Blog

  • Education et intelligence émotionnelle

    Plaidoyer pour une éducation basée sur l’intelligence émotionnelle

    Auteur

     

    DevonshireMedia/FlickrCC BY-NC-ND

    Un enfant anxieux et constamment embourbé dans ses propres peurs, peut complètement passer à côté de sa scolarité, échouant aux examens et, plus tard, dans sa vie professionnelle et personnelle. Mais heureusement pour lui, nous avons découvert un antidote à ce mal qui ronge petit à petit sa tête et son corps.

    L’intelligence émotionnelle, une capacité mentale abrégé en QE (la première pour quotient, la deuxième pour émotionnel), permet de réguler efficacement nos émotions pour mieux appréhender certaines situations stressantes, voire paralysantes.

    De nombreux résultats de recherche académiques montrent en effet qu’il est primordial, pour l’équilibre émotionnel des enfants et leur rapport a leurs peurs, de développer leur QE chez eux à la maison (principalement à travers la relation que leurs parents entretiennent avec eux), mais aussi à l’école, l’endroit où ils passent la plus grande partie de leur temps et où ils expérimentent l’essence même des relations sociales et des émotions qui vont avec.

    À mon sens, c’est là où la malléabilité cérébrale de l’enfant est à son apogée (de la maternelle au lycée), que nous devons agir et réfléchir à la mise ne place de programmes de développement des compétences émotionnelles.

    Chez 22 000 lycées américains, 75 % ont des ressentis négatifs

    Ces programmes doivent permettre à l’individu en construction de lutter efficacement contre ses peurs et ses angoisses infondées. C’est sur ce socle psychiquement solide que prendra appui l’enfant pour se dresser, grandir et se transformer en adulte « bien dans ses pompes ».

    Comme souvent, les États-Unis montrent la voie. Ainsi y a-t-il eu l’« appel » du 24 octobre 2015 dans le Connecticut. Un événement réunissant jeunes élèves, parents, professeurs, éducateurs, chefs d’établissements publics et privés, et chercheurs sur le QE s’est tenu ce jour-là dans un auditorium de la prestigieuse université de Yale.

    Ce sommet avait pour nom « Emotion Revolution » et avait pour objectif de réveiller les consciences sur le rôle primordial que jouent les émotions dans l’éducation de nos enfants.

    Une élève de la East Hartford High School, relatant son expérience du programme Emotion Revolution. CT Senate Democrats/FlickrCC BY-NC-ND

    Une étude menée sur 22 000 lycéens américains fut notamment présentée. Interrogés sur la manière dont ils se sentent à l’école, 75 % d’entre eux répondent qu’ils ont des ressentis négatifs. Les trois premiers mots qui leur viennent en tête sont : fatigue (39 %), stress (29 %) et ennui (26 %).

    Ceux qui ont affaire à des enseignants peu émotionnels, peu aidants et plutôt cassants ressentent de la peur, du désespoir et de la solitude, ce qui peut impacter négativement leur parcours scolaire, leur santé et, à terme, leur entrée dans la vie active.

    Quand on leur demande comment ils voudraient idéalement se sentir au lycée, sortent de leurs bouches les mots : joie, excitation et l’idée d’être « réénergisés » par leurs professeurs, comme des batteries à plat qu’on rebranche au secteur.

    Ceux qui se trouvent face à des profs engagés, émotionnellement positifs, délivrant des cours jugés utiles et pertinents, expérimentent en effet beaucoup plus d’émotions positives que la moyenne (intérêt, respect, joie) ; ce qui améliore grandement leur apprentissage et les maintient dans une bonne condition mentale et physique.

    Pour une refondation éducative

    Au moment de baisser le rideau, les organisateurs de cette journée ont donc appelé les chefs d’établissement à une refondation éducative, en les invitant à mettre en place des programmes pédagogiques innovants pour mener à bien cette « révolution émotion » dans la tête et le corps des enfants et adolescents.

    Le programme d’apprentissage SEL (Social and Emotional Learning) a été cité à de nombreuses reprises. Il vise à éduquer émotionnellement les enfants de la pré-maternelle au lycée et est en plein développement dans les écoles américaines. Plus de la moitié d’entre elles l’ont déjà adopté.

    L’apprentissage de l’intelligence émotionnelle bénéficierait à tous, élèves comme professeurs.NWABR/FlickrCC BY

    Il serait souhaitable que ce type de programme puisse pénétrer les murs opaques et rationnels de la sacro-sainte Éducation nationale française, qui concentre surtout son enseignement sur le développement intellectuel de l’enfant (connaissances). Le développement physique et artistique n’étant que peu développé, et le développement social et émotionnel encore moins.

    Pourtant, mettre en place un apprentissage autour du QE ferait le plus grand bien à tous, enseignants comme élèves. En maternelle, il est certes important que votre enfant connaisse quelques lettres et chiffres, qu’il soit propre et poli, qu’il sache s’habiller seul, mais aussi qu’il maîtrise des habiletés sociales et émotionnelles.

    Apparu à la fin des années 1990, le SEL plonge les jeunes dans un environnement d’apprentissage qui favorise l’interaction sociale. L’objectif étant de les encourager à créer et à tisser des liens avec autrui, à être collaboratifs, à exprimer leurs émotions, à communiquer efficacement leurs besoins et leurs intentions tout en étant attentifs aux besoins d’autrui, à chercher le consensus, à gérer le conflit et à affronter leurs peurs. Rien de tel pour parfaire sa connaissance de soi et des autres !

    Des enfants qui vont mieux et ont de meilleurs résultats

    Pour ce faire, plusieurs méthodes sont mises en place, comme des jeux de rôle, des activités artistiques, des stimulations sensorielles, ou encore des jeux dramatiques. Avec, en filigrane, l’utilisation récurrente d’outils numériques et des nouvelles technologies.

    Des chercheurs se sont intéressés aux bienfaits concrets de ce programme. Ils ont compilépas moins de 213 études scientifiques sur le sujet (75 % d’entre elles ont été publiées au cours des vingt dernières années), impliquant 270 034 enfants (57 % d’enfants en maternelle et primaire, 31 % de collégiens, et 13 % de lycéens).

    Leur conclusion est sans appel : les enfants ayant suivi un programme SEL ont développé significativement leurs compétences émotionnelles. Il apparaît notamment qu’ils sont capables, bien plus que ceux ayant suivi un cursus scolaire standard, de réguler leurs émotions, de savoir attendre leur tour, de gérer leur anxiété, leur stress, et de résoudre les conflits en négociant plus subtilement et habilement.

    Des élèves qui vivent mieux… heureux, tout simplement. OakleyOriginals/FlickrCC BY

    Ils sont plus empathiques, détectent plus facilement les émotions chez eux et chez autrui, sont de manière générale plus positifs et plus respectueux. Ils sont aussi moins sujets à la dépression, moins agressifs et violents. Ils commettent moins d’actes de délinquance. Ils ont plus confiance en eux, affirment leur « leadership », prennent plus facilement des décisions « responsables » sans peur de l’échec, développent un goût prononcé pour la justice sociale et, comme dirait Jean-Pierre Bacri, un certain goût des autres.

    Ils ont en outre de meilleurs résultats scolaires que la moyenne. Les chercheurs ont même pu chiffrer leur progression académique : un enfant ayant suivi un programme SEL augmente de 11 % ses notes en maths et en lecture. Une étude complémentaire menée sur 667 lycéens révèle que ceux au QE élevé obtiennent des meilleurs scores de GPA – qui compte pour accéder aux universités les plus prestigieuses aux États-Unis.

    Notez que tous ces effets bénéfiques – que l’enfant ait suivi le programme SEL quelques mois seulement ou un an ou plus – durent dans le temps. D’ailleurs, une étude a révélé que des programmes semblables au SEL, mis en place dans 13 classes « tests » pendant six semaines, ont permis d’augmenter significativement le QE des élèves, améliorant de fait leur capacité à gérer leur anxiété et à se montrer adaptables à leur environnement.

    Développer l’émotionnel reviendrait à diminuer les coûts de santé

    Pour mettre en place de tels programmes, pas besoin de faire appel à une équipe de choc. Les chercheurs montrent en effet que dans les écoles, l’équipe en place est tout à fait capable, à condition d’être formée en amont.

    D’ailleurs, lorsque le programme est porté par le personnel existant, celui-ci est encore plus efficace que si l’école avait mandaté des prestataires extérieurs. Les chercheurs ont également démontré qu’il est aussi efficace dans les écoles en ville, en banlieue et en province : pas d’élitisme donc à adopter ce type de pédagogie !

    Ce type de formation apporte également des bénéfices sur le long terme. Une étude récentemenée en Belgique a démontré qu’inclure une formation visant à développer les compétences émotionnelles dans les écoles permet d’augmenter de 10 % le score de QE des élèves et reviendrait à diminuer, à terme, les coûts en soins de santé de 10 % !

    Rendez-vous compte : éduquer émotionnellement nos enfants pourrait contribuer à réduire le déficit de la Sécurité sociale, largement creusé par les troubles anxieux que rencontrent beaucoup d’entre nous (et leurs effets secondaires, notamment somatiques) !

    Qu’attendons-nous pour promouvoir cette intelligence si utile au XXIe siècle et qui ne requiert pas la mise en place de dispositifs lourds et coûteux ?


    Certains passages, parfois modifiés, sont extraits du dernier livre de Christophe Haag : « Contre nos peurs, changeons d’intelligence ! » (Albin Michel, 2017). Également disponible, l’audio-MOOC « Le manager émotionnellement intelligent » de Christophe Haag sur le site d’EM Lyon.

