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  • Randonnée en Chartreuse

    L'arche de la tour percée.

    On y était déjà allé il y a plusieurs années mais par un autre passage. Cette fois, on voulait faire une boucle en venant par le bas et en sortant sur le plateau, tout en haut.

    La mer de nuages a compliqué les choses :) Il n'y a pas de topo détaillé parce que les connaisseurs souhaitent préserver l'aspect "aventureux" de la balade...

    Du coup, il faut chercher, essayer de repérer les traces de passages dans les herbes ou les cailloux, de trouver les bonnes vires pour franchir les ressauts rocheux. On a sorti la corde pour un passage en escalade sans trop savoir si c'était le bon itinéraire. On pensait même qu'on ne trouverait pas l'arche, un peu paumés dans la brume et puis tout d'un coup, au sortir d'une barre rocheuse, on est tombé pile dessus :) :) 

    Et là, coup de chance numéro 2, après avoir remonté un couloir rocheux, terreux, herbeux, boueux, on est sorti au soleil, au-dessus des nuages ! :) Que du bonheur.

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  • Pour l'éducation à la non-violence

    L’apprentissage du respect

     

    Pour plus de détails sur les compétences psychosociales du Programme Éduquer à la non-violence et à la paix cliquez ici.

     

     


     

    Fiche 1. Un contrat de respect mutuel au collège

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Décrire une action coopérative amenant élèves et adultes à s’interroger sur leurs propres comportements en élaborant un Contrat de Respect Mutuel par le dialogue et le consensus et en le faisant vivre pour donner sens au « vivre ensemble » dans un collège. « Le respect n’est pas une discipline qu’on enseigne. C’est une démarche qui se met en œuvre dans l’action et par l’action. ».
    • Mots-clés : respect – projet d’école – contrat de respect mutuel
    • Type de fiche : Outil
    • Source : Document de présentation du contrat de respect mutuel mis en œuvre au Collège le Haut Mesnil à Montrouge (Hauts de Seine). Intervention d’Aline Peignault , alors Principale du collège Le Haut Mesnil à Montrouge, au premier Forum « la non-violence à l’école » le 15 octobre 2004 et dont les actes sont disponibles sur le site de la Coordination : www.education-nvp.org ; article d’Aline Peignault dans le livre collectif École : changer de cap, éd. Chronique Sociale, 2007 ; article de Jamila Krebis, Conseillère Principale d’Education au collège, dans Non-Violence Actualité n°275 de juillet-août 2004.

     

    Fiche 2. Réaliser une charte du respect

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Développer chez les élèves les attitudes de respect de l’environnement, des autres et de soi-même.
      • Développer l’esprit de coopération par la réalisation d’une œuvre commune ; Développer l’esprit de coopération par la réalisation d’une œuvre commune.
      • Développer la conscience citoyenne à l’intérieur de l’école ; Développer la conscience citoyenne à l’intérieur de l’école.
    • Mots-clés : respect – coopération – règles – projet d’école – charte du respect
    • Type de fiche : Outil
    • Durée : 50 minutes
    • Nombre de séances : plusieurs
    • Matériel : copie de la charte de Montargis. Elle peut servir d’exemple de ce qu’il est possible de réaliser.
    • Source : Cette fiche a été réalisée par Vincent Roussel, membre de la Coordination française pour la Décennie de la non-violence et de la paix, après enquête auprès des acteurs de l’action. Sous l’impulsion de l’adjoint au maire de Montargis chargé des affaires scolaires, les sept écoles primaires de Montargis ont travaillé sur la notion du respect pendant deux années consécutives. Durant l’année scolaire 1999-2000 les enfants ont travaillé sur le respect de l’environnement, rassemblant les résultats de leur travail sous différentes formes (affiches, cahiers, dessins, petites expositions, etc.) Au cours le l’année, deux réunions de mise en commun ont rassemblé plusieurs délégués de chaque école, des enseignantes et des représentants de la municipalité. Les enfants ont présenté leurs travaux et ont demandé à la municipalité d’installer dans les cours d’école des poubelles « ludiques » (Flipper le dauphin ou Kermit la grenouille) pour qu’ils puissent développer une campagne de propreté de l’école avec le slogan : « Donnez leur à manger ». La deuxième année (2000-2001) le travail s’est poursuivi pour aboutir à la mise au point d’une « Charte des enfants des écoles de Montargis pour un meilleur cadre de vie et de respect des autres ». La mairie a accepté d’imprimer la charte sous forme d’une affiche disponible pour toutes les classes de toutes les écoles. Le maire s’est déplacé dans deux écoles pour rencontrer les enfants, les encourager et leur remettre ces affiches.

     

    Fiche 3. Bonjour, merci, s'il-vous-plait, pardon, au revoir

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Développer les habitudes de civilités de base qui s’expriment par les mots : bonjour, merci, s’il vous plait, pardon, au revoir.
    • Mots-clés : respect – éducation civique – français – conte
    • Type de fiche : Activité
    • Durée : 45 minutes
    • Nombre de séances : une ou deux séances : il est possible de choisir d’animer deux séances sur ce thème, autour de chacun des deux contes
    • Source : Vincent Roussel.

     

    Fiche 4. Apprendre le respect

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Développer chez les enfants des attitudes de respect de l’environnement, de soi et des autres.
    • Mots-clés : respect – éducation civique – mathématiques – parole libre – cercle de parole – activité manuelle
    • Type de fiche : Activité
    • Durée : 45 minutes
    • Matériel : L’affiche Face à la violence, le respect (éditée par NVA BP 241, 45202 Montargis cedex ou www.nonviolence-actualité.org) ; feuilles de papier de couleur (au moins trois couleurs) et des paires de ciseaux pour fabriquer des polyèdres en origami.
    • Source : Vincent Roussel.

     

    Fiche 5. Le respect et le vêtement

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Permettre une réflexion sur le respect et le choix des vêtements.
    • Mots-clés : respect – français – texte libre – parole libre – conte
    • Type de fiche : Activité
    • Durée : de 30 à 45 minutes
    • Source : Marie-Odile Mergnac, Mille Proverbes et Dictons de tous les temps, éd. Archives Culture, 2003 ; 101 histoires de Djeha-Hodja Nasreddin ; et Champions du monde de la politesse, de Stéphane Frattini et Stéphanie Ledu, illustrations par Jacques Azam, éd. Milan jeunesse. Ce livre permet de réfléchir et de choisir un comportement adapté dans les situations courantes, en famille, à l’école, en ville. Les enfants et les adolescents y trouveront toute sorte de conseils pour apprendre à juger des avantages et des inconvénients de leurs choix en matière de vêtements, de manière de parler, d’hygiène et d’attitudes, etc.

     

    Fiche 6. Le souffre-douleur

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Faire comprendre aux enfants le phénomène de souffre-douleur pour ne pas banaliser.
      • Comprendre les responsabilités de chacun témoin, auteur et victime ; Comprendre les responsabilités de chacun témoin, auteur et victime.
      • Inciter les enfants à réagir, à ne pas laisser faire ; Inciter les enfants à réagir, à ne pas laisser faire.
      • Aider des enfants potentiellement victimes à sortir de ce statut ; Aider des enfants potentiellement victimes à sortir de ce statut.
    • Mots-clés : responsabiliser – faire réagir – aider
    • Type de fiche : Atelier
    • Durée : de 15 à 45 minutes
    • Nombre de séances : régulier
    • Matériel : Photocopie de la planche pour chaque élève.
    • Source : Fiche présentée par Claire Chéné, directrice de l’association « Graine de citoyen » . Présentation de 3 activités sur ce thème.

