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  • Oracle chinois (politique)

     Confucius oracle

     

    "Si vous voulez détruire un pays ennemi, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en pertes humaines.

    Il suffit de lui détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption.

    Ensuite, il faut attendre vingt ans, et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs.

    Il vous sera alors très facile de les vaincre.»

     


     

  • La problématique de l'écriture

     

     

    La perception et la pensée.

    Toute la difficulté de l'écriture tient dans cette problématique.

    Si je pense à ce que les personnages perçoivent, je ne suis pas dans la perception mais dans la pensée de la perception.

    Si je cherche à percevoir sans la pensée, je perds la possibilité de traduire la perception puisque seule la pensée verbalise.

    Il existe pourtant un espace dans lequel les deux dimensions fusionnent. Et c'est là qu'il faut être pour écrire.

    Il ne faut sans doute pas tenter de décrire cet espace finalement au risque qu'il ne soit plus qu'une pensée...

    Il faut juste le vivre, en percevoir l'étrangeté, s'en nourrir.

    Percevoir sans que ça ne soit qu'une pensée et verbaliser cette pensée sans s'éloigner de la perception, sans que l'écrit ne souille par une pensée dominatrice la beauté du saisissement.

    C'est là que l'intuition se révèle. L'intuition devenant, à mes yeux, la capacité à s'extraire de la pensée réfléchie ou rationnelle pour vibrer dans l'espace épuré de la perception.

    Le danger du mental qui traduit la perception par la pensée, c'est de s'ériger en censeur ou en affabulateur, selon le manque de clairvoyance de l'auteur au regard de son existence.

    Est-il par conséquent possible de saisir intégralement la perception sans la couvrir des oripeaux de la pensée ?
     

    C'est ce que je cherche.


     

  • VERTIGES : un commentaire inoubliable

     

    Vertiges2

     

    Laura est une amie. Nous ne nous sommes jamais rencontés pourtant. Elle est auteure et je connais ses qualités littéraires. J'ai commenté ici un de ses romans jeunesse : "La marque des Soyeux". (que je recommande chaleureusement à tous les enfants)

    Je m'autorise par conséquent le droit de penser que son avis est totalement objectif. Et j'en suis infiniment heureux.

     

     

    « VERTIGES » de Thierry LEDRU aux éditions La Fontaine de Siloé

    « VERTIGES » de Thierry LEDRU aux éditions La Fontaine de Siloé

    Je n’aime pas vraiment marcher. Je n’aime pas vraiment la montagne. Je n’aime pas le froid.  Malgré tout, je viens de terminer un livre qui est le récit de l’ascension d’une montagne !  Paroi serait peut-être le mot adéquat ?

    Jamais je n’aurais acheté un livre sur ce sujet. Et pourtant … quand au bout du stylo, il y a un tel talent, c’est possible !

    Max & Jonathan.

    Max, de taille moyenne, un taiseux, « toujours enfermé dans ses silences ». Son but ultime : Ouvrir le 1er une voie où jusqu’à présent ils ont tous échoué.

    Jonathan : Grand, doux, le seul qui accepte les silences de Max sans se plaindre.

    Ils grimpent. Pendant tout le livre, ils grimpent.

    Le poids des sacs à dos.

    Effrayants les « relais » où ils se reposent, les « plates-formes » où ils passent la nuit ! « Ils s’installèrent pour la nuit à 200 m du sol », je ne l’imagine même pas !

    À chaque pas, le danger est là, omniprésent.

    Max et Jonathan vont au bout de leurs forces, d’eux-mêmes.

    Bien sûr, les amoureux de la montagne comprendront bien mieux tout ce qu’ils peuvent éprouver durant cette ascension.

    Nous entendons les pensées de l’un et de l’autre et surtout nous assistons aux difficultés grandissantes, aux douleurs physiques, psychologiques.

    Ce n’est pas un polar mais il y a un suspens très fort qui vous incite à tourner les pages encore et encore. J’ai souffert avec eux.

    Juste deux personnages qui emplissent totalement votre esprit. Les deux sont très attachants, chacun à sa façon.

    Pas de femme ? Si, il y a Julie. À priori personnage très secondaire qui prend une place majeure dans la 2eme partie du livre.

    Au-delà de la montagne, la psychologie des personnages est très fouillée. Chacun porte en lui sa complexité, ses contradictions, ses peurs, ses espoirs.

    Arrivée aux dernières pages, j’étais impatiente de connaître la fin et pourtant je ne voulais pas y arriver. Je ne voulais pas refermer ce livre.

    Vais-je pouvoir lire un autre auteur ?

    C’est le 3ème livre de Thierry .LEDRU que je lis (le 2eme je ne peux pas en parler pour l’instant) et je crois que j’ai trouvé l’écriture  qui me correspond. Je m’y glisse et je m’y sens si bien !

    Ses livres sont un univers à chaque fois, un monde qu’il a construit et qui vous avale. Il y a avant et après ses livres.

    Heureusement que Thierry .LEDRU écrit beaucoup, je sais qu’il me reste des livres de lui à déguster !

     

     

  • Yuka, un an après.

    Il y a un an, jour pour jour, je roulais, avec le camion, sur Yuka ,le chien de Marine...

    Le premier chirurgien qu'on a vu pensait qu'il valait mieux l'euthanasier, qu'il ne marcherait plus, qu'il resterait incontinent, vessie et sphincters. On a immédiatement refusé.

    C'est vers Annecy qu'un centre vétérinaire a accepté de prendre Yuka en charge et de l'opérer.

    Ce fut une longue période...Marine ne le quittait pas. Yuka ne tenait pas debout. Infections, escarres, opérations, broches, fièvres, anémie. On lui a donné tout notre amour. Yuka n'abandonnait pas.

    Opérations encore, des complications, des peurs, des larmes, des douleurs.

    De longues, longues semaines. Se lever chaque nuit pour aider Yuka à uriner. Faire les pansements, surveiller les fils, nettoyer les plaies ouvertes... Tout ce que Marine a fait...Les nuits entières, couchée avec Yuka, sur la paille, dans le garage. Elle lui parlait, elle surveillait sa respiration. Son coeur battait pour lui.

    L'aider à se mettre debout, à faire un pas, puis deux, le masser pendant des heures, lui parler, l'aimer, l'aimer, l'aimer....

    C'est Yuka qui m'a montré la force d'amour du massage.

    C'est Yuka qui m'a appris qu'un coeur de chien ne connaissait pas la rancoeur, ne garde aucune colère, aucune soif de vengeance. C'est Yuka qui m'a appris la force de l'amour inconditionnel.

    Aujourd'hui, Yuka court, saute, joue, nage, se roule dans la neige...L'incontinence a disparu. Il lui reste parfois des difficultés à uriner. Marine a adapté son alimentation avec des croquettes médicalisées.

     


    Les yeux de Yuka aujourd'hui quand il vient jouer avec moi ou quand je le masse. Cette lumière et cet amour, cette joie de vivre, des cadeaux dont personne ne peut comprendre l'importance.


    Ces heures passées avec Marine, toute l'énergie qu'elle déployait, cette rage à sauver ce chien qu'elle avait trouvé dans la forêt, affamé, perdu. Et le sauver encore. Et trouver en soi cette force d'amour qui nourrit la vie.

    Je sais ce dont ma fille est capable, ce qu'elle-même n'aurait pas pu imaginer.

    Je sais aussi l'amour qu'elle a pour moi, son père qui avait écrasé son chien.


    Je sais combien l'amour est le seul à pouvoir faire ployer la mort.

     

    Yuka. Le jour où...

    Yuka...Une semaine après...

    Yuka. Un mois après...

    Yuka et Marine

    Yuka...Noël 2015

     

     


     

     

     

  • Les paradigmes scientifiques de Thomas Kuhn

     

    Les expériences de mort provisoire et les débats qu'elles suscitent dans le milieu scientifique apportent un exemple très clair. 