  • L'intelligence du ventre (INREES)

    Magazine » Enquêtes

    SCIENCES

    L’intelligence du ventre

    Digérer une émotion qui nous est restée sur l’estomac, écouter son instinct viscéral et faire confiance à ses tripes… tant d’expressions populaires qui pourraient s’avérer ne pas être que des métaphores. Enquête au cœur de notre ventre où un deuxième cerveau serait doté de capacités véritablement surprenantes.

    Tout le monde le sait, nous avons un cerveau dans la tête - bien que parfois c’est à se demander s’il est bien là. Logé à l’abri de la boîte crânienne, il est souvent considéré comme étant l’organe le plus précieux que nous ayons. Son rôle serait alors de centraliser, par le biais d’un large réseau neuronal, les informations majeures de l’organisme pour en gérer toutes les fonctions vitales. Mais ce système nerveux central est-il réellement tout-puissant ? 

    La science a récemment découvert que nous avons d’autres cerveaux dans le corps. Voilà qui est plutôt inattendu. Déjà, une nébuleuse neuronale incroyablement performante, composée de plus de 40 000 neurones, est localisée au niveau de notre cœur, comme nous le décrit l’article « Le cœur, notre maître émotionnel » (Inexploré n°21). Mais de surcroît, un autre complexe, riche au grand minimum de 100 millions de neurones, fait office au creux de nos intestins. Nous avons donc aussi un cerveau dans le ventre, et pas des moindres. C’est étonnant. A quoi sert-il ? Cela veut-il dire que nous avons d’autres sortes d’intelligences ? L’heure semble être en tout cas à la délocalisation car il ne serait même pas évident, dans certains cas, de savoir quel cerveau possède un ascendant sur quel autre. 


     

    Une anatomie insoupçonnée et autonome


    C’est relativement tard, au 19ème siècle, qu’une présence neuronale à été détectée dans nos intestins par Léopold Auerbach, un anatomiste allemand. Depuis, de nombreux scientifiques se sont penchés sur ce complexe nerveux surprenant. Non seulement un énorme réseau possédant seulement mille fois moins de neurones que le cerveau central serait logé au cœur de notre ventre, mais la connexion entre ces deux cerveaux serait étonnamment sommaire. « En comparaison avec le nombre de cellules nerveuses dans le ventre, le nombre de neurones moteurs qui connectent les deux cerveaux est incroyablement petit », explique le Dr Gershon, un grand spécialiste de la neuro-gastroentérologie, dans son livre The Second Brain (Le deuxième cerveau). 

    Autonomie d’action, voilà ce que cela veut dire. Les deux cerveaux seraient capables de poursuivre leur train-train chacun de leur coté sans se mélanger les pinceaux, car justement, ils ont trop peu de pinceaux en commun. Si, sans avoir besoin de l’aval du cerveau crânien, le cerveau ventral pourrait alors procéder à des actions de son propre chef, il pourrait aussi faire carrément de la rétention d’information. « Contrairement au reste du système nerveux, le système entérique ne suit pas nécessairement les commandes qu’il reçoit du cerveau ou de la moelle épinière. Et il ne leur envoie pas forcément non plus les informations qu’il collecte. Le système nerveux entérique peut, quand il le choisit, gérer des données que ces récepteurs ont relevées par eux-mêmes, et agir sur la base de ces données pour activer un ensemble d’effecteurs qu’il est le seul à contrôler. Le système entérique n’est donc pas un esclave du système nerveux central, mais un opposant doté d’un esprit libre », poursuit Michael Gershon. Qu’on se le dise. 


     

    La décentralisation a le vent en poupe


    Visez bien, le diagramme figurant le cerveau crânien en train de centraliser toutes les données pour gérer le reste de l’organisme, part à la poubelle. Page blanche. Ebauche d’une nouvelle vision systémique et élaboration de nouveaux organigrammes. « Ces dernières années, un ensemble de nouveaux modèles et métaphores s’est répandu à travers la communauté scientifique, et progressivement dans la culture populaire. Beaucoup de ces nouvelles idées ne viennent pas de la physique, mais de la biologie. (…) Il y a un glissement général vers des modèles décentralisés, dont les actions ne sont pas déterminées par une autorité centrale, mais par des interactions locales avec des composants décentralisés », explique Mitchel Resnick du Massachusetts Institute of Technology. 

    La délocalisation ne serait pas juste une nouvelle idée politique, mais une réalité de terrain. Plus économique, plus écologique et plus efficace, tout simplement. « Au delà de la digestion et de l’absorption des nutriments, les intestins doivent aussi nous défendre contre l’invasion de bactéries hostiles. (…) Il est alors logique que l’évolution ait placé un cerveau nécessaire à ces performances primordiales à notre survie à cet endroit-là. Il faut tellement de cellules nerveuses pour accomplir toutes ces tâches, que si elles étaient contrôlées depuis la tête, l’épaisseur des câbles neuronaux pour toutes ces connexions serait intolérable. Il est plus sûr et plus effectif de laisser les intestins s’occuper de ces affaires », poursuit le Dr Gershon. 

    Visiblement, nos intestins ont du pain sur la planche et un deuxième cerveau ne semble pas de trop pour les soutenir dans leurs tâches. Car ce qu’il faut comprendre c’est que le tube digestif qui nous traverse de part en part, est en quelque sorte un canal extérieur à l’intérieur de nous-mêmes. Donc au delà de la gestion de notre digestion, qui est déjà une mission très complexe, administrer cette barrière fondamentale, par laquelle nous avons des échanges intimes mais potentiellement létaux avec le monde, est véritablement une histoire de survie. 


     

    Un ventre intelligent ?


    Le système nerveux entérique gère donc des fonctions physiologiques vitales. Mais quand nous parlons de cerveau, ne parlons-nous pas généralement de capacités intelligentes ? Si nous trouvons dans le cerveau ventral les mêmes neurones et les mêmes neurotransmetteurs nécessaires à la communication nerveuse, que dans le cerveau crânien, est-ce que cela veut dire que notre ventre est capable de penser ? « Le système nerveux entérique est une véritable usine chimique dans laquelle on retrouve toutes les sortes de neurotransmetteurs trouvées dans le système nerveux central », souligne le Dr Gershon. Il serait notamment un grand fournisseur de dopamine, une hormone du bien-être, et de 95% de la sérotonine du corps, dont la variabilité joue un grand rôle dans l’apparition d’états dépressifs. 

    En réalité, il ne suffit pas d’avoir des neurones et des neurotransmetteurs pour élaborer des pensées conscientes. Ces dernières se produiraient grâce à la partie la plus récente du système nerveux central, le néocortex. Impliqué dans les fonctions cognitives considérées comme supérieures, le néocortex permettrait notamment : la prise de conscience, le raisonnement spatial, le langage, et les commandes volontaires. En revanche, par définition, tout cerveau serait capable d’élaborer des activités psychiques non conscientes. En effet, ces complexes neuronaux sont chargés de recevoir des signaux sensoriels, d’élaborer des sensations distinctes, de les comparer à des mémoires déjà acquises, et de produire des réponses cohérentes et dites intelligentes, sous forme de messages parfois subtils et/ou complexes. Si cela peut paraître étrange d’imaginer le ventre en train de produire des représentations, d’avoir des préoccupations à partir desquelles il adopte des positionnements, le fait qu’il est doté d’une intelligence qui lui est propre semble pourtant incontournable. 


     

    Des désordres psychiques du ventre ?


    « Puisque le système nerveux entérique peut fonctionner tout seul, nous devons considérer qu’il est probable qu’il ait aussi ses propres névroses », nous dit Michael Gershon. Est-ce pour cela que nos intestins réagissent parfois si fortement au moment de grands stress ? Crampes, ballonnements, diarrhée, constipation... « Les réactions entériques face aux grandes émotions ne sont pas un concept théorique ou ésotérique pour la plupart des gens, ils peuvent voir que le lien est bien réel », souligne le Dr Gershon. Nos réactions instinctives - d’ailleurs souvent appelées viscérales - pourraient selon les circonstances nous tordre le ventre. Le cerveau ventral serait alors le gestionnaire d’une base de données instinctives et fondamentales, composée de milliards de mini-réactions à notre environnement et d’autant de variations dans nos ressentis, sans laquelle nous ne serions tout simplement pas vivants. Traduisant en signaux neuronaux cette source d’informations incommensurable sur le monde, le cerveau entérique serait aussi l’un des fournisseurs de données majeurs pour notre inconscient. Et quand nous voyons, avec les recherches du neurologue Benjamin Libet, que ce sont surtout des processus inconscients qui sont aux commandes de notre vie – parce que la conscience a toujours une demie seconde de retard sur notre réalité (voir « Cerveau, qui décide ? » Inexploré n°18) - nous pouvons entrevoir l’importance que prend cet instinct dans notre quotidien. 

    Alors, si le système entérique peut produire des pathologies, aurait-il aussi des aptitudes à les résoudre ? « Nous pensons que le système digestif a la fonction de dissoudre les tensions émotionnelles, en déchargeant à travers la paroi intestinale les résidus et la pression liés au stress. Ainsi, nos intestins et le système nerveux entérique ont une capacité d’auto-régulation des émotions par la digestion des impacts du stress », nous explique François Lewin, auteur du livre La Psychologie Biodynamique, une thérapie qui donne la parole au corps. Car si nous pensons aux intestins plutôt en termes d’absorption d’aliments, nous oublions souvent qu’il est aussi un organe d’élimination très important. Par des techniques de massage et de relaxation, il serait alors possible de soutenir cette capacité de gestion des états psychiques de notre ventre, pour mieux nous occuper de ce qui nous est resté sur l’estomac et générer un mieux être. 