     

    Fiche 7. Rintintin bouc-émissaire

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Former les élèves à la médiation/gestion de conflits.
      • Comprendre les différentes façons de ressentir chaque action ou parole (vision, imagination, sentiment…).
      • Faire réagir les élèves sur chaque mot qu’ils emploient et qui pourraient blesser l’autre.
      • Prendre conscience à la classe du phénomène du bouc émissaire et ses conséquences.
    • Mots-clés : avoir conscience – ressentir – bouc émissaire – médiation
    • Type de fiche : Activité
    • Durée : 30 minutes
    • Nombre de séances : régulier
    • Matériel : Photocopie de la planche Le bouc émissaire pour chaque élève.
    • Source : La BD Il en faut peu pour être amis a été éditée en 1994 par l’association belge Asbl Humania. Elle a été distribuée gratuitement, avec l’aide d’une fondation, aux enseignants des écoles primaires ayant reçu préalablement une formation à la médiation/gestion des conflits. L’association a été dissoute en 2006. En nous donnant l’autorisation d’utiliser cette page de l’album, Paula Peters qui a assuré la coordination du travail de conception et de réalisation de la bande dessinée, nous précisait : « Chez nous, elle a été appréciée en son temps ». Le déroulé pédagogique de cette fiche est proposé par Génération Médiateurs et par Vincent Roussel de Non-Violence Actualité.

     

    Fiche 8. Programme d'Elmer contre l'intimidation à l'école

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Aider à régler le problème de l’intimidation à l’école.
      • Conseiller les enfants à prévenir ou éradiquer ce genre de comportement dans leur vie à l’école et en-dehors de l’école ; Conseiller les enfants à prévenir ou éradiquer ce genre de comportement dans leur vie à l’école et en-dehors de l’école.
    • Mots-clés : intimidation – confiance – aide – prévenir – endroits surs – solidarité
    • Type de fiche : Outil
    • Source : Le Conseil canadien de sécurité dispense un grand nombre de conseils de sécurité à destination des enfants dans tous les domaines de leur vie : la sécurité routière, dans les autobus scolaire, sécurité-incendie, sécurité dans les trains, cyber-sécurité. Il utilise pour cela une mascotte, Elmer l’Éléphant prudent. Celui-ci a pour rôle d’enseigner aux jeunes enfants l’importance de la sécurité. Dès sa première apparition, il y a plus de 50 ans, Elmer est devenu la vedette des enfants. Son image a été modifiée au fil des ans pour qu’il ait toujours une incidence positive sur les enfants. Le personnage et son message restent actuels (et fort utiles). Vous trouverez une mine d’outils pédagogique concernant l’apprentissage de la sécurité sur le site www.pomverte.com/Secuimp.htm. Nous reproduisons ici la fiche n°34, qui concerne les conseils d’Elmer face à l’intimidation à l’école.

     

    Fiche 9. Fiche définitions

     

    • Cycles : 
    • Objectifs :
      • Connaître les différents mots ou expressions pouvant être à la base du harcèlement.
      • Appréhender leurs différentes définitions et nuances.
      • Responsabiliser les élèves et enfants face à ce phénomène.
    • Mots-clés : bouc émissaire – souffre-douleur – mouton noir – tête de turc – définitions – nuances – respect
    • Type de fiche : Outil
    • Source : Ces différentes définitions ont été prises dans diverses sources telles que le Petit Larousse illustré 2005, Wikitionnaire ou encore, Wikipédia.

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     Posted by  on 3 janvier 2013
     

  • Life in a day

    Léo, notre garçon, passionné par le trail m'a envoyé cette vidéo.

    Même si je ne comprends pas l'intégralité, je suis subjugué par cette ambiance et l'intensité des témoignages, des images, de la musique.

    Cette puissance des corps, cette énergie, cette capacité à aller vers les limites les plus éloignées, cette exploration de l'âme, ce silence intérieur qui s'installe, cette conscience ultime de chaque muscle, de chaque sensation, l'euphorie de la vie dans la brûlure bienheureuse de l'effort long, c'est un "voyage" qui est à mes yeux absolument nécessaire, comme une voie incontournable.

    Ce matin, je suis allé courir et les images m'accompagnaient, la musique dans les oreilles. 

    Des musiques qui m'emportent, coulent comme de la sève, me nourrissent...

    Je sais d'où je viens, je sais que je ne devrais même pas pouvoir marcher normalement, je sais que le couperet n'est pas passé loin alors chaque foulée, je la vis comme un miracle, un cadeau inestimable...

    Chaque jour qui se lève et que je découvre en ouvrant les yeux, c'est une naissance, chaque jour est une vie. 

  • En mode "survie"

    Avant de commencer le roman en cours, j'ai lu moult documents, récits, analyses de situations de crises majeures : l'ouragan Katrina à la Nouvelle orléans, le tsunami de l'Asie du sud-est, le tsunami au Japon, le tremblement de terre de Kobé etc etc... Toujours les mêmes défis, les mêmes comportements, entre solidarité commune et violences individuelles, entre humanité et instinct primaire...

     

    Une épave de voiture dans une rue de Baie Nettlé, le 10 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.

    RECIT. "On s’est mis en mode survie" : des sinistrés de l’ouragan Irma racontent la semaine d’après à Saint-Martin

     

    Ils se prénomment Emilie, Arnaud, Frantzcia et Benjamin. Dans la nuit du mardi 5 au mercredi 6 septembre, l’ouragan Irma a uni leurs destins, en s’abattant sur la petite île antillaise de Saint-Martin, dévastant tout sur son passage, avec ses trombes d’eau et ses vents à plus de 300 km/h. Habitante, pompier, commerçante, entrepreneur, ils racontent à franceinfo la semaine qui a suivi le cataclysme : le chaos, la survie, l’arrivée des secours et le début du retour à la vie.

    Deux hommes fouillent les ruines d\'un restaurant de la Baie-Orientakle, le 10 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
    Deux hommes fouillent les ruines d'un restaurant de la Baie-Orientakle, le 10 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

    "LE PLUS DANGEREUX, CE N’EST PAS L’OURAGAN, C’EST APRÈS"

    Depuis la terrasse de son appartement dévasté sur les hauteurs de Grand-Case, Emilie a une vue imprenable sur l’aéroport français. Chaque jour, la même scène se joue désormais sous les yeux de cette trentenaire. Un ballet incessant d’avions et d’hélicoptères, civils et militaires, achemine les secours et l’aide humanitaire dont l’île a tant besoin. Sur la route, des centaines de sinistrés attendent en plein soleil des heures durant qu’un soldat les autorise à embarquer à bord de l’avion qui leur permettra d’échapper à leur enfer. Emilie elle aussi rêve de s’envoler.

