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  • Sans vergogne. (politique)

    vergogne , nom féminin

    Lorsque je vois le comportement des politiciens, je réalise à quel point ces gens sont dénués de toute vergogne.

    Rien ne les arrête, aucun mensonge, aucune attitude, ils n'ont aucun état d'âme, aucune conscience morale, aucune empathie, aucune autre intention que leur propre pouvoir, l'assise de leur avidité, le prolongement de leurs privilèges, coûte que coûte.

    Les marionnettes agitées de l'assemblée nationale ou du sénat, les ministres qui passent du portefeuille de l'agriculture à celui de la culture, de l'armée à l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports aux anciens combattants, du ministère des casseroles à celui des langues de belle-mère, sans aucune compétence, sans aucune connaissance réelle, sans aucun vécu.

    Une ministre de l'éducation nationale qui n'a jamais enseigné, un ministre de l'agriculture qui ne connaît de la nature que le salon de la viande à Paris, un ministre de la guerre qui a pris le poste pour se croire plus fort que tous les autres dans la cour de récré, une ministre de la culture qui pense que Lamartine, c'est la petite fille des albums de son enfance...

     

    Ils n'ont aucune vergogne.

    Mais ils proclament que nous devrions avoir honte de participer à des mouvements de contestation.

    Que savent-ils de la vie du Peuple ? 

    Macron est-il un représentant de la réalité de nos vies ?

    S'il est là, et tous les autres, également, c'est que la place est belle. 

    Ayant étouffé toute vergogne depuis les années d'hypokhâgne, il se hisse sur le piédestal de son ego et se proclame empereur, il lance son cri de ralliement "en marche". (puis il murmure pour lui-même : "mais tous derrière moi")

    Les fans le voient Président.

    Tout le monde devrait lire ne serait-ce que la page wikipedia qui lui est consacrée...

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Macron

       

    Emmanuel Macron, né le  à Amiens, est un haut fonctionnairebanquier d'affaires et homme politique français.

    Énarque, inspecteur des finances, il a été banquier d'affaires chez Rothschild & Cie avant d'être nommé secrétaire général adjoint de la présidence de la République auprès de François Hollandede mai 2012 à juin 2014.

    Depuis le , il est ministre de l'Économiede l'Industrie et du Numérique dans le gouvernement Manuel Valls II. Après avoir été membre du Parti socialiste entre 2006 et 2009, il fonde en 2016 le mouvement politique « En marche ! ».

     

    Il est de la sixième à la première élève du lycée La Providence, un établissement privé catholique d'Amiens fondé par la congrégation des jésuites17. Il poursuit ses études à Paris au lycée Henri-IV, où il obtient le bac S avec la mention très bien2. Il est également lauréat du concours général de français en 199418.

    Admis en hypokhâgne et khâgne au lycée Henri-IV (classes préparatoires de lettres CPGE B/L - filière lettres et sciences sociales), il échoue au concours d’entrée à l’École normale supérieure19,20. Il obtient par la suite un DEA de philosophie à l'Université de Paris-X - Nanterre21. Diplômé à 24 ans de l'Institut d'études politiques de Paris (2001), il intègre l'ENA à Strasbourg de 2002 à 2004 dans la promotion Léopold Sédar Senghor où le classement final est annulé par le Conseil d'Etatà la suite d'un vice de forme22 (Emmanuel Macron fait partie des requérants ayant saisi le Conseil d'Etat)23, sans que cela n'ait d'influence sur l'affectation d'Emmanuel Macron à l'Inspection des finances24.

    Plusieurs éléments de sa biographie ont fait l'objet d'incertitudes et de contradictions. Ainsi, il a prétendu avoir réalisé un mémoire sur l'intérêt général, en rapport avec la philosophie du droit de Hegel, sous la direction d'Étienne Balibar, mais ce dernier indique ne pas avoir de souvenir ni de trace de cet épisode25. De même, plusieurs articles biographiques indiquaient sa condition de normalien, qui s'est avérée inexistante26.

     


     

    Il est bien connu que l'ambition politique ne peut s'accorder avec l'honnêteté, l'intégrité morale, l'altruisme.

     

    Et pour que les choses soient bien claires et que mes propos ne soient pas perçus comme partisans, j'invite ensuite à aller lire la page wikipedia consacrée à Alain Juppé, futur Président de l'oligarchie française.

    Rendez-vous en 2017, un nouveau spectacle sera présenté. Le théâtre de Guignols aura juste changé la couleur du rideau. 



     

  • La dépendance (spiritualité)

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    SUR LA VOIE DE LA SAGESSE. - SIDDHARTHA·MARDI 31 MAI 2016

    LA DÉPENDANCE

    Croire que la dépendance est de l’amour, voilà un autre malentendu très courant auquel les psychothérapeutes sont confrontés quotidiennement.

    L’un de ses effets les plus spectaculaires apparaît chez l’individu qui menace ou tente de se suicider, ou qui fait de la dépression à la suite du rejet ou de la séparation d’un amant ou d’un époux. Une telle personne dira : -Je ne peux pas vivre sans mon mari (ma femme, mon amie), je l’aime tellement ! Et je répond : – Vous faites erreur, vous ne l’aimez pas. – Mais, reprend-elle en colère, je viens de vous dire que je ne pouvais pas vivre sans lui (elle).

    Alors j’essaie d’expliquer : – Ce que vous décrivez, c’est du parasitisme, pas de l’amour. Lorsqu’on a besoin d’un autre individu pour survivre, on parasite cet individu. Il n’y a pas de liberté dans votre relation. Il s’agit de besoin plutôt que d’amour. L’amour est un choix délibéré. Deux personnes ne s’aiment vraiment que lorsqu’elles sont capables de vivre l’une sans l’autre mais choisissent de vivre ensemble. Je définis la dépendance comme l’incapacité de se reconnaître comme un tout et de fonctionner correctement sans avoir la certitude qu’on est pris en charge par quelqu’un. La dépendance chez les adultes physiquement sains relève de la pathologie ; elle est malsaine et toujours la manifestation d’une déficience ou d’une maladie mentale. Il faut la distinguer de ce qu’on appelle communément les besoins ou sentiments de dépendance que nous avons tous, même si nous affirmons – à nous-mêmes et aux autres – le contraire.

    Nous avons tous le désir que quelqu’un s’occupe de nous, de recevoir sans effort, d’être choyé par quelqu’un de plus fort que nous. Même si nous sommes des adultes responsables, en regardant au fond de nous-mêmes avec lucidité, nous trouverons toujours un désir d’être chouchoutés de temps en temps. Chacun de nous aimerait avoir et recherche dans sa vie une figure maternelle et une figure paternelle satisfaisante. Mais ces sentiments et ces désirs ne régissent pas notre vie, ils ne sont pas le thème prédominant de notre existence. Lorsqu’ils en deviennent le pilier, alors nous sommes vraiment dépendant. En fait, ceux dont la vie est régie et dictée par les besoins de dépendance souffrent d’un trouble psychique auquel nous pouvons donner le nom-diagnostic de »trouble de la personnalité passive-dépendante ». C’est probablement l’un des troubles les plus courants en psy. Amour Les passifs-dépendants, ceux qui en souffrent, dépensent tant d’énergie à se faire aimer qu’ils n’en ont plus pour aimer. Ils sont comme des affamés, grappillant de la nourriture partout ou ils le peuvent, sans rien avoir à offrir aux autres. C’est comme s’ils avaient en eux un vide, un puits sans fond hurlant pour qu’on le remplisse mais qui ne peut jamais l’être totalement.

    LA DÉPENDANCE Les passifs-dépendants ne peuvent jamais être comblés ni éprouver la plénitude. Ils ont toujours le sentiment qu’il leur manque quelque chose. Ils tolèrent mal la solitude. À cause de leur sentiment de manque permanent, ils n’ont pas de véritable sens de l’identité, et ils ne se définissent que par leurs relations avec les autres. Une aptitude à changer si rapidement l’objet de son intérêt est caractéristique des individus passifs-dépendants. Peu importe de qui ils sont dépendants, du moment qu’ils ont quelqu’un. Peu importe leur identité, du moment qu’il y a quelqu’un pour leur en donner une. En conséquence, leurs relations avec les autres sont extrêmement superficielles, bien que spectaculaires par leur apparente intensité. À cause de la force de leur sentiment de vide intérieur et de leur désir de le combler, ils ne supportent aucun retard dans l’assouvissement de leur besoin des autres. Dans le diagnostic, le mot »passif » est associé ao mot »dépendant » parce que ces individus s’intéressent à ce que les autres peuvent faire pour eux, sans se soucier de ce qu’ils pourraient faire eux-mêmes. Un jour, en travaillant avec un groupe de cinq patients célibataires, tous des passifs-dépendants, je leur ai demandé de me raconter la situation dans laquelle ils voudraient se cinq ans plus tard. Chacun, à sa façon, répondit : – Je voudrais être marié avec quelqu’un qui m’aime vraiment.

