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  • Expériences paranormales (spiritualité)

    Expériences paranormales : difficile d’en parler

    Communication avec les défunts, sorties de corps, télépathie… Pas simple, pour ceux qui vivent ces phénomènes, d’oser la confidence sans craindre d’être pris pour des fous. Un groupe de psychologues propose de les écouter sans les juger.

    http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Personnalite/Articles-et-Dossiers/Experiences-paranormales-difficile-d-en-parler/4Je-sais-que-mon-fils-est-vivant

    Sylvain Michelet

     

    Sommaire



     

    Il y a vingt ans, après une chute accidentelle, je me suis soudain retrouvé hors de mon corps, observant depuis le plafond les gens qui s’affairaient autour de moi. Ensuite, ma vie a défilé devant mes yeux, j’ai eu l’impression d’entrer dans un tunnel sombre, débouchant sur une lumière bienfaisante… et j’ai réintégré mon corps ! » Il a fallu des années à Jérôme, 35 ans, cadre dans une grande organisation internationale, pour accepter de raconter ce qu’il appelle sa NDE (near death experience, « expérience de mort imminente »).

     

    « Quand j’en ai discuté avec le médecin qui m’a réanimé, elle m’a dit que c’était le contrecoup du choc ou un délire provoqué par la production d’un cocktail anarchique d’hormones et de neurotransmetteurs qui se manifeste lors de certaines syncopes. J’ai eu beau rétorquer que cela n’expliquait pas comment j’avais pu la voir en train de me réanimer comme si j’étais un simple spectateur, ni comment je pouvais décrire cette scène en détail, elle n’a rien voulu entendre et m’a donné des tranquillisants. » Jérôme a donc préféré se taire – et garder pour lui les « sorties de corps intempestives » qu’il a vécues ensuite : « Au début, j’ai eu peur et j’ai tout fait pour les ignorer en me plongeant dans mes études, confie-t-il.

    Comme les crises revenaient environ une fois par an, je suis allé voir un psychiatre. J’ai eu le malheur de mentionner que j’avais l’impression, dans ces moments-là, de me “projeter” dans un objet proche – par exemple, un arbre –, et de pouvoir ressentir ce qu’il percevait. Le psychiatre m’a demandé si je me droguais ! Puis il m’a prescrit des anxiolytiques, tout en me prévenant contre un désir inconscient de toute-puissance, possible précurseur d’une dissociation de ma personnalité. Je suis sorti de là terrifié, me voyant déjà schizophrène à l’asile. » Depuis, la réussite de sa carrière a rassuré Jérôme sur sa santé mentale, mais il continue à redouter le retour de ses « crises ».

    L'étrange dérange

    A DÉCOUVRIR

    Un manuel pour mieux comprendre

    Association créée en 2007, l’Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (Inrees) compte près de deux mille membres. Il a recueilli de nombreux témoignages et a reçu le soutien de thérapeutes d’avant-garde, tel Stanislav Grof, père de la psychologie transpersonnelle. Son ambition : créer un réseau de thérapeutes ouverts à ces sujets, voire organiser un cycle de formation. Il publie ce mois-ci un livre destiné aux thérapeutes comme à tous les curieux. Rassemblant les travaux de plusieurs spécialistes et passant en revue toutes les catégories de phénomènes, ce Manuel cliniquedes expériences extraordinaires(dirigé par Stéphane Allix et Paul Bernstein, Inrees-InterÉditions, à paraître le 21 octobre) présente les différentes interprétations possibles, les mécanismes psychologiques en jeu et leurs éventuels glissements pathologiques. 
    Renseignements : Inrees, 67, rue Saint-Jacques, 75005 Paris. www.inrees.com

    Si ces expériences sont souvent douloureuses à vivre, c’est parce que, selon notre conception de la réalité, elles ne peuvent tout simplement pas exister. Il se produit alors, chez les témoins, ce que la psychologie appelle une « dissonance cognitive » : entre croire ce qu’ils ont vécu et croire la science qui affirme que c’est impossible, que choisir ? Le dilemme peut être si fort qu’il provoque chez certains une perte de repères que John E. Mack, professeur de psychiatrie à l’école de médecine de l’université Harvard, aux États-Unis, qualifiait de « choc ontologique » – antichambre de la vraie folie. Pourtant, « les expériences extraordinaires arrivent plus fréquemment qu’on le croit, estime Patrick Clervoy, auteur des Psys en intervention (Doin, 2009), chef du service psychiatrie de l’hôpital d’instruction des armées Sainte- Anne, à Toulon. Mais, comme les chocs traumatiques, elles laissent aux gens l’impression qu’ils ne pourront jamais en communiquer la force et la teneur, qu’il faut les avoir vécues pour comprendre . Or, elles demandent, comme les chocs traumatiques, à être intégrées psychiquement, via un récit ». Encore faut-il que quelqu’un écoute ! Mais plus l’expérience est étrange, plus elle dérange nos esprits cartésiens, et moins l’écoute est au rendez-vous. Au malaise qu’elle provoque, s’ajoute alors la douleur de ne pouvoir être entendu.

    Créé il y a deux ans, l’Institut de recherche sur les expériences extraordinaires (Inrees) propose de pallier ce manque d’écoute. « Le débat entre ceux qui croient à ces phénomènes et ceux qui n’y croient pas est stérile, affi rme son fondateur, Stéphane Allix, ex-reporter de guerre, auteur de La mort n’est pas une terre étrangère(Albin Michel, 2009). Les preuves que les uns pensent apporter sont rejetées par les autres au nom des théories classiques en vigueur. Notre ambition est de fédérer des professionnels de santé, pour offrir à ceux qui vivent ces expériences un cadre leur permettant d’être écoutés dans leur dimension essentielle : la dimension humaine. »

    Car il ne s’agit pas de nier que ces phénomènes puissent être liés à des troubles psychiques bien réels. « C’est précisément pour cette raison qu’il faut écouter d’abord, sans idée préconçue », explique la psychologue et psychothérapeute Isabelle de Kochko, qui étudie, à l’Inrees, les phé no mènes de hantise et de possession. Si les « sorties de corps » de Jérôme ont été diagnostiquées comme présageant une possible schizophrénie, la communication avec un défunt peut facilement être confondue avec une psychose ou un deuil morbide, la possession avec une paranoïa ou un désordre de personnalités multiples – comme le rappelle le sociologue Paul Bernstein dans le premier chapitre du manuel de l’Inrees (encadré p. 98). Quant à la télépathie, la voyance ou la précognition, elles peuvent être prises pour des troubles bipolaires (les troubles bipolaires se traduisent par une oscillation perpétuelle entre un pôle dépressif et un pôle d’hyperexcitation).