    La jeune femme de 35 ans, directrice d’un magasin dans un hôtel de luxe, est installée à Saint-Martin depuis six ans avec son fiancé, Geoffrey. "On avait l’expérience des cyclones, on avait déjà vécu Gonzalo [en 2014], se remémore-t-elle. On avait protégé beaucoup de choses, on avait essayé de tout sécuriser, mais ça n’a pas suffi. On ne s’attendait pas à avoir un cyclone d’une telle violence. Ça a été incroyable."

    Pendant l’ouragan, Emilie et Geoffrey se réfugient dans leur salle de bain avec leurs chiens et leurs chats et une valise de vêtements. Ils y restent cloîtrés deux heures et demi, en attendant l’accalmie. Une fois Irma passé, le couple émerge de son refuge. "L’appartement a perdu une partie de son toit. A l’intérieur, tout est détruit. On a pratiquement tout perdu. On n’a plus que les habits qu’on a mis dans la valise à se mettre sur le dos."

    On s’est mis en mode survie. On a fait les choses les plus élémentaires.

    Emilie, habitante de Saint-Martin

    "On avait fait des réserves, mais pas assez", raconte-t-elle encore. Eau, vivres, essence… Ils commencent à se rationner et mettent en commun avec leurs voisins le peu qu’il leur reste pour un barbecue improvisé sur des parpaings. "Il y a une énorme entraide. Un des habitants de la résidence est ébéniste. Il a passé deux jours à calfeutrer les fenêtres qui avaient été soufflées avec des planches de bois."

    La vie d’Emilie se résume à l’essentiel. "On essaie de récolter l’eau de pluie et de la filtrer pour se laver, faire la vaisselle et la mettre dans les toilettes. On fait surtout très attention à l’hygiène, à nous, à ne pas se blesser. Le plus dangereux, ce n’est pas l’ouragan, c’est après." Pour trouver de quoi manger, Emilie se résout à se servir dans un supermarché"On a constitué une équipe avec les voisins pour aller visiter un dépôt alimentaire et essayer de trouver de quoi manger. C’était plein de boue, mais on a quand même trouvé des biscuits et du jus. On a vu que l’antenne téléphonique avait tenu. On a trouvé un peu de réseau et on a pu donner des nouvelles à nos proches sur l’île et à la métropole."

    Moralement, c’est épuisant. Ce ne sont pas nos propres pertes matérielles qui minent le moral, c’est l’ampleur des dégâts. Il y en a partout. On ne sait plus où regarder. On est témoin de tellement de violence.

    Emilie, habitante de Saint-Martin

    Dès le lendemain de l’ouragan, Emilie a vu les premiers militaires atterrir. Les premières évacuations aussi. Des femmes, des enfants, des blessés. Des touristes également. Emilie souhaite aussi partir, mais elle n'est pas prioritaire. Au bout d’une semaine, elle croit pouvoir s’échapper par la mer, avec un bateau venu de Guadeloupe, mais la traversée est annulée au dernier moment.

    Désespérés, Emilie et Geoffrey tentent leur chance à l’autre aéroport, du côté néerlandais de l’île. Après des heures d’attente sous un soleil de plomb avec des centaines d’autres sinistrés, ils embarquent enfin à bord d’un avion cargo militaire français, avec leurs animaux et leurs maigres bagages. Direction Pointe-à-Pitre, puis la métropole.

    "C'est très dur. Tout laisser derrière soi et ne pas savoir de quoi demain sera fait. Mettre six ans de sa vie antillaise dans un sac à dos. Tout perdre du jour au lendemain. On est si peu de choses au final." Emilie a retrouvé ses parents. "Je n'ai toujours pas pris de douche. Je profite de ma famille. Entre profiter ou puer, il faut choisir. Je ne veux pas manquer la moindre minute avec eux." Mais elle l’assure : "Je vais revenir à Saint-Martin."

    Des pompiers à bord d\'un bateau faisant la traversée entre Pointe-à-Pitre en Guadeloupe et l\'île de Saint-Martin, le 8 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma.
    Des pompiers à bord d'un bateau faisant la traversée entre Pointe-à-Pitre en Guadeloupe et l'île de Saint-Martin, le 8 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma. (MARTIN BUREAU / AFP)

    "ON A DU MAL À CROIRE QU’ON EST EN FRANCE"

    Au lendemain de l’ouragan, à près de 7 000 km de Saint-Martin, dans une caserne de Saint-Etienne, le sergent-chef Arnaud prépare en urgence son équipe. La cellule de crise de l’ONG Pompiers Humanitaires Français est activée. Il ne lui faut que 24 heures pour arriver en Guadeloupe avec son matériel de sauvetage et de déblaiement, mais un obstacle de taille leur barre la route : l’ouragan José menace à son tour de s’abattre sur l’île dévastée.

    Par chance, le cyclone change de cap et évite Saint-Martin. Le pont aérien et maritime peut reprendre. "La traversée en barge depuis Pointe-à-Pitre a duré 20 heures", se souvient le sapeur-pompier, qui a l’habitude de ce genre de terrain. Il était aux Philippines en 2004 après le tsunami, en Haïti en 2010 et au Népal en 2015 après les séismes. Mais aussitôt débarqué, une impression le saisit.

    C’est le chaos complet. Le paysage est apocalyptique. Tout est à terre.

    Arnaud, sapeur-pompier

    Cinq jours après le passage d’Irma, les sauveteurs commencent leur mission. Une intervention dans le quartier Saint-James au Marigot, une autre à la pointe ouest de l’île aux Terres-Basses, une autre au nord-ouest à La Savane. "Quand ils nous voient arriver, les habitants ont le sourire. On donne ce qu’on peut, on n’est pas une grosse structure, mais rien qu’au niveau psychologique, c’est énorme pour ces gens qui ont tout perdu et qui sont complètement abattus", raconte le sapeur-pompier.

    Du lever du jour à la tombée de la nuit, les six hommes multiplient les interventions. Ils sécurisent des maisons, déblaient les décombres, recherchent d’éventuelles victimes, réparent les toitures quand elles peuvent l’être, installent des bâches là où les tôles ont été arrachées… Dans l’équipe, chacun a sa spécialité : il y a les infirmiers urgentistes avec leur matériel de premiers secours, les experts des interventions en milieu aquatique et les spécialistes de la grimpe. Le soir venu, le sergent-chef Arnaud et ses hommes sont hébergés par des habitants ou dorment dans une maison abandonnée. Ils sont confrontés à une réalité à laquelle ils n’étaient pas préparés.

    Des habitants ont créé des milices privées dans certains quartiers pour se protéger des pillages. Le premier soir, des gens sont venus nous voir pour nous dire de ne pas nous inquiéter. On se dit que ce n’est pas possible. On a du mal à croire qu’on est en France.

    Arnaud, sapeur-pompier

    "Ce qui m’a le plus étonné, c’est que sept jours après l’ouragan, certains quartiers n’aient toujours pas été visités par les secours. Normalement, quatre jours après une catastrophe, tout le monde a vu les pompiers. C’est incompréhensible", lâche le sergent-chef. Et d'ajouter : "Il y a sûrement eu des soucis d’acheminement, à cause des aéroports endommagés et de l’ouragan José qui a retardé les opérations de secours."

    Mais une semaine après le cataclysme, "ça commence à prendre forme", tempère le secouriste. "Beaucoup de moyens ont été mis en place très vite. Et tout le monde met la main à la pâte." La mission durera dix jours en totale autonomie. Et une autre équipe est prête à prendre la relève.