     


     

    Les paradigmes scientifiques selon Thomas KUHN

     

    http://www.philosciences.com/Pss/philosophie-et-science/methode-scientifique-paradigme-scientifique/113-paradigme-scientifique-selon-thomas-kuhn

    Le terme de « paradigme », mis en avant par Thomas Samuel Kuhn en 1962 dans La structure des révolutions scientifiques, est maintenant couramment employé pour désigner une vision partagée de la réalité ou encore une méthode à suivre. Pour Kuhn, il s'agit de l’ensemble des principes et méthodes partagés par une communauté scientifique. C'est un modèle à suivre, qui pour un temps fait autorité, puis sera remplacé par un autre.

    Pour citer cet article :

    JUIGNET Patrick. Les paradigmes scientifiques selon Thomas Kuhn. Philosophie, science et société [en ligne]. 2015. http://www.philosciences.com


    • PLAN
      • 1/ Le concept de paradigme
      • 2/ Les révolutions scientifiques
      • 3/ Le concpet de matrice disciplinaire
      • 4/ Une révolution kuhnienne ?


    1/ La notion de paradigme

     

    Le terme de paradigme est devenu synonyme de conception du monde mais, tel qu'employé par Kuhn, il concerne d'abord les sciences. Un paradigme naît "d’une découverte scientifique universellement reconnue qui, pour un temps, fournit à la communauté de chercheurs des problèmes type et des solutions" ( La structure des révolutions scientifiques, p.11). Les paradigmes ont des fonctions normatives, qui façonnent la vie scientifique.

    "L'utilité d'un paradigme est de renseigner les scientifiques sur les entités que la nature contient ou ne contient pas et sur la façon dont elles se comportent. Ces renseignements fournissent une carte dont les détails seront élucidés par les travaux scientifiques plus avancés. En apprenant un paradigme, l'homme de science acquiert à la fois une théorie, des méthodes et des critères de jugement, généralement en un mélange inextricable". Un paradigme "détermine la légitimité des problèmes et aussi des solutions proposées" (La structure des révolutions scientifiques, p.155).

    Le mot paradigme, qui donne l’idée d’un modèle à suivre, est bien adapté pour décrire ce qui se passe dans les sciences, car la force normative y est aussi importante qu’ailleurs. "L'étude historique minutieuse d'une spécialité scientifique donnée, à un moment donné, révèle un ensemble d'illustrations répétées et presque standardisées de différentes théories, dans leurs applications conceptuelles, instrumentales et dans celles qui relèvent de l'observation. Ce sont les paradigmes du groupe, exposés dans ces manuels, son enseignement et ses exercices de laboratoire. En les étudiant et en les mettant en pratique, les membres du groupe apprennent leur spécialité" (La structure des révolutions scientifiques, p.71).

    De plus, on constate que les doctrines sont reprises collectivement et institutionnellement, ce qui conduit le plus souvent à les  dogmatiser.

    "C'est l'étude des paradigmes ... qui prépare l'étudiant à devenir membre d'un communauté scientifique [...] (La structure des révolutions scientifiques. p. 30). Il se constitue donc une tradition.

    "La recherche de la science normale est dirigée vers l'articulation des phénomènes et théories que le paradigme fournit déjà" (Ibid. p. 47).

    La science "normale" a tendance à se figer en un savoir constitué. Le travail scientifique devient un travail d'ajustement, de mise au point et de précision du paradigme.

    "C'est à des opérations de nettoyage que se consacrent la plupart des scientifiques durant toute leur carrière. Elles constituent ce que j'appelle la science normale [...]" (Ibid. p. 46).

    Bien qu'ils ne soient pas indiqués par Kuhn, nous signalerons certains inconvénients de cette situation. Sur le plan de l'apprentissage, la transformation de la science en un savoir admis présente un risque. L'exigence démonstrative peut facilement être mise de côté.  Or, la science n'est pas un savoir constitué à reproduire, c'est une connaissance qui exige d'être démontrée. 

    L'argument d'autorité, l'érudition et la tradition ne devraient pas intervenir, chaque scientifique doit être capable de démontrer ce qu'il soutient.

    Dans la science normale, les difficultés de la découverte, les élaborations successives, sont oubliées au profit d’une expression collective simplifiée. C’est cette expression collective qui produit des effets pratiques dans la conduite des recherches et dans la gestion institutionnelle. Il est donc important de rendre compte de ce modèle collectif de la science normale que désigne le terme de paradigme. Dans toutes les disciplines, l’histoire montre une volonté de poursuivre et de répéter le paradigme qui a été jugé valide à un moment donné. C'est légitime et utile, mais cela a pour inconvénient une dogmatisation qui, à un certain moment, devient préjudiciable à l'avancée des recherches.

    2/ Les révolutions scientifiques

     

    "Sans adhésion à un paradigme, il ne pourrait y avoir de science normale " (La structure des révolutions scientifiques, p. 144).

    Lorsqu'un paradigme est établi on entre dans un régime de science normale, selon le terme de Thomas Kuhn. La communauté scientifique adhère au paradigme et les recherches se meuvent à l'intérieur du cadre épistémologique formé par ce paradigme.

    Un préalable est nécessaire pour comprendre le lien entre paradigme et révolution scientifique. Kuhn ne croit pas à la réfutation simple et directe des théories comme l'a suggéré Karl Popper. En effet, une observation qui contreviendrait radicalement à la théorique est peu probable, car la production des faits (par l'expérimentation) tout comme leur interprétation dépend de la théorie. Il suppose donc que l'affaire est plus complexe car, si on fait une expérience qui dément le paradigme en place, cela suppose qu'il y a déjà eu une évolution (qui va amener un changement radical, une révolution). Le changement est progressif mais aboutit à un moment de bascule où la transformation est radicale.

    Pour Thomas Kuhn les paradigmes se succèdent et l'on passe de l'un à l'autre par une "révolution", car ils sont inconciliables.

    À un moment de l'histoire d'une science, le paradigme qui modèle la science normale rencontre des difficultés. Des énigmes apparaissent. Il s'ensuit une crise qui dure un certain temps et peut provoquer un malaise et des dissensions dans une partie de la communauté scientifique. Une ou plusieurs nouvelles théories permettant de résoudre les énigmes se proposent. Un nouveau paradigme se forme et l'on abandonne le précédent. Le nouveau paradigme, à son tour,  rencontrera des anomalies qui provoqueront une crise, et ainsi de suite.

    Les changements qui se produisent  sont radicaux. Les concepts changent, les vérités admises ne le sont plus, les méthodes évoluent, les conceptions ontologiques sous-jacentes se modifient, le travail des étudiants et des chercheurs se modifie et, finalement, c'est une nouvelle manière de voir le monde qui apparaît.

    Il y a une disjonction et une incompatibilité (une "incommensurabilité") entre l'ancien et le nouveau paradigme. Plus largement, les changements de paradigme aboutissent à des "révolutions dans la vision du monde" (La structure des révolutions scientifiques, p. 157).

    Comme exemple de changement de paradigme on peut donner le passage du géocentrisme à l'héliocentrisme. Avec cet exemple on comprend pourquoi l'extension donnée par Kuhn au concept de  paradigme a tendance à s'élargir considérablement : la controverse scientifique sur le système solaire (fondée sur des calculs mathématiques et l'observation d'irrégularités inexplicables dans la trajectoire des planètes) déborde sur notre manière de percevoir l'univers.

    Il vaudrait peut-être mieux dire, pour être plus précis, que les changements de paradigme s'accompagnent d'un changement dans le "grand récit" sur le monde qui irrigue la société. Ce récit dépasse le paradigme scientifique car il a une dimension philosophique. Pour les scientifiques eux-mêmes la manière de voir le monde change aussi.