    Une prise de distance

    Seule une écoute attentive permet d’éviter ces diagnostics précipités, en observant la façon dont la personne relate son expérience : en présente-t-elle le souvenir avec l’émotion qui devrait lui être liée ? Cherche-t-elle à tout prix à convaincre ? Vit-elle son quotidien de façon sensée ? L’écoute sans jugement, l’ouverture d’esprit, la prise de distance face à nos a priori permettent au témoin de faire un lien entre son expérience et un éventuel trouble psychique, et d’en tirer un bénéfice personnel. « C’est un moment pathologique, pas une pathologie, souligne la psychologue et psychanalyste Djohar Si Ahmed, auteure de Comment penser le paranormal (L’Harmattan, 2006). Il peut se révéler constructif s’il est bien intégré, car il n’affecte pas la personnalité. »

    Ariane, ostéopathe de 26 ans, qui a des visions depuis son adolescence, le confirme. « Les premières fois, j’ai eu très peur, raconte-t-elle, mais quand j’ai vu les réactions de ma famille – silence, regards fuyants… –, j’ai compris que je ne pouvais en parler qu’à très peu de gens. » Plus tard, Ariane s’est découverte capable de percevoir les douleurs physiques d’autrui. « Mais ce n’est qu’aujourd’hui, diplôme en poche et plus sûre de moi, que je commence à explorer ce qui est peut-être un don de guérisseuse », déclare-t-elle. La rencontre de personnes ayant vécu des expériences semblables et de chercheurs apportant différents schémas d’explication la conforte dans cette voie.

    Je sais que mon fils est vivant

    Directeur artistique, Christophe a perdu l’un de ses deux fils, mort à 16 ans dans un accident. Les signes étranges survenus alors ont bouleversé son esprit rationnel, mais ses proches ne l’ont pas compris.

    « Trois jours après la mort d’Antoine, j’ai aperçu une petite boule lumineuse qui brillait au-dessus de mon lit. Je suis plutôt rationnel et, à l’époque, je cultivais ce que l’on pourrait appeler un “matérialisme indifférent” : Dieu, l’au-delà, la communication avec les morts et les phénomènes de ce genre me semblaient inconcevables. Mon fils était mort, point final. Ce matin-là, j’ai quand même vérifié les rideaux, la fenêtre… J’étais trop effondré pour m’étonner, m’inquiéter ou même réfléchir. Je me suis rendormi.

    Le premier choc dans mes convictions est survenu trois mois plus tard. Toujours aussi malheureux, ma femme et moi étions dans la chambre d’Antoine quand j’ai reçu deux coups derrière la tête. J’ai regardé derrière moi en disant : “On m’a frappé !” “C’est peut-être Antoine”, a lancé Marianne. “Peut-être”, ai-je répondu, et on en est resté là. Croyante, quoique non pratiquante, Marianne lisait des livres sur l’après-vie, et je commençais probablement, inconsciemment, à accepter cette idée : elle adoucissait ma peine et avait le mérite d’apporter une explication – d’autant plus envisageable que ce geste “collait” avec la personnalité très “directe” d’Antoine.

    Peu de temps après, Marianne m’a entraîné chez un médium. J’ai accepté d’y aller, par curiosité : peut-être cela me ferait-il du bien – j’allais tellement mal ! Mais j’étais très sceptique, pour ne pas dire critique. À tel point que je n’ai pas fait le rapprochement avec ce qui m’était arrivé quand, dès le début de la séance, le médium s’est penché en avant en disant qu’il venait de recevoir deux claques derrière la tête et qu’Antoine lui signifiait par là qu’il avait été tué sur le coup. Pour nous, ce fut d’abord un immense soulagement, car nous n’avions pas été autorisés à voir son corps et imaginions les pires scénarios. Ensuite, sans nous connaître, avec seulement la photo d’Antoine, le médium nous a dépeint sa personnalité, ses comportements, ses relations avec nous. “Talent de morphopsychologue ?” me suis-je demandé. Possible, mais comment expliquer qu’il décrive ensuite avec précision notre maison, ou l’absence de relation entre Antoine et ses grands-parents, ou encore un cadeau acheté pour sa petite amie qu’il nous enjoignait, selon le médium, de remettre à la jeune fille ?

    J’étais à la fois impressionné, étonné, rassuré, soulagé. Consolé ? Non, on ne se remet jamais de la perte d’un enfant. Mais ma conception de la mort commençait à être sérieusement chamboulée, d’autant que les manifestations ont continué : bruits de pas, de portes qui claquent, objets qui disparaissent ou apparaissent, petits signes dont on peut toujours se dire qu’ils sont le fruit du hasard, mais qui finissaient par s’accumuler ! Cette “présence” me faisait du bien, mais cela n’empêchait pas les rechutes dans la souffrance, le retour des doutes, qui persisteront certainement toujours. J’ai alors essayé d’enquêter, de comprendre. Ces messages incompréhensibles sur mon téléphone portable, par exemple, pouvais-je en remonter la piste ? Peine perdue : selon mon fournisseur, ils n’avaient “aucune provenance”. Cette absence d’explication technique me donnait le droit d’adhérer à l’idée d’un clin d’oeil de mon fils, et cette idée me faisait plaisir, j’en étais parfaitement conscient.

    Je regrette cependant que certains amis auxquels nous nous sommes alors confiés en soient restés à des remarques un peu condescendantes, du genre : “Si ça vous fait du bien, on est contents pour vous.” Refusant de considérer les possibilités que l’expérience ouvrait, ils ont d’abord tenté d’en réfuter la réalité. Puis, apprenant que nous allions voir des médiums et participions à des conférences, ils ont cherché à nous en dissuader, au nom du risque sectaire. Je sentais aussi que mon psychiatre ne souhaitait pas s’étendre sur ce terrain. Pourtant, et je le dois en grande partie aux personnes rencontrées à l’Inrees, même si je souffre, je sais que je ne suis pas fou. Je gère le quotidien aussi rationnellement qu’avant. Ma vie a changé, bien sûr : les petits soucis me paraissent aujourd’hui sans importance, et la réussite sociale sans intérêt. Je prêche pour davantage de tolérance, moins d’égoïsme et, sans pouvoir dire que je crois en un Dieu, je me suis ouvert à une spiritualité qui m’est propre. Je sais, pour l’avoir ressenti, que mon fils est “vivant”. Il m’arrive de penser que tous ces événements n’avaient pas d’autre but : me faire évoluer. »


     

  • Ex prof reconvertie (école)

    Ex-prof reconvertie : « on peut changer de métier ! »

    portrait-selma_2Suite du récit de Selma, l’ex-enseignante qui a monté sa boîte. Elle raconte pourquoi elle a bifurqué et son dépit devant une machine Éducation Nationale qui peut aller jusqu’à détruire les individus. Aujourd’hui, elle respire.