    Des habitants du Marigot attablé à la terrasse improvisée d\'un bar, le 14 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
    Des habitants du Marigot attablé à la terrasse improvisée d'un bar, le 14 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (HELENE VALENZUELA / AFP)

    "DIEU M’A PROTÉGÉE"

    Frantzcia a le sourire et des journées bien remplies. Son restaurant de cuisine française et créole, ouvert il y a quatre mois dans le quartier de Bellevue à Marigot, a été miraculeusement épargné par l’ouragan. "Dieu m’a protégée", croit la jeune femme de 28 ans, débarquée d’Haïti alors qu’elle était encore bébé. Avant l’arrivée de l’ouragan, elle a décidé au dernier moment d’affronter Irma dans son commerce plutôt que sa maison. Bien lui en a pris. Son domicile est désormais inhabitable. "Toutes les baies vitrées sont cassées." Le vent et la pluie se sont engouffrés, saccageant tout. "Dans mon restaurant, je n’ai rien. Pas de casse." Juste une vitre brisée, remplacée par une planche de bois.

    A peine le cyclone passé, Frantzcia s’est remise aux fourneaux. Sans électricité. "Heureusement, je cuisine au gaz", précise-t-elle. "J’ai cuit toute la viande que j’avais au freezer pour ne pas qu’elle se gâte et j’ai donné à manger gratuitement aux voisins." La restauratrice a été prévoyante. "Avant l’ouragan, j’avais fait le plein de bouteilles d’eau pour faire des glaçons et garder les aliments au frais le plus longtemps possible. Après, ça nous a fait de l’eau fraîche."

    On commence à y voir un peu plus clair. Avec les voisins, on a nettoyé un peu partout dans le quartier. C’est déjà plus propre. Ça va aller.

    Frantzcia, restauratrice

    Frantzcia et son établissement ont aussi échappé aux pillages. "Tout a été pillé partout autour, on est les seuls à ne pas avoir été touchés. Mais on est là en permanence. On habite juste au-dessus, maintenant. Et dans le quartier on se connaît tous." L’électricité est revenue au bout de six jours de pénurie. Frantzcia a pu remettre en route son réfrigérateur. Le supermarché aussi a rouvert"J’ai pu aller faire des courses. Il n’y avait pas de surgelés, mais j’ai trouvé de la viande fraîche."

    "Il faut que je vous laisse. Je suis en train de préparer le repas de midi", s’excuse-t-elle. Au menu du "gou-T", il y aura de la soupe de cabri, du riz créole, des haricots rouges et du poulet à la crème avec des spaghettis. La nouvelle de la réouverture de son restaurant a circulé et depuis, il ne désemplit pas. Frantzcia est même obligée de prendre des réservations.

    Les décombres de maisons détruites à Grand-Case, le 11 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
    Les décombres de maisons détruites à Grand-Case, le 11 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

    "MÈRE NATURE NOUS A MIS UN GROS COUP DANS LA GUEULE, MAIS ON VA SE REDRESSER"

    Benjamin est arrivé à Saint-Martin à 18 ans. Il en aura bientôt 50. En trois décennies, il s’est bâti une existence prospère sur l’île, à la tête notamment d’un bistrot gastronomique, d’une cafétéria et d’un magasin de vins et spiritueux. Une vie qu’il espère ne pas perdre.

    "Dès que le cyclone a baissé en intensité, j’ai pris ma voiture", raconte-t-il."Au bout de deux heures de route, je suis arrivé devant mon restaurant. Il avait tenu. J’ai passé la nuit dans ma voiture à monter la garde. Je n’ai pas dormi. Je suis rentré chez moi au petit matin pour rassurer ma femme. Quand je suis revenu, les pillards étaient passés." La porte de son entrepôt de vins et de spiritueux, elle, a été forcée à coup de transpalettes. Les voleurs lui ont dérobé des grands crus sous ses yeux.

    La violence des hommes a été plus forte que celle de Mère Nature. J’ai vu des horreurs : des gens qui venaient voler avec des coupes-coupes et des clubs de golf. Et ils ont fait ça en famille. Le papa, la maman, les enfants…

    Benjamin, entrepreneur

    "La zone d’activité, le poumon économique de l’île, a été balayée non pas par l’ouragan mais par les pillards. Ça a été l’enfer", assure Benjamin. "C’était du pillage gratuit. Ils repartaient avec des machines à laver. Ils ne piquaient pas pour bouffer. Ce n’était pas pour la survie. C’était effroyable. C’étaient des bandes organisées, du grand banditisme." "Au niveau sécuritaire, ça commence à s’arranger", concède-t-il. "Beaucoup de moyens ont été déployés – légèrement trop tard, malgré ce que disent les autorités."Benjamin a mis sa cafétéria, où la climatisation marche encore, à disposition des secours. De quoi permettre à 250 hommes de se reposer.

    Désormais, Benjamin n’a qu’une idée en tête : relancer au plus vite son activité et faire repartir l’économie de son île"Je vais faire ce qu’il y a à faire : établir un bilan des stocks et du matériel qui me reste. J’ai déjà contacté mon avocat et mon comptable pour savoir si je peux mettre mes employés au chômage technique. Je ne veux pas avoir à les licencier. Ma structure fait vivre pas loin de 200 personnes. J’ai pratiquement réussi à avoir des nouvelles de tout le monde. J’ai des employés qui ont passé tout le cyclone avec de l’eau jusqu’au cou ou enfermés dans leur salle de bain, en tenant la porte pour qu’elle ne s’ouvre pas." Son maître d’hôtel est parti avec sa famille. "Ils portaient leur dernier tee-shirt sec et ils n’avaient qu’une toute petite valise", relate-t-il.

    Mère Nature nous a mis un gros coup dans la gueule, mais on va se redresser, on n’a pas le choix. De toute façon, quitter le navire quand il coule, ce n’est pas dans mon tempérament.

    Benjamin, entrepreneur

    L’entrepreneur espère surtout que l’Etat tiendra ses promesses faites aux sinistrés et tirera les leçons de cette catastrophe. "On va tout reconstruire, je n’en doute pas. Mais il va falloir travailler avec les autorités locales et nationales pour remettre l’île sur pied. Et surtout, trouver une solution pour que ça ne recommence pas. J’ai vécu le même scénario il y a 22 ans avec l’ouragan Luis. La conclusion a été vite vue : l’entreprise dans laquelle je travaillais avait mis la clé sous la porte. Ça passera sûrement par un plan Orsec de meilleure qualité, par un plus grand respect des normes de construction. Parce qu’on n’est pas à l’abri qu’un cyclone revienne dans un an. Nos élus, nos dirigeants ont du pain sur la planche. On ne reconstruit pas avec de belles paroles. Il faut de gros moyens financiers."

    "C’est comme une plaie, il faut qu’elle se referme et qu’elle cicatrise. Ça va prendre un an, un an et demi. C'est bien, je vais être occupé", sourit-il. "On est des fadas, mais il faut être fou pour vouloir continuer après ce qu’on a vécu. Cette île a quelque chose de magique : c’est ce qui nous sauvera."

     

     

     

     

  • Vertus de la méditation (15)

    SAMEDI 23, sur ARTE

    Les étonnantes vertus de la méditation

    Sciences - Médecine et santé - 51 Min.