    Kuhn insiste sur le fait que la manière de percevoir et de comprendre la réalité se modifie profondément. Ce n'est pas une simple réinterprétation des données  : "bien que le monde ne change pas après un changement de paradigme, l'homme de science travaille désormais dans un monde différent"  (La structure des révolutions scientifiques, p. 170).

    Avec le concept de paradigme, science et philosophie sont reliées et l'ensemble est inclus dans la société.

    À l'origine du changement on trouve des anomalies, c'est-à-dire des faits qui ne vérifient pas la théorie.  Mais une réfutation, même nette, ne produit pas un abandon immédiat de la théorie (ce qu'une vraie science devrait faire, selon Karl Popper). "Très souvent les scientifiques acceptent d'attendre" (Ibid, p. 119).

    Il faut plutôt une accumulation d'anomalies et qu'un autre paradigme apparaisse.

    "Décider de rejeter un paradigme est toujours simultanément décider d'en accepter un autre, et le jugement qui aboutit à cette décision implique une comparaison des deux paradigmes par rapport à la nature et aussi de l'un par rapport à l'autre" (Ibid, p. 115). Thomas Kuhn insiste sur le fait que les paradigmes se succèdent et qu'il n'y a pas de réfutation "sèche" qui laisserait un vide, car "rejeter un paradigme sans lui en substituer simultanément un autre, c'est rejeter la science elle même" (Ibid, p. 117) .

     

    3/ Le concept de matrice disciplinaire

     

    Le concept de paradigme a été précisé par Thomas Kuhn sept ans après la première édition de son ouvrage. Il a proposé alors un nouveau terme, celui de matrice disciplinaire, pour dénommer ce qui fait l’objet d’une adhésion du groupe scientifique, alors que celui de paradigme désignerait plutôt les aspects exemplaires présents au sein de cette matrice.

    Il lui parait souhaitable de dégager le concept de paradigme de celui de communauté scientifique dont le sens est sociologique. Ce que partage une communauté scientifique et qui explique la communication entre ses membres c'est leur "matrice disciplinaire", dont les divers composant forment un tout.

    Thomas Kuhn distingue quatre composants dans la matrice disciplinaire :

    1. Les lois scientifiques et leur formalisation.
    2. La conception du monde et les procédés heuristiques.
    3. Les valeurs qui soudent le groupe des chercheurs.
    4. Le modèle de résolution des problèmes.

     

    C'est au point 4 que devrait être attribué l'appellation de « paradigme »  : c’est le rôle joué par les solutions et les méthodes de travail scientifique déjà trouvées, considérées comme valides et qui servent de modèle pour l'enseignement et la poursuite des travaux. Ce sont les accomplissements passés qui servent d'exemple. Pour Kuhn, c'est l'aspect le plus novateur et le moins bien compris de son livre La structure des révolutions scientifiques.

    Détaillons un peu le concept de matrice disciplinaire.  

    Le terme de matrice disciplinaire, "implique une possession commune de la part des spécialistes d'une discipline particulière ; matrice, parce que cet ensemble se compose d'éléments ordonnés de diverses sortes, dont chacun demande une étude détaillée. La totalité ou la plupart des éléments faisant l'objet de l'adhésion du groupe [...] en tant que tel, ils forment un tout et fonctionnent ensemble". ( La structure des révolutions scientifiques, p. 248)

    Une matrice disciplinaire comporte plusieurs aspects.

    - Des généralisations symboliques. Il s'agit des expressions employées unanimement par les membres du groupe, et qui peuvent facilement revêtir une forme logique (des lois physiques reconnues mises sous une forme mathématique par exemple).

    - Des principes que Kuhn appelle métaphysiques. Le fait d'adhérer collectivement à certaines croyances comme l'équivalence entre chaleur et énergie, ou à l'élasticité des molécules. C'est une manière de concevoir le réel.

    - Des valeurs concernant la science. Ce sont des opinions sur les conditions de validité, l'exactitude, la qualité des prévisions, la place de la science dans la société. Elles sont en général largement partagées par les différents spécialistes des sciences de la nature et leur donne le sentiment d'appartenir à un groupe social. (La structure des révolutions scientifiques, p. 248-251)

    - Des exemples types qui apportent des solutions aux problèmes que les étudiants rencontrent dès le début de leur formation scientifique, ainsi que des solutions techniques aux problèmes exposés. C'est plutôt cela qu'il faudrait nommer paradigme. 

    Thomas Kuhn repère ici un aspect important de la science, la partie constituée par la "connaissance tacite, qui s'acquiert en faisant de la science plutôt qu'en apprenant des règles pour en faire" (La structure des révolutions scientifiques, p. 260).

    La science se pratique, elle n'est pas réductible à un savoir et, si tant est que l'on veuille que la recherche perdure, il faut que la pratique se transmette.

    Cette pratique renvoie à des aspect basiques tels que la perception. La perception implique un apprentissage complexe qui transforme les sensations par un jugement et une interprétation adéquate. Kuhn donne l'exemple des physiciens qui doivent être capable de reconnaître en les différenciant les traces des particules alpha de celles des électrons. Ceci est valable pour toutes les disciplines scientifiques. Il ajoute "il y a si peu de manières de voir qui conviennent, que celles qui ont subi l'épreuve de l'usage du groupe valent la peine d'être transmises de génération en génération" (La structure des révolutions scientifiques, p. 266) . L'expérience scientifique est très complexe. Elle demande non seulement des dispositifs d'observation et d'expérimentation liés à la théorie, mais aussi un apprentissage de la perception pour utiliser ces dispositifs correctement. Ceci fait partie de ce que, finalement, Thomas Kuhn nomme paradigme au sens précis du terme.

    Né après six ans de réflexion, le concept de matrice disciplinaire, qui inclut et permet de préciser celui de paradigme, est plus élaboré que ce dernier, mais c'est lui qui a fait fortune et reste le plus connu.

    4/ Une révolution Kuhnienne ?

     

    Kuhn a-t-il provoqué une révolution dans l'épistémologie et la philosophie des sciences ?

    Par son travail, il a changé la façon de voir la science dans les années 1960. Il a montré que les sciences ont une histoire, qu'elles ne sont pas isolées de la société et même de la sociabilité humaine (au sens des relations entre les personnes, des effets de groupe au sein des institutions). La science, c'est aussi la "communauté des scientifiques".

    La Structure des révolutions scientifiques a brisé le clivage entre science et société imaginé par l'épistémologie précédente.  Il n'y a pas d'autonomie complète de la science eu égard à la culture et à la société. 

    Kuhn est-il relativiste ?

    Pour Alan F. Chalmers "le choc entre les thèses de Kuhn, d'une part , et celles de Lakatos, ainsi que de Popper, de l'autre, a engendré une polarisation du débat entre rationalisme et relativisme (Qu'est-ce que la science, p. 167).

    D'un côté Thomas Kuhn affirme qu'il n'y a pas de réflexion neutre, purement rationnelle et universellement démontrable dans le choix des théories.  Mais, Kuhn ne défend pas pour autant un relativisme. "Les théories scientifiques de date récente sont meilleures que celles qui les ont précédées, sous l'aspect de la solution des énigmes [...]" (La structure des révolutions scientifiques, p. 279). Sa position est donc nuancée.

    D'un côté, il admet que les valeurs de la communauté scientifique influent dans le choix des décisions et que ces valeurs dépendent de la société et l'idéologie. De l'autre, il considère qu'il y a également des critères intrinsèques de décision (précision des prévisions, rationalité de la présentation, résolution des problèmes). Kuhn amène une complexification dans la vision de la science qui contraste avec les tendances un peu rigides et simplificatrices de l'épistémologie traditionnelle.