    « C’est drôle parce que l’enseignement, un métier vécu comme difficile et mal payé, est souvent considéré comme une bonne planque. Tout le monde imagine que quand on commence à être prof, on ne quitte pas le navire. Partir « pour de vrai » suscite la stupeur, et la réprobation. Et cela, surtout au moment de démarrer le projet de reconversion.
    Parmi les principales raisons qui m’ont poussée à partir, il y a d’une part l’incompatibilité totale avec un système qui ne me correspond pas. Je m’identifie à Bruno, l’ingénieur devenu sage-femme évoqué sur toutpourchanger.com qui a été rebuté par des méthodes de formation d’un autre âge : absence de confiance, trop de pression, comportements infantilisants. »

    Une situation ubuesque

    « Tout est quadrillé, ta « carrière » progresse avec… des notes, comme les enfants. La note et ton revenu sont limités par des échelons gravis ne manière automatique. Quelqu’un qui obtient une très bonne note devient « éligible au grand choix », mais comme il coûte plus cher, on lui baisse sa note afin de freiner l’augmentation du salaire. Ça m’est arrivé ! Une bonne technique pour démotiver les troupes…
    Je ne sais pas bien pourquoi mais les enseignants sont si mal considérés que quand on leur demande ce qu’ils font dans la vie, ils s’excusent presque d’être prof.
    On juge ceux qui partent comme « n’ayant pas la fibre », l’enseignement étant un métier « pas comme les autres », une sorte de « vocation » ou de sacerdoce. 50 heures de boulot par semaine payés 1 800 euros par mois pour un bac + 5 avec 8 ans d’ancienneté et la moitié des vacances passées à travailler ! »

    De nouveaux horizons…

    « Il y a un peu plus de deux ans, je suis passée au journal de 20h pour présenter mon projet d’entreprise. Je craignais tellement le jugement des collègues, des parents d’élèves, que je n’en ai parlé à personne ! Mais ce soir-là, la terre entière s’était donné rendez-vous devant France 2 : j’ai été surprise par les encouragements de 100 % des parents d’élèves et d’une partie de mes collègues. Ceux qui n’osaient pas le dire devant les autres, et qui m’ont félicitée à mi-voix, entre deux portes, m’ont beaucoup touchée.
    J’ai entendu : « Si je savais ce que je voulais faire, je ferais comme toi, je partirais. »
    Mais quand j’ai commencé à réfléchir, il  y a cinq ans, je ne savais pas ce que je voulais faire. Je savais juste que j’allais mourir d’ennui et de désespoir si je restais, à l’intérieur. C’est à peine une métaphore : la collègue avec qui je travaillais en binôme est décédée pendant l’année scolaire. C’était ma copine, elle avait 35 ans. Mon amie d’enfance a passé l’arme à gauche moins de deux mois après, elle avait 31 ans. Ce vécu-là me motive chaque matin car je sais que chaque journée peut-être un cadeau. »

    Le secret

    « C’est beaucoup plus facile de partir quand on a encore du plaisir à enseigner, et qu’on n’est pas plombé par le burn-out et la dépression. Je suis fière d’être partie avec de supers notes mais aussi des parents et des élèves qui me regrettent, et que j’avais plaisir à retrouver. Or je sais que dans 20 ans, je n’aurais pas eu l’énergie nécessaire pour faire en sorte qu’une trentaine d’enfants apprennent dans de bonnes conditions.
    Il n’y a pas de formule magique pour aller d’un point A à un point B. Il n’y a pas de garanties non plus : on n’est pas sûr de réussir son premier projet. Mais si on continue à chercher, si on se fait accompagner, qu’on apprend de ses erreurs, on finit par trouver.
    En attendant, quand on entre en classe le matin, on ne peut que se demander si dans dix ans, on se voit toujours à la même place… ou et regrettera peut-être un jour de ne pas avoir essayé un autre métier. »
    Découvrez les conseils de Selma pour monter votre boîte.

    Retrouvez Selma sur son blog !
    Contactez  l’association www.apresprof.org qui vous accompagne dans vos projets de mobilité

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  • Liberté pédagogique (école)

    Pour une anarchie éclairée de l'enseignement des lettres

    FIGAROVOX/TRIBUNE - En pleins débats sur la réforme du collège, le professeur Antoine Desjardins revendique une liberté d'enseignement totale.


    Antoine Desjardins est professeur de lettres, coauteur de Sauver les lettres: des professeurs accusent (Textuel), membre du Comité Orwell. Il soutient l'appel pour le rétablissement des horaires de français.


    Je tiens à ma Liberté.

    Raison pourquoi jamais je ne m'assujettirai à aucun «socle» ni à aucune «compétence».

    Arrière, socles, compétences, et autres boutiquailleries mortifères! Arrière «projets» et «pilotage»! Arrière machins blêmes et sans âmes! Trucologie écervelante et inane! Lavage de cerveau totalitaire!

    Mon projet - y compris pédagogique - est d'assassiner toutes les servitudes à venir, d'ôter le fer du pied des galériens petits et grands. De faire voir les mouettes circonflexes qui font de grands signes et écrivent des phrases trop longues, montrer aux enfants les daurades du flot bleu de Rimbaud, les poissons d'or, le rut des béhémots… ah ah! Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs, les panthères à peau d'hommes!

    Ouvrir le compas des esprits par le moyen de l'apprentissage de la vraie belle langue, par le rêve éveillé de la lecture, par la maîtrise des bons instruments de la pensée.

    Jamais je ne ferai d'EPI sur le régime de Madame Bovary, jamais Robinson Crusoé ne sera pour moi le prétexte à disserter sur l'habitat, le tri des ordures ni même la citoyenneté! Qu'on arrête d'insulter à l'intelligence et au goût! Qu'on cesse d'être ineptes et inaptes! Qu'on me fasse taire ces grandes têtes molles de la pédagogie low-cost la plus sinistre qui improvisent, probablement le couteau hiérarchique dans les reins, ces séquences interdisciplinaires idiotes, lauréates du concours Lépine de l'innovation absurde! Ce n'est pas possible d'être aussi passionnément attachés à liquider l'Imagination, le Beau, le Vrai et même l'Utile pour promouvoir la médiocrité et le chaos.

    Autant couper aux ciseaux de cuisine les ailes des goélands!

