique : il absorbe les émotions des autres comme une éponge, consciemment ou non. Il risque un état de surcharge émotionnelle uniquement en captant les « ondes » des personnes autour de lui. Il pourra s’isoler pour éviter l’épuisement. (Bande de prédateurs !) Note : après des recherches supplémentaires, il m'a semblé bon de préciser que les autistes manquent d'empathie cognitive (capacité à reconnaître physiquement les émotions d'autrui), mais pas d'empathie émotionnelle (fait de ressentir les émotions d'autrui) : au contraire, cette dernière est exacerbée, ce qui les poussent au détachement pour se protéger. 
     
    •      Nos deux cas peuvent paraître immatures lorsqu’ils sont enfants, puis le rester une fois adultes. Ils le sont en partie à cause de leur sensibilité accrue, mais pas que. L’autiste peut avoir un retard affectif, qui se manifeste durant l’enfance et peut se poursuivre à l’âge adulte. Lorsqu’il est enfant, le surefficient mental manifeste pour sa part une « dyssynchronie interne », un décalage entre son âge intellectuel (en avance) et son âge affectif (normal) :  il n’est pas en retard par rapport aux autres enfants, mais son âge intellectuel le rend capable de comprendre des notions que son âge émotionnel ne peut assumer, ce qui crée des incohérences dans son comportement (comme disserter sur les gangs criminels au Japon puis pleurer parce qu’il ne retrouve pas son doudou… -on est d’accord qu’il n’y a rien de plus dramatique, si ça se trouve il s’est fait kidnapper par la maffia). Bien que sa dyssynchronie disparaisse en grandissant, ce n’est pas le cas de son hypersensibilité, c’est pourquoi il garde toujours son âme d’enfant.
     
    •    L’autiste a tendance à développer très jeune un « intérêt spécifique », un centre d’intérêt précis et obsessionnel dans lequel il va fortement se spécialiser. (Certains autistes en ont plusieurs, et ils peuvent varier dans le temps.) Le surefficient aura davantage tendance à être polyvalent. En dehors de ses domaines de prédilection, il s’intéresse potentiellement à tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi). Un HP a toujours quelque chose de complètement inutile à vous apprendre.
     
    •   L’autiste se présente comme un être logique et « rangé », parfois perçu comme dénué de fantaisie dans ses intérêts et ses activités. S’il peut être une personne très logique, le surefficient conserve un aspect intuitif et délirant (on rejoint cette histoire de puérilité). 
     
     
    J’sais pas si Maud Pie est autiste, mais c’est clair qu’elle a un intérêt spécifique pour les cailloux…
     
    Mais alors, La Chouette, qu’est-ce qui se passe si on est un HP avec des traits autistiques ou qu'on a le syndrome d’Asperger ? (Note : le syndrome d'Asperger est à différencier des descriptions au-dessus, qui concernent l'autisme d'une façon générale.) La question est légitime, puisque ces deux cas présentent des caractéristiques contradictoires. Eh bien ça, c’est hors de ma portée. La problématique du rapport haut potentiel-autisme est extrêmement complexe, en raison de la proximité et de la mouvance des catégories dans lesquelles on s’évertue à ranger tout ce beau monde. Comme pour tant d’autres sujets, on ne peut définir précisément de frontières et les découvertes successives amènent à réajuster sans cesse les étiquettes.
     
    Ce que je peux affirmer à ce propos, c’est qu’il existe autant de formes d’autismes que d’autistes et autant de formes de haut potentiel que de HP. Comme tout le monde, chaque autiste et chaque HP est unique et a sa propre façon de vivre et d’exprimer son individualité. Et puis, qu’il s’agisse d’autisme ou de haut potentiel, il est contre-productif d’enfermer les gens dans des cases : il n’y a pas de nette cassure entre un autiste et un neuro-typique ou entre un HP et un non-HP, mais des caractéristiques augmentant progressivement en intensité jusqu’à un point de bascule déterminé par des analyses et calculs. Chaque personne se positionne quelque part sur l’échelle d’intelligence de Wechsler, et chaque personne autiste se positionne quelque part sur le spectre autistique. Ces deux continuums peuvent se croiser à tous les endroits et donner lieu à un nombre infini de combinaisons, qu’elles soient harmonieuses ou paradoxales. 
     