     

    Des capacités psychiques surprenantes


    Gestionnaire de notre instinct, fournisseur d’informations inconscientes, et régulateur d’états d’âme ? Notre cerveau ventral semble avoir des activités surprenantes. Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Deux chercheurs, Dean Radin et Marylin Schlitz, se sont penchés sur les capacités de perception du cerveau entérique. Utilisant un électrogastrogramme (EGG) - un appareil capable de détecter les activités électriques des neurones dans le ventre, ainsi qu’un appareil mesurant la résistance galvanique de la peau, qui s’apparente habituellement aux contractions de l’estomac - ils ont mesuré les réactions du cerveau ventral dans une situation pour le moins… originale. Ayant réuni 26 volontaires, ils les ont regroupés par paires en décidant que l’un des deux serait l’émetteur et l’autre le receveur. L’émetteur est alors parti dans une pièce et le receveur dans une autre. Il a alors été demandé à l’émetteur de visionner sur un écran des images sélectionnées pour leur capacité à provoquer des réactions fortes – tristesse, dégoût, révolte, désir, tendresse... tout en visionnant de temps en temps le receveur sur un autre écran. Après un total de 206 tests les chercheurs ont pu constater que « les lectures de l’EGG du sujet récepteur étaient notamment plus élevées et correspondaient à celles du sujet émetteur lorsque celui-ci éprouvait d’intenses émotions, positives ou négatives », rapporte Lynne McTaggart dans son livre La science de l’intention. C’est incroyable. Le cerveau que nous avons dans le ventre serait capable de capter, à distance, l’état psychique d’une personne avec qui nous sommes en lien. Il semblerait que les aptitudes du système nerveux entérique n’aient pas fini de nous surprendre.

     

    Vous aimez cet article ?

    Partagez-le...

  • Portugal et économie

    • "Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne."

    Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied

    Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 

    Des clients sur le toit du bar-restaurant le Rio Maravilha à Lisbonne le 30 août 2017. Les toits de Lisbonne sont en pleine renaissance, utilisés autant en terrasses de cafés que pour des cours de yoga, la projection de films ou comme piscines. 

    (Photo Patricia de Melo Moreira / AFP)

    Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne. Doit-on parler désormais du modèle portugais plutôt que du modèle allemand ou suédois ?

    11 SEP 2017

     

    Mise à jour 13.09.2017 à 13:57

     par

    Pascal Hérard

     

    Il y a un an, en juillet 2016, la Commission européenne entamait une procédure pour "déficit excessif" contre le gouvernement de Lisbonne. Le Portugal risquait une amende, selon Bruxelles, puisque il était censé ramener son déficit à 2,5 % de son PIB en 2015 au lieu des 4,4 % annoncés. La procédure a été abandonnée un mois plus tard. Etonnement, la France n'était pas soumise à la même pression, alors qu'elle n'avait pas — elle non plus — tenu ses engagements : 3,4% de déficit au lieu des 3% requis. Depuis, le phénomène s'est radicalement inversé : le Portugal a réduit son déficit à 2,1% en 2016 et devrait le ramener à 1,5% cette année. La France, elle, a abaissé péniblement son déficit à 3,3% en 2016 et table sur 3,2% cette année quand elle s'est engagée à atteindre... 2,8%. L'Espagne est encore à 4,5%.

    Mais l'économie portugaise n'a pas réussi à réduire ses déficits par la baisse des dépenses publiques, des réformes structurelles du travail visant à "assouplir" les droits des salariés, ou en abaissant les protections sociales, comme le préconise la Commission européenne. C'est même l'inverse qui a été pratiquée au Portugal depuis un an et demi. Un choix qui explique certainement l'irritation très nettement affichée par Bruxelles au printemps 2016, lors des annonces de Lisbonne. 


    > Portugal : les audaces de la gauche irritent à Bruxelles​

    Mesures socio-économiques

    Depuis novembre 2015, c’est un gouvernement socialiste qui est au pouvoir au Portugal, soutenu et poussé par une union des gauches, composée du Parti communiste portugais, des écologistes, et du "Bloco de esquerda", le bloc de gauche (gauche radicale).

    >Ni austérité, ni populisme : le Portugal suit sa voie de gauche

    Les choix économiques et sociaux de ce gouvernement se sont portés sur une politique clairement anti-austéritaire et antinomique avec celle pratiquée par le gouvernement précédent, de droite, qui avait gelé le salaire minimum et les pensions de retraites, augmenté les impôts, et réduit les aides publiques. Ce qui n'avait pas permis de réduire le déficit budgétaire ni le chômage significativement, mais avait fait exploser la précarité et la pauvreté dans le pays.

    Le gouvernement du nouveau premier ministre, António Costa, depuis 2 ans, a donc appliqué des réformes qui avaient été déclarées dans son programme de coalition, en parfaite opposition avec la politique précédemment menée, comme le souligne cet extrait : "La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage. Elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs."

    Le salaire minimum a été augmenté en 2016 puis de nouveau en 2017, en échange de baisses de cotisations pour les employeurs, de 23% à 22%. Ces deux augmentations du SMIC portugais ont passé le salaire minimum de 505€ à 557 €. Puis des mesures économiques à vocation sociale — mais aussi de relance du pouvoir d'achat — ont été prises : augmentation des retraites et des allocations familiales, renforcements du droit du travail, baisses des impôts pour les salariés les plus modestes, arrêt des privatisations de services et d'infrastructures publics, programme de lutte contre la précarité. Il est aussi prévu de supprimer les coupes dans les revenus des fonctionnaires et de ramener leur temps de travail à 35 heures par semaine. Sur le plan purement économique, la stratégie portugaise n'a pas été non plus en accord avec les demandes de la Commission, et se sont pourtant avérées payantes.

    Politique anti-austéritaire de relance par la demande

    Le chômage se situait à 14,4% en 2014, après une année noire à plus de 16% en 2013, puis s'était stabilisé en 2015 — mais toujours à un niveau élevé — à 12,2%. En 2016, une nouvelle décrue l'a fait parvenir à 11,1%, et en 2017, le chômage est à 8,8% au deuxième trimestre, ce qui laisse envisager, selon les spécialistes, un taux pour de 9,4% pour l'année entière. Un chômage potentiellement inférieur à celui de la France. Les projections actuelles des instituts tablent sur un chômage portugais à 7% en 2019, le plus bas depuis 2004.

    Le virage actuel des politiques économiques du pays n'est pas étranger à cette nette amélioration des créations d'emplois sur deux années consécutives avec pour conséquence la progression de la croissance du PIB, évaluée pour 2017 à 2,5%, contre 1,9% pour la zone euro et seulement 1,5% pour la France. Le commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici a confirmé ces bons résultats en juillet à Lisbonne, indiquant que "la réduction du déficit au Portugal est durable" et que "la croissance sera probablement supérieure à 2,5% en 2017". Malgré tout, l'ancien ministre français de l'économie de François Hollande a tenu à dire au gouvernement portugais que "sur le plan du marché du travail, il faudra veiller à mieux intégrer les chômeurs de longue durée." 

    Le ministre de l'économie du Portugal, Caldeira Cabral, explique cette reprise économique par plusieur facteurs. Le premier est celui d'un renouveau d'industries orientées à l'export telles que l'automobile, les chaussures ou encore le textile qui avaient quasiment disparu du paysage. Les industriels, installés depuis des années dans les pays de l'Est pour la main d'oeuvre très bon marché, sont en train de revenir vers le Portugal, à la recherche d'une meilleure qualité professionnelle tout en conservant des coûts salariaux avantageux. Les investissements sont effectivement en hausse depuis deux ans, particulièrement dans l'industrie automobile. Caldeira Cabral pense que la hausse des revenus joue aussi, en redonnant confiance aux investisseurs, aux entreprises, avec une demande interne qui augmente et une progression de la consommation vers des produits de meilleure qualité.

    Cette politique de relance par la demande, confortée par une politique sociale du mieux-disant est dans le même temps tirée par une revitalisation du tourisme grâce — entre autres — à des projets immobiliers haut de gamme. Plutôt miser sur la qualité, donc que sur les prix bas. Pierre Moscovici, sur ce plan, a tenu à souligner, toujours lors de sa visite de juillet dernier, "Le retour de l’investissement à la fois externe et interne, les bons résultats des exportations ainsi que le boom du tourisme". Mais sur le plan budgétaire, le Commissaire français a étrangement déclaré que "les efforts doivent être poursuivis pour réduire le déficit structurel", alors que le pays est devenu l'un des meilleurs élèves de la classe sur ce sujet, tandis que la France ou l'Espagne ne le sont toujours pas...

    Nouveau modèle portugais très discret

    Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l'égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d'obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

    Ces politiques dites d'austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l'Italie ou l'Espagne ont effectué ces politiques d'austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu'en 2015. L'Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n'arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L'échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des "assouplissements du marché du travail" ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies. 

    Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas". De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l'institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

    Malgré tout, si l'exemple portugais était mis en avant, il pourrait être une piste intéressante de redressement "par le haut" des Etats de la zone euro encore affectés par la crise. Une sorte d'espoir de changement économique et social permettant une sortie de crise. A moins que le modèle économique allemand, de plus en plus contesté pour ses effets sociaux négatifs, ne cède la place au modèle suédois qui semble attirer des dirigeants politiques, dont Emmanuel Macron ?