    Je préfère avoir raison avec l'enfant d'éléphant que tort avec Madame la directrice de l'enseignement scolaire, et autres gestionnaires du désastre ; je préfère les morves d'azur et les confitures exquises aux bons poètes à l'huile de foie de morue infecte (fût-elle interdisciplinaire) de Madame le Ministre, qu'on est priés d'avaler les yeux fermés.

    Mes élèves n'auront pas d'iPad parce qu'ils n'en ont pas véritablement besoin. Comme les enfants de feu Steve Jobs, ils sauront très bien s'en passer.

    Je refuse de travailler avec quiconque en «interdisciplinarité». Je veux travailler avec qui je veux, uniquement si l'envie m'en prend et si quelque affinité véritable, intellectuelle et culturelle se noue. Je rejette de toutes mes forces la logorrhée managériale épandue sur l'école, les sulfates et les pesticides immondes qui empoisonnent nos sources, défigurent les fruits de notre travail et de notre culture, travestissent ou édulcorent la vérité géométrique de nos campagnes, dénaturent le réel de l'instruction, trichent et truquent les récoltes, mentent sur le goût du raisin et la couleur des blés, uniformisent les rendements. Tromperie sur la marchandise, fraude, mensonge, packaging commercial, prostitution, racolage, manipulation des chiffres et des faits, monnaie de singe des diplômes, prêchi prêcha citoyen crypto-sectaire, embrigadement dans la bien pensance, je laisse tout cela aux pharisiens.

    Je respecte la foi véritable, je hais les pharisiens qui n'ont que leurs grimaces et ne croient rien.

    Je tiens à ma liberté dite pédagogique comme à la prunelle de mes yeux, comme à la prunelle des yeux de la chouette glaukôpis -aux yeux pers- celle de Minerve! La chouette du savoir, la chouette de la sagesse, qui prend son vol dans la nuit ...

    Je hais aussi la plupart des didacticiens en chambre qui pensent pouvoir décoller artificiellement «l'apprendre à apprendre» de l'apprendre quelque chose . Apprendre est un verbe transitif direct qui crève de n'être pas complémenté, lesté, par un bon vieux complément d'objet. On apprend quelque chose bon sang! Et jamais on a vu quelqu'un apprendre en tournant en rond dans son ignorance, livré à lui même et autonome, ou bavardant dans un petit groupe.

    Comme la conscience de Husserl est toujours conscience de quelque chose, on enseigne toujours quelque chose et non du vide. On donne l'alphabet grec, on fait traduire du latin.

    Je ne ferai pas de grilles de mots croisés citoyens sur les ABC de l'égalité. Je ne ferai pas de «brainstorming» sur un «paper board». Je ne «finaliserai» rien. Je n'aurai pas d'»objectif» (on laisse cela à Auchan). Je ne «produirai» pas.

    Mon seul objectif est d'augmenter par tous moyens la puissance d'être et d'agir (Spinoza) des élèves. Mon objectif est de rappeler à ceux-ci que l'humanité est faite de plus de morts que de vivants! Qu'il y eut un Ronsard, un Molière, un Condorcet, un Victor Hugo, un Jaurès!

    Je préfère aller visiter l'Enfer de Dante qu'entrer dans un «référentiel»! Je ne sais pas ce que c'est et je ne tiens pas à le savoir. Je préfère que l'école devienne l'Abbaye de Thélème du savoir joyeux qu'une triste salle informatique offerte par Microsoft où l'enseignant deviendrait un moniteur ectoplasmique.

    Je refuse d'être un exécutant avec sa feuille de route à émarger, ses cases à cocher. Je ne suis pas le poinçonneur des Lilas.

    Je ne marche à aucun pas, surtout pas technocratique, bureaucratique, politique, numérique. J'em*** les gendarmes et la maréchaussée, les revizors, les torquemadas de la scientologie pédagogico-thanatophile en milieu industriel, les experts de la géolocalisation commerciale. Les administrateurs du néant posthumaniste.

    Je n'aurai aucune «traçabilité» sinon dans le souvenir de mes élèves et dans les papiers de mes cours ou de mes notes.

    Je pousserai parfois les élèves et les étudiants à écrire dans les marges. Je les étonnerai et je les déstabiliserai. Je leur apprendrai les meilleures prises de karaté rhétorique pour tordre les genoux de leur sous-chef de bureau tyrannique. Mes élèves veulent être des samouraïs du verbe, savoir manipuler le grand sabre de la langue, faire briller haut la puissance de la parole. Aiguiser leurs arguments, développer de longues parades complexes. Il leur faut la grammaire et tous ses exercices, il leur faut le vocabulaire, chatoyant, il leur faut la logique et le Logos.

    Oui, ils veulent travailler, car ils savent que le travail est un trésor.

    J'enseignerai le passé simple à tous, sans distinction d'origine et de religion! J'irai même jusqu'au subjonctif imparfait! Je ferai apprendre le Bateau ivre et goûter les préciosités de la langue de Madame de Sévigné. Je ne leur cacherai pas qu'Arthur ne savait pas se tenir à table, qu'il était provocateur et outrancier, qu'on peut avoir des semelles de vent et être pourtant un as de la grammaire et du latin: ceux à qui on apprend mal ou très imparfaitement la règle, ceux à qui on apprend le geste de la déconstruire avant même de l'avoir inculquée et d'en avoir fait comprendre le rôle et l'esprit, ceux à qui la Règle a été refusée, ne connaîtront jamais la jouissance de la transgression de celle-ci et la possibilité de subversion ne leur sera pas donnée.

    Aucun excès et aucun paroxysme ne sont à redouter, aucune effraction à l'ordre du Symbolique et aucune jouissance: à peine une apparence d'égratignure. Le geste précis de la déconstruction suppose connue la logique qui a présidé à la construction. Il n'a rien à voir avec la destruction. On peut douter dès lors que nos élèves aient jamais la possibilité de rien déconstruire ni de porter un regard généalogique sur ce qu'ils font, sont, pensent, si l'on ne leur apprend pas d'abord, méthodiquement, systématiquement, progressivement comment les choses (et singulièrement la langue) sont construites. L'interdisciplinarité est une utopie universitaire quand on parle des fondements du savoir. Elle est immédiatement dévoyée.

    Il est grand temps de changer de paradigme et d'aller vers une école démocratique de l'exigence pour tous, comme l'explique le sociologue et spécialiste de l'éducation Jean-Pierre Terrail dans un ouvrage récent. Et de grâce, qu'on laisse aux enseignants la maîtrise de leur enseignement.

    Attention, Messieurs dames les réformateurs, si vous touchez à ma liberté pédagogique, je vais mordre usque ad sanguinem...