    On pourrait se dire que de toute manière, un HP est déjà un paradoxe vivant, et qu’on n’est plus à ça près… C’est une des raisons pour lesquelles le syndrome d’Asperger est si fastidieux à détecter chez eux. Mais si vous voulez mon avis (et même si vous n’en voulez pas je vous le donne quand même, parce que c’est mon article et que je fais ce que je veux), à des niveaux de confusion pareils, la priorité est de permettre à l’individu d’apprivoiser le hamster dopé qui fait tourner la roue dans sa caboche, ainsi que d’être accueilli avec bienveillance par son entourage. Que ce hamster se nomme Cachou ou Jean-Bernard n’a pas grande importance tant qu’on a constaté ce dont il a besoin pour être épanoui.

    Note : suite à une remarque d'un lecteur, je précise que cette dernière partie n'a pas pour vocation de minimiser le vécu des HP et des personnes avec un trouble du spectre autistique. Elle sert à souligner le fait que les autistes et les HP, avant d'être des porteurs d'étiquettes, sont des individus à part entière qui aimeraient vivre un quotidien où on les respecte et où ils peuvent être eux-mêmes. 
     
     
    Chouettement vôtre

  • Les deux moines et la jeune fille

    Moines copy"

     

    Deux moines zen s’apprêtaient à traverser une rivière à gué, lorsqu’arriva une belle jeune fille.
    Elle aussi souhaitait traverser, mais elle était effrayée par la violence du courant.
    Alors l’un des moines la prit en souriant sur ses épaules et la porta de l’autre côté de la rivière.

    Son compagnon fulminait : un moine ne doit pas toucher le corps d’une femme ! Et tout le long du trajet, il ne desserra plus les dents.

    Deux heures plus tard, lorsqu’ils arrivèrent en vue du monastère, il lui annonça sur un ton de reproche qu’il allait informer le maître de ce qui s’était passé :
    – Ce que tu as fait est honteux et interdit par notre règle !

    Son compagnon s’étonna :
    – Qu’est-ce qui est honteux ? Qu’est-ce qui est interdit ?
    – Comment ? Tu as oublié ce que tu as fait ? Tu ne t’en souviens donc pas ? Tu as porté une belle jeune fille sur tes épaules !
    – Ah oui, se souvint le premier en riant. Tu as raison. Mais il y a deux bonnes heures que je l’ai laissée sur l’autre rive, tandis que toi, tu la portes toujours sur ton dos !

     

     


    Quel est le sens de cette histoire ? 

    Y en a-t-il un seul d'ailleurs ? 

    On en a longuement parlé, hier soir, Nathalie et moi. 

    La conclusion finale est effectivement, à nos yeux, d'une importance capitale.

    Le moine qui a porté la jeune fille sur ses épaules a agi selon son coeur et non, selon des préceptes si nombreux qu'ils finissent par troubler l'esprit. Il suffit de voir le moine qui porte le jugement sur son compagnon de route. Lui, il réfléchit à travers le filtre de son mental et de tous les conditionnements qu'il a absorbés.

    Pire encore, celui-là qui agit selon son mental est condamné à errer dans les miasmes du temps et de ses tourments. C'est la raison pour laquelle il ne parvient pas à effacer les images de la jeune fille.

    Le moine qui a agi selon son coeur, par simple empathie, n'a aucune raison, ni même besoin de se retourner vers ce passé. Ce désir naturel de rendre service a été consommé. Le feu s'est éteint naturellement.

    Celui qui vit dans le temps et ses aigreurs est tourmenté par l'obligation d'obéir aux préceptes et le feu d'une probable jalousie puisque celui qui n'écoute plus son coeur est un éternel insatisfait. Rie n'est jamais assouvi dans le mental. La raison n'est juste qu'un étouffoir des douleurs. Mais le mal est toujours là. Etouffer un symptôme donne naissance à un autre.

    Il n'y a que l'énergie aimante du coeur qui puisse apporter la sérénité de l'instant présent et le saisissement intégral de tous les bonheurs de la vie.

  • Hécatombe chez les insectes volants.

    Des chercheurs ont observé une chute de plus de 75% du nombre d'insectes volants depuis 1989 dans des réserves naturelles allemandes. Ils soulignent que les zones étudiées sont entourées de terres agricoles traitées avec des insecticides.