       
       
       
     
       
       

    COMMENT (RE)VOIR CE PROGRAMME

    La méditation est devenue un nouveau champ de recherche pour les scientifiques. Un documentaire éclairant sur ses bienfaits pour notre santé. Il présente également un panorama des nouvelles applications médicales que la pratique de la méditation pourrait ouvrir dans un avenir proche.

    Psychiatres, neurologues et biologistes moléculaires s'intéressent de plus en plus aux effets bénéfiques de la méditation sur le fonctionnement de notre cerveau et de notre organisme. Leurs découvertes récentes ont permis de faire entrer des techniques de méditation dans les hôpitaux, aux États-Unis et en Europe, où elles sont utilisées, en accompagnement thérapeutique, pour réduire, notamment, les douleurs chroniques et le stress lié à de nombreuses pathologies.

    Des liens complexes

    Véritable gymnastique cérébrale, la méditation réduirait les effets toxiques engendrés par les hormones du stress et aurait ainsi une action bénéfique sur les inflammations chroniques, les défenses immunitaires ou la dégradation de nos cellules. Sa pratique aurait également le pouvoir de modifier l'anatomie du cerveau, qui reste plastique tout au long de la vie, et contribuerait à freiner le vieillissement cérébral. Suivant plusieurs expériences en cours, ce passionnant documentaire décrypte les liens physiologiques complexes entre le "cerveau méditant" et l'organisme. Il présente également un panorama des nouvelles applications médicales que la pratique de la méditation pourrait ouvrir dans un avenir proche.

    GÉNÉRIQUE
    • Réalisation :Benoît Laborde
    • Pays :France
    • Année :2017
    • Origine :ARTE F

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    BONUS ET EXTRAIT

  • Des nanotechnologies à la yourte

    « Fainéant, cynique, extrême » : il abandonne les nanotechnologies pour vivre dans une yourte

    11 septembre 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre) 
     

     

    «<small class="fine"> </small>Fainéant, cynique, extrême<small class="fine"> </small>» : il abandonne les nanotechnologies pour vivre dans une yourte

    Harassé par sa lutte contre l’aveuglement scientifique face aux nanotechnologies, Benjamin Caillard a démissionné de l’enseignement supérieur pour se régénérer au cœur de la forêt landaise. Reporterre l’a rencontré sous sa yourte, d’où il poursuit son engagement. Autrement.

    • Saint-Magne (Gironde)

    La petite route mal goudronnée qui mène au bout de l’allée du Roumegous s’achève en cul-de-sac, au milieu de la pinède landaise. Un garçon sort d’une maisonnette en briques roses et me salue ; je cherche un certain Benjamin Caillard, lui dis-je. Il hausse les épaules : aucune idée, plusieurs personnes passent et vivent ici. Je scrute les alentours. Une prairie, quelques voitures vides, et la forêt, touffue.

    Je sors le courriel que Benjamin nous a envoyé en mars dernier, et relis ses vers : « L’eau, l’air et la terre en nous ne forment qu’un, nous sommes le grand chêne, nous sommes le saule, le cèdre, nous sommes le hêtre face au néant. » J’y suis donc. Je jette un regard à la signature, intrigante, qui m’a poussée jusqu’au fond des Landes : « Un ancien maître de conférence en micro et nanotechnologies, qui a démissionné l’an dernier. »

    L’écolieu Potabilis.

    Quelques instants plus tard, un homme d’une quarantaine d’années, cheveux en bataille et short déchiré, s’approche à grandes enjambées. D’un sourire, il se présente — « Benjamin Caillard » —, et m’invite à le suivre sur un chemin de terre. Plus loin dans la forêt, au détour d’un poulailler, une yourte apparaît dans une clairière, entourée de fougères roussies par le soleil. Toilettes sèches, panneaux solaires, poêle à bois. C’est là que Benjamin vit depuis plus d’un an, en autonomie. Il s’excuse du bazar, nous sert une tasse de café noir, se roule une cigarette, puis commence son récit. Les mots fusent, l’histoire s’écoule en gros bouillons, parfois dispersés. Car, derrière son sourire doux, cet ermite des temps modernes cache un tempérament de fonceur et une vie tumultueuse. Une fois la touche Play enclenchée, plus moyen de l’arrêter.

    « Que de révolutions à venir pour le progrès de l’humanité ! » 

    De son enfance entre Paris et la Nouvelle-Calédonie, il garde le souvenir des baignades dans les rivières océaniennes, des démonstrations politiques de son père, indépendantiste caldoche, mais surtout de sa passion pour les sciences. « J’étais hyper scientiste : j’avais une confiance totale, une croyance, dans des innovations technologiques, qui allaient apporter plus de bien-être à l’humanité. » Ado, il dévore chaque nouveau numéro de Sciences et Avenir, s’intéresse à tout ce qui touche au progrès technique : mécanique, chimie, optique, biologie… C’est ainsi qu’il se retrouve tout naturellement dans une prépa scientifique puis dans une école d’ingénieurs en électronique. Après une thèse sur la fiabilité des systèmes microélectroniques, il s’envole pour le Japon, au sein d’un laboratoire de recherche tokyoïte.

    L’airial, typique des habitations des Landes de Gascogne, de l’écolieu Potabilis.

    Baigné dans l’océan des nouvelles technologies, il découvre avec un mélange de curiosité et de prudence les nanotechnologies, ces techniques fondées sur la maîtrise de l’infiniment petit. « Du tricotage d’atomes », résume-t-il. « J’étais émerveillé par les possibilités offertes par ces particules : des écrans solaires super efficaces au dioxyde de titane, des molécules de médicament parfaitement dosées transportées dans la cellule exacte grâce à une nano… que de révolutions à venir pour le progrès de l’humanité ! »

    Mais, très vite, le doute s’immisce. Depuis tout jeune, Benjamin cultive en effet un esprit rebelle. Il aime poser les questions qui dérangent, ébranler les certitudes. Jeune adulte, il s’initie au cannabis, et « développe une empathie et une connexion profonde avec la nature », assure-t-il. En bon scientifique, il se passionne alors pour le climat et l’étude des écosystèmes. Peu à peu, sa conscience écologiste s’affirme, et son cœur rompu au cartésianisme se gonfle de révolte.

    « Je suis devenu radical dans mon mode de vie — que du bio et du vélo, raconte-t-il. Mais je continuais à travailler dans la microélectronique, persuadé que je pourrais faire bouger les choses dans le bon sens. » Entretemps, Benjamin s’est établi en Gironde, où il a décroché un poste de maître de conférence en micro et nanotechnologies au sein de l’université d’excellence de Bordeaux. « J’avais conclu une sorte de contrat moral avec moi-même : faire mon métier de la manière la plus intransigeante et éthique possible. »

    « Mais, vous savez, les gens n’ont pas envie de savoir » 

    Face à la « fascination béate » de ses collègues envers les « nanos », il creuse les zones d’ombre, épluche les rapports sur les risques sanitaires et environnementaux. Car ces particules de taille atomique — la différence de taille entre une nanoparticule et une orange est la même qu’entre une orange et la Terre — peuvent pénétrer le derme et les cellules, avec des effets toxiques avérés, quoique mal étudiés. Malgré les dangers, près de 2.000 produits contiendraient des nanoparticules : aliments, cosmétiques, emballages en tout genre. Or, nos stations d’épuration et autres centres de gestion des déchets ne savent pas traiter des substances aussi infimes. Toutes ces nanos toxiques se retrouvent donc dans les écosystèmes… et advienne que pourra ! Comme nous vous l’avions raconté dans notre dossier sur ces technologies, Benjamin Caillard acquiert très vite une certitude : « On est en train de nous refaire l’amiante. »

    Les oies de Potabilis.