    Pas un seul ne parla d’avoir un travail épanouissant, de faire de la création artistique, de contribuer à la vie de la communauté, d’être dans une situation ou il ou elle pourrait aimer, ou même d’avoir des enfants. La notion d’effort n’apparaissait pas dans leurs aspirations ; ils n’envisageaient qu’un état passif, ou ils ne feraient que recevoir. Je leur dis, comme à beaucoup d’autres : – Si votre but dans la vie est de vous faire aimer, vous échouerez. La seule façon de s’assurer l’amour, c’est d’être digne d’amour, ce que vous ne pourrez pas être tant que votre seul but sera d’être aimé passivement. Cela ne veut pas dire que les passifs-dépendants ne font jamais rien pour les autres, mais plutôt que le motif de leurs actions est de forcer l’attachement des autres afin de s’assurer leur attention. Et ils ont du mal à agir sans réciprocité immédiate. Par de tels comportements, une relation entre passifs-dépendants est peut-être durable et sécurisant, mais on ne peut pas dire qu’il soit sain ni tenu par l’amour ; la sécurité est en effet obtenue au prix de la liberté et de relations qui ne servent qu’à retarder ou à empêcher l’évolution personnelle des deux personnes en relation. Il nous faut toujours dire et répéter aux couples qu’une bonne relation ne peut exister qu’entre deux personnes matures, fortes et indépendante. Ce que l'homme peut de moins en moins satisfaire aujourd'hui

    S’accepter comme nous sommes. La dépendance passive prend sa source dans le manque d’amour. Le sentiment de vide intérieur dont souffrent les passifs-dépendants est la conséquence directe de l’incapacité manifestée par leurs parents à assouvir leurs besoins d’affection et d’attention pendant l’enfance. Nous l’avons vu, les enfants aimés et choyés avec constance entrent dans l’âge adulte avec le sentiment d’avoir de la valeur et d’être dignes d’amour. Cela leur vaudra d’être aimés tant qu’ils resterons honnêtes avec eux-mêmes. Tandis que les enfants qui grandissent dans une famille ou l’amour et l’attention sont rare ou totalement absents deviennent des adultes manquant de sécurité intérieure : ils ne sont pas sûrs d’eux, doutent de leur valeur, ils ont le sentiment de ne jamais avoir asses, que le monde est imprévisible et peu généreux. Rien d’étonnant à ce qu’ils se précipitent pour grappiller un peu d’amour et d’attention partout ou ils peuvent en trouver.

    Ils s’y accrochent alors avec désespoir et manifestent un comportement peu affectueux, manipulateur, machiavélique, détruisant le lien qu’ils cherchaient à préserver. Nous avons également indiqué que l’amour et la discipline vont de pair. Cela implique que des parents non affectueux et non attentionnés manques de discipline et, lorsqu’ils ne réussissent pas à donner à leurs enfants le sentiment d’être aimés, ils échouent par là même à leur apprendre la discipline.

    La dépendance excessive dont souffrent les passifs-dépendants n’est donc qu’une des principales manifestations de leur trouble de la personnalité ; ils manquent aussi de discipline. Ils ne veulent pas ou ne peuvent pas retarder l’assouvissement de leur soif d’attention. Dans leur recherche désespérée de liens à créer et à conserver, l’honnêteté ne compte plus.

    Ils s’accrochent à des relations moribondes au lieu d’y mettre fin. Et le plus grave, c’est qu’ils n’ont aucun sens des responsabilités. Passivement, ils voient les autres – souvent leurs propres enfants – comme étant leur seule source de bonheur et d’épanouissement, les considérant comme responsable de leur vide intérieur. En conséquence, ils sont perpétuellement en colère, en réaction se sentant abandonnés par les autres, qui ne peuvent jamais combler réellement leurs désirs ou les rendre heureux. Un de mes collègues dit souvent :

    – Écoute, devenir dépendant de quelqu’un est le pire mal que tu puisses te faire. Tu serais même mieux si tu étais dépendant de l’héroïne car, tant que tu pourrais t’en procurer, elle ne te laisserait jamais tomber et pourrait te rendre heureux. Mais si tu attends le bonheur de quelqu’un d’autre, alors tu seras toujours déçu. D’ailleurs, ce n’est certainement pas un hasard si le plus courant des problèmes qu’ont les passifs-dépendants – outre leurs relations avec les autres – est la dépendance vis-à-vis de l’alcool ou de la drogue. Ils ont une mentalité de »drogués ». Ils sont dépendants des autres dont ils pompent la substance, et quand ceux-ci ne sont pas (ou plus) disposés à se laisser pomper, ils se tournent vers la bouteille, la seringue ou la pilules.

    En résumé, la dépendance peut apparaître comme de l’amour parce que c’est une force qui oblige des gens à s’attacher farouchement l’un à l’autre. Mais, en fait, c’est une forme d’anti-amour qui prend sa source dans le manque d’amour parental et perpétue celui-ci. Il incite à recevoir plutôt qu’à donner. Il nourrit l’infantilisme plutôt que l’évolution. Il oeuvre pour piéger es restreindre plutôt que pour libérer. Et enfin, il détruit, plutôt qu’il ne construit, des relations aussi bien que des êtres humains.

    Scott Peck

    https://coachesf.com/la-dependance/

  • Etre en amour. (spiritualité/sexualité)

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    L’union sexuelle ne peut pas se limiter à une répétition mécanique et appliquée des enseignements, des expériences communes, des apprentissages achevés.

    Il ne s’agirait sinon que d’une machinerie organique.

    Et aussi performante soit-elle, elle ne peut soutenir l’extension de l’amour.

     

    Le Kâma-Sûtra est une gymnastique s’il n’est que postures.

    Le Tantra n’est qu’une philosophie exotique quand il n’est que récitations.

    Le Tao n’est qu’une excroissance intellectuelle quand il n’est qu’adoration des enseignements.

     

    Hors de l’amour, rien de bon ne peut advenir.

    Il s’agira immanquablement d’une course poursuite à travers le temps, une alternance de leçons apprises et d’objectifs à atteindre.

    Du passé au futur en croyant jouir du présent.

     

    Il est faux de se croire aimant sous l’emprise du temps.

     

    Celui ou celle qui fait l’amour n’est pas dans l’amour.

    C’est là que l’observation en soi devient indispensable.

     

    Faire :

    -Faire la vaisselle.

    -Faire les courses

    -Faire le ménage

    -Faire la gueule

    -Faire la guerre 

    -Faire l’amour

     

    Être :

    -Être en retard

    -Être en avance

    -Être en colère

    -Être en joie

    -Être en vie

    -Être en amour

     

    Il s’agit à mes yeux d’être et non seulement de faire. L’usage de l’auxiliaire est à mon coeur incontournable au regard de l’importance considérable de l’engagement nécessaire.

     

    Si je « fais l’amour », je construis mes actes sur les expériences connues, sur les anciennes émotions, sur les jouissances passées ou les déceptions enkystées, sur les fantasmes et les illusions temporelles, sur le rejet de telle sensation ou le désir de telle autre.

    Et je ne suis finalement pas dans l’amour puisque j’impose à l’instant le chaos de ma mémoire, le réseau infini de mes pensées, de mes attentes, de mes espoirs, de mes craintes, de mes peurs, de mes rejets, de mes volontés, de mes intentions.

     

    Qui est là lorsque je « fais l’amour » ? Un être présent ou une machinerie à faire ?

    Est-il respectueux d’insérer dans l’amour des schémas anciens ?

    Est-ce que les parfums évaporés rendent la fleur nostalgique ? Est-ce que le printemps à venir rend les arbres impatients ?

     

    Être dans l’amour. Comment y parvenir ?

    Se présenter, l’âme nue, vierge de tout et pourtant nourri des expériences.

    Aimer l’autre sans rien projeter de connu et savoir pourtant ce qui le réjouit.

     

    Il existe par conséquent une hiérarchie, un canal de lumière, comme un cône infini qui descend des Cieux. L’Amour est le soleil à son zénith et les rayons lumineux qui ruissellent sont des nourritures à saisir pour l’éveil des corps.

    Le cheminement inverse est impossible.

    Il se peut que les âmes soient dans l’amour pendant que les corps s’étreignent mais des corps qui s’unissent sans que les âmes ne soient conviées sont des machines qui frémissent. Nullement des âmes qui jouissent.

     

    On peut faire brûler des bougies, réciter des mantras, masser les corps avec des huiles parfumées, danser nus sous les étoiles, expérimenter de nouvelles postures, s’unir sur le sable chaud ou dans les herbes hautes et être malgré tout en dehors de l’amour.