    À la question qu'est-ce que la science, Thomas Kuhn répond que c'est une connaissance qui se confronte à la nature. Elle évolue par saccades : elle prend une forme normale, subit des crises, change puis se stabilise, et ainsi de suite. Kuhn utilise une approche d'allure structurale, à la fois épistémologique, sociologique et historique. Cette combinaison permet de montrer la manière particulière dont la science se constitue et évolue.

    Au-delà de l'amélioration de la connaissance, les conceptions de l'univers  se modifient profondément lors des changements de paradigme. Cette historicisation structurale met en évidence ce qui passe souvent inaperçu du fait de la tendance à réécrire l'histoire des sciences  de manière linéaire et idéaliste :  d'une époque à l'autre la science change profondément.

     

    Bibliographie

    The structure of scientific révolutions, 1962. Traduction : Kuhn Th., La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970.

    Second edition enlarged, 1969. Traduction : Kuhn Th., "Postface" in La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970.

     

  • L'externalité et le risque systémique.

     

     

    Sablesbitumineux avantapres

    Deep cuts: Sand excavations at Fort McMurray, Alberta

    "Dans les systèmes de marché, on ne tient pas compte de ce que les économistes appellent externalités.

    Par exemple, imaginons que vous me vendiez une voiture. Dans un système de marché, nous sommes censés nous préoccuper de nos propres intérêts donc vous et moi tenterons de faire la meilleure affaire chacun pour soi. Nous ne tiendrons pas compte de l’impact que cela aura sur « lui ». Cela ne fait pas partie d’une transaction sur le marché. Et pourtant, il y aura bien un impact sur « lui ». Ce sera la présence d’une voiture supplémentaire sur la route et donc une plus forte probabilié d’accidents, davantage de pollution et davantage d’embouteillages. Pour lui en tant qu’individu, il ne s’agira sans doute que d’une légère augmentation de ces probabilités. Mais cet impact va s’étendre à toute la population.

    Maintenant, si on examine d’autres sortes de transactions, les externalités prennent beaucoup plus d’ampleur. Prenez par exemple la crise financière. L’une de ses raisons — il y en a plusieurs, mais l’une d’entre elles — disons si le groupe Goldman Sachs effectue une transaction risquée, il — s’il fait attention — couvre ses propres pertes potentielles. Il ne prend pas en compte le risque systémique, c’est-à-dire la possibilité que tout le système s’effondre si une de ses transactions risquées tourne mal. Cela a failli se produire avec l’immense compagnie d’assurance AIG. Elle s’est trouvée impliquée dans des transactions risquées qu’elle ne pouvait pas couvrir. Le système entier était vraiment sur le point de s’effondrer, mais bien sûr le pouvoir étatique est venu à sa rescousse.

    La tâche de l’état consiste à secourir les riches et les puissants et à les protéger, peu importe si cela viole les principes de marché, on se fiche pas mal des principes de marché. Les principes de marché sont essentiellement destinés aux pauvres.

    Mais le risque systémique est une externalité qui n’est pas prise en considération, ce qui mettrait à mal le système de façon répétitive, s’il n’y a pas intervention de la puissance étatique. Eh bien, il en existe une autre, bien plus importante — c’est la destruction de l’environnement.

    La destruction de l’environnement est une externalité : dans les interactions de marché, vous n’y prêtez pas attention.

    Prenez par exemple les sables bitumeux, vous ne tenez tout simplement pas compte du fait que vos petits-enfants pourraient ne pas y survivre — ça c’est une externalité.

    Et dans le calcul "moral" du capitalisme, de plus grands profits dans le quart d’heure qui suit ont davantage de poids que le destin de vos petits-enfants — et bien sûr il ne s’agit pas de vos petits-enfants mais de ceux de tout le monde."

    Noam CHOMSKY


     

    On assiste en Alberta aux effets de l'externalité et des risques systémiques qu'elle contient en germe...

     


     

    Un travail monumental. (année 2009-2010)

    Mémoire de fin d'études présenté par
    BANDELIER Claude
    En vue de l'obtention du grade académique de
    Master en Sciences et Gestion de l'Environnement

    Année Académique : 200912010

    http://www.memoireonline.com/09/10/3922/Problematique-environnementale-de-lexploitation-des-sables-bitumineux-en-Alberta-Canada.html

    Les sables bitumineux sont constitués de sables, d'argile, d'eau et de bitume. Le bitume est une forme extrêmement dense, lourde et visqueuse de pétrole qui se trouve à l'état naturel sous forme de dépôts, mais peut aussi être obtenu à partir du raffinage du pétrole. Le bitume naturel se forme par la biodégradation bactérienne de pétrole lorsqu'il s'approche de la surface pendant la phase de migration. Il en résulte un hydrocarbure dégradé, riche en souffre et en métaux lourds. Les plus grandes réserves de sables bitumineux mondiales se situent au Venezuela et au Canada dans la province de l'Alberta. Les réserves initiales canadiennes sont estimées à 1700 milliards de barils, ce qui propulse le pays en seconde position derrière l'Arabie saoudite sur le plan des réserves de pétrole à l'échelle mondiale. Jusqu'au milieu des années 1990, l'exploitation des sables bitumineux canadiens est considérée comme risquée et peu rentable. L'introduction d'un régime de redevances généreux et des allégements fiscaux fédéraux par les gouvernements de l'Alberta et du Canada, pour rendre cette ressource économiquement viable, provoque un changement de la situation. Soutenue par la croissance de la demande, l'augmentation du prix du baril et une diminution des coûts de production, due aux progrès technologiques, la croissance des opérations d'exploitation et de la production explose pour atteindre 1.1 millions de barils par jour en 2004. Actuellement la production est de 1.5 millions de barils par jour et le chiffre de 5 millions est avancé pour 2030. L'exploitation des sables bitumineux débute par une phase d'extraction qui peut être réalisée à l'aide deux méthodes différentes (exploitation minière de surface ou opération in situ) selon la profondeur du gisement. Le bitume est ensuite extrait et peut être valorisé ou non, par l'ajout d'hydrogène et le retrait de carbone, en pétrole brut synthétique plus léger. Les produits résultant sont ensuite exportés via un réseau de pipelines vers des raffineries canadiennes ou américaines. Les Etats-Unis représentent les premiers importateurs des produits pétroliers canadiens alors que l'Asie constitue un marché potentiel pour le futur.

    Toutefois, d'importants impacts sociaux et environnementaux sont générés par l'exploitation des sables bitumineux. De vastes étendues au sein de la forêt boréale sont déboisées, les cours d'eau sont déviés et le sol est retiré sur une importante épaisseur pour permettre l'accès aux gisements. L'extraction de bitume est effectuée par des techniques qui consomment des quantités excessives d'eau, prélevée des rivières et aquifères de la région, et de gaz naturel, dont la combustion est responsable d'émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre. En outre, des fuites et des infiltrations de polluants à partir des gigantesques bassins de rétention des eaux contaminées et des résidus représentent un risque élevé. Selon la loi, les industries ont l'obligation de remettre les terrains en état au terme de l'exploitation. En pratique, les méthodes de restauration, basées sur une revégétalisation approximative et la transformation des bassins de résidus en gigantesques lacs, sont incertaines et ne semblent pas être en mesure de restaurer l'ensemble des écosystèmes atteints. Les effets sociaux dans la région où le développement des sables bitumineux a engendré un afflux massif de main-d'oeuvre sont également à déplorer. La capacité de la municipalité à répondre aux besoins de base en infrastructures et en services est largement dépassée et le coût du loyer y est exorbitant.

    Malgré tous ces impacts importants, le gouvernement de l'Alberta, soutenu par celui du Canada continuent à approuver des licences d'exploitation pour des nouveaux projets et des projets d'expansion. Les impacts négatifs potentiels sont négligés dans les processus d'approbation et rendent absolument nécessaires l'établissement de politiques environnementales et d'instruments de gestion visant à établir un cadre pour un développement industriel respectueux de l'environnement."