    Benjamin se lève, se ressert un café. Autant les anecdotes affluent vite, autant il rythme ses explications scientifiques de silences pensifs. « Une seule nanoparticule peut tuer une cellule, à partir du moment où elle est suffisamment petite pour traverser la peau, insiste-t-il. On appelle cela l’effet de taille. Et n’importe quel procédé industriel, même parfaitement calibré, présente le risque de produire des nanos trop petites. Cela sera peut-être mille particules sur des milliards, mais cela suffit pour être nocif. » Or, moins de 10 % des recherches sur les nanos concernent l’étude des risques.

    Il tente alors d’alerter ses collègues. En vain. Lors du débat national sur les nanotechnologies, en 2009, il interpelle plusieurs éminences grises. « À ma question sur le manque de débats concernant l’éthique et l’environnement, on m’a répondu clairement : mais, vous savez, les gens n’ont pas envie de savoir. » Pour lui, c’est le déclic, l’étincelle qui allume la mèche et le mènera, sept ans plus tard, à la démission. « Dès ce moment, je n’ai cessé de pointer les risques et dénoncer l’omerta, et je n’ai cessé de me prendre des murs. »

    Dans la yourte de Benjamin Caillard.

    « La classe sociale des chercheurs se plaît dans cette activité intellectuelle stimulante, reconnue, bien payée, elle n’a pas du tout envie qu’on remette en cause ses objets de recherche ou ses méthodes, avance-t-il. Nous sommes censés être l’élite, mais être BAC +8 n’amène pas à plus de conscience politique. » Avec d’autres moutons noirs, il monte des projets de recherche sur l’éthique des nanos et sur les low techs : tous sont retoqués. Puis il bataille au côté de syndicalistes pour le remplacement des hottes aspirantes, déclarées défectueuses alors qu’elles permettent — quand elles sont en bon état — de limiter les inhalations de nanoparticules par les chercheurs.

    La yourte, un petit cocon d’une vingtaine de mètres carrés 

    En parallèle, il monte une conférence gesticulée avec l’aide de la Scop Le Pavé, sur les nanos et la recherche scientifique. À la fin du spectacle, sorti en 2012, il assure : « Je ne vais pas démissionner, car il est important, voire essentiel, de changer le système de l’intérieur. » Mais peu à peu, il s’épuise. Le « taureau », comme certains l’appellent, se met dans le rouge. Jusqu’au point de non-retour : en 2016, il démissionne. « Je reste persuadé que pour changer un système, il faut lutter avec — donc en étant dedans —, sans — en autonomie — et contre — par des actions directes, insiste-t-il. Seulement, je n’avais plus l’énergie de me battre depuis l’intérieur. » Il dit avoir manqué de subtilité et de persévérance. Mais comment faire quand les portes se claquent et que les fenêtres se ferment ?

    Dans la yourte de Benjamin Caillard.

    Au cœur de la forêt, une bruine fine s’est mise à couler. Benjamin entre dans la yourte, son petit cocon d’une vingtaine de mètres carrés. Deux lits mezzanines — un pour lui, un pour sa fille — entourent une petite table à manger et un poêle, installés sous un puits de lumière. Au milieu, le sol est plus bas d’un mètre, afin d’apporter un peu de fraîcheur les jours de canicule. La douche se trouve à l’orée du bois, entre les chênes. Quant aux toilettes, elles sont installées au milieu des fougères. « Je me sens bien ici, c’est moins confortable qu’un appartement, mais je suis plus en cohérence avec moi-même. »

    Il participe aux travaux collectifs de Potabilis, l’association qui gère l’écolieu sur lequel il a posé bagages et yourte. Potager, four à pain, construction en palettes. Ils sont cinq à vivre en permanence sur les 37 ha appartenant à Béa, à l’origine du projet : « Depuis 2009, nous cherchons à faire revivre ce lieu, en accueillant des personnes, de manière temporaire ou plus pérenne,m’explique cette ancienne employée de Total, revenue vivre dans le berceau familial, situé à trois quarts d’heure de Bordeaux. Chacun vit de manière indépendante, mais nous essayons de créer une oasis, dans l’esprit des Colibris. »

    « Il faut trouver une navigation entre cœur et cerveau, une harmonie entre intelligence, ressenti, action » 

    Benjamin n’a pas pour autant renoncé à toute forme d’interaction avec notre société : il s’est formé à l’accompagnement organisationnel de collectifs. Éducation populaire, pédagogie active, dynamiques de groupe, communication non violente. « Mes années de militantisme et d’enseignement, mon travail de conférencier gesticulant m’ont donné envie de transmettre mon expérience, de poursuivre le combat que je menais, mais sous une forme différente. »

    Un tipi de Potabilis.

    À l’instar d’Alexandre Grothendieck, ce prestigieux mathématicien devenu ermite, il cherche à recréer du lien entre émotions et raison. « Lui disait que la recherche lui avait volé ses émotions,cite-t-il. Je pense aussi qu’il faut trouver une navigation entre cœur et cerveau, une harmonie entre intelligence, ressenti, action. » C’est ce qu’il appelle l’écologie mentale, essentielle à ses yeux, tout comme l’écologie sociale (la justice et l’harmonie entre êtres humains) et environnementale (la préservation des écosystèmes). « Ici, je vis à mon rythme et à celui de la nature : je me lève au chant des oiseaux, me lave sous le regard des chevreuils, travaille dans l’odeur des pins. Je suis parfois seul, peut-être trop, mais me sentir connecté, à moi, à ce et à ceux qui m’entourent, me rend profondément heureux. »

    19 h, le soleil décline à travers les arbres. Nous parlons depuis plus de neuf heures, sans interruption. Avant de reprendre ma route vers la « civilisation », Benjamin me demande : « Comment as-tu compris toute mon histoire ? » Selon moi, son cheminement recoupe celui de celles et ceux qui se heurtent à un système destructeur, s’épuisent en tentant seul de le faire bouger, puis reviennent à l’essentiel, puiser leur renaissance : dans la forêt.


    • Complément d’info : Vendredi 8 septembre 2017, Emmanuel Macron a déclaré qu’il ne « cèderait rien aux fainéants, aux cyniques, aux extrêmes ».

  • L'école et l'échelle sociale

    Du collège aux filières d’excellence, la disparition des enfants d’ouvriers

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    cadresouvriersfilieres

    Au fil de la scolarité, la part des enfants d’ouvriers se réduit alors que celle des cadres s’accroît. La quasi-totalité des enfants suivent la filière générale du collège, quelle que soit leur origine sociale. On y compte un peu plus d’un quart d’enfants d’ouvriers et un peu moins de 20 % d’enfants de cadres supérieurs (données 2016 du ministère de l’Éducation nationale). Ceux, déjà en difficulté qui ne suivent pas la filière générale (moins de 3 % du total), sont orientés en Section générale d’enseignement adapté (Segpa) : parmi eux, on trouve plus de 40 % d’enfants d’ouvriers et 2 % d’enfants de cadres. Les inégalités sociales se forment pour partie dans l’enseignement primaire.

