Blog

  • Négativisme

    Il semblerait que mes propos et articles mis ici portent une connotation" négativiste" qui nuit à la plénitude des individus car ils viendraient renforcer une perception désespérante de l'Humanité et qu'il conviendrait davantage de mettre en avant ce qui est positif, réjouissant, enthousiasmant. 


    Premièrement, je trouve que c'est m'attribuer un effet bien démesuré. Je n'ai jamais eu à l'idée d'influencer qui que ce soit.

    Deuxièmement, je considère que c'est l'observation des problèmes et les propositions de solutions qui contribue à ériger en moi cette plénitude. Il m'est impossible de me sentir en paix si je n'ai pas trouvé la force en moi de répondre à des questions. Hors de question de les extraire de mes pensées juste pour maintenir une plénitude qui ne serait dès lors qu'une hallucination : "Je vais bien, tout va bien".......

    J'ai lu Cioran et Camus et je n'adhère pas à leur vision de l'existence, ni aux Nihilistes russes. La notion d'absurde n'est qu'un déni de l'Homme et il est de son ressort de donner un Sens à son existence. Ne pas en trouver est ce qu'il y a de pire. En trouver un qui porte atteinte au bonheur des autres est une abomination.

    J'ai passé trente ans de ma vie à essayer d'initier dans l'esprit des enfants l'esprit critique et la réflexion. Comprendre, chercher, comparer, s'extraire des émotions quand elles deviennent invalidantes, ne pas se voiler les yeux, ne pas les salir avec des éléments dont il est possible de se défaire, être à l'écoute de l'Etre intérieur......... Je serais effectivement "négativiste" si je tirais un trait là-dessus. Car, inévitablement, je sombrerais dans le dégoût de moi-même. Donc, je veux comprendre, je veux tirer au clair ce qui me trouble et je continuerai à m'observer dans cette démarche, tout comme je l'ai fait aujourd'hui en m'apercevant que je fonçais tête baissée dans un canular......L'esprit critique est souvent dans une situation critique.......

    Et il y a un autre aspect encore, c'est "l'héritage" que je transmets à mes enfants, à mes petits-enfants et aux autres à venir. Est-ce que je me dis :"Débrouillez-vous comme vous pouvez, moi ja vais faire un tour en montagnes", ou est-ce que je considère que j'ai une responsabilité ?

    Personnelllement, j'ai fait mon choix.

    Lire la suite

  • Canular.

    Je suis très troublé........Aujourd'hui, sur Facebook, j'ai mis un lien vers un canular sans même m'en apercevoir. Et du coup, je m'interroge. Pourquoi est-ce que lorsque j'ai lu ce matin que Lance Armstrong avait été invité à courir le prochain Tour de France, j'ai tout de suite compris que c'était un poisson d'avril et bien d'autres encore que j'ai vu défiler et pourquoi celui qui concerne les détecteurs de fumées "mouchard", je me suis fait avoir ?......En fait, ça met en avant quelque chose qui m'inquiète fortement : je n'ai absolument aucune confiance dans les Institutions politiques de ce pays et ça ne date pas du mandat actuel....Donc, il a suffi que je lise un article qui parlait de surveillance illégale de la population pour que je me fasse piéger ......Vigilance, lucidité, esprit critique......Rien, plus rien. J'ai foncé tête baissée.....Alors, j'ai réfléchi à ce que j'ai fait ces dix dernières années et encore plus cette année : m'informer par tous les canaux possibles pour croiser les données et pouvoir me faire une idée personnelle. Je continue donc à lire le Figaro ou n'importe quelle source politique, sans aucune interdiction. Néanmoins, vu tout ce que j'ai lu depuis la présidence de Pompidou et les gouvernements successifs, il est clair qu'au niveau confiance dans les Institutions, j'étais déjà à zéro. Maintenant, vu ce que je vis personnellement cette année, la confiance est à moins 30 sous le niveau de la mer. (Je n'entrerai pas dans les détails ici )............. Je sais pourtant que je ne passe pas mon temps à fouiller sur le net ou à tourner les magouilles en boucle. Ca serait à devenir fou......Mais il n'empêche que ça s'est sacrément ancré en moi. La preuve aujourd'hui et ça, il va bien falloir que j'y réfléchisse. D'ailleurs, j'y retourne.