    Des papillons posés sur des fleurs dans le nord de l\'Allemagne, le 17 août 2017.
    Des papillons posés sur des fleurs dans le nord de l'Allemagne, le 17 août 2017. (CARSTEN REHDER / DPA)

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    Un déclin catastrophique. La biomasse des insectes volants, essentiels aux écosystèmes, a diminué de plus de 75% en près de trente ans en Allemagne. La cause n'est pas identifiée avec certitude, mais les chercheurs suspectent que les pesticides agricoles sont responsables de cette hécatombe alarmante, selon des conclusions publiées mercredi 18 octobre dans la revue américaine scientifique Plos One (en anglais)

     

    1Qu'ont observé les chercheurs ?

     

    Des entomologistes ont recueilli des données pendant vingt-sept ans dans 63 réserves naturelles disséminées sur le territoire allemand. Ils ont pesé la masse totale des insectes qu'ils piégeaient et ont déterminé qu'elle avait diminué de 76% en moyenne, et même de 82% au milieu de l'été. "Cela dépasse considérablement le déclin quantitatif, estimé à 58%, des vertébrés sauvages depuis 1970", relève, cité par Le Monde, Caspar Hallmann, entomologiste à l'université Radboud de Nimègue (Pays-Bas), qui a participé à l'étude.

    "La diminution de la biomasse des insectes ailés est suspectée depuis longtemps, mais s'est avérée plus sévère qu'on ne le pensait, poursuit le chercheur. Le fait que la population de ces insectes se réduise dans de telles proportions et sur d'aussi vastes étendues géographiques est encore plus alarmant."

    Cette chute a été observée quels que soient les changements météorologiques, l'utilisation des sols ou les caractéristiques de l'habitat.

     

    2Quelles sont les causes de ce déclin ?

     

    Les entomologistes restent prudents, et réclament des recherches supplémentaires pour identifier les causes de ce phénomène. Mais ils font remarquer que les réserves étudiées, en majorité des petites surfaces, sont entourées de zones agricoles utilisant des insecticides. Ce déclin catastrophique, résume Le Monde"est dû à l’intensification des pratiques agricoles et au recours aux pesticides. Il menace la chaîne alimentaire."

    La cause la plus plausible, selon les chercheurs, est en effet à chercher dans les pratiques agricoles. D’autres travaux récents, disent-ils, mettent en évidence que "l’intensification agricole (…) et les nouvelles méthodes de protection des cultures sont associées à un déclin général de la biodiversité des plantes, des insectes, des oiseaux et d’autres espèces". Sont à nouveau pointés du doigt les néonicotinoïdes, des insecticides accusés de décimer les abeilles et dont la France a voté l'interdiction totale à compter de 2018, avec des dérogations possibles jusqu’en 2020.

    Les chercheurs estiment en effet que si la météo peut expliquer des fluctuations de la masse des insectes au cours d'une saison ou d'une année sur l'autre, elle ne peut être la cause d'un si rapide déclin. En outre, le réchauffement climatique devrait plutôt encourager la prolifération d'insectes, et non leur diminution.

    Ces résultats, selon eux, sont probablement représentatifs de ce qui se passe dans une grande partie de l'Europe ou ailleurs dans le monde, lorsque des réserves naturelles se trouvent au milieu de terres agricoles. De précédentes études avaient déjà révélé un déclin inquiétant de la diversité et de la population de certaines espèces (abeilles, papillons, etc.) en Europe et en Amérique du Nord.

     

    3Pourquoi est-ce grave ?

     

    Les insectes volants jouent un rôle crucial dans la pollinisation de 80% des plantes sauvages et dans l'alimentation de 60% des espèces d'oiseaux. "Alors que des écosystèmes entiers dépendent des insectes pour la nourriture et la pollinisation, on peut s'inquiéter d'un déclin des populations d'oiseaux et de mammifères qui s'en nourrissent", a prévenu Hans de Kroon, lui aussi chercheur à l'université Radboud.

    "On peut difficilement imaginer ce qu'il pourrait advenir si ce phénomène de disparition des insectes ailés se poursuivait", s'est inquiété le scientifique. Mais comme les causes de ce déclin ne sont pas clairement établies à ce stade, il est difficile de prendre des mesures concrètes pour l'enrayer, a-t-il ajouté.

    Ces chercheurs espèrent que leurs conclusions vont servir de signal d'alarme et entraîner rapidement des études supplémentaires.


    http://www.lavie.fr/blog/mahaut-herrmann/vers-l-apocalypse-ecologique,4981

    Vers l'apocalypse écologique ?

     

    PUBLIÉ LE 19/10/2017 À 13:15

     

     

    Une étude a mis en évidence l'effondrement des populations d'insectes volants. Peut-on espérer une réaction politique avant l'effondrement final ?