    Les enfants d’ouvriers sont sur-représentés dans les filières professionnelles et techniques. Ils regroupent 38 % des élèves de CAP, 36 % des bacs pros. En première et terminale technologique, leur part est équivalente à celle de la population des parents en sixième 26 %. Plus on s’élève dans le cursus, moins ils sont présents : ils ne forment que 16 % des filières générales des lycées, 12 % des étudiants à l’université, 7 % en classes préparatoires et moins de 3 % des élèves des écoles normales supérieures. Inversement, la part des enfants de cadres augmente : 29 % en filière générale du lycée, le double dans les écoles normales supérieures.

    Ces données illustrent la force des inégalités sociales à l’école. Pour les analyser correctement, il faut se garder de toute caricature. Le fait que les écarts entre milieux sociaux s’accroissent au fil des scolarités ne signifie pas que l’école augmente les inégalités. Le fait, par exemple, de retrouver quasiment autant d’enfants d’ouvriers en BTS qu’au collège montre bien comment l’école tire vers la haut les élèves et assure aussi la promotion sociale des catégories populaires. Sans le service public d’éducation, les écarts auraient une toute autre ampleur. En revanche, l’ampleur des écarts montre que notre système est loin de faire ce qu’il devrait pour assurer l’égalité des chances scolaires. L’introduction précoce de la lecture et d’autres apprentissages académiques à un âge où les inégalités entre enfants sont fortes se répercute tout au long de la scolarité. Dans l’ensemble de la scolarité, l’école n’explicite pas ses attentes mais favorise les « initiés » qui disposent des clés de réussite fournies non par l’école mais par leur milieu social (méthodes de travail, vocabulaire, orientation, etc.).

    
    
    
     

  • Ecole des compétences ... économiques

    Ecole des compétences ? Non ! Fabrication du cortex

    • Par  Antoine Desjardins 
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    • Publié 
     

    FIGAROVOX/TRIBUNE - L'école, le collège et le lycée doivent-ils former des salariés employables et préparer la croissance économique de demain ? Pour Antoine Desjardins, l'instruction sert à développer, avec la culture, les cerveaux d'homo sapiens sapiens.

     


    Antoine Desjardins est professeur de Lettres, coauteur du livre Sauver les lettres: des professeurs accusent (éd. Textuel). Membre du Comité Orwell, présidé par Natacha Polony, et cofondateur du collectif Condorcet, il milite pour l'abrogation de la réforme du collège et soutient l'appel pour le rétablissement des horaires de français.


    «Apprendre comment on construit un pont au lieu d'apprendre à construire une phrase.» Avec de tels slogans on enfièvre un public, et on bouleverse les programmes. On s'aperçoit ensuite que les constructeurs de phrases sont les meilleurs constructeurs de ponts: les élèves de Polytechnique ont presque tous fait du latin. Les plus aptes à penser un pont savaient d'abord penser une phrase. En plus et non pas à la place. Le temps qu'ils y ont «perdu» était du temps gagné. On voit par là que la culture de l'esprit est favorable à l'intelligence.»
    Alexandre Vialatte, La Porte de Bath-Rabbin, 1986.

    «Maître cerveau sur un homme perché tenait dans ses plis son mystère.» 
    Paul Valéry

    Comme on demandait lors d'une interview au très grand historien de l'Antiquité (et ancien résistant..) Jean-Pierre Vernant à quoi pouvait bien servir d'enseigner les mythes et la langue grecque, il répondit laconiquement: «à fabriquer de la culture, du cerveau».

    Sans doute n'avait-il pas eu vent (mauvais) de la stratégie dite de Lisbonne ni des conseils pressants et anciens de l'OCDE, bref de la politique éducative européenne

    «L'esprit d'entreprise» dans le sillage des recommandations de l'OCDE est devenu la clé de voûte de toute pédagogie. On est très loin de la culture et du cerveau.

    La «réactivité» des établissements scolaires aux demandes de «l'environnement» (entreprises, collectivités locales, familles) via la décentralisation et la réorganisation managériale dont ils sont l'objet, voilà l'objectif! Le partenariat avec les entreprises pour la définition des contenus et des pédagogies est présenté aujourd'hui comme incontournable...

    Pauvre Vernant!

    Loin d'être innocente, une novlangue s'est abattue sur le monde de l'éducation.

    Loin d'être innocente, une novlangue s'est abattue sur le monde de l'éducation qui détermine et commande, parfois à notre insu, la seule bonne façon de concevoir désormais l'école, cependant qu'ont été balayés les mots anciens constituant un crime contre la pensée: «culture», «instruction», sont des mots tabous et relèvent d'une nostalgie misérable. Quant à l'«encyclopédisme», honni, il faisait peser une bien grande menace, on en conviendra, sur nos élèves: il fut pris en chasse naguère. (commission Périssol, 2005)

    Nous voilà désormais dans un nouveau paysage de mots, un peu sinistré à vrai dire, qui commandent nos représentations, déterminent notre monde et nous enjoignent de marcher dans leurs traces. Ses promoteurs ne veulent plus que vous parliez de l'École autrement que par eux.

    Capital humain? Stock de compétences? Employabilité? Économie de la connaissance? Pilotage de la performance? Qu'est-ce à dire?

    Quand je fais étudier un poème de Sappho, de Louise Labé ou de Ronsard, je tiens pourtant à signaler aux économistes éminents de l'OCDE et de l'ERT (Table ronde des industriels européens) que je ne raisonne pas en termes de capital humain, d'économie de la connaissance, de gain de productivité, de compétences, ou que sais-je. Ni même d'augmentation du niveau de vie des populations. Encore moins d'employabilité.

    Faut-il qu'absolument je dise ce que je fabrique, ou gît la valeur ajoutée de mon enseignement? Quel est mon objectif? Qu'on se rassure, pour les moins idéalistes d'entre vous, il n'est pas aussi immatériel qu'on pourrait le croire: je fabrique du cerveau que je noue avec de la culture. Celui-là se complexifie, se ramifie, se développe, par l'effet de celle-ci.

    Je donne au cerveau d'Homo sapiens sapiens les aliments et les excitants qui lui font augmenter sa capacité à comprendre qui il est et d'où il vient.

    A l'intersection de la biologie et de la culture, je fais croître des circonvolutions. Plasticité cérébrale, croissance des connexions synaptiques, arborisation dendritique... Le grand arbre du génie humain lance ses branches vers le ciel de l'esprit et plonge ses racines dans les profondeurs de cet organe qui nous fait unique dans le règne animal. Ce noeud du monde dont parlait Shopenhaueur, cette machine cognitive à cent milliards de neurones.

    Je donne au cerveau d'Homo sapiens sapiens les aliments et les excitants qui lui font augmenter sa capacité à comprendre qui il est et d'où il vient: mémoire, logique, imagination, rêves, mythes. Par la computation et la cogitation, à un âge où la machine physico-chimique est éminemment malléable, je lui donne le moyen de travailler sur soi. Comme dit Edgar Morin, l'homme est intelligent mais son cerveau défie son intelligence. Le labyrinthe du Minotaure n'est rien, rapporté à celui, mouvant et arborescent, des synapses.