    >Suivre le modèle allemand ? Chiche ! (Article de février 2012)

    Le modèle suédois reste malgré tout difficile "à vendre", bien que sa réussite économique soit réelle : ce pays n'est pas dans la zone euro, possède depuis longtemps l'un des niveaux de vie les plus élevés du monde, et surtout, ses salariés sont syndiqués à 80%.

    Il n'est donc pas certain qu'appliquer les méthodes sociales et économiques en cours en Suède soit possible si facilement pour des pays de la zone euro. Le Portugal, par contre, applique lui, des politiques économiques et sociales connues, et ce, au sein de la zone de la monnaie unique, l'euro... Pour l'instant, aux vues de ses résultats et de la vitesse à laquelle ils ont été acquis, il semble que le Portugal ait surtout un seul défaut : il ne suit pas la ligne dictée par la Commission européenne.

  • "Christian"

    Avec Nathalie, on a décidé de ne plus pratiquer le yoga uniquement à la maison mais de prendre des cours avec une enseignante.

    Hier soir, c'était la deuxième séance et la professeure a demandé de refaire les présentations pour l'ensemble du groupe.

    Lorsque mon tour est arrivé, j'ai expliqué qu'à la première séance, j'étais venu avec une bonne sciatique. Je la traînais depuis une bonne semaine. J'ai donc détaillé un peu mon dossier médical et mes cinq hernies discales en 30 ans...J'ai expliqué que le lendemain de cette première séance, je n'avais plus aucune douleur et que ce soir, j'allais très bien.  Je n'ai rien dit de cette "présence" que j'ai ressentie pendant cette première séance, la présence de mon frère qui me disait : "C'est bien que tu prennes soin de toi."

     

    Et puis, la séance a commencé...

    Lors d'une posture, la professeure s'est approchée et s'est adressée à moi en m'appellant : "Christian".

    J'ai eu un frisson et Nathalie qui était à côté de moi, sur son tapis, a été très surprise également...

     

    Christian était le prénom de mon frère et il est décédé il y a 19 ans...

     

    Comment est-il possible qu'au vu du nombre de prénoms masculins existants, c'est celui-là que l'enseignante a utilisé ? 

    Hasard ? 

    Il faudrait qu'un mathématicien en calcule la probabilité...

    Je n'y crois pas un seul instant.

    Je n'avais évidemment pas parlé de mon frère et je ne connais pas cette enseignante. A part, Nathalie, personne ne connaît mon histoire dans ce groupe. 

    Il est donc impossible que cette enseignante ait pu me confondre avec mon frère en inversant les prénoms.

    Alors ? Quelle explication ? 

    Est-ce que le fait d'avoir évoqué mes hernies et par conséquent une partie de mon histoire a pu "activer" l'âme de mon frère ?

    Est-ce que cette éventuelle "présence" a pu influencer ensuite l'enseignante au point qu'elle en utilise le prénom "terrestre" pour se faire "entendre" ?

    La magnétiseuse qui est intervenue lorsque j'ai eu trois hernies d'un coup, à 44 ans, a dit que "je portais l'âme de mon frère", que nous étions "enchaînés" et que je devais abandonner ma culpabilité et tous les souvenirs associés à notre vécu commun lorsque je le veillais, sur son lit d'hôpital, lorsque j'avais 16 ans et lui 19. Que son âme souffrait, elle aussi, de ma souffrance intérieure.

    Je n'ai plus d'hernie discale et même si le nerf sciatique connaît quelques épisodes douloureux, je ne me sens plus en "danger" de récidive.

    Que s'est-il donc passé hier soir ?

    L'explication que j'en retire, c'est que l'âme de Christian est intervenue pour me signifier que j'avais raison d'être là, que c'était bien que je prenne soin de moi, qu'elle/il en était heureuse/x, que le fait de pratiquer le yoga pour entretenir mon corps et mon âme marquait l'ultime "délivrance" pour elle/lui...

    Il me plaît de le penser et je m'en réjouis infiniment.

    A la fin de la séance, alors que nous étions en phase de "relaxation", j'ai senti dans la paume de mes mains tournées vers le ciel, un rayon chaud, comme une lumière translucide qui montait vers les cieux. Une sensation très précise qui a duré plusieurs secondes.

    ...

    Christian.

    Je suis allé raconter ce qui s'était passé à la professeure, l'inversion des prénoms et la présence de mon frère. 

    Elle a mis la main devant sa bouche, les yeux écarquillés. 


     

     

     

  • Sûreté nucléaire...

    Si l'ASN n'arrive même pas à avoir de réponses, c'est inutile que j'en attende une...

     

     


     

    L'ASN alerte sur le niveau de sûreté de deux centrales nucléaires en France

    L'Autorité de sûreté nucléaire a placé sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher). L'ASN estime également que la "protection" de l'usine Areva de la Hague contre le risque d'explosion est "insuffisante".

    La centrale de Belleville-sur-Loire (Cher), le 31 août 2015.
    La centrale de Belleville-sur-Loire (Cher), le 31 août 2015. (GODONG / BSIP)

    avatar

    franceinfoFrance Télévisions

    Mis à jour le 
    publié le 

    42PARTAGES

    PartagerTwitterPartagerEnvoyer

    LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin

    L'Autorité de sécurité nucléaire (ASN) annonce avoir mis sous surveillance renforcée la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire (Cher), mercredi 13 septembre. L'ASN explique avoir pris cette décision en raison de la dégradation du niveau de sûreté qu'elle constate depuis 2016 sur ce site. Le directeur de la centrale a été convoqué par la direction générale de l'ASN le 7 septembre 2017, afin qu'elle lui présente son plan d'action. Un nouveau contrôle de l'ASN sera effectué en avril 2018 afin de vérifier sa mise en œuvre.

    Dans le détail, l'autorité a constaté en 2016 une hausse significative du nombre d'événements concernant la surveillance dans la conduite des réacteurs. Elle a observé "une dégradation dans la qualité des réponses qui lui sont fournies, ainsi qu'une réactivité insuffisante de l'exploitant", écrit-elle. Puis, en avril 2017, une inspection a révélé des carences dans "la surveillance et l'entretien de ses installations".

    "Dès avril 2016, on a présenté à l'ASN un plan de rigueur pour renforcer la culture de sûreté dans la centrale, se défend EDF auprès de franceinfo. On a mis en place des moyens pour éviter les erreurs humaines, avec des formations supplémentaires et une présence renforcée de managers sur le terrain. Depuis, on a eu moins d’événements significatifs 'sûreté' déclarés."

    "Une situation extrêmement grave au niveau financier"

    La réduction des coûts de fonctionnement est remise en cause. Pour Martial Chateau, administrateur du réseau Sortir du nucléaire, "cette mise sous surveillance montre qu'il y a dans les centrales et dans tout le nucléaire, aujourd'hui, une situation extrêmement grave au niveau financier. Il y a des volontés de la part de la direction de réduire les frais de fonctionnement"

    Sortir du nucléaire avait alerté, il y a quatre ans sur l'état de cette centrale. Elle "a collectionné beaucoup de problèmes depuis qu'elle est en service",déplore Martial Chateau. Pourtant EDF investit plus de 2 milliards d'euros pour prolonger la durée de vie de cette centrale qui a déjà 30 ans. "Je pense que c'est une mauvaise idée de prolonger la durée de vie des centrales,estime le responsable associatif. En prolongeant la durée de vie de ces centrales, on prend un risque énorme d'accidents majeurs quel que soit le lieu."

    La Hague "insuffisamment protégée contre le risque d'explosion"

    Cette annonce est consécutive de la publication, mardi, par l'ASN d'un document daté du 31 juillet jugeant "insuffisante" la "protection contre le risque d'explosion" de l'usine de retraitement Areva de la Hague, rappelle France 3"Areva n'a pas été en mesure de mettre en œuvre l'air de balayage de sauvegarde", prévu en cas d'indisponibilité du système principal, dans le temps prévu dans les documents de sûreté, écrit l'ASN.

    En pleine restructuration, Areva a expliqué qu'une "analyse a été lancée en vue de mettre en œuvre des actions d'amélioration".

  • Gestion de crise

    Très intéressant de lire l'avis gouvernemental sur la gestion de crise. Je ne demande qu'à les croire mais il y a une donnée qui m'interpelle, c'est celle de la difficulté de loger et nourrir des forces armées envoyées sur les lieux... Je trouve ça particulièrement surprenant que des militaires ne soient pas préparés à s'adapter à des conditions de vie difficiles, abris sous tentes, rations militaires, désalinasateur, ravitaillement par hélicoptères (pas besoin de pistes d'avions en état)...La légion étrangère est bien capable de ça, non ?....

    D'autre part, j'ai cherché le coût journalier de la présence militaire française au Moyen Orient et l'adaptation très rapide des forces armées aux difficultés des lieux... Je ne pense pas que l'envoi de forces armées pour protéger les populations des bandes de pillards représenteraient un coût aussi conséquent...Serait-ce que "l'intérêt financier" serait moindre ?...


    Ouragan Irma : quatre questions sur la gestion de la crise par l'Etat français

    Face à l'ampleur des destructions sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le gouvernement est accusé d'avoir mal réagi. Le procès fait à l'exécutif français est-il fondé ? Eléments de réponse.