     

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    CANADA. Incendie à Fort McMurray : "les mots me manquent pour parler de cet enfer"

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    Avatar de Yves Paccalet

    Par 
    philosophe écologiste

    LE PLUS. La "Bête" ne semble pas prête de s'éteindre.

    Depuis une semaine, Fort McMurray,  région canadienne de l'Alberta, est victime d'un incendie gigantesque.

    Environ 200.000 kilomètres carrés de forêts, de broussailles ou d'habitations ont été calcinés.

    Yves Paccalet, écologiste, est atterré par l'ampleur de ce désastre.

    Édité par Louise Auvitu  Auteur parrainé par Guillaume Malaurie

     

    Un incendie colossal, hors normes, gigantesque, inimaginable, presque sans égal dans l’histoire de l’humanité. Les mots manquent pour qualifier cet enfer. Les chiffres font défaut pour mesurer l’ampleur d’un tel désastre…

     

    Des milliers de maisons sont en cendres, dévorées par des flammes de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, qui s’entretiennent et se renforcent les unes les autres dans un maelström de brindilles crépitantes, de tisons qui s’éparpillent et d’étincelles rouge et or, semblables à de funestes feux d’artifice… Des légions de sapinettes noires, de sapins baumiers, de pins gris, de bouleaux partent en nuées noires.

     

    Une fumée âcre et angoissante asphyxie les êtres vivants et obscurcit la lumière du soleil. Des arbres géants se volatilisent ainsi que des fétus de paille. Rien de végétal ou d’animal ne survit à ce brasier d’apocalypse.

     

    Une localité meurt dans cet holocauste

     

    Les humains sont terrorisés. Au désespoir, ils désertent leurs habitations. Ils fuient leur cité vouée à la folie du feu. Cela se passe au Canada, dans la province d’Alberta. La localité qui meurt dans cet holocauste s’appelle Fort McMurray. C’est l’une des capitales du "nouvel or noir" d’Amérique : les schistes ou sables bitumineux. Le "pétrole de terre". Lourd, très lourd, à tous les sens du terme. 

     

    Plus de 150.000 sinistrés des flammes sont contraints de s’exiler dans la panique, sans rien emporter ou presque de leurs biens, de leurs documents, de leurs souvenirs, des précieuses images de leur vie personnelle.

     

    Des milliers de réfugiés s’éloignent dans d’interminables cortèges de voitures, jetés sur l’unique route qui permet d’échapper à la contrée maudite, et qui mène au sud, vers les grandes villes d’Edmonton et Calgary.

     

    "Je n’ai jamais rien vu, ni même imaginé de tel"

     

    Ces enfants, ces femmes, ces hommes ont tout perdu, presque jusqu’à leur âme. "Je n’ai jamais rien vu, ni même imaginé de tel", raconte une mère de famille. "J’ai pensé à Hiroshima : désormais, tout est en cendres, notre maison comme notre existence…"

     

    Un homme lui répond : "Ces derniers jours, j’avais regardé à la télévision les images d’Alep ravagée par la guerre, en Syrie : notre guerre à nous s’appelle l’incendie de forêt."

     

    Les victimes ne reviendront pas voir leur habitation détruite par les flammes avant des semaines. Ils ne la reconstruiront pas avant des années.

     

    Impossible d'éteindre la "Bête"

     

    Les pompiers, qui en ont pourtant vu beaucoup, surnomment le feu de Fort McMurray "la Bête" ou "le Monstre". Ils sont des centaines à s’escrimer au péril de leur santé et de leur vie, avec des Canadairs, des hélicoptères, des camions-citernes, etc. Mais ils n’y parviennent pas !

     

    Les responsables administratifs et politiques de la province et du pays le reconnaissent : le sinistre est "totalement hors de contrôle". Impossible de le circonscrire, encore plus de l'éteindre.

     

    Le samedi 7 mai, les flammes ont déjà ravagé plus de 100.000 hectares d’arbres, de broussailles et d’habitations : 1.000 kilomètres carrés, presque la superficie du Val-d’Oise, dix fois celle de Paris ! Le dimanche 8 mai, le sinistre a doublé son aire de destruction : 200.000 hectares se sont envolés en fumée ; 2.000 kilomètres carrés, quasiment la surface des Yvelines, vingt fois celle de Paris !

     

    À l’heure où ces lignes sont écrites, on en est là, mais la météo n’est pas favorable. On espère voir tomber l’eau du ciel, mais il ne pleuvra pas avant plusieurs jours, et les vents resteront soutenus. Une responsable du ministère canadien des Ressources naturelles, et spécialiste des feux de forêt, déclare en soupirant : "Essayer d’éteindre un tel incendie à la saison sèche, c’est comme tenter d’arrêter un ouragan."

     

    Imprudence ou saison sèche ?

     

    L’une des questions qui se posent, dès à présent, consiste à déterminer les raisons du sinistre, afin (dit la langue de bois) qu’"un tel drame ne se reproduise jamais plus".

     

    On ergote sur la cause immédiate des départs de feu. On évoque plusieurs hypothèses : une imprudence, un mégot jeté, un barbecue mal éteint, un geste criminel, etc.

     

    On accuse plus globalement la saison sèche, avec un printemps déficitaire en eau, qui succède à un hiver avare en neige. La contrée n’a pas été arrosée depuis trois semaines : le sol de la taïga, les broussailles, les arbres eux-mêmes souffrent du défaut d’humidité. Le moindre craquement d’allumette se change en catastrophe.

     

    Un or noir qui fait beaucoup de dégâts 

     

    Mais comment ne pas s’interroger plus avant ? Au fond ? Fort McMurray incarne l’une des capitales du "nouvel or noir" canadien : les gisements de schistes bitumineux commencent à proximité.

     

    Les compagnies pétrolières déboisent des millions d’hectares et éventrent de gigantesques surfaces forestières. Ces saccages leur permettent d’extraire du sous-sol (à grands coups de pelles mécaniques) des roches imprégnées d’hydrocarbures lourds, qu’il faut ensuite cracker et distiller afin d’en extraire des combustibles.

     

    L’Alberta recèle des milliards de barils de ces composés chimiques qui font sa fortune et celle du Canada, mais qui meurtrissent le Grand Nord, polluent l’atmosphère, tuent les lacs et les rivières, et achèvent de provoquer le malheur des peuples amérindiens.

     

    Or, c’est ce même or noir, ce même pétrole, ces mêmes hydrocarbures que l’humanité brûle dans ses chaudières à fuel, ses moteurs de bateaux, de camions ou de voitures, ou dans ses centrales thermiques à mazout. De telles combustions produisent du gaz carbonique, lequel s’accumule dans l’atmosphère et y détermine un effet de serre dévastateur.

     

    Les schistes bitumineux font la fortune de l’Alberta, mais ils sont la cause, dès aujourd’hui, de l’anéantissement de Fort McMurray et des forêts voisines. Le réchauffement climatique planétaire est beaucoup plus rapide dans les zones polaires et subpolaires que partout ailleurs. En Alberta, la saison sèche menace de devenir de plus en plus déficitaire en eau, et la taïga de se retrouver de plus en plus souvent la proie des flammes.

     

    Tout le monde espère une météo favorable

     

    On redoute, en ce moment même, que le feu de Fort McMurray ne se montre à ce point rebelle, qu’il aille affecter les champs d’exploitation des schistes bitumineux.

     

    Si les hydrocarbures de la terre s’enflammaient à leur tour, il pourrait s’ensuivre des incendies inextinguibles, qui se propageraient à l’intérieur même de la terre et excéderaient de façon définitive les capacités humaines d’intervention. De telles catastrophes se sont déjà produites dans des tourbières, en Russie…

     

    En Alberta, les rois du pétrole jouent les apprentis sorciers. Afin d’éteindre l’énorme incendie dont leur avidité en énergie constitue la cause numéro un, ils n’ont d’autre recours que l’espoir en une météo favorable.