     

    Il est de ces textes littéraires qui vous font pleurer tant ils vous envahissent. Vous les connaissez pourtant jusqu’au plus profond des fibres, on pourrait penser qu’ils en perdront un jour leur puissance. Et pourtant, il suffit d’en dire la première phrase pour que l’émotion vous étreigne.

    Il est de ces musiques qui vous retournent le cœur et c’est comme s’il se vidait à l’intérieur, un nectar solaire qui vous embrase et vous offre des ailes d’ange.

    Il est de ces paysages qui vous obligent à vous asseoir tant vos jambes y perdent leurs forces, tant les bourrasques qui vous bousculent effacent toute idée d’équilibre.

    Il est de ces regards qui plongent en vous comme des révélateurs, des alchimies qui éclairent les noirceurs, comme des fibres tissées qui s’unissent et s’emmêlent.

     

    J’ai pleuré ainsi de bonheur des milliers de fois. Quelques larmes ou des marées entières, une intensité de soleil levant, comme au premier jour du monde.

    Le temps qui passe n’y fait rien. Tout est là, comme une naissance qui revient.

    Et rien pourtant n’est jamais identique.

     

    Être devant le corps de la femme que j’aime et me réjouir, accueillir l’offrande comme un trésor inconnu, comme une poésie éternelle, une mélodie divine, un horizon sans frontières.

    Ne jamais croire que la cartographie d’un corps est achevée. C’est l’intensité aimant du regard qu’on y pose qui en dessinera l’éternelle beauté, la virginité à redécouvrir, par-delà le temps et les voiles fluctuants des pensées. Le corps qui a été n’existe plus et le corps à venir n’existe pas. Il n’est que celui qui est là et que j’aime.

    Ne jamais croire que le plaisir éprouvé peut se retrouver. Celui-là n’existe plus, il est d’un autre temps et l’amour éternel se vit dans l’instant. La mémoire l’encombrerait tant qu’il se retirerait devant l’outrage. Le plaisir s’invente et se vit à chaque étreinte, à chaque regard, caresse et mot tendre, à chaque parole, chaque effleurement, chaque baiser et chaque pensée. Chercher à reproduire un plaisir ancien condamnerait l’amour à l’entrave.

     

    Être dans l’amour des âmes, hors du temps.

    Apprendre à ne plus faire l’amour, se libérer des schémas répétés, s’engager dans l’espace sans aucune balise, pénétrer l’âme aimée par les battants ouverts de ses yeux, glisser en elle avant même de toucher sa peau.

    Tout est là, fulgurant, flamboyant, spontané.

    Rien d’ancien n’existe et rien de nouveau n’est à créer. Il s’agit uniquement d’être là, impliqué, vierge de tout et maître de sa conscience, agir dans le non agir, sans aucune intention et nourri de toutes les attentions.

     

    Je suis en amour comme je suis en vie.

    Et parce que je suis en amour, je pourrai appliquer dans un deuxième temps ce que j’ai appris.

    Le cheminement inverse est une limitation programmée.

    Les rayons du Soleil ne remontent pas vers la source.

    Le plaisir ne nourrira jamais l’Amour. Seul l’inverse est possible.

     

    C’est la vibration des âmes qui emplit les individus, c’est la pénétration des âmes qui comble les êtres, la jouissance de la vie qui rayonne, le courant de la Création qui enflamme, le brasier de la sève qui inonde.

    Être en amour pour que les âmes réjouissent les corps.

     

  • Nous y sommes. (école)

    L'impuissance apprise. Il ne s'agit pas que d'un problème d'ordre scolaire mais bien également à l'échelle de toute une vie puisque le conditionnement carcéral perdure.

    Survient parfois la révolte. Nous y sommes. 


    JUSQU'AU BOUT

    EXTRAIT

    "Dans la soirée, il se plongea dans la lecture. Il était consterné de voir le retard général que l’école avait accumulé dans ses méthodes alors que depuis 1920, une femme avait découvert qu’il était tout à fait possible de travailler différemment. Pour les auteurs de ces ouvrages, notre système scolaire était le plus efficace pourvoyeur de cas « d’impuissance apprise. »

    L’expérience du brochet l’effraya au plus haut point : Un chercheur avait plongé un brochet dans un aquarium divisé en deux parties par une vitre invisible pour le prédateur. De l’autre côté de la vitre, il avait placé un petit poisson. Lorsque le prédateur eut faim, il se précipita sur la petite proie et se heurta violemment à l’obstacle. Il revint à la charge et s’assomma de nouveau. Toutes ses tentatives s’avérèrent évidemment infructueuses. Il finit par abandonner et resta prostré, piteusement, dans son coin. Lorsque le chercheur retira la vitre, le brochet ne fit aucun essai pour manger le petit poisson. Il avait appris l’impuissance.

    Le chercheur, après d’autres expériences du même type, avait défini exactement ce que ces termes impliquaient chez l’enfant. Lorsqu’il subissait plusieurs échecs consécutifs dans une matière ou dans plusieurs, l’enfant finissait par ne plus manifester le moindre désir de maîtriser la situation, il devenait incapable d’établir un lien entre ses actions et ses résultats et il pouvait même tomber dans un état dépressif. L’écrivain insistait sur l’extrême gravité de cette situation. Par l’intermédiaire de ce conditionnement, vécu pendant des années, répété de façon identique par des enseignants stéréotypés, tous persuadés de détenir la bonne méthode, assimilant les uns après les autres les conclusions de leurs prédécesseurs, l’enfant finissait par penser qu’il était non seulement nul en mathématiques ou en français, mais qu’il n’avait même aucune aptitude en rien. Il enfilait alors le costume de cancre, ce costume que le système scolaire n’avait cessé de lui imposer. L’écrivain finissait en condamnant les pédagogies coercitives qui établissaient leur fonctionnement sur la comparaison entre élèves. « Un tel a le niveau que j’espérais, un tel ne l’a pas, un tel a réussi mes évaluations, un tel les a ratées. » Et les enseignants se réjouissaient de « leurs » réussites avec certains élèves et se plaignaient du manque de travail et de volonté des autres. Et ils condamnaient, sans aucune arrière-pensée, sans le moindre doute, ceux qu’ils avaient eux-mêmes détruit, à petit feu, justifiant toujours, avec une fierté évidente, la qualité de leurs enseignements devant les excellents résultats des élèves les plus malléables, ou les plus soumis."

  • Nathalie.

    Le diamant de ma vie dans l'écrin des montagnes.

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    Les âmes enlacées

     

    Corps à corps, cœur à cœur, les âmes enlacées, ils connaissaient parfaitement le protocole, des mois de pratique, des heures à en parler.

     

    Nus, sous les draps, les mains posées sur les peaux huilées, la douceur du patchouli embaumait le cocon de leurs corps accolés.

     

    Il aimait poser une main sur le creux de sa colonne, juste à l’orée des collines, il y devinait un bassin aux eaux claires, un petit lac de montagne nourri par des ruissellements de neige… Il sentait vibrer dans cette cavité des énergies cristallines. Parfois, le flux libéré cascadait entre les deux versants, dans l’ombre d’une faille… Aimanté par la Source intérieure…

     

    L’autre main naviguait quelques instants sur les reliefs. Des effleurements délicats mêlés de pressions ou de rotations, dans cette dimension du don, cette réjouissance infinie du bonheur partagé.

     

    Elle aimait poser sa tête sur sa poitrine, sentir la douceur de sa peau, le moelleux de sa musculature, rien de trop dur, rien de trop mou, un coussinet qui l’apaisait et l’invitait aux pensées suspendues.

     

    Les mains se laissaient entraîner par des désirs silencieux. Les lèvres qui se touchent, les souffles qui se mélangent, effleurements délicats comme une reconnaissance cellulaire.

    Accolés, corps à corps, cœur à cœur, nus, les âmes enlacées.

    Respiration abdominale synchronisée.

    Elle inspirait profondément et gonflait son ventre. Il expirait profondément et vidait le sien. Un mouvement parfaitement orchestré. Ventre plein, ventre vide, ventre plein, ventre vide, l’un poussant l’autre, peau contre peau, l’autre repoussant l’un, dans une symbiose attentive, un accompagnement bienveillant, un regard tourné vers l’intérieur et l’intérieur tourné vers l’autre, une alternance hypnotique, une contemplation bienheureuse, juste cet émerveillement envers la vie qui coulait en eux dans la danse du souffle…

     

    Longue expiration et la sensation profonde du ventre aimé qui entre en soi, comme une présence qui s'installe, un visiteur ébloui, un sourire qui s'épanouit, un corps qui se réjouit. 