    Une rue du Marigot dévastée par l\'ouragan Irma, le 10 septembre 2017, sur l\'île de Saint-Martin.
    Une rue du Marigot dévastée par l'ouragan Irma, le 10 septembre 2017, sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

    avatar

    Benoît ZagdounFrance Télévisions

    Mis à jour le 
    publié le 

    536PARTAGES

    PartagerTwitterPartagerEnvoyer

    LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin

    Un "défaut d'anticipation", une "absence de coordination", des "retards", de "graves dysfonctionnements", des moyens "tout à fait insuffisants"... Bref, une "défaillance de l'Etat". A droite comme à gauche, les critiquesfusent contre le gouvernement. Il lui est reproché sa gestion de l'ouragan Irma, qui a dévasté les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Lundi 11 septembre, le Premier ministre, Edouard Philippe, a dénoncé une "polémique politicienne". Le procès fait à l'exécutif français est-il fondé ? Franceinfo apporte des éléments de réponse.

    >> Ouragan Irma : suivez les dernières informations dans notre direct

    La catastrophe aurait-elle pu être mieux anticipée ?

    La trajectoire des ouragans reste "très difficile" à prévoir, déplore Robert Vautard, directeur de recherches au CNRS et expert du climat, interrogé par LCI. "Aujourd'hui, on peut en effet prévoir un cyclone, mais avec un risque d'erreur moyenne sur sa trajectoire. Le problème, c'est qu'une erreur de prévisions de quelques kilomètres change tout, notamment du point de vue des impacts entre zone épargnée et zone touchée." "D'après les premières prévisions, l'ouragan Irma devait passer sur la Guadeloupe. On avait donc adapté notre dispositif en fonction de ces informations", explique un responsable de la Sécurité civile, contacté par franceinfo. Mais Irma a changé de route, épargnant la Guadeloupe et la Martinique, initialement placées en alerte rouge.

    En outre, "le dispositif avait été dimensionné pour un ouragan de catégorie 4 et une alerte rouge. Une section de la Sécurité civile avait été projetée sur Saint-Martin en prévision d'un ouragan de niveau 4. Elle ne s'attendait donc à faire que de la coupe de branches, du dégagement de voies, du bâchage de toitures et de la remise en état. Finalement, on a eu un ouragan de catégorie 5 et une alerte violette."

    Irma est passé en catégorie 5, 48 heures seulement avant de toucher les îles. On n'avait donc plus que 36 heures pour agir, avant que les conditions météo ne rendent toute opération impossible par la mer et par les airs.

    Un responsable de la Sécurité civile

    à franceinfo

    "Personne n'avait prévu qu'Irma passe en catégorie 5 aussi vite", assure-t-il encore. Pourquoi ? "Parce qu'on ne dispose pas de flotteurs en mer, placés tous les 20 km, pour mesurer la température de l'eau", déplore-t-il. Des outils de mesure qui permettent de déterminer la chaleur de l'eau de mer dans laquelle les cyclones puisent leur force.

    >> Retrouvez "Urgence Info Iles du Nord", la radio lancée pour les habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy

    L'île aurait-elle pu être évacuée à temps ?

    "Il était impossible d'évacuer l'île de Saint-Martin en moins de 36 heures", affirme le responsable de la Sécurité civile. "On aurait été incapables, en si peu de temps, d'envoyer assez de bateaux et d'avions" pour embarquer les 35 000 habitants français de Saint-Martin et les 9 000 de Saint-Barthélemy. Et contrairement à l'archipel américain des Keys et à la Floride, qui ont été massivement évacués à l'approche d'Irma, "aucun pont ni aucune autoroute ne permettent une évacuation massive de la population des deux îles". "D'autant que, si les autorités françaises avaient décidé l'évacuation du côté français de Saint-Martin, les 40 000 habitants du côté néerlandais se seraient précipités pour être eux aussi évacués. On aurait eu une situation de crise très dangereuse à gérer, avec peut-être des morts et des blessés à la clé", fait valoir ce spécialiste des situations d'urgence.

    Un ordre d'évacuation comme aux Etats-Unis était inenvisageable, assure ce responsable de la Sécurité civile, car "en France, la loi n'autorise pas les évacuations par la force". Les habitants peuvent ainsi refuser de quitter leur maison, malgré les recommandations des autorités. Et c'est ce que certains ont fait. Avant l'arrivée d'Irma, 7 000 habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy ont ainsi refusé de quitter leur maison pour se mettre à l'abri, selon l'entourage de la ministre des Outre-mer, cité par la 1ère"On a eu beaucoup de mal à faire respecter la consigne d'évacuer les zones submersibles situées en dessous des 2 mètres de surcote, reconnaît ce membre de la Sécurité civile. Pour les habitants nés sur l'île, partir c'était comme déserter. D'autant que dans ces zones inondables, beaucoup d'habitants refusent de perdre le peu qu'ils ont."

     

    La marina de Marigot, le 8 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma sur l\'île de Saint-Martin.
    La marina de Marigot, le 8 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

     

    Le bilan aurait-il pu être moins lourd ?

    "Saint-Martin a été frappée par un phénomène exceptionnel. Pourtant, en dépit de l'habitat très vulnérable de l'île, il y a eu très peu de victimes", relève pour franceinfo Didier Le Bret, ancien responsable du Centre de crise du ministère des Affaires étrangères et ex-ambassadeur de France en Haïti au moment du séisme dévastateur de 2010. Selon le dernier bilan officiel provisoire, l'ouragan Irma a fait au moins dix morts et sept disparus dans les îles françaises de Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

    Il aurait pu y avoir beaucoup plus de morts. C'est la preuve que les mesures de confinement et de protection ont été efficaces.

    Didier Le Bret

    à franceinfo

    Après le passage d'Irma, 60% des maisons de Saint-Martin sont désormais inhabitables, selon des évaluations de responsables locaux. De telles destructions auraient-elles pu être évitées ? Sans doute, mais à quel prix, argue Didier Le Bret. "Dans ces régions du monde, il y a une accoutumance à ce type de phénomène naturel. Les populations ne construisent ni trop dur, en prévision du risque sismique, ni trop léger, en prévision du risque cyclonique. Sans compter qu'il y a toujours un habitat sauvage précaire", justifie le diplomate.

    "Si vous voulez tout anticiper, il faut changer radicalement la vie des gens : les forcer à vivre dans des bunkers", poursuit cet habitué de la gestion des crises. Mais, tranche-t-il, "l'ouragan était tellement puissant que, même si les normes de construction avaient été respectées, il y aurait eu des dégâts".

     

    Un pêcheur transporte son matériel, après avoir perdu son bateau lors du passage de l\'ouragan Irma, le 9 septembre 2017, au Marigot, sur l\'île de Saint-Martin.
    Un pêcheur transporte son matériel, après avoir perdu son bateau lors du passage de l'ouragan Irma, le 9 septembre 2017, au Marigot, sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

     

    Le dispositif de secours était-il sous-dimensionné ? 

    Les spécialistes interrogés par franceinfo défendent tous les actions menées sur place. "L'équipe envoyée à Saint-Martin a mené une opération de reconnaissance, dès qu'elle a pu quitter son abri", assure le responsable de la Sécurité civile. "Une fois Irma passé, on a envoyé huit médecins sur l'île. Et six spécialistes ont été projetés pour remettre en état les pistes de l'aérodrome côté français et aider les Néerlandais à rendre l'aéroport à nouveau opérationnel pour qu'un A400M puisse se poser avec sa cargaison", détaille-t-il. "Et pendant que l'ouragan José approchait, on a continué d'envoyer des moyens et du matériel autant qu'on a pu, jusqu'à ce que les conditions en mer deviennent trop difficiles pour les bateaux, et jusqu'à ce que les hélicoptères, puis les avions ne puissent plus voler."

    "Il y a actuellement plus de 600 secouristes sur place, sans compter les forces de l'ordre. On distribue plus de 3 600 litres d'eau par jour, on a acheminé plus de 100 000 rations alimentaires. On a réquisitionné des bateaux, des avions, les soutes des appareils des compagnies aériennes..."

    D'énormes moyens ont été engagés. Une opération logistique de secours de cette ampleur n'a jamais été faite en France.

    Un expert de la Sécurité civile

    à franceinfo

    "Pour prépositionner des soldats, encore fallait-il avoir les troupes à disposition et pouvoir les déplacer et savoir les loger au bon endroit", tempère également Yves Jégo, secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-Mer dans le gouvernement Fillon de 2008 à 2009.  

     

    Après le passage de l\'ouragan Irma, des pompiers distribuent de l\'eau à des habitants du Marigot, le 10 septembre 2017, sur l\'île de Saint-Martin.
    Après le passage de l'ouragan Irma, des pompiers distribuent de l'eau à des habitants du Marigot, le 10 septembre 2017, sur l'île de Saint-Martin. (MARTIN BUREAU / AFP)

     

    Et le dispositif continue de monter en puissance. Après le passage de l'ouragan José plus au large que prévu, la préfecture de Guadeloupe a annoncé, dès dimanche soir, la reprise des liaisons maritimes et aériennes entre la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Martin. La reprise des ponts aériens et maritimes a permis d'évacuer les plus vulnérables dans un sens, et d'acheminer du fret et des vivres dans l'autre. Quelque 85 tonnes de nourriture, un million de litres d'eau et 2 200 kg de médicaments ont été transportés, selon la préfecture de région. A l'aéroport de Grand-Case, dans le nord de Saint-Martin, le ballet d'hélicoptères et d'avions est incessant.