    Rien ne nous sera épargné. Nous avions déjà entendu que plus de la moitié des vertébrés de la planète avait disparu en quarante ans, que la France avait perdu 50% de ses chauves-souris restantes entre 2006 et 2014, que les abeilles étaient officiellement reconnues comme une espèce en voie de disparition. Et voilà qu’une étude publiée le 18 octobre dans la revue PLoS One estime que le déclin des insectes volants en Allemagne en moins de trente ans est de 76% (et jusqu’à 82% au milieu de l’été). Nous pourrions ne pas nous en inquiéter et nous dire que cela ne concerne que nos voisins allemands, que l’étude ne porte pas sur la France et qu’il n’y a donc aucune raison de tirer le signal d’alarme. Seulement voilà, le principal facteur explicatif mis en évidence par les chercheurs est l’intensification des pratiques agricoles et l’utilisation massive d’engrais de synthèse et de pesticides. Or, avertissent les auteurs de l’étude, les systèmes agricoles de la France et du Royaume-Uni sont « très semblables » à ceux de l’Allemagne et ont recours aux intrants mis en cause. En conséquence de quoi « il y a une bonne ‘chance’ pour que l’Allemagne soit représentative d’une situation bien plus large ». En outre, les interactions des écosystèmes sont telles que les insectes allemands sont connectés par des mécanismes écologiques aux insectes des autres pays. Il est donc peu probable que l’effondrement constaté en Allemagne se limite à cette seule Allemagne. Rajoutons encore que les insectes sont liés aux vertébrés – dont l’effondrement sur l’ensemble de l’Europe est dument documenté – par des interactions proie-prédateur et que le déclin des vertébrés entraîne mécaniquement celui des insectes.

     

    Que se passerait-il si les insectes venaient à disparaître entièrement ? Tout simplement le pire. « Il apparaît que nous rendons de vastes étendues de terre inhospitalières à la plupart des formes de vie et que nous sommes en route vers une apocalypse écologique »a déclaréau Guardian Dave Goulson, un des auteurs. « Si nous perdons les insectes, tout va s’effondrer. » Il est d’usage, pour décrire les actions écologiques, de parler de « sauver la planète ». Or la planète Terre se remettra très bien de la sixième extinction de messe que nous vivons. Elle en a vu d’autres, et notamment la disparition des dinosaures. Celle qui ne va pas s’en remettre, en revanche, c’est l’humanité, tributaire et dépendante des interactions entre toutes les formes de vie existant actuellement sur le globe. Ce « tout » qui va s’effondrer, c’est ce qui nous permet de respirer, de boire de l’eau potable, de produire la nourriture dont nous avons besoin pour vivre. Autrement dit, la planète n’est pas en danger, mais nous, nous le sommes.

     

    On aurait pu penser que, depuis le temps que les scientifiques donnent l’alerte, les responsables politiques des pays occidentaux auraient réagi. Qu’ils auraient questionné la pertinence des modèles économiques et de la consommation de ressources qu’ils occasionnent à l’aune de ce que nous commençons à savoir. Qu’ils auraient compris, enfin, que les mobilisations contre les « grands projets inutiles » (A45, Notre-Dame-des-Landes, Center Parcs, stades géants) sont notamment basées sur des données chiffrées quantifiant l’effet de ce type d’équipement sur la biodiversité et les équilibres naturels. Mais non. Ils s’accrochent coûte que coûte à l’idée que ces grands projets faciliteront l’accès à l’emploi et que cela compensera d’une manière ou d’une autre – mais laquelle ? – les dégradations écologiques qu’elles entraînent.

     