    Ils sentaient battre les cœurs dans un tempo unifié et le rythme apaisé effaçait en eux toutes les pensées intrusives. Comme une bulle translucide qui les enveloppait. Deux chrysalides reliées par des étincelles vivaces, un placenta englobant leurs entités fusionnées.

    Ils devinaient au bout de leurs doigts des particules agitées, comme des flux euphoriques, les retrouvailles joyeuses des âmes dévoilées, sans identité, sans intention inavouée, juste cette plongée dans la Source de vie.

     

    Longue descente intérieure… Une exploration commune nourrie par la plénitude de leurs âmes dénudées.

     

    Il sentit dans la profondeur de la respiration de sa compagne l’orée d’un sommeil qui s’installe, comme l’ombre des montagnes qui avancent sur la Terre lorsque le Soleil bascule de l’autre côté, un drap de soie qui se pose sur les reliefs et l’agitation de la vie qui se calme, un abandon délicieux et confiant, le sourire intérieur du bébé contre les seins de sa mère, le bien-être et la pesanteur du corps qui se délie, s’ouvre au sommeil et à la paix, une citadelle métamorphosée, une terre d’accueil.

    La Vie en Soi dans le calice lumineux de leurs énergies combinées, les arabesques pétillantes des flux mélangés.

    Les cœurs nus de leur corps enlacés, les âmes aimantées.

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  • L'enfant et "les troubles modernes" (spiritualité)

    http://www.huffingtonpost.fr/tracy-gillett/education-enfants-extra-scolaire_b_9658158.html

     

    Quand il était petit, mon père avait un pull-over pour tout l'hiver. Vous avez bien lu, un seul.

    S'il s'usait au niveau des coudes, ma grand-mère le reprisait. Si mon père le perdait, il revenait sur ses pas jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvé. Il se souvient encore à quel point il en prenait soin.

    Il avait tout ce dont il avait besoin, mais pas grand-chose de plus. La seule règle à suivre était d'être rentré à l'heure pour le dîner. Il était rare que ma grand-mère sache exactement où se trouvaient ses enfants.

    Ils partaient bâtir des forteresses, fabriquaient des arcs et des flèches. Ils collectionnaient les bleus et les genoux écorchés, et ils passaient des moments extraordinaires, plongés dans le monde de l'enfance.

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    Depuis, le monde a beaucoup évolué. Nous avons gagné en raffinement, et nous sommes entrés dans une période inédite: au lieu de s'user à la tâche pour donner à leurs enfants ce dont ils ont besoin, les parents sont désormais incapables de ne pas les gâter. Ce faisant, nous créons sans le vouloir un environnement propice aux troubles psychiques.

    Quand j'ai lu le livre Simplicity Parenting de Kim John Payne, un passage m'a vraiment marquée. Le stress lié au "trop-plein", associé aux particularités de la personnalité de chacun, peut générer des troubles psychiques chez l'enfant. Un enfant un peu maniaque peut devenir obsessionnel; un rêveur, perdre ses facultés de concentration.

    M. Payne a mené une étude consistant à simplifier la vie d'enfants souffrant d'un trouble du déficit de l'attention. En seulement quatre mois, ces symptômes disparaissaient chez 68% des jeunes sujets. Les aptitudes scolaires et cognitives de ces enfants augmentaient aussi de 37%, ce que l'on ne constate pas avec les médicaments généralement prescrits comme la Ritaline.

    En tant que jeune mère, je trouve cela à la fois encourageant et terrifiant. C'est officiel: nous avons la possibilité et la responsabilité immenses d'offrir à nos enfants un environnement où ils pourront s'épanouir physiquement, affectivement et mentalement.

    Alors quelles sont nos erreurs, et comment y remédier?

    Le poids du trop-plein

    Au début de sa carrière, Kim John Payne a été bénévole dans des camps de réfugiés où les enfants souffraient de stress post-traumatique. Il les décrit comme "nerveux, prompts à sursauter et hypervigilants, se méfiant de tout ce qui est nouveau ou inhabituel."

    Des années plus tard, quand il travaillait en libéral en Angleterre, il a reconnu chez de nombreux enfants issus de familles aisées les mêmes tendances comportementales que chez ceux qui vivaient en zone de guerre. Pourquoi ces enfants, qui vivaient dans une parfaite sécurité, présentaient-ils des troubles similaires?

    Les enfants d'aujourd'hui sont exposés à des informations en flux continu, qu'ils sont incapables de gérer ou de rationnaliser.

    Même si leur intégrité physique était assurée, ils évoluaient mentalement dans une sorte de zone de guerre, explique-t-il.

    "Conscients des peurs, des désirs, des ambitions et de la vie effrénée de leurs parents, les enfants s'efforçaient de se bâtir leur territoire, leur espace protégé, par le biais de comportements qui, au final, ne leur étaient pas bénéfiques."

    Atteints de "stress cumulatif" en raison de ce trop-plein, les enfants créent leurs propres stratégies d'ajustement afin de se donner un sentiment de sécurité. Les parents, comme la société, sont conscients de la nécessité de protéger physiquement leurs enfants, mais ont du mal à savoir comment préserver leur santé mentale.

    Les enfants d'aujourd'hui sont exposés à des informations en flux continu, qu'ils sont incapables de gérer ou de rationnaliser. Placés dans des rôles d'adultes et soumis à des attentes plus importantes, ils grandissent de plus en plus vite. Ils s'attachent donc aux aspects de leur vie qu'ils sont en mesure de contrôler.

    Les quatre grands piliers de l'excès

    Tout naturellement, en tant que parents, nous voulons offrir à nos enfants le meilleur pour bien démarrer dans la vie. Nous considérons que si un peu, c'est bien, alors plus, c'est forcément mieux. Ce qui n'est pas nécessairement le cas.

    Nous les inscrivons donc à une multitude d'activités, remplissons leurs chambres de livres, d'appareils et de jouets éducatifs, du sol au plafond (un enfant occidental possède en moyenne plus de 150 jouets!). Devant une telle quantité de choses, les enfants sont aveuglés et submergés par la variété des choix.

    Ils jouent de manière superficielle au lieu de se plonger dans leurs activités et de se perdre dans leur imagination débordante.

    Simplicity Parenting vous encourage à acquérir moins de jouets afin que les enfants se consacrent pleinement à ceux qu'ils ont déjà. Payne définit ainsi les quatre grands piliers de l'excès: trop d'affaires, trop de choix, trop d'informations et trop de rapidité.

    Quand ils se sentent submergés, ils perdent les précieux moments de loisir dont ils ont besoin pour explorer, réfléchir et évacuer la tension. Un excès de choix compromet le bonheur, car il réduit les moments d'ennui qui stimulent la créativité et l'apprentissage autonome.

    Protéger l'enfance

    Un peu comme dans l'anecdote de la grenouille qui se laisse ébouillanter quand on augmente graduellement la température de l'eau, la société a lentement sapé le charme merveilleux et unique de l'enfance, qu'elle a redéfinie de sorte que leurs cerveaux immatures s'épuisent à tenir le rythme. On parle souvent, à ce propos, de "guerre contre l'enfance".

    David Elkins, psychologue du développement, rapporte que les enfants ont perdu plus de douze heures de temps libre par semaine ces vingt dernières années, ce qui ne leur laisse que très peu de temps pour jouer sans contraintes. Même les écoles maternelles sont à présent plus tournées vers les activités intellectuelles, et nombre d'écoles ont supprimé les récréations afin qu'ils aient davantage de temps pour apprendre.

    Des études ont démontré que le temps consacré dans l'enfance aux sports organisés provoquait une baisse significative de la créativité chez les jeunes adultes, alors que les sports plus libres étaient clairement associés à une plus grande créativité. Ce ne sont pas les sports organisés en eux-mêmes qui détruisent la créativité, mais le manque de loisirs. Deux heures par semaine de jeu sans cadre prédéfini suffisent à stimuler la créativité des enfants au-delà de la moyenne.

    Aux parents de prendre les choses en main

    Alors comment les parents peuvent-ils protéger leurs enfants de ces nouvelles "normes" sociétales?

    C'est très simple: en disant non, pour leur laisser le temps d'être des enfants. Non, Sam ne pourra pas venir à la fête d'anniversaire samedi. Non, Sophie ne sera pas à l'entraînement de foot cette semaine.

    En recréant des pauses régulières, en apportant du calme et du réconfort dans leurs mondes chaotiques. Ces soupapes, sur lesquelles ils savent pouvoir compter et qui leur permettent de récupérer et de grandir, soulageront leur tension nerveuse, ce qui est vital pour le développement.