    Les effectifs des secours, militaires et forces de l'ordre dépêchés sur Saint-Martin atteignent désormais 1 500 personnes et passeront bientôt à 2 000. EDF a indiqué que 140 tonnes d'équipements électriques étaient acheminées en bateau depuis la Guadeloupe. Et dès mardi, le Bâtiment de projection et de commandement (BCP) Tonnerre appareillera depuis Toulon et acheminera sur zone quatre hélicoptères supplémentaires et, surtout, des moyens lourds du Génie pour participer aux travaux de reconstruction, du matériel et des véhicules de la Sécurité civile et de la gendarmerie ainsi que 1 000 tonnes de fret et de vivres. Le navire dispose aussi d'un hôpital embarqué, doté de 69 lits médicalisés, de deux blocs opératoires et de plusieurs salles de soins intensifs. Ce bâtiment, l'un des plus gros de la Marine nationale, mettra environ une dizaine de jours pour rejoindre la zone.

    Aux Pays-Bas, certains ont estimé ouvertement que la réaction de La Haye était plus lente que celle de la France et que le bilan de quatre morts dans la partie néerlandaise de Saint-Martin avait mis trois jours de plus à être tiré que le bilan pour la partie française. L'impossibilité pour les autorités néerlandaises de communiquer avec l’île dans les 24 heures qui ont suivi l’ouragan a été aussi vivement critiquée et comparée défavorablement avec l’action de la France. 

    Les pillages auraient-ils pu être évités ?

    C'est une des critiques les plus virulentes adressées à l'exécutif français. De nombreux habitants des deux îles estiment qu'ils n'ont pas été suffisamment protégés des pillards. "Aux Pays-Bas aussi, des critiques se sont aussi fait entendre très tôt", relève Eveline Bijlsma, correspondante à Paris du quotidien néerlandais De Telegraaf, contactée par franceinfo. "Les habitants de la partie néerlandaise de Saint-Martin se sont surtout plaints des pillages et du manque de forces de l'ordre pour les protéger."  

    Mais en cas de catastrophe naturelle, la lutte contre les pillards n'est pas la priorité. "Entre la protection des boutiques et la recherche des disparus, il y a sans doute eu des choix drastiques faits", concède Yves Jégo. "Si vous faites débarquer un millier d'hommes pour éviter les pillages et les troubles à l'ordre public, il faut aussi leur trouver un abri, leur fournir des vivres et de l'eau potable. Vous vous créez des contraintes et des difficultés supplémentaires dans une situation de crise déjà difficile à gérer", ajoute le diplomate Didier Le Bret. 

     

    Des pompiers français à bord d\'un bateau se dirigeant vers l\'île de Saint-Martin depuis la Guadeloupe, le 8 septembre 2017, après le passage de l\'ouragan Irma.
    Des pompiers français à bord d'un bateau se dirigeant vers l'île de Saint-Martin depuis la Guadeloupe, le 8 septembre 2017, après le passage de l'ouragan Irma. (MARTIN BUREAU / AFP)

     

    "Face aux pillages, on a envoyé des renforts dès qu'on a pu", évalue le "Monsieur Crises" du Quai d'Orsay. Un état-major et trois compagnies, soit 415 militaires, sont désormais déployés à Saint-Martin afin d'assurer la sécurité et de rétablir l'ordre sur l'île, en lien avec les forces de sécurité déjà présentes depuis le passage de l'ouragan Irma. "Mais le problème majeur, ce ne sont pas les pillages, (eh bien, pourtant, en psychologie, on appelle ça le "surtraumatisme" et il a des conséquences très dures à gérer pour les personnes concernées) ce sont les destructions. Il faut aider les populations à reconstruire leur habitation, à reconstituer leur outil de travail et à relancer leurs activités, détaille Didier Le Bret. Y compris pour celles qui n'avaient pas d'assurances."

    Le responsable de la Sécurité civile est catégorique : "La crise n'a pas été mal anticipée et il n'y a pas eu un manque de préparation." Quant au diplomate, il l'assure : "Dans les centres de crise, des retours d'expérience sont faits systématiquement a posteriori pour tirer les enseignements et corriger les éventuels loupés." Et Yves Jégo d'appuyer : "Il faudra tirer les leçons des éventuels dysfonctionnements, mais il est trop tôt pour le faire.La commission d'enquête parlementaire [portée par La France insoumise et approuvée par le ministre de l'Intérieur] est une proposition saine, car elle prendra le recul et le temps nécessaire."

  • Anticipation du déclin.

    « Le déclin de notre civilisation est inéluctable » et c’est une bonne nouvelle… (Interview)

    Partager sur Facebook

     

    Tweeter sur twitter

      

    Crédit photo : Mr Mondialisation

    Quel est l’avenir de notre civilisation telle que nous la connaissons ? L’association Adrastia, qui « a pour objectif d’anticiper et préparer le déclin de la civilisation thermo-industrielle de façon honnête, responsable et digne », interroge les évolutions du monde moderne à la lumière de la science et des recherches anthropologiques sur la disparition des sociétés passées. Nous avons échangé avec son Président, Vincent Mignerot*. Interview.

    L’association Adrastia estime qu’un déclin de notre civilisation est inévitable. Sur quels éléments vous appuyez-vous pour défendre cette thèse ? 

    L’humanité n’est pas différente de toute autre espèce en ce qui concerne ses besoins essentiels : c’est sa capacité à capturer l’énergie disponible dans l’environnement qui lui permet d’assurer ses besoins élémentaires et de se reproduire. Les végétaux captent l’énergie solaire, les animaux mangent des végétaux ou d’autres animaux qui ont mangé des végétaux. L’humanité, omnivore, est capable de satisfaire ses besoins en cueillant, chassant, mais elle a acquis au cours d’une évolution singulière la capacité à s’affranchir de certaines contraintes dans cette capture d’énergie.

    Petit à petit, parce que son corps et son cerveau ont évolué, elle a appris à subtiliser à l’environnement d’abord un peu plus, puis progressivement beaucoup plus d’énergie par rapport aux autres espèces. Grâce à la maîtrise d’outils complexes (pierre taillée, sagaie, arc…) elle a notamment appris à chasser plus que ce que les écosystèmes pouvaient assumer pour maintenir leur propre richesse. L’anthropologie contemporaine montre que notre espèce Homo Sapiens aurait provoqué l’extinction de nombreuses espèces animales pour son propre intérêt adaptatif depuis des dizaines ou centaines de milliers d’années. Ce processus d’extinction pourrait même remonter à 2,5 ou 3 millions d’années, lors de l’apparition de notre grande famille ancestrale : le genre Homo (Homo Habilis, Rudolfensis, Ergaster, Erectus… lire : Cataclysmes de Laurent Testot, et écouter les conférences de Jean-Jacques Hublin au Collège de France, en particulier : L’aube de l’Anthropocène). Nous avons également appliqué aux végétaux cette « capture d’énergie dérégulée ». Il est acquis par exemple désormais que la forêt amazonienne n’est en rien une forêt primaire et qu’elle a été transformée depuis plusieurs milliers d’années pour nos besoins, par de nombreuses communautés de fourrageurs : l’Amazonie est constituée aujourd’hui d’une grande proportion de plantes favorablement comestibles pour nous, ainsi que d’essences d’arbres qui sont plus adaptées à la construction d’habitat ou de moyens de navigation (Philippe Descola, vidéo CNRS : Amazonie, une forêt façonnée par l’homme).

    Le développement de l’agriculture s’est par ailleurs fait à la suite d’un long travail de défrichement opéré par les chasseurs cueilleurs qui ont libéré, par le feu, de grandes surfaces terrestres de tout couvert forestier (le feu : une grande optimisation de la capture d’énergie, que seul l’humain maîtrise !). Nos ancêtres ont également exterminé de nombreuses espèces animales incompatibles avec nos cultures de blé, de riz, de maïs, que nous ne souhaitions pas voir piétinées ou tout simplement consommées à notre place. L’agriculture, qui s’est accompagnée de nouveaux problèmes à gérer (carences, maladies inédites, caries, structures sociétales en classes avec des privilégiés et des esclaves), a pourtant permis d’augmenter encore l’apport énergétique global, et c’est à la suite de son développement que la démographie a augmenté de façon notable.

    Toujours dans ce même processus croissant de développement des techniques, nous avons multiplié nos sources d’approvisionnements et leur qualité : sélection poussée des espèces végétales et animales en vue de leur domestication, moulin à vent ou à eau pour faire de la farine etc… jusqu’à une révolution de très grande ampleur : l’exploitation des hydrocarbures, charbon, pétrole et gaz à partir du 19ème siècle principalement.

    Il faut retenir deux choses à propos de ce processus évolutif lié à l’augmentation de la capture d’énergie. Il s’est tout d’abord toujours fait dans la soustraction des ressources nécessaires aux écosystèmes pour leur propre équilibre. C’est ce qui peut mener à leur affaiblissement au point de mettre en péril les communautés humaines elles-mêmes. Le nomadisme est une réponse active afin de retrouver des lieux fertiles ou riches en proies animales, l’effondrement démographique des populations est une conséquence non souhaitée de l’atteinte aux équilibres naturels. Par ailleurs, le surplus d’énergie consommé par les humains démultiplie lui-même les forces destructrices, ce qui crée un phénomène d’emballement. Plus nous détruisons l’environnement, plus nos sociétés en bénéficient pour se développer, ce qui augmente nos besoins et notre empreinte environnementale, que nous compensons en exploitant plus encore l’environnement, etc. Ce phénomène est appelé « Syndrome de la Reine Rouge » (François Roddier, texte sur la « Reine Rouge » rédigé pour l’Institut Momentum).