    Le combat contre la centrale à biomasse de Gardanne est le dernier exemple en masse de l’aveuglement volontaire de la classe politique française. Comme le rapportait Reporterre au début du mois, les parcs naturels du Verdon et du Lubéron et l’association France Nature Environnement PACA ont dû l’accepter sous la pression car la région menaçait de leur supprimer leurs subventions s’ils persistaient dans leur refus. Or 70% à 80% de leur budget dépend de financements régionaux. Ce n’est certes pas la première fois que des associations de la nature sont ainsi menacées : les auvergnates et les rhônalpines, qualifiées par Laurent Wauquiez d’ « ayatollahs » et « doryphores vivant sur la bête », ont déjà subi l’ire du président de la grande région fusionnée (et probable futur président des Républicains, ce qui n’augure rien de bon quant à la prise en compte de l’urgence de la situation par la droite). Mais les arguments avancés par ceux des hommes politiques qui dépassent l’insulte pour tenter un argumentaire donnent l’impression de venir d’une autre époque. « Il est temps que chacun se ressaisisse et comprenne que l’écologie n’est ni une doctrine ni une idéologie, mais doit être mise au service de l’économie pour faire de la croissance verte un atout et faire gagner la France » : la déclaration est signée Renaud Muselier, président de la région PACA. Les insectes volants dont les effectifs s’effondrent doivent-ils eux aussi se ressaisir et comprendre qu’il leur faut croître et multiplier malgré des vents hostiles, pour se mettre au service de l’économie et de la croissance européenne ? Les chauves-souris et les vertébrés sont-ils eux aussi des fainéants qui ne déclinent que par idéologie et refus de se mettre au service de la croissance verte qui fera repartir l’Europe ?

     

    Entre les discours politiques et la réalité écologique, le fossé se creuse un peu plus chaque jour. Emmanuel Macron n’a pas eu beaucoup de mots pour l’écologie lors de sa dernière intervention télévisée. Nicolas Hulot essaie de ménager la chèvre et le chou depuis sa nomination. Nos hommes politiques ne font rien pour inverser la tendance qui va mener à la disparition de la vie humaine et s’en félicitent. À moins que ceux qui ont en main les leviers d’action ne vivent un chemin de Damas, nous boirons le calice jusqu’à la lie.
     

    Photo : © nemirkovic / iStock

  • Je t'aime

    A mes élèves, aujourd'hui.

    « Vous n’avez pas idée de tout ce que vous avez déjà appris. Il est déjà impossible, alors que vous n’avez que dix ans, d’écrire la liste entière de tout ce que vous savez aujourd’hui et il serait encore plus illusoire de vouloir écrire la liste de tout ce que vous allez encore apprendre. Mais pour ça, il faut que vous soyez présent, c'est-à-dire que vous parveniez à utiliser l’intégralité de ce que la vie vous a offert. Votre corps, votre cerveau, toute la vie en vous, les émotions, les perceptions, les sensations, vos pensées, vos rêves, vos espoirs, tout ce qui va emplir votre existence et que vous devez honorer, bénir, remercier, aimer, de toutes vos forces.
    Quand je vous demande d’apprendre un mot nouveau, une règle, des tables de multiplication, des cartes de géographie, des périodes historiques, la diversité immense de la nature, tout ce que vous pouvez apprendre en venant ici, il faut absolument pour l'obtenir que vous entriez en contact avec vous-mêmes. C'est-à-dire à communiquer avec vous, avec votre être intérieur.

    De cette façon-là, par exemple :
    « Oui, toi, c’est à toi que je parle. Mon cerveau. Je veux que tu dises à notre mémoire qu’elle doit se mettre au travail, je veux que tous mes efforts pour apprendre, elle en retienne la moindre parcelle, je veux que toi, cerveau, tu sois éveillé, actif, en ébullition et qu’en même temps, tu saches rester calme. Je te dis tout ça sans colère mais bien au contraire avec un très grand amour pour tout ce que tu m’apportes. Nous deux, unis, il n’y aura pas de limites, aucune barrière infranchissable, nous serons des compagnons inséparables sur le chemin de notre vie commune. Sois courageux. Je t’aime. »

  • Un très beau texte

    Sans titre (eh oui ! va falloir lire le texte !)

    Publié le  par Marie Ghillebaert

    https://yogasesame.com/2017/08/15/sans-titre-eh-oui-va-falloir-lire-le-texte/

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    Aujourd’hui, cela fait tout juste un an que j’ai créé – en plein cœur d’une situation difficile – ce site Internet pour présenter la salle que j’allais ouvrir deux semaines après.

    Pleine d’incertitudes, je me disais : « Allez ! On verra bien… Je vais donner tout ce que j’ai à donner (et même ce que je n’ai pas) et si ça ne va pas, j’arrête. Il y aura bien autre chose qui se présentera. »

    Et vu que rien d’autre ne s’est présenté…

    Aujourd’hui, à quelques jours de la ré-ouverture après une période d’interruption estivale, les doutes ne m’ont toujours pas quittée. Ils se sont peut-être même intensifiés.