    Faisons le tri des occupations inutiles, et simplifions leurs vies. Ne parlons pas du réchauffement climatique à table avec un enfant de sept ans. Regardons les informations une fois que les enfants sont couchés. Vidons la chambre de notre tout-petit de son excès de jeux et de jouets pendant qu'il dort. Récréons et honorons l'enfance.

    Nos enfants ont toute la vie devant eux pour être des adultes et faire face à la complexité de la vie, mais ils n'ont qu'une période très courte et fugitive pour être des gosses - des gosses qui aiment faire les idiots et s'amuser.

    L'enfance a un rôle essentiel. Ce n'est pas "qu'une phase à traverser". Elle est là pour protéger et permettre aux jeunes esprits de se développer afin d'en faire des adultes heureux et en bonne santé. Quand la société s'en prend à l'enfance, les jeunes cerveaux réagissent. En leur offrant un équilibre et en prenant l'initiative, nous faisons à nos enfants le plus beau des cadeaux.

    Cet article, publié à l'origine sur raisedgood.com et repris sur le Huffington Post canadien, a été traduit par Guillemette Allard-Bares pour Fast for Word. Vous pouvez aussi retrouver Tracy sur Facebook et Instagram.

  • Collaborateurs ou réfractaires ? (humanisme et nature)

     

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    IL VA BIEN FALLOIR QUE CHAQUE HUMAIN SE POSITIONNE... Il n'est plus question de dire aujourd'hui :" Ah, mince, je ne savais pas..."

    Alors : collaborateurs ou réfractaires ?

    Il y a des mots dont l'usage relève de la salubrité morale.  


    Les révélations, pour le journal Libération, d'un technicien supérieur ayant travaillé 12 ans dans les abattoirs sont effroyables.

    Voici deux extraits:

    "Dans tous les abattoirs que j’ai connus, presque systématiquement, les animaux reprennent conscience avant d’être saignés car trop de temps s’est écoulé depuis le choc électrique. L’électronarcose, ce procédé franchement archaïque, provoque ainsi une souffrance supplémentaire et inutile à l’animal avant d’être tué…"

    "Même si les métiers dans un abattoir restent durs, depuis vingt ans les conditions de travail se sont beaucoup améliorées, les étapes se sont mécanisées, les salariés sont davantage protégés, moins mis à l’épreuve. En revanche, rien n’a bougé pour les animaux. Rien n’est pensé pour leur éviter de souffrir. Mais ni les éleveurs ni les consommateurs ne veulent voir l’horreur, et au final, nous sommes tous complices de cette barbarie."


    Lisez et partagez ce dossier complet avec : 


    - un éditorial qui spécifie que les vidéos d'abattoirs diffusées ces derniers mois ne sont en rien des exceptions
    - un dossier très fourni de 5 pages sur les techniques d'abattage étape par étape, les fameux supposés contrôles, la position/posture du Ministère de l'Agriculture et la présentation de L214.

    Retrouvez le tout ici :
    -L'éditorial : 

    http://www.liberation.fr/france/2016/05/16/illegal_1453031
    - L'interview du témoin ex-inspecteur vétérinaire : 
    http://www.liberation.fr/…/l-objectif-n-est-pas-d-eviter-de…
    - Problématique du contrôle de l'abattage : 
    http://www.liberation.fr/…/controle-de-l-abattage-pourquoi-…
    - Position du Ministère : 
    http://www.liberation.fr/…/stephane-le-foll-au-rapport_1453…
    - L214 et ses enquêtes : 
    http://www.liberation.fr/…/l214-l-association-qui-a-revele-…

    Bravo aux journalistes, au témoin ex-inspecteur des services vétérinaires et à L214 Ethique et Animaux bien sûr !

    Pouvons-nous continuer à manger les animaux ?

     

    De l'élevage à l'abattage, en passant par le transport, l’existence infernale des animaux destinés à la consommation n'a aujourd'hui plus de secret pour personne. Alors pourquoi, alors que nous savons, fermons-nous les yeux sur leur souffrance et continuons-nous à nous délecter de leur chair ?

    Isabelle Taubes

     

    Sommaire

     



     

    Dans ses Confessions d’une mangeuse de viande, Marcela Iacub, juriste spécialiste des questions de bioéthique, avoue que, longtemps, elle a été carnivore. Jusqu’au jour où elle a entendu bêler les côtelettes… « Une bête crie dans notre assiette et, pour qu’elle y arrive, il a fallu lui ôter la vie. Par le fait même de mettre ce morceau de viande dans votre bouche, vous participez à ce meurtre. » L’Américain Jonathan Safran Foer, auteur de Faut-il manger les animaux ?, le livre événement qui a relancé le débat sur les horreurs de l’industrie agroalimentaire, est lui aussi devenu végétarien, tout en plaidant pour un élevage responsable, soucieux du bien-être des animaux et de l’environnement.

     

    A DÉCOUVRIR

     

    À lire

     

    Confessions d'une mangeuse de viande de Marcela Iacub (Fayard, 2011).

    Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer (Éditions de l’Olivier, 2011).

    Dictionnaire horrifié de la souffrance animale d’Alexandrine Civard-Racinais (Fayard, 2010).

    Actuellement, la réalité est terrifiante : poussins hachés menu, poulets ébouillantés vivants, porcs mutilés, poissons d’élevage dévorés vivants par les poux de mer… Tous sont malades, gavés d’antibiotiques nocifs pour notre propre santé. Dans un souci de rentabilité, les éleveurs créent des races dégénérées, plus sensibles au stress – donc qui souffrent plus. Aux États-Unis, 99 % des bêtes vivent de leur premier à leur dernier jour un véritable enfer, confinées dans des espaces exigus, irrespirables, traitées et abattues d’une manière parfois ouvertement sadique. Les éleveurs qui aiment leurs bêtes finissent quand même, presque toujours, par les conduire dans des abattoirs, où leur bien-être n’est pas respecté. Faute de structure plus humaine.

    Sommes-nous mieux lotis ? Pas vraiment, à lire leDictionnaire horrifié de la souffrance animale de la journaliste Alexandrine Civard-Racinais. Selon un rapport de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de 2009, 97 % des carcasses de gros bovins présentent des meurtrissures provoquées par des bâtons, preuves qu’ils ont été frappés avant d’être tués. Conclusion de l’auteure : « Dans l’élevage et l’abattage industriels, en dépit de quelques avancées, impossible d’assurer le bien-être des animaux. » Dans ce domaine, indiscutablement, nous sommes inhumains.

    Nous sommes aveugles

     

    Comment pouvons-nous continuer à manger de la viande sans en être horrifiés ? Parce que nous sommes carnivores ? En fait, en dépit de ce goût de la chair qui nous rapproche des fauves, être mangeur de viande n’est pas si simple, psychiquement parlant. Nous devons nous aveugler. Déjà, le mot « viande » nous sert à refouler – à oublier, à ne pas voir – que c’est un être vivant, un gentil petit lapin ou un cochon rose que nous dévorons. Ensuite, le mécanisme psychique du clivage nous permet d’opérer une coupure radicale entre le veau abstrait, chair rosâtre posée sur l’étal du boucher, et l’image du veau concret, mignon petit être sensible.

    Cliver, séparer le « veau viande » du petit veau de la ferme, être vivant, est d’autant plus facile que ces animaux que nous mangeons demeurent invisibles et anonymes. Nous ne voyons ni le couteau ni le sang, nous n’entendons pas les cris de terreur et de douleur. Selon Marcela Iacub, le but premier des abattoirs est d’ailleurs « de rendre opaques les supplices que l’on inflige aux animaux, d’empêcher de comprendre ce que signifie pour un animal ne pas vouloir mourir […] ».

    Nous sommes coupables

     

    Pour nous donner bonne conscience, nous nous racontons des histoires : « Si la viande est si tendre, c’est que la bête n’a pas souffert. » Pour être acceptable, la mort de l’animal doit nous apparaître comme « nécessaire » à notre survie, à notre santé : « Manger de la viande rend fort, si vous n’en mangez pas, vous allez tomber malades », nous dit-on. Alors que l’élevage et l’abattage industriels sont justement incapables d’assurer une certaine hygiène à la viande que nous consommons…

    Nous tentons de nous rassurer en nous disant que, après tout, la nature est cruelle. Seulement voilà, « les fauves ne font pas naître et n’élèvent pas les proies dont ils se nourrissent », rappelle Marcela Iacub. Selon elle, nous développons ces mécanismes de défense car, au fond de nous, nous savons que tuer et manger les animaux est mal. Nous savons que nous commettons un acte immoral.

    Nous sommes responsables

     

    En dépit de la culpabilité ou de la méfiance grandissante envers les nourritures carnées, il est souvent difficile de ne pas saliver quand le doux fumet de la côtelette parvient à nos narines. C’est que le goût de la viande n’est pas seulement lié à notre nature de carnivores. Il fait partie de nos histoires, des traditions culturelles dont nous sommes issus, il s’ancre dans nos souvenirs d’enfance – ah ! le poulet de grand-mère, l’oie rôtie des Noël d’autrefois… Y renoncer n’a rien de facile pour la plupart d’entre nous.