     

    Ils prient pour que les nuages crèvent en averses. Ils subissent la malédiction du dieu pétrole, mais, pour conjurer celle-ci, ils en sont réduits à implorer le dieu de la pluie.

     

    Je doute que la danse qu’ils entament à l’appui de leur requête console les Amérindiens des forêts du Grand Nord, dont la maison brûle sur un bûcher de pétrodollars."

     


     

    8 janvier 2013

    Une étude confirme que les sables bitumineux polluent les lacs

     

     

    sables-bitumineux.jpgDe nouvelles recherches ont apporté les preuves les plus concluantes jusqu'à maintenant que l'exploitation des sables bitumineux dans le nord de l'Alberta pollue les lacs environnants.

    Une étude publiée dans une prestigieuse revue scientifique de l'Académie américaine des sciences conclut que six lacs de la région contiennent entre deux et 23 fois plus d'hydrocarbures toxiques qu'avant l'exploitation des sables bitumineux.
    L'étude, qui a été financée par le gouvernement fédéral, a également analysé ces produits chimiques, et a conclu qu'ils proviennent de l'industrie.

    Le biologiste John Smol, coauteur de l'étude, a estimé que ces résultats devraient prouver une fois pour toutes que la présence d'hydrocarbures dans les lacs et rivières provient de l'exploitation des sables bitumineux, et non de l'érosion naturelle des dépôts de bitume.

    L'étude a par ailleurs révélé que les niveaux de toxines demeurent faibles en général, mais que cette pollution s'aggrave, et que certains lacs s'approchent du seuil d'alerte, a ajouté le professeur Smol.

    Certains des plus éminents scientifiques du pays ont participé à l'étude.


    Sources: la presse canadienne/ Nature alerte


     

    Problematique environnementale de lexploitation des sables bitumineux en alberta canada15

     

    Les sables bitumineux d'Alberta constituent l'une des plus importantes réserves au monde. Le Canada entend produire 3 % du pétrole mondial d'ici 2020. Mais cette production entraîne une pollution aux HAP des lacs et rivières environnantes. Avant l'installation des mines, la région était couverte d'arbres. Actuellement, seuls 4.800 km2de réserves sont exploitables par la technique minière, ce qui représente 0,1 % de la forêt boréale canadienne. L’exploitation minière actuelle en Athabasca s’étend sur environ 600 km2 soit près de 0,02 % de la forêt boréale canadienne. © Greenpeace, Rezac

     

    Le sable bitumineux est-il une énergie d’avenir ? L'enjeu est immense : les réserves potentielles pourraient fournir entre 500 et 1.000 milliards de barils de pétrole, selon Total, fortement impliqué dans les exploitations canadiennes. Grâce à ce procédé, le Canada est actuellement le principal fournisseur de pétrole des États-Unis, devançant l'Arabie saoudite. L’une des plus grandes réserves mondiales est située dans l’Alberta, une province dans l’ouest du Canada.

    Les gisements de sable bitumineux d’Alberta se décomposent en trois zones : la Peace River, le Cold Lake et la plus grande, l’Athabasca. Elles s’étendent sur 140.000 km2 et 80 % des réserves sont enfouies à plus de 100 m de profondeur. L’extraction du bitume se fait selon deux méthodes : la technique in situ et la technique minière. Pour les dépôts enfouis à plus de 100 m de profondeur, un puits vertical permet d’injecter de la vapeur et de pomper le bitume, c’est la méthode dite in situ. Pour les dépôts proches de la surface, l’exploitation minière est favorisée. Une fois séparé de l’eau et du sable, le bitume est traité dans une raffinerie comme tous les hydrocarbures.

    En 2011, la production canadienne s’élevait à 1,6 million de barils par jour, ce qui représente 1,5 % de la production mondiale de pétrole. Pour 2020, les exploitations prévoient de doubler la production totale et fournir ainsi 3 % de la production mondiale de pétrole brut. Si les réserves desable bitumineux sont clairement une alternative aux gisements d’autres énergies fossiles, une étude montre que la pollution liée à l’exploitation s’accroît dans l’environnement. Commandée par le gouvernement canadien, l’étude révèle en particulier l’effet polluant des sables bitumineux sur les lacs et rivières environnants.

    Les zones de sable bitumineux proches de la surface sont exploitées via des mines à ciel ouvert. Pour atteindre le sable, il faut retirer la couche superficielle de terre, qui sera stockée et réutilisée pour la réhabilitation du site. Des trous sont réalisés et les mottes prélevées sont mélangées à de l'eau pour être transportées par pipeline vers une usine où le bitume est séparé du sable. © Colin O'Connor, Greenpeace 
    Les zones de sable bitumineux proches de la surface sont exploitées via des mines à ciel ouvert. Pour atteindre le sable, il faut retirer la couche superficielle de terre, qui sera stockée et réutilisée pour la réhabilitation du site. Des trous sont réalisés et les mottes prélevées sont mélangées à de l'eau pour être transportées par pipeline vers une usine où le bitume est séparé du sable. © Colin O'Connor, Greenpeace

    Les sédiments, marqueurs de la pollution des sables bitumineux

     

    Des scientifiques de l’organisme Environnement Canada et de la Queen’s University de Kingston, dans l’Ontario, ont étudié cinq lacs proches de l’exploitation minière d’Athabasca, ainsi qu’un lac à 90 km au nord-ouest. Dans les six lacs, les taux d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les sédiments étaient 2,5 à 23 fois supérieurs à ceux des années 1960, c’est-à-dire avant le début de l’exploitation du sable bitumineux.

    Les chercheurs ont par ailleurs comparé les HAP des lacs à ceux du bitume de l’exploitation d’Athabasca pour déterminer la source des hydrocarbures retrouvés dans les sédiments. En effet, les incendies de forêt ou simplement l’érosion naturelle des dépôts de bitume pourraient être des sources de rejet d’HAP dans les eaux. « La concordance entre l’augmentation des taux d’HAP et la période d’exploitation des mines suggère fortement que l’extraction et le raffinage des sables bitumineux jouent un rôle dans l’augmentation des taux d’HAP dans ces lacs », affirme Joshua Kurek, l’un des auteurs du rapport. Leurs résultats sont publiés dans les Pnas.

    Hydrocarbures et métaux lourds sous surveillance

    D’autres publications, indépendantes de la requête du gouvernement, avaient déjà fait état de la présence de taux élevés d’HAP et de métaux lourds dans les rivières à proximité de l’exploitation d’Athabasca. Avant l’arrivée de la mine, les taux d’HAP étaient nuls dans les rivières. « Les sédiments lacustres s’accumulent 24 heures par jour et 365 jours par an. Ils deviennent peu à peu une sorte de moniteur de surveillance de l'environnement, car ils collectent les polluants »,explique John Smol, coauteur.

    Les niveaux croissants d’HAP n'ont pas affecté les algues et les petits invertébrés. Au contraire même, ils ont prospéré. Cet essor est attribué à une augmentation de la température de l’air. À Fort McMurray, près de la mine, elle a augmenté en moyenne de 1,65 °C depuis 1960. Mais prolifération des algues ou pas, la pollution liée à l’exploitation du sable bitumineux est toxique. Le gouvernement de l’Alberta a annoncé qu’un réseau de surveillance des polluants serait mis en place dans la région.


     

     

     

    02.04.2011
    Gaz de schiste, sables bitumineux: le capitalisme de destruction totale



    Les ressources naturelles s'épuisent, alors que la demande ne cesse d'augmenter, du fait de la mondialisation et des délocalisations qui augmentent la consommation des "pays émergents".