    Mais bon. Allez ! On verra bien…

    ***

    Il n’y a pas un texte, pas un seul, que je publie sans me demander : « À quoi bon rendre cela public ? Qui cela intéressera ? Ça ne parle que de moi et qui j’intéresse, moi ? »
    J’ai toujours ce frein, cette résistance qui vient s’immiscer là, juste après avoir écrit, à cet instant même qui précède la mise en ligne de ce qui livre – même si ce n’est souvent qu’entre les mots – autant de mon intimité.
    Et puis, je ne sais jamais pourquoi, je lance à l’eau, j’abandonne à la lecture d’autres que moi – de mêmes que moi, en fait – ce qui au fond ne m’appartient pas tant que cela.

    Je parle de moi dans chacun de mes textes ; il n’y a en pas un, pas un seul, où je ne parle pas de moi. Mais je n’utilise pour ainsi dire jamais le « je ». C’est toujours avec beaucoup d’hésitation, voire même de réticence, que j’écris à la première personne.
    Sans doute parce que je trouve le « je » trop personnel, trop exclusif, trop excluant et j’ai à coeur de ne pas parler que de moi mais de recouvrir des sensations, des émotions, des sentiments et des états qui peuvent être reconnus et partagés par quiconque me lit.
    Et sans cela, pour la raison évoquée dans le paragraphe précédent, je ne publierai rien. C’est l’absence de « je » – qui ne signifie pas pour autant la négation de ma présence, bien au contraire – qui me permet de ne pas rester bloquée sur le frein.

    Ici, je vais parler avec le « je ». Je n’ai presque pas le choix. Comme bien souvent lorsque j’écris, cela s’impose à moi.
    Je vais écrire avec sincérité, comme je le fais chaque fois d’ailleurs, mais sans avoir besoin ici de me cacher derrière l’absence de « je » que je viens d’évoquer.
    Il me coûtera alors d’autant plus de laisser partir ce texte pour être lu. Sans doute autant, sinon plus, que lorsque j’avais laissé partir ce texte ci (publié alors sur Yoganova magazine) : 
    Faut-il être « bien roulée » pour « faire » du Yoga ?

    ***

    Comme à chaque fois et – comme je l’ai expliqué précédemment – encore bien davantage cette fois, j’ai beaucoup hésité avant de décider de laisser partir ce texte. Il fallait que je sache pourquoi je le fais, sinon cela n’aurait aucun intérêt et aucun sens à mes yeux.

    La raison qui m’est apparue comme étant la plus évidente est en lien avec ma constatation de plus en plus fréquente de cette sorte de mise en scène d’une prétendue et souvent déguisée « meilleure version de soi » dans toutes les sphères de la vie et en particulier dans celle du « bien-être » à laquelle le Yoga est assimilé.

    Je ne suis pas fondamentalement opposée à l’idée de « vendre du rêve ». Mais, pour ma part, le Yoga est une science de la Réalité et non pas une sorte de scénario bien ficelé d’un bonheur standardisé à base de palmiers à la noix (de coco évidemment !), de thé detox qui purifie autant le côlon de toutes ses toxines que le mental de tous ses soucis, de postures de yoga quasi irréalisables mais qui donnent le plus beau sourire de l’Univers tout entier. Mais je ne vais pas m’étendre sur le sujet, je l’ai fait déjà à maintes reprises (entre autres, ici et, je l’ai cité plus haut : ).

    Pour moi, la vocation du Yoga est de nous amener à sortir de l’ignorance dans laquelle nous sommes enfermés (et aussi dans laquelle nous nous enfermons, du reste !) pour nous ouvrir à la Connaissance. Et c’est la raison majeure pour laquelle j’offre l’énergie que j’ai consacrée à la rédaction de ce texte, comme à celle de tous les autres. Il m’est essentiel d’énoncer la vérité, même si elle n’est que la mienne.

    Et la vérité que je souhaite énoncer ici c’est que non, la pratique du Yoga, et qui plus est le fait de la transmettre, ne prémunit pas contre les doutes, l’incertitude, le manque voire même l’absence de confiance et d’estime de soi. Non, atteint un certain nombres d’heures et même d’années de pratique, on n’est pas « sorti d’affaire » et on ne connaît pas la Béatitude jusqu’à ce que la mort nous sépare de notre actuel corps. Quel que soit le chemin sur lequel nous sommes engagés et le nombre de pas que nous avons fait sur celui-ci, nous n’avons jamais fini et je dirai même nous venons toujours à peine de commencer.