    En fait, pour y parvenir, nous devons entendre couiner le jambon, bêler les côtelettes, mugir le faux-filet. À ce moment, ce n’est plus de la viande dans l’assiette, mais un agneau, un être vivant, sensible. Alors, devons-nous tous devenir végétariens ? Disons que chacun devrait être conscient des souffrances, des mauvais traitements subis par les animaux destinés à la consommation. Et que chacun devrait pouvoir choisir en toute connaissance de cause. Car, comme l’écrit Jonathan Safran Foer : « Nos choix de tous les jours façonnent le monde. »

     


     

  • L'homme qui fertilise les déserts (nature)

    ARTICLE

    Philippe Ouaki Di Giorno

    L'homme qui fertilise les déserts

    par Patrice van Eersel

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    http://www.cles.com/debats-entretiens/article/l-homme-qui-fertilise-les-deserts

    Elles font rêver, les fabuleuses visions et découvertes de l'horticulteur Philippe Ouaki Di Giorno, qui a “compris le monde végétal depuis l'intérieur” et pourrait littéralement faire reverdir les déserts. Mais il refuse de céder ses extraordinaires inventions à la seule logique du profit. Rencontre avec un visionnaire concret.

    On sait qu'“ avoir la main verte ” correspond à une réalité. Certaines personnes sentent le végétal avec suffisamment de finesse pour entrer en contact avec la vie des plantes et, pourrait-on dire, avec la logique chlorophyllienne elle-même. Chez Philippe Ouaki Di Giorno, cette affinité a atteint un stade tel qu'il a non seulement la main verte, mais tout le corps, et sans doute l'esprit, et peut-être même l'âme ! Cet homme comprend les processus végétaux “de l'intérieur” et, du coup, il réussit à modeler cet état de la matière comme un magicien. Avec lui, les plantes s'avèrent d'une plasticité étonnante, outrepassant toutes les formes que nous leur connaissons habituellement. Ce qui est drôle, c'est qu'au départ, Philippe Ouaki n'a vraiment ni le calme du jardinier, ni le look de l'horticulteur : c'est un électron fou, un inventeur-né, un bourreau de travail à la curiosité insatiable. Si nous l'avons rencontré, c'est qu'à son génie scrutateur et inventif, PODG (comme l'appellent ses amis et les businessmen) allie une terrible exigence éthique... qui lui vaut quelques problèmes.

    Une exigence de Don Quichotte têtu, pensent certains, déçus et même parfois fâchés de constater qu'après des années de fignolage - et une réputation certes mondiale, mais ponctuelle -, ses produits ne soient pas encore massivement utilisés dans les zones arides, les déserts et toutes les régions de la planète où l'humus fait tragiquement défaut par manque d'eau. Au cours de sa trajectoire, PODG est en effet parvenu à mettre au point, entre autres inventions, un étonnant “hydrorétenteur/fertilisant” biophile, c'est-à-dire un produit retenant l'eau, par exemple dans des conditions climatiques arides, et qui non seulement ne fait pas pourrir les racines, mais décuple leur développement. Ce produit est déjà connu dans le monde entier : par exemple dans les jardins du Luxembourg, à Paris, sur les greens de golf des émirs d'Arabie, dans les jardins royaux du Maroc ou sur les balcons des jardiniers japonais.

    Mais l'affaire reste artisanale. Philippe Ouaki continue à fabriquer son produit lui-même, secrètement, dans sa mini-usine, refusant de céder ses brevets aux grosses compagnies agroalimentaires dont certaines ont pourtant proposé des sommes considérables... Pourquoi ? C'est ce que nous sommes allés lui demander.

    Nouvelles Clés : Comment tout cela a-t-il commencé ?

    Philippe Ouaki Di Giorno : Je me suis toujours intéressé au végétal. C'est une passion que j'avais en naissant. Par ailleurs, j'ai toujours aimé inventer, ne pas m'arrêter à ce qui existe. À l'intersection de ces deux motivations, une frustration me poursuivait depuis longtemps : la mort des grands arbres. Un chêne millénaire que vous coupez, à échelle humaine c'est fini. Fini à jamais !

    Le facteur temps nous écrase. Moi, très jeune, j'ai cherché comment faire pousser des géants, sans être contraint d'attendre que la nature fasse lentement son œuvre. Et j'y suis arrivé ! Ça a l'air orgueilleux de le dire comme ça, mais ce n'est pas si compliqué. Ce sont les hommes qui sont compliqués.

    Je suis un fan de science-fiction. Et mon métier de chercheur dans une industrie agroalimentaire spécialisée en horticulture m'a permis de faire toutes sortes d'expériences, où je passais de l'étude du fumier de bovins africains et de la méthanisation à des concepts comme l'empreinte moléculaire, l'amplification des éléments, l'homéopathie végétale, la photoluminescence... Un des concepts que je défends est celui de “potentiel génétique latent” : moi, je ne transforme pas le génétique, je l'optimalise, je transcende son potentiel qui, dans la majorité des cas, n'a pas dit le principal de ce qu'il a dans le ventre. D'une certaine façon tout existe déjà, il faut être humble, mais aussi avoir un œil différent des autres !

    J'ai ainsi pu vérifier que le végétal était d'une malléabilité extraordinaire et qu'il savait prendre des tas de formes que nous ne connaissons pas. Le problème (que je n'avais pas prévu), c'est que mes congénères ont tendance à prendre peur devant toute forme nouvelle, qu'ils qualifient très facilement de “monstrueuses”. Il a donc fallu que je rabatte mes inventions vers les formes connues, notamment vers les arbres. J'ai appelé ma première invention plantoïde, en référence aux humanoïdes de la SF. C'est grâce à elle que j'ai pu “fabriquer” des arbres centenaires.

    En fait, il s'agit d'une alliance entre matière de synthèse et matière organique. Je remplace le bois du tronc et des grosses branches par du polyuréthane, qui a la consistance et la masse du bois et qui reproduit le vrai bois des troncs (au micron près grâce à des mesures au laser). Tout le reste, c'est-à-dire les feuilles et les racines, est d'abord cultivé dans des serres, ou plus exactement dans des tubes et dans des micro-tubes, à partir de boutures ou de cultures cellulaires. L'une des particularités de ces tubes est leur longueur : un, deux, parfois trois mètres de long ! Je développe ainsi d'immenses racines qui sont introduites dans le corps artificiel de l'arbre.

    N. C. : Ce sont donc de faux arbres.

    P.O.D.G. : Mi-vrais, mi-faux, mais la symbiose entre l'artificiel et le naturel s'établit vite, et elle persiste à long terme. Mes plantoïdes peuvent vivre aussi longtemps que les vrais arbres, peut-être même plus ! C'est comme avec les matériaux bioniques utilisés dans le corps humain pour remplacer, par exemple, certains os : les tendons s'y agrippent ensuite et intègrent le matériau synthétique à tous leurs processus biologiques naturels. Les plantoïdes font la même chose : leurs faux troncs et leurs fausses branches sont bientôt pris dans la biomasse qui les intègre littéralement. Le faux arbre devient vrai - même des professionnels s'y laissent prendre !

    N. C. : Avec du vrai bois qui prolonge le faux ?

    P.O.D.G. : Absolument, le processus de production ligneuse (le bois) accepte de prendre le relais de notre fabrication synthétique de départ. Toute la question était de trouver comment suffisamment stimuler, au départ, les cultures de plantes in vitro pour démultiplier le développement de leurs racines - avec des racines trop courtes, les feuilles dépassant du tronc artificiel se retrouvaient en quelques sortes les pieds dans le vide et se desséchaient. J'ai donc réussi à mettre au point une méthode utilisant de très longs tubes très fins, et je suis parvenu à développer une masse racinaire vingt fois supérieure à la masse traditionnelle ! C'est à dire qu'en un mois j'obtiens par exemple un ficus développant un mètre de racines en tube ! (Quand plus tard, j'ai travaillé à l'application agricole de cette exubérance racinaire, j'ai dû mettre plusieurs bémol à la clé, pour ne multiplier cette croissance que par cinq, sinon j'aboutissais à des croissances absurdes et même néfastes du point de vue du rendement).

    Les longs tubes sont en suites supprimés et on canalise les plantes dans le tronc final où, par un système de cautérisation, on crée des bourrelets au niveau de la masse ligneuse qui se développe et qui s'associe avec la partie synthétique en polyuréthane, ce qui conduit à une véritable association naturel/artificiel.