    Messieurs les économistes, je fabrique du néocortex de Sapiens. Le Sapiens de l'art pariétal de Lascaux qui mettait sa main sur les parois de sa grotte et dessinait des bisons.

    Je ne travaillerai jamais, Messieurs les industriels européens, à vous fabriquer des «employés» et Sapiens continuera sa route et son aventure, dans la consommation des siècles, bien après que l'ERT, L'OCDE, et autres organismes économiques philanthropiques auront disparu totalement.

    M'objectera t-on, comme toujours, qu'il ne faut pas opposer l'École au monde de l'entreprise?

    Je ne travaillerai jamais, Messieurs les industriels européens, à vous fabriquer des «employés» et Sapiens continuera sa route et son aventure.

    Mais je n'oppose ce projet de rendre intelligent et cultivé à celui de fabriquer de l'employabilité (mot affreux) que pour faire ressortir l'obscénité de ceux qui veulent inverser l'ordre vital des priorités!

    L'école et singulièrement le collège (une réforme en cours affecte, dans tous les sens du terme, ce niveau d'enseignement) ne doit pas d'abord songer à lutter contre le chômage, fabriquer des employés et satisfaire aux demandes de l'économie. Je soutiens que conformément à l'idée originelle elle doit premièrement instruire, ouvrir le compas des esprits pour qu'il puisse embrasser davantage, exercer les intelligences, sans le souci, parfois sordide, d'une application ou d'une utilisation immédiate, sans l'obsession de l'objectif ou de la compétence.

    On fabrique, oui, du cerveau humain et l'on n'est pas ici sur une chaîne de production de boites de petits pois.

    Les mathématiques, serviront l'ingénieur? tant mieux! La physique aussi? C'est bien. Pour autant la plupart des équations ne serviront pas vraiment, elles n'auront eu le mérite, pour la plupart d'entre nous, que de nous avoir appris à nous servir de notre intelligence. Elles nous auront ouvert la porte sur l'imaginaire des mathématiques et pas seulement sa rigueur. On ne se sera donc pas contenté d'apprendre à calculer pour rendre la monnaie ou devenir comptable.

    S'agissant de la langue française, de la littérature, du latin, on se doute bien que l'argument utilitariste mis en avant aurait tôt fait de rendre caducs ces enseignements. Même chose pour la musique, l'histoire, sans parler de tous les arts.

    Je n'ai rien contre les entreprises mais je ne voudrais pas que l'école prenne sa feuille de route chez eux.

    Mais enfin à quoi tout cela sert-il? Est-ce bon ou pas pour faire baisser le chômage en Europe?

    Je crains que l'enseignement du grec ou du latin, de l'histoire, ne trouvent pas grâce, in fine, aux yeux des industriels de l'ERT. On nous dit bien que l'entreprise aime les littéraires: je doute que cela soit suffisant... Exeunt Sappho, Ronsard, Baudelaire et tous les autres.

    Les compétences comprendre un poème de Baudelaire ou découvrir la condition des paysans normands au XIX ème siècle grâce à Maupassant ou analyser une phrase complexe de Proust, syntaxe et sémantique, je doute fort qu'elles soient de quelque utilité évidente pour nos entreprises «qui créent de la croissance».

    Je n'ai rien contre les entreprises mais je ne voudrais pas que l'école prenne sa feuille de route chez eux. Pourtant leur lobbying est redoutable. Il ne faut pas perdre de vue que la réforme du college 2016 avant d'être celle de Madame le Ministre, de Florence Robine, Terra nova, et les autres est voulue et indirectement fomentée par un consortium qui rassemble, depuis plus de trente ans, près de cinquante des plus grandes entreprises européennes. Les belles brochures de l'OCDE sur l'économie de la connaissance sont imprégnées des magnifiques idées désintéressées de l'ERT. On se doute que nos syndicats, nos associations, nos ministres, notre État, même, sont de peu de poids face à une association qui regroupe... cinquante des plus grandes entreprises.

    C'est cela surtout l'Europe aujourd'hui.

    Il est pour moi essentiel, de faire lire Maupassant, de faire étudier des poèmes, de faire apprendre l'histoire, de faire résoudre des intégrales doubles ou triples quand bien même il s'avérerait que cela n'est pas immédiatement utile ...à la croissance. Que cela ne va pas aider à résorber le chômage.

    S'il me semble que les gens intelligents et cultivés, ouverts d'esprit, ont finalement plus de chance de trouver un emploi et de rapidement s'adapter (l'intelligence étant la faculté d'adaptation) que quelqu'un à qui on aurait strictement fourni les compétences étroites nécessaires à cet emploi, je ne veux pas me retrouver dans la position où l'on me dirait que ce n'est plus le cas et que voilà une bonne raison, donc, de supprimer, définitivement cette fois, le latin.

    Il est pour moi essentiel, de faire lire Maupassant, de faire étudier des poèmes, de faire apprendre l'histoire quand bien même il s'avérerait que cela n'est pas immédiatement utile à la croissance.

    A vrai dire je pense que nos entreprises se fichent un peu, en vrac, de Ronsard, Sappho, Rimbaud, Maupassant. Je crois qu'elles se moquent aussi qu'on ait eu vent de la Révolution, de la Commune de Paris, de la grande guerre de 14-18. Il pourrait se trouver qu'on préférât qu'un employé ignore tout cela: du point de vue de l'entreprise, je le comprends. Cela ne peut mettre que de la confusion dans la tête d'un manutentionnaire et brouiller l'esprit opérationnel des ingénieurs...

    En réalité nous sommes véritablement à la croisée des chemins. L'école de l'employabilité et des compétences *(cf. Nico Hirtt) n'a que peu de rapport avec l'école de l'instruction, celle dont je dis qu'elle fabrique du cerveau humain.

    Opposer l'école de l'instruction à celle de l'employabilité ne relève pas d'une simplification idiote, d'une opposition caricaturale mais d'un enjeu de civilisation: cette opposition il faut la faire voir, la faire jouer conceptuellement, car l'offensive menée contre la culture, la transmission au nom de l'utilitarisme et du principe de réalité économique n'a jamais été aussi forte et frontale.

    Nous sommes à la croisée des chemins.

    Un collègue a pu écrire justement que «le crétin formaté par les contempteurs de l'orthographe n'aura plus même les moyens d'écrire aux prud'hommes pour protester contre son licenciement.» Nous y arrivons.

    L'École est en train, sous nos yeux, de changer de paradigme (comme disent les cuistres mais c'est bien de cela qu'il s'agit). Après avoir massifié, ce qui à beaucoup d'égards était louable, on veut à présent faire cesser l'exigence intellectuelle. Non seulement il faudrait adapter l'École à des élèves considérés comme insuffisamment dotés en ressources culturelles ou intellectuelles car issus d'un milieu populaire (mépris total des pédagogistes pour ces élèves) mais il faudrait surtout faire en sorte de satisfaire le marché de l'emploi et les demandes de l'économie: avec beaucoup d'autres, je m'oppose à cette vision étriquée et anti-humaniste."