    Après une discussion avec un ami hier soir (merci Xavier), j’ai également compris que ce qui importe le plus pour court-circuiter l’illusion du « paraître » qui divertit de l’essentiel est non pas – comme je l’ai longtemps cru et comme je reste encore si souvent tentée de le croire (je développe plus bas à ce propos) – de « disparaître », mais bien plutôt de « transparaître ». Disparaître revient à se placer dans un état d’opposition à ; tandis que transparaître c’est transcender, aller au-delà de la dualité en fait.

    Alors voilà ce que je tente de faire ici en livrant ce texte « à visage découvert » : transparaître.

    ***

    La sincérité – Satya en sanskrit – est pour moi l’une des valeurs les plus fondamentales. Elle est à mon sens très en lien avec la connaissance de soi (Svadhyaya), et donc évidemment avec le Yoga qui nous y initie. On peut en effet très bien se croire tout à fait sincère sans pour autant l’être faute en fait de se connaître vraiment… faute en fait d’être sincère avec soi-même en embrassant la totalité de ce que l’on est en somme. Dans nos dimensions paraissant être les plus gratifiantes mais aussi dans celles qui semblent les moins louables.

    Alors voilà. La sincérité me doit de dire que j’écris présentement dans un état intérieur délicat, pétri avec peine pendant des heures et des heures de doutes et d’incertitudes.

    Il y a quelques jours, j’ai annoncé ma reprise des cours après cinq semaines d’interruption (à l’exception de quelques cours particuliers). J’ai annoncé cette reprise comme il se doit et comme il en est : des informations clairement données et, à la fin, une phrase communiquant mon enthousiasme à reprendre.

    Mais là aussi, la sincérité me doit de dire que, en rédigeant cette annonce, je me demandais – et il se peut très certainement que je me le demande encore à cet instant – comment j’allais pouvoir reprendre ? Comment vais-je pouvoir guider d’autres que moi alors que je ne suis, disons-le, même pas fichue de me guider moi-même en ce moment ?

    Et toutes ces choses que je ne cesse de répéter, par écrit dans mes textes et à l’oral auprès de mes élèves, auprès de mes amis rares mais précieux, alors que je suis la première personne à avoir besoin de lire et d’entendre tout cela. La première ! Et pourtant ça peine encore si souvent autant à s’intégrer en moi… N’est-ce pas insensé ?

    Et puis lorsque l’on me demande des références bibliographiques sur le Yoga – ce qui arrive fréquemment – je ne suis même pas capable d’en donner. N’ayant jamais lu sur le sujet, pas même les fameux Yoga-Sutra dont je me suis « contentée » de recevoir l’enseignement oral, comme tout le reste d’ailleurs, je ne peux apporter que ce que je ressens à travers ma propre pratique qui, bien que je m’y accroche depuis tant d’années, me semble pourtant m’avoir actuellement abandonnée.

    Et pourtant…

    ***

    Cela fait 14 ans que j’ai commencé à pratiquer le Yoga, 7 ans que j’ai commencé à le transmettre, 3 ans que j’ai commencé à publier ce que j’écris sur le sujet et 1 an que j’ai commencé à faire pousser Yoga Sésâme planté toutefois un peu malgré moi.

    Mais tout ceci ne représente pas grand chose en fait.
    C’est un temps en réalité non comptable, non mesurable, aussi insignifiant qu’une poignée de grains de sable qui, bien qu’on les maintient bien en main, parviennent tout de même à s’écouler, à s’échapper, à nous filer entre les doigts. A disparaître comme s’ils n’existaient que tant qu’on les tenait.

    Ce temps ne représente rien.
    Il n’existe pas un jour où je ne fais pas l’expérience de l’éternel recommencement où, du néant que je suis, il me revient de créer la réalité que j’ai à incarner.
    Je me réveille chaque matin en ne sachant rien, en n’étant rien ; en ayant tout à apprendre et tout à être.
    A chaque instant je pars de rien et de nulle part.
    Tout reste à vivre.

    Une vie qui n’est pas gagnée, qui n’est pas due, qui n’a même pas été demandée. Mais qui est là pourtant et qu’il me faut bien apprendre à aimer et à mener… sans la détruire ni la subir.

    A chaque pas que je fais, le Ciel à hauteur de Cœur vers lequel je cherche depuis toujours à m’élever semble en fait toujours un peu plus s’éloigner.