    Le polyuréthane se lie aux bases solides et le développement végétal se poursuit sur lui et en lui. On obtient ainsi des arbres d'un genre radicalement nouveau, qui permettent évidemment d'aller très loin dans le délire !

    N. C. : Quand cette invention de la plantoïde est sortie, vous avez eu droit à des articles dans beaucoup de revues professionnelles, en particulier dans Le Lien Horticole qui est la grande revue de votre corporation. Au salon de l'horticulture de 1991, on vous a d'ailleurs remis un prix “Coup de chapeau du jury”, que vous avez reçu des mains de madame Élisabeth Guigou...

    P.O.D.G. : Mon truc décoiffait complètement. Je créais des plantes pour les siècles futurs !

    Du coup, Eurodisney m'a demandé de participer le Festival des fleurs - où je me suis complètement éclaté, parce que là, il n'y avait pas de problème de budget, seulement des problèmes de technique et ça, je m'en chargeais. J'avais le sentiment de sentir la physiologie végétale jusqu'au bout de mes doigts ! J'ai ainsi pu produire en quelques mois des arbres que l'on met parfois trente ans à obtenir. Un palmier de quarante centimètres de diamètre, normalement, il faut quarante ans.

    Quant aux taupières (les sortes de statues végétales, souvent en buis, que l'on voit dans les jardins des châteaux), qui exigent pour les plus belles d'entre elles entre trente et cinquante ans de travail, j'ai pu en créer de magnifiques en trois mois - par exemple une taupière de trois mètres et demi de long, en thuya, représentant un hippopotame en tutu, avec les oreilles, le nez, tout. En trois mois : chez Disney, ils n'en revenaient pas ! C'est ainsi que se sont joyeusement déroulés les festivals de 1997 et 1998.

    N. C. : Au-delà du plaisir de créer de nouvelles formes, quels progrès offre cette première invention ?

    P.O.D.G. : Outre la rapidité de sa croissance, la plantoïde a plusieurs avantages. Si elle aide à créer des plantes ex nihilo, elle permet aussi d'associer des plantes qui jusqu'ici ne pouvaient pas se greffer ensemble - je pense par exemple aux bocarnea à gros tronc...

    Un autre avantage, qui me tient particulièrement à cœur, est que cette technique permet de ne plus prélever abusivement dans la nature sauvage.

    Vous savez d'ailleurs que la convention de Washington (C.I.T.E.S.) interdit désormais de nombreux prélèvements d'espèces protégées, notamment sous les tropiques - c'est justement le cas du bocarnea du Costa-Rica. La plantoïde protège donc le patrimoine végétal et la biodiversité.

    N. C. : Dans de nombreux domaines bioniques, c'est-à-dire ceux où la technologie imite et remplace la nature, on finit par découvrir qu'une harmonie subtile s'est brisée, par exemple la lumière n'y est plus déviée à gauche mais à droite, ou bien les suites mathématiques de Fibonnaci (équation de la fameuse spirale du tournesol ou du nautile ) n'y sont plus tout à fait respectées - c'est vrai semble-t-il dans certains organismes génétiquement modifiés.

    Vos plantoïdes ne courent-elles pas ce risque ?

    P.O.D.G. : Je ne pense pas. Nous jouons sur trois lois : celle de la gravité, celle du développement cellulaire, celle du tropisme photonique. Sans oublier cette règle fascinante du végétal : des plantes de même genre finissent par se souder au niveau de leurs racines. Vous mettez deux plantes sœurs côte à côte, au bout d'un moment, elles n'en forment plus qu'une, par les racines. Prenez une futaie d'ormes : vous croyez voir une vingtaine d'arbres indépendants, alors qu'en réalité, dans le sous-sol, toute cette futaie ne forme qu'un seul orme souterrain (qui, lorsqu'il pleut, se répartit l'eau de façon homogène).

    Une forêt forme un seul être. C'est ce principe que j'ai utilisé pour les taupières d'Eurodisney. Pour comprendre la logique végétale, il faut souvent dépasser les apparences visuelles. Autre exemple : un tronc d'arbre vous paraît naturellement bien vivant ; en réalité l'essentiel de sa masse est morte ; seuls son limbe et son parenchyme vivent. Mes plantoïdes, avec leurs troncs synthétiques et leurs “ réseaux veineux ” vivants, ne font que reproduire cette loi de la nature. C'est du travail sérieux (rire), même si mes interlocuteurs ne s'en étaient pas tout de suite rendu compte quand j'ai exposé la première fois dans un salon, parce qu'un immense panneau surplombait mon stand, où j'avais écrit : “ Les extraterrestres existent, ils nous ont laissé plantoïde ! ”

    Dès cette première fois pourtant, des Hollandais ont voulu m'acheter mon brevet.

    N. C. : Est-ce pour vos plantoïdes que vous avez reçu la distinction “ Produit du 21ème siècle ” au salon de l'agriculture de Tunisie ?

    P.O.D.G. : Non, ça c'était pour l'hydrorétenteur / fertilisant que j'ai baptisé Polyter. Mais tout est lié. Pour faire correctement pousser mes plantoïdes, j'ai eu rapidement besoin d'un bon hydrorétenteur, c'est-à-dire d'une matière capable de retenir suffisamment d'eau à n'importe quelle hauteur, dans n'importe quelle situation, pour que les plantes puissent boire.

    Le problème de la plupart des hydrorétenteurs que vous trouvez dans le commerce, c'est qu'ils offrent au végétal une interface léthale : les racines s'y enroulent pour y trouver de l'eau, mais celle-ci, directement en contact avec les cellules végétales, les fait pourrir. Cette caractéristique n'a aucune importance pour l'un des plus gros marchés actuels d'hydrorétenteurs, celui des “polymères santé” : les couches-culottes ! Mais pour mes plantoïdes, ça n'allait pas du tout. C'est alors que j'ai découvert un procédé nouveau pour polymériser (= créer des molécules géantes, en chaîne) la cellulose. Le produit ainsi obtenu s'est avéré miraculeux. C'est lui que j'ai baptisé Polyter. Presque trop beau pour être vrai ! Et pourtant, après dix années d'expériences sur tous les continents et sous toutes les latitudes, je peux vous affirmer que ça marche !

    N. C. : C'est la rumeur de l'existence de ce polymère de cellulose qui nous a fait venir jusqu'à vous. On dit que vous refusez obstinément de le vendre à une industrie capable de le répandre sur toute la planète, alors qu'il semble pouvoir rendre d'immenses services. Expliquez-nous...

    P.O.D.G. : Laissez-moi d'abord vous décrire la chose. Du point de vue de sa fabrication, je ne peux vous dire grand chose : c'est un peu comme le fameux secret de Michelin en matière de vulcanisation sauf que là, il s'agit de mettre en œuvre une polymérisation associée à une matière active, grâce à un nouveau concept qui décoiffe et qui ne peut pas être compris de la plupart des grands groupes. Parlons plutôt des propriétés du produit que l'on obtient ainsi. D'abord cet hydrorétenteur/fertilisant est biodégradable (ce qui est loin d'être le cas de la plupart des polymères basiques). Ensuite, il se trouve qu'il réussit à établir entre l'eau et les racines le même rapport que l'humus ou que la terre arable : ce n'est pas un contact direct (qui pourrirait le végétal), mais un rapport osmotique. Entre l'eau et la cellule se dresse comme une membrane de cellulose, qui rend l'irrigation optimale. Les racines le sentent bien : elles raffolent de ces nodules et viennent se lover à eux de manière quasiment frénétique. C'est de cette façon-là, en particulier, que j'ai réussi à démultiplier par vingt la croissance racinaire des plantoïdes.

    Au départ, ça se présente comme des sortes de petits cristaux translucides. Jetez-les dans la flotte, ils accueilliront jusqu'à cinq cent fois leur masse en eau et la conserveront dans leurs filets de cellulose, quasiment sous tous les climats et à toutes les profondeurs de sol. Quelques grammes de ce produit, semés en même temps que la graine ou que le plant, vous permettront d'économiser d'immenses quantités d'eau, vous le comprenez bien - en particulier, dans les zones arides. En associant cet hydrorétenteur à une irrigation au goutte-à-goutte, à la limite, on pourrait ne plus perdre un seul gramme d'H2O ! Cela dit, jusque-là, j'avais à peu près calculé mon coup et visualisé à l'avance les caractéristiques de cet hydrorétenteur. Ce que je n'avais pas prévu et qui s'est présenté à moi comme vraiment “ miraculeux ”, c'est que les nodules de Polyter ont révélé bien d'autres qualités. Par exemple, ils maintiennent l'eau à une température plus basse que le milieu (particularité du polyter est que plus on le met au chaud plus c'est frais : c'est le principe dit de l'osmose inverse), ce qui est excellent pour “déstresser” les plantes. Voilà une notion essentielle en agronomie du 21ème siècle : le végétal peut souffrir de stress par manque d'eau, par choc de température, par empoisonnement ; or toute racine qui a pénétré dans un nodule de Polyter se trouve à l'abri des variation de température, de la soif et de certains parasites. Mieux encore : les nodules de Polyter retiennent les nitrates et les phosphates, qui du coup ne s'en vont plus polluer les nappes phréatiques - et d'une façon telle que les plantes s'en nourrissent correctement. Or c'est une surprise totale, car sur le plan physico-chimique, il y a pratiquement antinomie entre matières fertilisantes et polymères : ordinairement un phosphate ou un nitrate dissout tout polymère... mais pas le mien !