    Plutôt qu'une reconversion coûteuse dans les énergies propres, l'industrie pétrolière a choisi d'exploiter jusqu'à la dernière goutte le pétrole et le gaz, où qu'ils se trouvent et quels que soient les dégâts pour l'environnement.



    Cela a commencé avec l'exploitation des sables bitumineux au Canada. Dans l'état de l'Alberta, des engins mécaniques monstrueux rasent les forêts et dévorent la terre. De vastes espaces naturels magnifiques sont transformées en un paysage lunaire agrémenté de marres de pétrole et de produits chimiques utilisés pour récupérer le pétrole mélangé au sable. Quant aux habitants, beaucoup meurent de cancers ou d'autres maladies causées par la pollution.


    L'autre "innovation" est l'exploitation du gaz de schiste. Dans de nombreuses régions du monde, du gaz naturel est présent dans de multiples fissures de la roche. La technique d'extraction a été inventée par la multinationale américaine Halliburton (dont Dick Cheney était le président avant de devenir le vice président de George W.Bush). Elle consiste a faire un forage horizontal à 2000 mètres de profondeur. Puis la roche est fragmentée avec des explosifs qui peuvent provoquer des séismes en surface jusqu'à une magnitude 4. De grandes quantités d'eau sous pression m&am

  • Le placebo de l'argent

    C'est EFFRAYANT de lire les conclusions de cette expérience.

    Et on prend conscience de l'impact considérable de la notion d'argent dans nos esprits.


    EFFET PLACEBO: PLUS UN TRAITEMENT EST CHER, PLUS IL EST EFFICACE

    publié le 16/02/2015

     

    De deux médicaments placebo (sans principe actif), le plus cher sera le plus efficace (Ph.  Bill Brooks via Flickr CC BY 2.0)

    De deux médicaments placebo (sans principe actif), le plus cher sera le plus efficace (Ph. Bill Brooks via Flickr CC BY 2.0)

    Dans une expérience avec des patients atteints de la maladie de Parkinson, des chercheurs ont montré que l’effet placebo est d’autant plus efficace que les patients croient que le produit actif administré est cher. Un résultat qui vient rappeler tout le mystère qui entoure encore ce phénomène biologique.

    L’étude, réalisée par l’Institut de neurosciences de l’université de Cincinnati (États-Unis) et parue dans la revue Neurology, a concerné 12 patients atteints d’une forme modérée à sévère de Parkinson, avec des atteintes motrices (rigidité, tremblements). Les chercheurs les ont préalablement informés qu’ils recevraient chacun une des deux versions d’une nouvelle drogue injectable anti-parkinsonienne, un “agoniste de la dopamine” (molécule qui active les récepteurs de dopamine dans la membrane des neurones).

     UNE EFFICACITÉ MULTIPLIÉE PAR 2 POUR LE PLACEBO CHER

    Les chercheurs ont fait croire aux patients que la substance active était la même dans les deux médicaments, mais que l’un coûtait 15 fois plus que l’autre, pour des raisons diverses (conditionnement, transport, etc.). En réalité les seringues étaient remplies de la même solution saline. En prenant soin d’informer les patients du coût (supposé) de leur injection – une dose à 100 dollars ou une dose à 1500 dollars – , les chercheurs ont ensuite menée une batterie de tests-types sur la maladie de Parkinson : questionnaires sur le ressenti des patients, Impression clinique globale (CGI),  Échelle de notation unifiée de la maladie de Parkinson (Unified Parkinson’s Disease Rating Scale ou UPDRS) comprenant notamment des mesures d’activité cérébrale par IRM.

    UN EFFET VISIBLE SUR LA MOTRICITÉ ET L’ACTIVITÉ CÉRÉBRALE

    L’aspect le plus parlant des résultats obtenus concerne la fonction motrice et l’activation cérébrale des patients : l’injection du placebo présenté comme une substance active chère a entrainé une amélioration deux fois plus importante qu’avec la “substance” présentée comme la moins chère. Comparée à l’efficacité d’un véritable agoniste de la dopamine, ici la levodopa, l’efficacité du placebo cher se trouve à mi-chemin entre cette dernière et celle du placebo bon marché.

    Des résultats qui viennent valider une multitude d’autres études sur l’effet placebo, prouvant que l’esprit contribue à la guérison du corps, dans des proportions et selon des mécanismes qu’on commence à peine à dévoiler.

    Roman Ikonicoff

     

    > Lire également dans les Grandes Archives de Science & Vie :

    • Guérir par la pensée : la preuve en 15 expériences – S&V n°1153 – 2013 – Même si l’effet placebo garde encore son mystère, la science avance dans l’étude de l’action de la pensée, ou du cerveau, sur le corps. C’est le cas notamment pour la douleur, l’épilepsie, les déficiences immunitaires…

    1153

    • Psycho-médecine : quand le mental sauve le corps – S&V n°1046 – 2004 – L’hypnose à la place de l’anesthésie,  la méditation pour combattre l’hypertension, un bon moral pour doper le système immunitaire, la réalité virtuelle pour soulager les grands brulés…

    1046

    • L’effet placebo filmé dans le cerveau – S&V n°1018 – 2002 – L’effet placebo se voit dans le cerveau : quand une personne croit prendre un médicament, son cerveau peut secréter des substances qui aident à la guérison !

    1018

     

     

  • L'anarchisme (Humanisme)

     

    Un travail très complet et passionnant

     


     

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchisme

     

    Anarchisme

     

    Le A cerclé, symbole de l'anarchisme.

     

     

    Black Bloc : « Peu importe pour qui ils votent, nous sommes ingouvernables » (2008).


    L'anarchisme est un courant de philosophie politique développé depuis le xixe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques anti-autoritaires1 d'égalité sociale.

    Le terme libertaire, souvent utilisé comme synonyme d'anarchisme, est un néologisme créé en 1857 par Joseph Déjacque pour renforcer le caractère égalitaire.

    Fondé sur la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et le refus de toute contrainte découlant des institutions basées sur ce principe2, l'anarchisme a pour but de développer une société sans domination et sans exploitation, où les individus-producteurs coopèrent librement dans une dynamique d'autogestion3 et de fédéralisme.

    Contre l'oppression, l'anarchisme propose une société basée sur la solidarité comme solution aux antagonismes, la complémentarité de la liberté de chacun et celle de la collectivité, l'égalité des conditions de vie et la propriété commune autogérée. Il s'agit donc d'un mode politique qui cherche non pas à résoudre les différences opposant les membres constituants de la société mais à associer des forces autonomes et contradictoires4.

    Le terme « anarchisme » et ses dérivés sont employés tantôt péjorativement, comme synonymes de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’anomie, tantôt comme un but pratique, car l'anarchisme défend l'idée que l'absence d'une structure de pouvoir n'est pas synonyme de désorganisation sociale5.

    Les anarchistes rejettent en général la conception courante de l'anarchie (utilisée par les médias et les pouvoirs politiques). Pour eux, l'ordre naît de la liberté, tandis que les pouvoirs engendrent le désordre. Certains anarchistes useront du terme « acratie » (du grec « kratos », le pouvoir), donc littéralement « absence de pouvoir », plutôt que du terme « anarchie » qui leur semble devenu ambigu. De même, certains anarchistes auront plutôt tendance à utiliser le terme de « libertaires »6.

    Pour ses partisans, l'anarchie n'est justement pas le désordre social. C’est plutôt le contraire, soit l'ordre social absolu, grâce notamment au collectivisme anti-capitaliste. Ce collectivisme, contrairement à l'idée de possessions privées capitalisées, suggère celle de possessions individuelles ne garantissant aucun droit de propriété, notamment celle touchant l'accumulation de biens non utilisés7. En outre, ce collectivisme s’exprime par une liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l'autogestion, du fédéralisme et de la démocratie directe. L'anarchie est donc organisée et structurée : c'est l'ordre moins le pouvoir.