    Je me retourne parfois. Je peux mesurer le chemin parcouru. Et Dieu sait que oui, je reviens de loin. Je peux maintenant m’autoriser à le reconnaître.
    Mais pourtant, bien que continuant à investir toute mon énergie à avancer sur ce chemin – parfois en le survolant presque sans aucun effort, souvent en ayant à m’extraire de la Terre où il me semble être enlisée – j’ai cette amère impression de ne jamais m’approcher du Centre.
    J’y suis déjà pourtant. Nous y sommes toutes et tous déjà. Mais… bien que je le sache… je ne le sais pas.

    Je ne le sais pas.

    J’ai mis toutes ces années – et je continue encore – à me tirer à bout de bras d’un gouffre dans lequel je m’étais moi-même ensevelie, confondant les ténèbres avec la Lumière : à mesure où je m’allégeais, persuadée de pouvoir ainsi m’élever, je ne faisais en fait que m’enfoncer.
    Étrange paradoxe de ne s’être jamais sentie aussi vivante spirituellement qu’en s’ingéniant à se faire disparaître corporellement jusqu’à n’être plus qu’une ombre suspendue ne se nourrissant à rien d’autre qu’au vertige de la mort.
    Et la nostalgie de cette époque qui reste si souvent présente encore aujourd’hui, j’ai chaque jour à travailler encore et encore pour ne pas y glisser à nouveau et me laisser ainsi emporter dans ce fantasme à réaliser de parvenir à me désincarner d’un corps toujours trop lourd à porter.

    Disparaître pour pouvoir être.

    N’être plus rien : invisible, inaudible, impalpable… pour pouvoir être Tout : pure Lumière, pur Son et pure Présence. Immatérielle.

    Ainsi, chaque jour tout est à recommencer.
    Je ne sais rien, je ne suis rien.
    Et ce néant duquel m’extirper et me convaincre de la nécessité d’être matière, de consentir à me laisser être faite de poussière pour pouvoir créer la réalité d’un Être qu’une Vie – pourtant même dédiée au Yoga – ne suffira pas à connaître et à aimer.
    Mille fois égratignée – peut-être même mille et une – à tomber, et à retomber encore, et parfois plus bas encore que ce que j’aurai pu imaginer imaginable, je continue pourtant à remonter sans relâche à dos de ma volonté pour escalader l’immensité de l’inconnue que je suis pour moi-même.
    En sachant bien néanmoins que demain il n’en restera plus rien.
    Peu importe.
    Il sera temps de recommencer demain.
    Et après-demain.
    Et les autres jours aussi.

    C’est ainsi qu’une Vie se crée.

    Que ce soit avec ou sans Yoga.
    Recommencer.
    Encore et encore.
    Mais jamais cependant deux fois de la même façon.
    Explorer en long, en large et parfois même en travers, à m’y perdre et à m’y retrouver, toutes les combinaisons possibles dans ce labyrinthe qu’est ce corps dans lequel j’ai été mise au monde.

    Jusqu’au jour où jaillira en moi la Conscience que la Terre sur laquelle je tombe et retombe sans arrêt et le Ciel vers lequel je ne cesse d’aspirer à m’élever ne font en fait qu’Un.
    Et ce n’est rien d’autre que moi-même qui leur fait office de lien.

    ***

    À tant vouloir m’éloigner de la Terre et de tous les Êtres et de toutes les choses qui la constituent sur laquelle et parmi lesquels il me semble toujours prendre trop de place, non, je ne me rapproche pas du Ciel ; non, je ne me rapproche pas de moi-même.
    J’avance et Cela me semble toujours autant, sinon plus, éloigné.
    Me voici ainsi 
    perdue au beau milieu de l’illusion d’une distance qui me sépare de Tout mais qui n’a en fait été créée par nulle autre que moi-même… alors qu’elle n’existe pourtant pas. Pas plus que le temps que j’évoquais plus haut.

    Je ne suis en fait ni perdue entre la Terre et le Ciel, ni au centre de Rien ou de Tout. Je porte Cela – cette Vie et l’Amour de celle-ci – en moi autant que Cela me porte.
    Et chaque jour je l’oublie.
    Et chaque jour j’ai à m’en souvenir.
    Encore et encore.

    Pour chaque jour Le transmettre du mieux que je peux.

    Et chaque jour renouveler d’essayer de convaincre la part de moi-même qui est persuadée que ce n’est pas assez – que je ne suis pas assez – que c’est tout de même mieux que rien…

    ***

    À chaque instant, dans la douleur ordinaire de n’être qu’un Être limité et imparfait, faire ainsi l’expérience extraordinaire d’une création infinie et à jamais inachevée.