    Si vous ne me rendez pas du temps disciplinaire, du bon temps qui dure, épais et solide, je planterai encore mes crocs très avant dans les fesses de vos zélateurs et autres missi dominici en chaise à porteurs. Je vendrai cher ma peau et celle de mes élèves.

    «Les chiens enragés sont beaux» dit le poète résistant René Char.Ni Dieu Ni maître, ajouterais-je.

    Je ne mangerai pas de cette absence de pain-là.

    Liberté pédagogique!

    Liberté!

  • Conscience extracorporelle (spiritualité)

     

    Loi dattraction

     

    Dr. Jean Jacques CHARBONIER

    5 h · 

    LE CONCEPT DE "CONSCIENCE EXTRACORPORELLE" AVANCE DANS LE MONDE MÉDICAL !

    Un bonheur n'arrive jamais seul. Après avoir (trop brièvement hélas) exposé le concept de conscience extra corporelle dans l'émission médicale "Allo docteurs" sur France 5 hier après-midi, je viens d'apprendre que le professeur Léon, agrégé d'anesthésie réanimation au CHU de Reims souhaite que ce concept original soit exposé au Congrès Interrégional de médecine d'urgence de Nancy qui se déroulera en avril prochain. Le Dr François Lallier présentera les résultats de sa thèse de doctorat en médecine que j'ai eu le privilège de diriger. Je suis très heureux de cette bonne nouvelle. Cette thèse a demandé 3 longues années de travail acharné. 118 cas d'arrêts cardiaques ont été étudiés ; soit la plus grande étude médicale jamais réalisée sur les EMP depuis les 344 cas publiés en 2001 dans la revue The Lancet par Pim van Lommel. L'étude de 2014 de Sam Parnia n'a reposé que sur l'étude de 101 cas d'une cohorte de plus 2000 personnes (cf la publication anglaise). Cette hypothèse de conscience indépendante du cerveau est une véritable révolution dans le monde médical et on ne peut que s'en réjouir.

     


     

    KUNDALINI

     

    « Vous vouliez qu’on parle de la conscience cosmique, Maud ? »

    Une main tendue. Il la rattrapait comme dans un film catastrophe. Elle bougea imperceptiblement la tête pour sortir de son trouble.  

    « Oui, Sat, c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse.

    -Qu’est-ce que la conscience pour commencer ? Pensez à un moteur de voiture. En roulant, il produit de l’électricité. Vous en voyez les effets dans le fonctionnement de la voiture même si vous ne voyez pas l’électricité elle-même. Votre cerveau, c’est le moteur. Votre conscience, c’est l’électricité. Lorsque le moteur de la voiture est cassé, l’électricité qu’il produisait disparaît également. Les scientifiques considèrent, pour la plupart, que lorsque le cerveau ne fonctionne plus, la conscience disparaît également, eh bien, dans l’optique de la dimension cosmique, il n’en est rien. La conscience est toujours là mais vous n’êtes tout simplement plus connecté à elle.

    -C’est comme si je n’avais pas de conscience propre alors ? Juste quelque chose qui vient en moi, c’est ça ?

    -Ce qui est en vous, vous a été prêté. C’est votre conscience individuelle. Durant le temps de votre vie. C’est à vous de l’entretenir. Imaginez votre corps comme l’habitation, votre conscience comme le locataire et la conscience cosmique comme l’architecte de tout. De tout ce qui est.

    -Et j’ai passé ma vie à entretenir mon corps. Sans vraiment m’intéresser au reste.

    -Ce qui importe, c’est ce que vous vivez à l’instant Maud. Vous ne pouvez pas vivre ailleurs. Ce que vous avez été n’existe plus. En dehors de votre mémoire et de votre volonté à l’entretenir. Soit vous usez de cette expérience inscrite pour le bien de votre présent, soit vous décidez que ce passé ne peut faire autrement que d’empoisonner votre existence. Mais c’est un choix qui vous appartient.

    -Oui, vous avez raison, Sat. Mes regrets sont ridicules. Continuez s’il vous plaît.

    -Cette conscience en vous, elle est générée par une conscience supérieure, une intelligence qui est autour de vous, dans l’ensemble de l’Univers. Votre corps sert de passerelle, un point de contact, la matérialisation nécessaire pour que cette conscience supérieure ou originelle puisse prendre conscience d’elle-même à travers nous. Nous sommes des sujets d’expérience doués d’une conscience individuelle reliée à une intelligence qui s’observe elle-même en usant de nous.

    -C’est quoi cette conscience supérieure ou c’est qui ? Dieu ?

    -La Nature, tout simplement. Je n’ai pas besoin d’autres idoles. Et surtout pas celles des religions monothéistes puisqu’elle m’éloignerait au contraire de la source divine. Les croyances des peuples animistes et panthéistes me conviennent totalement. Pour moi, il y a dans tout ce qui est créé une intelligence incommensurable, au-delà de notre imagination, au-delà de notre conscience humaine alors si je veux voir cette intelligence créatrice, je m’assois et je regarde les brins d’herbe, les arbres, un torrent, un oiseau. Ou vous. »

     

    Loi dattraction 300x201

  • Fichage des enseignants (école)

    Affaire Jacques Risso : le fichage des enseignants de l’éducation nationale mis à jour

    par Le point de vue du chartrain (son site) 
    mardi 1er mars 2016

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    On en apprend tous les jours sur les douceurs de notre démocratie de façade. C'est le site café pédagogique qui nous révèle les suites surprenantes (à voir ?) de l'affaire Jacques Risso.

    Rappel des faits : notre bonhomme est un paisible directeur d'école d'une petite commune du Vaucluse, compétent et dévoué. Il est estimé de tout le monde (ou presque). Il a toutefois deux passe-temps. Le syndicalisme alternatif, en l'occurence au Snudi-FO (le syndicat le plus "mordant" de l'éducation nationale) et le dessin de presse ; toutefois il ne publie ses croquis (comme celui qui illustre cet article) que dans la presse professionnelle. 

    Comme beaucoup d'enseignants et de parents d'élèves, il a milité contre la réforme des rythmes scolaires. C'était son droit, surtout en dehors de ses heures de service. Rappelons au passage qu'il n'existe pas de devoir de réserve dans l'éducation nationale, contrairement aux idées reçues. Si la retenue s'impose devant des élèves mineurs, la déclaration des droits de l'homme et le bon sens autorisent des prises de position vis-à-vis des adultes. C'est le principe de base de la république, si ce mot a encore un sens...