    L'anarchisme est un mouvement pluriel qui embrasse l'ensemble des secteurs de la vie et de la société. Concept philosophique, c’est également « une idée pratique et matérielle, un mode d’être de la vie et des relations entre les êtres qui naît tout autant de la pratique que de la philosophie ; ou pour être plus précis qui naît toujours de la pratique, la philosophie n’étant elle-même qu’une pratique, importante mais parmi d’autres »8.

    En 1928, Sébastien Faure, dans La Synthèse anarchiste, définit quatre grands courants qui cohabitent tout au long de l'histoire du mouvement :

    Depuis, de nouvelles sensibilités se sont affirmées, telles l'anarcha-féminisme ou l'écologie sociale.

    La pertinence de cette section est remise en cause, considérez son contenu avec précaution. En discuter ?

    Pour Vivien Garcia dans L'Anarchisme aujourd'hui (2007), l'anarchisme « ne peut être conçu comme un monument théorique achevé. La réflexion anarchiste n'a rien du système. […] L'anarchisme se constitue comme une nébuleuse de pensées qui peuvent se renvoyer de façon contingente les unes aux autres plutôt que comme une doctrine close »10

    Selon l'historien américain Paul Avrich : « Les anarchistes ont exercé et continuent d'exercer une grande influence. Leur internationalisme rigoureux et leur antimilitarisme, leurs expériences d'autogestion ouvrière, leur lutte pour la libération de la femme et pour l'émancipation sexuelle, leurs écoles et universités libres, leur aspiration écologique à un équilibre entre la ville et la campagne, entre l'homme et la nature, tout cela est d'une actualité criante. »11

     

    Sommaire

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    Étymologie[modifier | modifier le code]

    Article détaillé : Étymologie du terme anarchie.

    Le terme anarchie est un dérivé du grec ἀναρχία, anarkhia12. Composé du préfixe privatif an- (en grec αν, « sans », « privé de ») et du radical arkhê, (en grec αρχn, « origine », « principe », « pouvoir » ou « commandement »)13,14. L'étymologie du terme désigne donc, d'une manière générale, ce qui est dénué de principe directeur et d'origine. Cela se traduit par « absence de principe15 », « absence de règle15 », « absence de chef16 », « absence d'autorité2 » ou « absence de gouvernement14 ».

    Dans un sens négatif, l'anarchie évoque le chaos et le désordre, l'anomie17. Et dans un sens positif, un système où les individus sont dégagés de toute autorité17. Ce dernier sens apparaît en 1840 sous la plume du théoriciensocialiste libertairePierre-Joseph Proudhon (1809-1865). Dans Qu'est-ce que la propriété ?, l'auteur se déclare « anarchiste » et précise ce qu'il entend par « anarchie » : « une forme de gouvernement sans maître ni souverain »17.

    Précurseurs de l'anarchisme[modifier | modifier le code]

    Articles détaillés : Précurseurs de l'anarchisme et Histoire de l'anarchisme.

    Diogène par John William Waterhouse.

    Pour de nombreux théoriciens de l'anarchisme, l'esprit libertaire remonte aux origines de l'humanité18. À l'image des Inuits, des Pygmées, des Santals, des Tivs, des Piaroa ou des Merina, de nombreuses sociétés fonctionnent, parfois depuis des millénaires, sans autorité politique (État ou police)19 ou suivant des pratiques revendiquées par l'anarchisme comme l'autonomie, l'association volontaire, l'auto-organisation, l'aide mutuelle ou la démocratie directe20.

    Les premières expressions d'une philosophie libertaire peuvent être trouvées dans le taoïsme et le bouddhisme21. Au taoïsme, l'anarchisme emprunte le principe de non-interférence avec les flux des choses et de la nature, un idéal collectiviste et une critique de l'État ; au bouddhisme, l'individualisme libertaire, la recherche de l'accomplissement personnel et le rejet de la propriété privée22.

    Une forme d’individualisme libertaire est aussi identifiable dans certains courants philosophiques de la Grèce antique, en particulier dans les écrits épicurienscyniques et stoïciens23.

    Certains éléments libertaires du christianisme ont influencé le développement de l'anarchisme24, en particulier de l'anarchisme chrétien25. À partir du Moyen Âge, certaines hérésies et révoltes paysannes attendent l'avènement sur terre d'un nouvel âge de liberté22. Des mouvements religieux, à l'exemple des hussites ou des anabaptistes s'inspirèrent souvent de principes libertaires26.

    Plusieurs idées et tendances libertaires émergent dans les utopies françaises et anglaises de la Renaissance et du siècle des Lumières27. Pendant la Révolution française, le mouvement des Enragés s'oppose au principe jacobin du pouvoir de l'État et propose une forme de communisme28. En France, en Allemagne, en Angleterre ou aux États-Unis, les idées anarchistes se diffusent par la défense de la liberté individuelle, les attaques contre l'État et la religion, les critiques du libéralisme et du socialisme22. Certains penseurs libertaires américains comme Henry David ThoreauRalph Waldo Emerson et Walt Whitman, préfigurent l’anarchisme contemporain de la contre-culture, de l'écologie, ou de la désobéissance civile29.

    Remonter si loin dans l'histoire de l'humanité n'est pas sans risque d'anachronisme ou d'idéologie30. C'est donner une définition extrêmement vague de l'anarchisme sans tenir compte des conditions historiques et sociales de l'époque des faits30. Il faudra attendre la Révolution française pour découvrir des aspirations ouvertement libertaires chez des auteurs comme Jean-François VarletJacques Rouxou Sylvain Maréchal30William Godwin (1793) apparaît comme l'un des précurseurs de l'anarchisme. Pierre-Joseph Proudhon est le premier théoricien social à s'en réclamer explicitement en 184031.

    Principes généraux[modifier | modifier le code]

    Être gouverné

    « Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. »

    Pierre-Joseph ProudhonIdée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, 1851.

    L'anarchisme est une philosophie politique qui présente une vision d'une société humaine sans hiérarchie, et qui propose des stratégies pour y arriver, en renversant le système social autoritaire.

    L'objectif principal de l'anarchisme est d'établir un ordre social sans dirigeants ni dirigés. Un ordre fondé sur la coopération volontaire d'hommes et de femmes libres et conscients, qui ont pour but de favoriser un double épanouissement : celui de la société et celui de l'individu qui participe à celle-ci. Selon l'essayiste Hem Day : « On ne le dira jamais assez, l’anarchisme, c’est l’ordre sans le gouvernement ; c’est la paix sans la violence. C’est le contraire précisément de tout ce qu’on lui reproche, soit par ignorance, soit par mauvaise foi. »32

    La pensée anarchiste s’oppose par conséquent à toutes les formes d’organisation sociale qui oppriment des individus, les asservissent, les exploitent au bénéfice d’un petit nombre, les contraignent, les empêchent de réaliser toutes leurs potentialités33.

    À la source de toute philosophie anarchiste, on retrouve une volonté d'émancipation individuelle ou collective. L'amour de la liberté, profondément ancré chez les anarchistes, les conduit à lutter pour l'avènement d'une société plus juste, dans laquelle les libertés individuelles pourraient se développer harmonieusement et formeraient la base de l'organisation sociale et des relations économiques et politiques.

    L'anarchisme est opposé à l'idée que le pouvoir coercitif et la domination soient nécessaires à la société et se bat pour une forme d'organisation sociale et économique libertaire, c'est-à-dire fondée sur la collaboration ou la coopération plutôt que la coercition.

    L'ennemi commun de tous les anarchistes est l'autorité, sous quelque forme que ce soit, l'État étant leur principal ennemi : l'institution qui s'attribue le monopole de la violence légale (guerres, violences policières), le droit de voler (impôt) et de s'approprier l'individu (conscription, service militaire)34.

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