    Nous considérons dans l’association Adrastia que le déclin de notre civilisation est inéluctable, au même titre que des tribus dans les temps anciens ou de grandes cités complexes se sont effondrées, parce qu’il est impossible de soustraire de l’énergie aux écosystèmes, ni de les transformer indéfiniment sans que ceux-ci finissent par ne plus pouvoir assumer nos besoins. Aujourd’hui nous savons que les ressources en hydrocarbure vont se réduire drastiquement au cours de ce siècle, et les dégâts que nous provoquons sont massifs et planétaires. Le changement climatique va atteindre directement aux rendements agricoles (c’est déjà le cas), augmenter la fréquence et l’intensité des feux de forêts (nous le voyons déjà), détruire des territoires habités de centaines de millions d’humains à cause de l’augmentation de la puissance et de la fréquence des tempêtes ou par submersion à cause de la hausse du niveau des océans.

    Pyramide du soleil, Teotihuacan, Mexique. Crédit photo : Mr Mondialisation

    Selon les scientifiques, nous sommes entrés dans une ère très singulière, celle de l’Anthropocène et, en même temps, nous sortons du paradigme économique entièrement construit sur une disponibilité immédiate et peu chère des ressources énergétiques. Est-ce la fin d’un mythe, celui de la croissance infinie ?

    Nous avons le sentiment dans notre culture d’être les premiers à avoir fantasmé une croissance infinie. Mais historiquement de nombreuses communautés, de nombreux empires et civilisations ont cru également, un temps, à la croissance infinie (Sapiens, de Yuval Noah Harari). Il faut noter aussi que par le passé certaines grandes civilisations, à la culture et aux techniques pourtant très complexes, ont choisi de ne pas suivre un développement perpétuel.

    Lorsque par exemple la Chine a compris, avant même les explorations de Christophe Colomb, qu’il n’était pas dans son intérêt de conquérir le monde, alors que sa flotte était considérablement plus puissante que la flotte des pays européens, elle a choisi de se replier sur ses territoires intérieurs et de mener une politique économique qui ne soit pas orientée sur la croissance par la domination (à l’époque). De même, le Japon, alors qu’il maîtrisait l’arme à feu, a choisi d’abandonner totalement cette technique au profit des armes traditionnelles, adoptant une politique par ailleurs totalement isolationniste, sans croissance. La période a duré… 250 ans (Sakoku : politique isolationniste entre 1641 et 1853).

    Mais aujourd’hui la situation est différente, et inédite. Le fait que l’économie soit mondialisée empêche tout pays d’évoluer indépendamment des autres, et la compétition économique est telle que le premier pays qui déciderait de ralentir volontairement sa croissance se verrait absorbé économiquement par les autres, perdrait de sa souveraineté, ce que les peuples n’accepteraient pas.

    Alors que l’histoire montre que la « décroissance » ou le statu quo évolutif sont possibles, la croissance infinie est devenue une mythologie sociétale irrévocable, érigée au niveau de propagande nécessaire et d’ailleurs sollicitée par toutes les strates de la société. Le risque est bien sûr que notre mythologie nous porte au-delà des capacités de la Terre à supporter notre développement, ce qui stoppera la croissance et entraînera l’effondrement.

    Malgré les nombreuses alertes, on peut avoir le sentiment que l’élite politique ainsi que les techniciens n’ont pas intégré la rapidité et la gravité des changements auxquels nous assistons ! Nos représentants sont-ils aveugles ?

    Les élites de nos pays ont une connaissance assez précise des limites de l’environnement depuis le début du 19ème siècle. C’est en particulier l’Empire Britannique qui a initié le traitement scientifique de la question de la fin des ressources, pour la gestion de ses forêts et, bien sûr, de son charbon (L’Événement Anthropocène, C. Bonneuil, J.B. Fressoz).

    Après une centaine d’années lors desquelles la grande disponibilité de l’énergie (charbon, pétrole) a fait mettre de côté la question des limites, paraît en 1972 le rapport Halte à la croissance ?, une étude d’anticipation effectuée par le MIT (Massachussetts Institute of Technology) pour le Club de Rome. L’étude envisageait un effondrement économique dès 2030 si le monde continuait son développement selon la cadence de l’époque. Peu connu du grand public, ce rapport a été débattu dans l’ensemble de la classe politique internationale. Le président Ronald Reagan y a répondu lors d’un discours : « Il n’y a pas de limite à la croissance, car il n’y a pas de limite à l’intelligence humaine, à son imagination et à ses prodiges » (source Wikipédia : Théories sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle).

    Le président Emmanuel Macron, s’adressant au G20 le 8 juillet dernier a déclaré : « On ne peut pas lutter contre le terrorisme sans action résolue contre le réchauffement climatique ». Ce lien entre climat et terrorisme en a surpris plus d’un, mais il est connu des experts qui ont une compréhension systémique du lien qu’établit l’humain avec son environnement. Il est désormais admis que des variations environnementales peuvent influencer l’équilibre politique des sociétés, et nous savons que notre président en est informé.

    Le Premier Ministre Édouard Philippe, dans son discours de politique générale devant l’Assemblée a cité le livre Effondrement, de Jared Diamond. Voici ce qu’il dit de son sentiment après la lecture de ce livre :

    « J’ai une vraie révérence pour Diamond. J’ai appris et compris des choses en lisant ce qu’il a écrit. Effondrement est un livre que certains disent noir et pessimiste sur l’avenir des sociétés humaines, à cause de la consommation des ressources. En même temps, ce que je trouve extraordinaire dans ce livre c’est qu’il montre que les sociétés humaines quelles qu’elles soient, ont la possibilité de prendre des décisions qui permettent de sauver l’affaire ou pas. C’est pour ça que je n’ai jamais pensé qu’Effondrement est un livre pessimiste : je pense que c’est un livre sur la liberté collective de prendre les bonnes décisions. »

    Il n’est plus possible aujourd’hui de dire que les politiques n’ont pas les données. Ils ne sont pas aveugles, les politiques « savent », et depuis longtemps. La question reste de ce qui est fait de ces données et des risques d’effondrement qu’elles indiquent. Il revient aussi aux citoyens – aux électeurs – de s’adresser à leurs représentants afin qu’ils cessent de balayer d’un revers de la main les textes et les études qu’ils connaissent parfaitement.

    Ville de Mexico, Mexique. Crédit photo : Mr Mondialisation

    Mais cette prise de conscience ne se traduit pas vraiment par des politiques cohérentes…

    La seule « solution » pour que nous minimisions le risque ou l’ampleur d’un effondrement serait que l’ensemble des pays, de façon concertée, réduise leur dépendance aux ressources, en particulier à l’énergie. Mais un verrou majeur les en empêche : la compétition économique. Nous ne sommes plus dans la situation de la Chine ou du Japon. Aujourd’hui, le premier pays qui choisirait de réduire son PIB par anticipation serait doublé économiquement par tout autre paysqui ne ferait pas ce choix. Nous l’observons concernant la COP21, les pays signataires sont tous dans une position attentiste, aucun ne baisse son exploitation de ressources par anticipation (le développement des « énergies vertes » est d’ailleurs tout le contraire d’une réduction de l’exploitation des ressources).

    Nous sommes dans une situation particulièrement délicate, peut-être un piège : si nous ralentissons économiquement, notre environnement s’en portera mieux, mais le pays qui le fait en premier se portera moins bien. Si nous accélérons notre emprise pour rester performants, nous augmentons les dégâts environnementaux, et le monde entier s’en portera moins bien à terme. Nos gouvernants entretiennent donc la mythologie de la croissance, et utilisent désormais une autre mythologie, celle de la « croissance verte ».

    Vous doutez également que les énergies renouvelables puissent à elles seules permettre de résoudre l’équation qui se pose à nous. Selon vous, repenser la société autour du tryptique proposé par l’association NégaWatt – Sobriété, Efficacité, Renouvelable -, qui intègre les limites matérielles sur lesquelles nous butons, est-il raisonnable ? 

    Aujourd’hui encore nous nous appuyons parfois politiquement, scientifiquement et industriellement sur des présupposés infondés. En toute rigueur, étant donnée la complexité du système économique et compte tenu du constat que toutes les énergies se sont toujours toutes additionnées historiquement (J-B. Fressoz, Pour une histoire désorientée de l’énergie), personne ne peut en 2017 affirmer que les énergies renouvelables (ou le nucléaire) pourraient limiter nos émissions de CO2. Il faut se rappeler tout d’abord que tout le débat sur les énergies renouvelables ne concerne que 20 pourcents de nos besoins énergétiques. Les 80 autres pourcents sont entièrement dépendants du pétrole, du gaz et du charbon. Il est alors envisageable, parce que le déploiement des énergies renouvelables participera à alléger la demande en hydrocarbures pour les 20 pourcents de production d’électricité, et parce que leur déploiement pourra prolonger le fonctionnement de nos économies et produire de la richesse, que celles-ci favorisent l’exploitation des hydrocarbures pour les 80 autres pourcents de nos besoins ! Cette « hypothèse du renforcement synergique des énergies » pourra être discutée, elle semble en tout cas parfaitement correspondre aux données sur le mix énergétique mondial : l’humanité n’a jamais autant exploité d’hydrocarbures, et l’humanité n’a jamais émis autant de CO2 qu’aujourd’hui (l’hypothèse du renforcement synergique des énergies est développée dans ce texte).