    Seulement voilà, rien n'est simple au pays de la liberté surveillée. Le jour de la rentrée scolaire de septembre 2013, Jacques Risso a été suspendu ! Le motif farfelu : de prétendues plaintes de parents au sujet d'un manque de surveillance de sa cour de récréation (!). De quoi faire rire jaune enseignants et parents d'éléves. On ne sanctionne jamais un instit' de façon aussi radicale pour ce genre de chose. De plus, on ignorait que les enfants du Vaucluse avaient classe au mois d'Août... 

    L'enseignant a donc perdu son poste, son droit de travailler et une part de sa dignité. C'était sans compter sur la combativité de notre hussard, qui ne s'est pas laissé faire et a engagé des recours devant les tribunaux. Il vient d'obtenir gain de cause (presque trois ans après les faits et de multiples appels), en révélant au passage un bien dérangeant détail, dont beaucoup se doûtait.

    Il y avait bien volonté d'exclure Jacques Risso, qui dérangeait par son action syndicale. Un prétexte suffisait pour le mettre sur la touche. Car une enquête a révélé (ou confirmé ?) l'existence d'un fichier "gris" des enseignants au sein des directions académiques. En clair, chacun est fiché et tout est répertorié (casseroles, engagements politiques, fréquentations etc.) pour servir au cas où. Une tradition héritée de l'après-guerre et de la période la plus "marxisante" de l'éducation nationale, calquée sur le mode de fonctionnement de l'ex-RDA ? Sans doute. Il y a quarante ans, il n'y avait qu'un syndicat officiel pour encadrer les profs, une hiérarchie rigide et conformiste. L'avènement d'un début de pluralisme et le renouvellement du corps enseignant avec des jeunes plus ouverts d'esprit et plus "libéraux" que par le passé est manifestement mal digéré par les vieux mandarins du ministère.

    Cependant, ce fait divers ne fait que rappeler le flicage non officiel dont chacun d'entre peut faire l'objet. On s'étonnera de ce zèle à ficher et à surveiller militants et mouvements sociaux de tous horizons (de la réforme des retraites à la manif pour tous) quand l'actualité de novembre dernier a révélé les carences de nos services de renseignements. Il y a semble-t-il des priorités, et la protection de nos princes semble passer avant celle des braves citoyens. En outre, l'importance de la surveillance de l'affaire des rythmes scolaires laisse songeur. Votre narrateur a personnellement assisté au gazage par les CRS des maitresses d'écoles venues manifester devant le ministère, rue de Grenelle à Paris. Des policiers en civil assistaient aux réunions publiques sur le sujet. Et un directeur d'école a été évincé dans le Vaucluse (sans parler, du coup, des autres affaires non ressorties). Révélateur de la mauvaise-foi de nos gouvernants, en tout cas.

    Quand un pouvoir se préoccupe d'abord de protéger ses rentes et ses places, rendant possible ce qui s'est passé le 13 novembre dernier, on ne peut plus parler de démocratie. Si Jacques Risso devait être sanctionné pour défaut de surveillance, qu'en était-il pour le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve après les attentats ? Le principe d'égalité, cela vous dit quelque chose ?

     


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  • De la chenille au papillon (spiritualité)

    "Le langage est insuffisant quand il s’agit de décrire l’impensable, quand rien dans la mémoire des paroles ne parvient à exprimer ce qui n’avait encore jamais existé."

    .....
    Mais alors comment l'écrire, comment exprimer ce qui relève de l'incompréhensible ?......

    .....

    J'essaie. Jours et nuits. Et je dois accepter le temps nécessaire. Comme une chenille dans son cocon. Elle ne sait pas ce qui l'attend. Mais elle y va. Dans une acceptation inéluctable.
    Si elle décidait de forcer le processus, si elle déchirait la chrysalide, emportée par la rage de son ego... Elle succomberait, foudroyée.

    ....

    J'écris. 
    Lentement...
    Je laisse grandir en moi ce qui doit advenir.

     

  • C'est donc possible (nature / santé)

    Vincent Gosselin et sa chienne de berger, Ibra, mènent le troupeau de vaches laitières au pré, à Fervaches (Manche) le 11 février 2016.
    Vincent Gosselin et sa chienne de berger, Ibra, mènent le troupeau de vaches laitières au pré, à Fervaches (Manche) le 11 février 2016. (BENOIT ZAGDOUN / FRANCETV INFO)

    "Il faut accepter de produire moins" : comment deux Normands ont évité la crise grâce à l'agriculture bio

    Par Benoît Zagdoun

    Mis à jour le  , publié le 

    Au bord de son bureau encombré, casquette sur le crâne et lunettes sur le nez, Vincent est plongé dans la facturation des commandes qui défilent sur son écran d'ordinateur. Derrière sa barbe de trois jours, Christophe, lui aussi, s'affaire : il a de la viande à livrer dans des restaurants de la région, et doit encore préparer le départ pour la vente directe sur Paris. Les deux frères sont pourtant sereins et souriants.

    Dans leur ferme de Fervaches, à quelques minutes de Saint-Lô, dans la Manche, les Gosselin ont misé sur l'agriculture biologique, dans une région encore dominée par le système intensif. Un choix payant. Alors que des milliers d'agriculteurs continuent de mener des actions partout en France pour dénoncer la chute des prix et la crise agricole qui les prend à la gorge, leur petit élevage normand de vaches laitières et de cochons se porte bien.

    "On travaillait énormément et on ne gagnait pas un rond"

    Il n'en a pas toujours été ainsi. Lorsque les deux frères ont repris l'exploitation familiale au début des années 1990, ils ont fait comme les voisins. "On a investi et intensifié encore plus, parce que c'est ce qu'on nous avait appris à l'école. On travaillait énormément et on ne gagnait pas un rond", se souvient le cadet, Christophe, 48 ans, qui s'occupe des cochons, tandis que Vincent, l'aîné, 51 ans, prend soin des vaches.

     

    Christophe Gosselin devant son étable de vaches laitières, à Fervaches (Manche) le 11 février 2016.
    Christophe Gosselin devant son étable de vaches laitières, à Fervaches (Manche) le 11 février 2016. (BENOIT ZAGDOUN / FRANCETV INFO)

     

    Au début des années 2000, c'est la révélation.

    On a rencontré des paysans qui avaient des fermes deux fois moins grandes, qui produisaient deux fois moins, mais qui dégageaient deux fois plus de revenu !