    Les fertislisants font partie intégralement de la masse polymérique de Polyter selon mon mode de fabrication.

    N. C. : Il s'agit donc d'un outil écologique multidimensionnel... dont les vertus ne sont plus à démontrer ?

    P.O.D.G. : Les mises en pratique sur le terrain, parfois à grande échelle, ont démarré au début des années 90. En France, les recherches les plus intéressantes ont été menées dans les sables des Landes, en particulier sur la dune du Pilat, où nous avons réussi à reboiser une zone considérée comme impossible.

    Donc on va pouvoir faire du reboisement, gérer en Afrique les surfaces agricoles en faisant comprendre aux agriculteurs que planter un arbre n'est pas une perte de place. Plusieurs grands jardiniers du domaine public français ont adopté le Polyter - par exemple les, jardiniers du Sénat. À l'étranger, j'ai déjà travaillé avec des Égyptiens, des Jordaniens, des Norvégiens, des Marocains, des Koweïtiens, des Américains, des Burkinabés, des Japonais... Partout, nous avons obtenu des résultats mirobolants, faisant pousser des plantes maraîchères aussi bien que des arbres fruitiers, des herbages ou des céréales (voir légendes des photos), quelle que soit l'hydrométrie et avec un rendement explosif, certaines plantes atteignant des tailles impressionnantes ! Notre dernière opération sur la culture des haricots verts au Sénégal a fait passer la production de 9 à 15 tonnes à l'hectare - et ce, en ne mettant que deux grammes d'hydrorétenteur /fert. par poquées de haricots verts. En même temps nous avons raccourci le cycle cultural, qui est souvent très long en particulier à cause du stress hydrique et de différents paramètres que notre méthode supprime.

    N. C. : Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes !

    P.O.D.G. : Malheureusement non. À chaque fois, le scénario a été le même : une fois convaincu de la validité de mon produit, mon interlocuteur s'intéresse à son prix, découvre qu'il faut créer une filière industrielle pour le produire en masse (au moins par centaines de tonnes) afin qu'il soit vendable et exige alors le rachat de mes brevets ou l'exclusivité de la production - moyennant bien sûr un joli pactole pour moi. Et chaque fois, je refuse, car je comprends trop bien qu'il va s'agir, pour cet interlocuteur, de tirer le maximum de profit de mon invention, et pas du tout d'aider au rétablissement des grands équilibres écologiques - dont il se fiche généralement comme de sa première chemise !

    Mon refus a plusieurs fois failli me coûter la vie. Les gars étaient furieux et lançaient leurs sbires à mes trousses ! Une année, j'ai même dû prendre des garde du corps... Je dois dire hélas que ce scénario est le même au sud comme à l'ouest. Espionnage industriel, arrogance, mensonge et compagnie. Un grand groupe international a récemment achevé une étude approfondie de ma méthode, essentiellement en Afrique. Ils sont d'accord... mais pour quoi ? Pour m'absorber et faire leur toute cette technologie avec leurs propres intérêts et leurs façons de faire. Je m'oppose à cette logique géo-industrielle, qui fait que les pays du Nord continuent à s'enrichir et que les pays du Sud continuent à délirer.

    N. C. : Quelle sont vos prochains objectifs ?

    P.O.D.G. : Il faut être raisonnable et je ne suis pas marxiste, loin de là, plutôt favorable à un capitalisme à vision humaine et raisonnée, dans la perspective d'un développement de potentiel optimal à long terme - un développement soutenable comme on dirait aujourd'hui. Je pourrais produire en grande quantité. Mais je ne veux pas le faire à n'importe quel prix.

    Mon but est d'obtenir un développement harmonieux pour tous... et ce n'est pas une mince affaire. Il s'agit notamment d'associer dans les mêmes programmes : les industriels, les agriculteurs (les gros et surtout les petits paysans regroupés en coopératives), les offices gouvernementaux de reforestation, les ONG... il faut associer les programmes humanitaires aux programmes de développement agricole et de reboisement. Or tout ce monde-là travaille actuellement dans le plus grand désordre - un chaos que les grands groupes (vendeurs de fertilisants par exemple) savent évidemment entretenir pour en tirer un maximum de profit, à court terme. C'est de la folie ! Cela dit, je vois aussi des signes d'espoir. De grands groupes sont prêts à positionner le Polyter comme un élément de garantie - ils financeraient des campagnes de développement, à condition que le produit soit utilisé, parce qu'à l'échelle où ces groupes travaillent, ils ont absolument besoin de contrats d'assurance. Disons que, globalement, j'aurais besoin d'une entité socio-économique internationale qui n'existe pas encore. Il faut créer tout un véhicule, toute une articulation...

    N. C. : Si l'on pense, comme le fameux géologue russe du début du siècle Vladimir Vernadsky, inventeur des notions de lithosphère (la planète minérale), de biosphère (la vie qui a poussé à la surface du globe, tout en modelant celle-ci), de technosphère (les productions humaines, en contradiction avec la biosphère, qu'elles appauvrissent et empoisonnent) et de noosphère (la conscience humaine collective qui réussit finalement à concilier biosphère et technosphère), eh bien, vous semblez être un acteur de la noosphère ! Espérons que vous allez franchir le prochain obstacle - d'autant que vous travaillez sur le front de l'eau, dont on dit qu'il pourrait susciter les pires guerres du 21éme siècle.

    P.O.D.G. : Nous avons les moyens techniques de résoudre même les problèmes en eau du Kazakhstan, dont on sait que les champs de coton ont pompé tant d'eau que la mer d'Aral s'est asséchée ! En trois ans de stimulation racinaire sur des acacias, nous pouvons créer des microclimats, arrêter l'avancée du sable, freiner celle du vent. Les écoles d'agronomie enseignent qu'en dessous de 100 millimètres d'eau de pluie par an, rien ne peut pousser. C'est faux. Si vous stockez l'essentiel de cette eau en sous-sol, grâce à des injections d'hydrorétenteur, ce sera comme s'il avait plu 300 à 500 millimètres !

    Je pense qu'à long terme, nous pourrions faire reverdir le Sahara. C'est l'idée de “ barrage interne ”. Vous savez que sur une bonne partie des bordures du Sahara, il peut pleuvoir une quantité incroyable pendant une semaine et ensuite plus rien pendant des mois. Le sol étant sableux, c'est comme s'il ne pleuvait jamais. Le chantier du “ barrage interne ” commence par une étude de la pluviométrie d'un endroit donné pendant cinq ans. À partir de là, on calcule mathématiquement la profondeur des carottages d'hydrorétenteur qu'il faudrait injecter dans le sol pour pouvoir y retenir l'eau des rares pluies annuelles. Ces carottages s'effectuent avec des machines très au point, qui vous font des millions de trous de cinquante centimètres, un mètre ou de deux mètres. Le sol se trouverait en quelque sorte pacifiquement miné.

    À chaque pluie, l'eau entrerait dans le sol, gonflerait un peu plus l'hydrorétenteur... et en quelques décennies, vous pourriez avoir toute une région du désert dont le sous-sol se trouverait en quelque sorte inondé par des centaines, des milliers de mètres cube d'“ eau solide ”.

    Et rappelez-vous que plus on met le Polyter au chaud, plus l'eau qu'il conserve est fraîche !

    À partir de là, on peut imaginer toutes sortes de végétalisations du sol, par exemple avec des associations légumineuses/arbres qui recréent littéralement le cycle de vie.

    L'expérience pilote est simple : je pars d'un sol caillouteux ou sablonneux, que je fertilise avec trois bidons contenant : le premier du polyter, le deuxième des semences à haut pouvoir de fertilisation d'engrais organique et le troisième une sélection bactérienne qui va créer la vie.

    A partir de ce socle, en trois cycles de culture, on obtient une matière organique sur les vingt premiers centimètres du sol, et la vie renaît dans le désert. L'ancienne mémoire des bédoins ne leur dit-elle pas que jadis le Sahara était vert ?

    Pour en savoir plus sur le POLYTER : [->www.polyter.org]