    Il faut aussi s’inquiéter du fait que les sociétés capables de financer le déploiement des énergies dites de substitution, nucléaires et renouvelables, resteront toujours dépendantes d’un approvisionnement sûr, et assez important, en hydrocarbures. Aucune de ces énergies ne peut produire par elle-même l’énergie qui permettrait de les maintenir en fonctionnement. Cela serait l’équivalent… d’un mouvement perpétuel. Si la planète ne peut approvisionner éternellement l’humanité en pétrole, ni le nucléaire ni les énergies renouvelables ne sont éternels, même si ils pourront fonctionner un temps. À terme, nous aurons la sobriété, forcément, mais pas celle à laquelle nous croyons…

    Ceinture Aliment-Terre, Liège, Belgique. Crédit photo : Mr Mondialisation

    Selon vos propres propos, vous vous « gardez de proposer des « solutions » au déclin, considérées illusoires ». Pourtant il faut bien que les sociétés humaines puissent se préparer aux bouleversements à venir ?

    Nous l’évoquions précédemment. Nous considérons dans l’association Adrastia que la situation est potentiellement inextricable, à cause de l’état général de la planète et de la compétition économique, existentielle, dans laquelle nous sommes tous pris. Il n’y a pas de « solution » contre la fin des ressources, le climat suit déjà une trajectoire proche d’un emballement immaîtrisable et la décroissance par anticipation ne répond pas aux exigences de l’économie mondialisée, dont aucun pays ne peut s’affranchir sans risque immédiat pour son propre peuple.

    Alors le défi est immensément grand : il n’y a pas de solution, mais nous devons minimiser notre impact malgré tout et, surtout, nous adapter à un monde totalement nouveau. Mettre en œuvre des aménagements, ou une adaptation ça ne veut pas dire des décisions moins ambitieuses. Au contraire. Cela signifie l’arrêt des grands projets industriels inutiles et coûteux au profit d’initiatives de moins grande envergure et rendant plus directement service aux peuples plutôt qu’aux privilégiés, également une réforme fondamentale de nos modèles agricoles. Le maintien d’une cohésion sociale, malgré les difficultés économiques, sera primordial (aides sociales), en particulier parce que la fragilisation de la partie de la population qui subit déjà les effets du ralentissement économique est en soi un risque de destruction politique et morale de la société.

    Le désintérêt des privilégiés pour les classes populaires et leurs difficultés entraîne déjà, nous le voyons bien, aux États-Unis en particulier mais dans le monde entier désormais, des révoltes, une radicalisation de la pensée, de l’obscurantisme religieux ou politique. Nous observons aussi une émergence de croyances totalement déconnectées de la réalité et qui se substituent aux connaissances scientifiques. Les pseudo-sciences (et la théorie du complot !) sont de plus en plus populaires, qu’elles soient volontairement induites par les Etats eux-mêmes (Donald Trump a officialisé le déni climatique par exemple) ou que les médias s’en fassent le relais par souci du sensationnel, par laxisme, par complaisance. Il est compréhensible aussi, mais déplorable pour l’avenir, que les peuples s’y raccrochent spontanément afin de répondre par eux-mêmes aux difficultés qu’ils vivent concrètement et que les mythologies et les discours trompeurs de leurs représentants ne peuvent plus dissimuler.

    Aujourd’hui nos élites ne mesurent pas à quel point entretenir des illusions est en soi un risque d’effondrement sociétal. La croissance verte est bien impossible, et c’est à la réalité d’une crise de longue durée, avec des ruptures parfois brutales (la crise de 2008 pourra paraître dérisoire demain) que nous devrons nous adapter. C’est ce message de lucidité, face à l’immense défi que l’humanité doit relever, que l’association Adrastia souhaite transmettre.


    *Vincent Mignerot est auteur et chercheur indépendant en Sciences Humaines. Il se questionne sur la singularité de l’espèce humaine parmi l’ensemble des autres êtres vivants et développe notamment une « théorie écologique de l’esprit ». Il est depuis 2014 Président de l’association Adrastia.

    Source : Propos recueillis par l’équipe de Mr Mondialisation

    Article gratuit, rédigé de manière 100% indépendante, sans subvention ni partenaires privés. Soutenez-nous aujourd’hui par un petit café ☕

  • De la fiction à la réalité

    J'ai lu ces derniers mois beaucoup de romans et visionné pas mal de documents vidéos sur les situations de crises majeures et leurs conséquences sur la population. Il est clair qu'on imagine assez mal tout ce que les ruptures d'approvisionnement alimentaire peuvent engendrer comme problèmes, dans la production et la distribution électrique, rupture dans l'approvisionnement en carburant, en eau potable, disparition partielle ou totale de l'autorité des forces de l'ordre, des soins aux blessés ou autres situations médicales etc etc...

    On pourrait même penser que les auteurs de ces romans ou documents d'anticipation exagèrent dans leurs développements. 

    Il suffit aujourd'hui de regarder le chaos à Saint Martin et Saint Barthélémy pour prendre conscience que les situations de crise génèrent des comportements particulièrement anxiogènes, voire dangereux pour la population. 

    On peut juger aussi de l'incompétence des structures politiques dans l'anticipation des situations de crise. On ne pourrait que leur conseiller de lire davantage d'ailleurs et se souvenir que les romans de Georges Orwell par exemple ne sont plus des livres d'anticipation mais d'une réalité actuelle...

     

    "Voler pour survivre", le dernier recours des rescapés d'Irma réfugiés dans une école

    Une soixantaine d'habitants de l'île de Saint-Martin sont réfugiés dans un établissement scolaire depuis le passage de l'ouragan Irma. Ils doivent se débrouiller pour survivre, cinq jours après les intempéries.

    A Saint-Martin, une grande partie des bâtiments ont été dévastés par l\'ouragan Irma. 
    A Saint-Martin, une grande partie des bâtiments ont été dévastés par l'ouragan Irma.  (MARTIN BUREAU / AFP)

    avatar

    Thibault LefèvreRadio France

    Mis à jour le 
    publié le 

    PARTAGER

    PartagerTwitterPartagerEnvoyer

    LA NEWSLETTER ACTUNous la préparons pour vous chaque matin

    imageil y a 6 minutes

    "Voler pour survivre", le dernier recours des rescapés d'Irma réfugiés dans une école

    Moins d'une semaine après le passage de l'ouragan Irma sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les habitants tentent de s'organiser pour survivre. Les îles sont ravagées, les secours sont insuffisants pour pallier toutes les urgences et les populations manquent de tout. À Saint-Martin, une soixantaine d'habitants campent depuis plusieurs jours dans un établissement scolaire. 

    Pas de médicaments pour se soigner

    À La Savane, à une rue seulement du centre de commandement opérationnel de la gendarmerie, une cinquantaine de personnes dorment sur des lits de camp dans des salles de classe. Deux espaces sont réservés aux blessés. Parmi eux, Christine, qui souffre de deux fractures, au fémur et à la cheville, à cause d'un accident de quad survenu avant l'ouragan. "J'ai été opérée il y a quelques jours, raconte-elle. Il y a un traitement que je ne peux pas suivre parce que je n'ai pas de médicaments." Pas d'antidouleurs ni d'antidépresseurs pour elle, puisque "tout a été emporté par le cyclone". Elle est arrivée quelques heures après le passage d'Irma et, depuis, dort sur un matelas sale. 

    Comme Christine, une dizaine de malades souffrent de ce manque de soins et de médicaments. "On a passé notre temps à installer des lits et prendre en charge les plus grands malades. On passe d'une dame âgée de 90 ans à deux personnes en fauteuil ou une personne paraplégique", explique Jennyfer, une Française en vacances à Saint-Martin. Cette manager de restaurant change les malades, leur prodigue les soins et s'occupe des enfants. Jennyfer, tout comme la directrice de l'établissement scolaire, dénonce le manque d'anticipation de l'État. 

    Deux maîtres-mots : débrouille et solidarité

    Pour survivre, les réfugiés dans cet établissement scolaire s'organisent avec les moyens du bord. Débrouille et solidarité sont les maîtres-mots. Sur une grande table, dans une pièce qui abritait encore il y a une semaine des bureaux administratifs, des salades de fruits, des bouteilles d'eau et de la nourriture sont disposés en libre-service. Ces vivres ont été récupérés, pour l'essentiel, dans des magasins après le passage d'Irma.

    Voler pour survivre, je ne peux pas dire que c'est bien mais il y a un moment, quand il n'y a rien d'autre à faire, il faut trouver une solution

    Mireille, en charge de la logistique

    à franceinfo

    Mireille ne cautionne cependant pas les pillages qui se déroulent depuis le passage d'Irma. "Après, aller voler des télévisions chez les gens, je ne suis pas d'accord." Elle a notamment piloté l'approvisionnement dans une pharmacie ouverte par l'ouragan. Cela a permis de récupérer des boissons hypercaloriques et hyperprotéinées.

    Murielle et les plus jeunes ont aussi récupéré des batteries dans les épaves de voiture. Elles servent désormais à Eugène, qui désosse un ordinateur posé à ses pieds. "Je fabrique un ventilo à partir du moteur d'un ordinateur. Ça fonctionne mais il n'y a pas beaucoup de moteurs pour en faire assez."Eugène n'est pourtant pas un sinistré en tant que tel. "Ma maison n'est pas vraiment détruite, explique-t-il. Parfois, tu dois faire des sacrifices pour aider les gens. Quand tu aides, tu reçois de l'aide en retour." Alors chacun aide comme il le peut avec son savoir-faire. Ainsi, Richard, trompettiste, joue de la musique "pour empêcher le retour des ouragans".