    Christophe Gosselin, agriculteur

    à francetv info

    Les Gosselin décident de changer de modèle. "Ça nous a demandé un effort d'adaptation." Les deux frères commencent par réduire la taille de leur cheptel de vaches à lait, diminuent la part de fourrage – "le maïs ensilage qui coûte un bras" –, et augmentent celle de pâture dans l'alimentation de leurs animaux. Peu à peu, leurs charges se mettent à diminuer quand leur revenu, lui, reprend des couleurs. "Surtout, on réduisait notre déficit de trésorerie. On avait entre 30 et 40 000 euros de découvert autorisé, on vivait avec ça depuis des années. Quand on a fermé cette ligne de crédit à la banque, on s'est senti plus légers", se souvient Christophe. Mais ils traînaient toujours comme un boulet leur élevage intensif de porcs. A l'orée des années 2010, ils ont franchi le pas : ils ont fermé leur porcherie et passé leur ferme en bio. La conversion réussie, ils ont pu reprendre l'élevage porcin.

    "Ça nous permet de vivre notre métier autrement"

    "L'agriculture durable est basée sur trois piliers : le social, l'économique et l'environnemental. Chacune de nos décisions doit correspondre à ces trois critères et n'en dégrader aucun", explique Christophe. Avec son frère, ils ont aussi pu embaucher deux employés qui les aident à s'occuper de leurs 80 hectares, 70 vaches et 55 truies.

    "Ça nous permet de dégager du temps et de vivre notre métier autrement", vante Christophe. Les deux frères ne travaillent plus "que" 60 heures par semaine et un week-end sur trois, et peuvent même prendre trois à quatre semaines de vacances par an. Le cadet part ainsi dans quinze jours randonner en raquettes à la montagne. "En agriculture conventionnelle, une ferme comme la nôtre parvient tout juste à faire vivre un couple", avance l'éleveur.

     

    Christophe Gosselin devant ses cochons dans son élevage de Fervaches (Manche) le 11 février 2016.
    Christophe Gosselin devant ses cochons dans son élevage de Fervaches (Manche) le 11 février 2016. (BENOIT ZAGDOUN / FRANCETV INFO)

     

    L'équation exposée par Christophe est simple : "On a moins de charges, donc on a besoin de moins de production pour dégager un même revenu ; et pour générer un même volume de production, il faut donc plus d'actifs." C'est le discours qu'il tient aux élus locaux, alors que "la Manche perd depuis plus d'une décennie 650 actifs agricoles par an""Si vous voulez plus d'emplois dans le secteur agricole, il faut le réorienter vers une agriculture durable", plaide-t-il.

    C'est un modèle qui protège l'environnement, qui crée de l'emploi et qui permet de vivre décemment.

    Christophe Gosselin

    francetv info

    Leur choix n'a cependant pas été compris par tous et leur a valu bien des moqueries. "Ils vont peut-être s'en mordre les doigts", prédit Christophe. "Quand je regarde les agriculteurs manifester, je vois le poids de leur déficit de trésorerie dans leurs yeux. Ça me rend triste de voir des paysans qui ne sont pas heureux dans leur métier, qui ne gagnent pas leur vie et qui se mettent la corde au cou. C'est une catastrophe sociale."

    Christophe, lui aussi, a participé à des manifestations, mais aux côtés des écologistes, contre la future centrale nucléaire de Flamanville et la ligne électrique à très haute tension. Les lettres EPR et THT sont encore peintes sur le mur de l'étable. Un souvenir des banderoles qu'ils avaient préparées là.

    "Il faut accepter de produire moins"

    "Je ne leur jette pas la pierre. C'est aussi un problème philosophique : il faut accepter de produire moins", souligne l'éleveur, alors qu'avec la fin des quotas laitiers qui limitaient la production depuis plus de trente ans, les producteurs de lait ont vu l'opportunité de produire encore et toujours plus, noyant le marché. "Certains arrivent à tirer leur épingle du jeu, parce qu'ils sont de très bons éleveurs", reconnaît toutefois l'agriculteur, quand d'autres fermes vivent sous perfusion des aides européennes de la PAC.

     

    Des porcelets nouveau-nés en couveuse dans la ferme des frères Gosselin à Fervaches (Manche) le 11 février 2016.
    Des porcelets nouveau-nés en couveuse dans la ferme des frères Gosselin à Fervaches (Manche) le 11 février 2016. (BENOIT ZAGDOUN / FRANCETV INFO)

     

    "Mais ce qui me dérange encore plus, c'est que notre agriculture laisse un environnement dégradé aux générations futures." Dans l'élevage intensif voisin, la montagne de fumier déborde et l'éleveur a sorti son épandeur. Les champs gorgés d'eau des pluies des jours passés ne risquent pas de retenir les nitrates qui vont rouler jusqu'à la rivière en crue. Christophe dénonce "ce système qui marche en dépit du bon sens". "Il faut changer nos modes de consommation. On consomme beaucoup trop de protéines animales. Les paysans doivent l'accepter."

    "Si l'agriculture intensive était capable de nourrir l'humanité, depuis cinquante ans qu'elle existe, elle y serait arrivée. Seule l'agro-écologie peut le faire."

    Christophe Gosselin

    francetv info

    Un maître-mot : l'autonomie

    Chez les Gosselin, l'autonomie est le maître-mot. "Une agriculture durable, c'est une agriculture autonome et économe", formule Christophe. Il cite les préceptes d'André Pochon, ce paysan breton chantre de l'agriculture durable, le scénario Afterres2050 bâti par l'association Solagro, et se désole de devoir encore acheter des céréales pour ses porcs. Le bois des haies sert à chauffer la maison. Les toits seront bientôt couverts de panneaux solaires pour alimenter la ferme en électricité. "C'est un investissement un peu militant" mais les deux frères "assument". Et suivent des formations pour répondre à tous leurs besoins : comptabilité, médecine vétérinaire, boucherie...

    Ils vendent leur viande à la coopérative d'éleveurs bio Unebio et se sont lancés dans la vente directe pour "ne pas mettre tous les œufs dans le même panier". C'est Vincent qui cuisine. L'aîné a mis au point ses recettes de pâtés, terrines et rillettes.

    Avec une quinzaine de producteurs bio de Normandie réunis au sein du groupement Bio Divers Cités, ils viennent tous les week-ends en région parisienne. Une solution qui leur permet de fixer eux-mêmes leurs prix en fonction de leurs coûts de production et non de la loi du marché. Et s'il le faut, ils sont prêts à réduire leur production, quitte à se séparer de quelques bêtes pour maintenir les prix.

     

    Christophe Gosselin devant les vaches laitières de son élevage à Fervaches (Manche) le 11 février 2016.
    Christophe Gosselin devant les vaches laitières de son élevage à Fervaches (Manche) le 11 février 2016. (BENOIT ZAGDOUN / FRANCETV INFO)

     

    A Fervaches, toutes les vaches ont un nom. "Quand on ne gère plus que des numéros, ça n'a rien d'intéressant", commente Vincent, qui mène le troupeau au pré. Le sol est encore boueux et les sabots glissent et s'enfoncent. La chienne de berger, Ibra, se charge de faire presser le pas aux retardataires.

    Chaque vache a son carnet de santé pour un meilleur suivi. Vincent stocke dans une grande boîte en carton les flacons d'huiles essentielles. Antidouleur, anti-inflammatoire... Il y en a une pour chaque pathologie. Cinq gouttes sur l'encolure suffisent. Pas besoin d'antibiotiques. "Le lendemain, à la traite, le lait est parfumé", assure l'éleveur qui n'utilise pas de robot de traite pour "ne pas perdre le contact avec les animaux".

    Pour faire ses fourrages, Vincent fauche en fonction du calendrier lunaire. "Ça se ressent sur les bêtes qui mangent mieux", affirme-t-il. "Des animaux qui vivent dehors sont en meilleure santé et coûtent moins cher. Ils produisent peut-être moins, mais la qualité est meilleure. De toute façon, tout ce qui est performance, je laisse ça de côté."

    Vincent Gosselin et sa chienne de berger, Ibra, mènent le troupeau de vaches laitières au pré, à Fervaches (Manche) le 11 février 2016.
    Vincent Gosselin et sa chienne de berger, Ibra, mènent le troupeau de vaches laitières au pré, à Fervaches (Manche) le 11 février 2016. (BENOIT ZAGDOUN / FRANCETV INFO)

     

     

    Dans la porcherie, il n'y a plus que 40 cochons, là où Christophe en entassait 100 auparavant. Les courettes ont été agrandies et les caillebotis remplacés par de la paille. "Le cahier des charges de l'agriculture biologique est complètement logique, commente l'éleveur. Il est interdit de laisser un animal seul, sauf en cas de pathologie grave et de risque de contagion, parce que les animaux ont besoin de vivre ensemble. Et les cochons doivent avoir de la paille avec laquelle jouer, sinon ils s'ennuient."

    "Notre ferme a de l'avenir"

    Si Vincent et Christophe comptent encore travailler une bonne quinzaine d'années, cela ne les empêche pas de préparer le futur. L'aîné a trois enfants, le cadet deux, "mais ils ne sont visiblement pas intéressés par le métier de paysan", glisse le cadet. Pourtant, la ferme des Gosselin "a de l'avenir". "A partir du moment où on a une certification bio, les portes ne se ferment plus, elles s'ouvrent." Mieux, l'exploitation est "transmissible", avancent-ils. Les deux frères ont fait réaliser une étude pour s'en assurer.

    Les fermes intensives de leurs voisins sont souvent trop grandes et donc trop chères pour être reprises. La leur étant plus modeste, le coût d'installation sera limité. "Et notre système humainement soutenable permet aussi à des jeunes de s'installer", estime Christophe, qui ajoute : "Des jeunes qui fondent des familles entretiennent le milieu rural. La transmissibilité, c'est un autre facteur important d'une agriculture durable." Les Gosselin sont membres d'un réseau de fermes de démonstration, ils reçoivent les élèves du collège voisin et surtout ceux des lycées agricoles de la région. Ils leur montrent qu'une autre agriculture est possible. Un modèle qui séduit de plus en plus d'agriculteurs en pleine crise agricole.

  • Les voyous du poulet (santé / nature)

    Les voyous du poulet industriel, de Tricatel à Beulin

     

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    http://www.marianne.net/pericolegasse/Les-voyous-du-poulet-industriel-de-Tricatel-a-Beulin_a66.html

     

    De quoi voler dans les plumes des voyous qui nous grugent, nous mentent et nous intoxiquent. Laminés par la concurrence déloyale de pays producteurs de volailles industrielles qui inondent le marché européen avec leurs immondices à bas prix, les éleveurs français dépérissent. M6 diffuse dimanche soir, dans l’émission Capital (1), un terrifiant reportage nous rappelant que si la France demeure le pays du poulet de Bresse et de quelques labels rouges de renom servis sur les bonnes tables, le gros du marché porte sur des volailles produites dans des conditions abominables pour répondre aux prix écrasés de la grande distribution.

    Des hangars concentrationnaires français où les volatiles contaminés croupissent dans la vermine et leurs excréments jusqu’aux usines à poulets brésiliennes où l’on fabrique de la chair blanche comme des boulons, les caméras de M6 sont allées fouiller dans les tréfonds d’un système épouvantable. Le mythe du film de Claude Zidi, L’Aile ou la cuisse, avec Coluche et Louis de Funès découvrant horrifiés une machine, dans une usine dirigée par un certain Jacques Tricatel, moulant des poulets avec de la pâte sortant d’un tube s’est fait réalité. Que les pourvoyeurs de malbouffe se rassurent, notre époque n’a pas à rougir des fantasmes de la conso fiction de 1976, elle est pire. Saturé d’antibiotiques pour cause de promiscuité, le poulet industriel consommé à grande échelle rend certaines bactéries résistantes aux traitements médicaux et provoque de plus en plus de décès. Des faits graves, étayées par le témoignage de médecins et de scientifiques confrontés à des situations alarmantes. 
      
    Mais la bombe explose quand les enquêteurs de Capital, remontant la filière importatrice de poulets industriels brésiliens ou asiatiques vers la France, ruinant au passage les éleveurs français impuissants, arrivent jusqu’à l’usine Farmor, dans les Côtes d’Armor, en Bretagne. Alors qu’il se targue en plein salon de l’Agriculture 2014, de défendre les éleveurs français, les produits français et la filière agro alimentaire française, la caméra de M6 s’approche de Xavier Beulin, tout puissant président de la FNSEA, syndicat majoritaire chez les agriculteurs, pour lui soumettre un document prouvant que Farmor importe du poulet brésilien fabriqué par les usines Sadia. Le visage du leader syndical se crispe. Et pour cause : en tant que président de Sofiprotéol, holding dont dépend Glon-Sanders, c’est lui le patron de Farmor. Beulin bredouille alors quelques mots du genre « Nous ne faisons rien d’illégal » et tourne les talons. Les éleveurs aux abois qu’il est censé défendre apprécieront. Pris en flagrant délit de duplicité, le méchant industriel du film de Zidi, joué par Alain Guyomar, est conspué puis envoyé au diable. Aujourd’hui, Tricatel, c’est Xavier Beulin !

    (1) Capital « Les secrets du poulet premier prix » – M6, dimanche 6 avril à 20h50.

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