    Lire la suite

  • Opinions divergentes

    11051944 387642638075029 1479730602278440090 n

    Un "échange" sur Facebook.

    Jacq :Voter ne pas voter? Les uns contre les autres?je vote. Je ne crache pas sur ceux qui ne votent pas. Laisse donc chacun en face de sa conscience. L important est ce que chacun fait pour que la vie de tous change. J ai choisi de n opposer personne. Je suis. J espere un libertaire je n accepte de lecons que de ma conscience de mon rapport aux autres et de la vie et elles ne me font pas de cadeau.

    Manh : hé bien vas vivre dans un pays où le droit de vote n'existe pas (y a plein de dictatures ou autres t'as le choix mon ami) , et arrête de cracher sur la démocratie ! Et vivez profitez de ce que la vie a de bon ( on n'est en occident dans un lieu privilégié) plutôt que de sans cesse pleurnicher sur ceci va pas ou cela sont méchants et le monde ne va pas ! tu veux attendre d'avoir délogé tous les malhonnêtes de la terre avant d'être heureux ? là ou l'on porte son attention, c'est là où nous sommes ! je préfère porter mon attention sur le vivant en moi, la joie de l'instant et le bonheur !

    Th : Manh, je ne sais pas où tu vois que je crache sur la démocratie ? Ce texte est juste destiné à inverser les arguments de donneurs de leçons......Quant à dire qu'on est en démocratie, juste parce qu'il y a des états bien pires que le nôtre, ça en revient justement à ne pas aimer la France, ni la réelle démocratie. J'aime ce pays, j'aime la démocratie et c'est pour ça que je lutte avec mes moyens pour dire ce que ce pays pourrait être s'il était en démocratie. Le 49-3, c'est démocratique ? ...Maintenant, si tu ne supportes pas ce que j'écris, tu m'enlèves de ta liste. Je réfute cet argument qui consiste à dire qu'il y a bien pire dans ce monde. Ce que je réclame pour ce pays, c'est justement d'aller vers le haut, vers un réel état démocratique et non accepter que ça se dégrade juste parce qu'il y a pire ailleurs. C'est ça aimer son pays. Ou alors, il faudra que tu te réjouisses d'avoir "seulement" la peste, là où tu pourrais avoir aussi le choléra, Ebola, la malaria, le typhus etc etc etc...."Jusqu'ici ça va, ça pourrait être pire"......Ces arguments prônent la dégradation acceptée alors que je demande ce bonheur dont tu parles. Et ce bonheur n'est acceptable qu'à partir du moment où il est partagé et non réservé.........Je ne crache pas sur ce pays, oh que non. Et c'est parce que je l'aime que je tiens absolument à participer à ma façon à son renforcement et non à un lâche abandon qui consisterait à me coller des oeillères pour pouvoir m'estimer heureux. On n'est tout simplement pas dans la même démarche. Mais avant de dire que je crache sur la démocratie, essaie de pousser un peu la réflexion un peu plus loin que ton bonheur personnel.

    Manh : Parceque prêcher pour ne pas voter, et "etre contre tout,", être dans le "tous pourris" c'est faire le jeu de ceux qui veulent détruire la démocratie et être dans une forme d'inconscience. C'est être dans une négativité qui ne fait pas du bien au monde. l'Anarchie n'a jamais permis de vivre en société dans la paix. Rien n'est parfait dans ce Monde certes, certes il y en a qui sont corrompus certes, mais au lieu de tout rejeter sur la faute des autres, il vaudrait mieux commencer par cultiver la paix, la sérénité en soi et cesser de tout condamner et dire que c'est "la faute des autres". La corruption est en chacun. c'est pas une question de voter ou pas. Encourager les gens à ne pas voter est de l'inconscience et de l'immaturité. tu le comprendras (ce que je n'espère pas) le jour où des forces d'intégrisme et extrêmes s'installeront ! c'est pourquoi je ne partage pas ce post d'un anarchiste qui n'a certainement pas dû beaucoup contribuer lui-même à construire une société plus juste et meilleure. Il est toujours plus facile de condamner, critiquer, rejeter que de regarder en soi. Si tu veux m'oter de tes amis no probléme Thierry. bon chemin à toi. et sois d'abord en paix avec toi-même , tu verras que ton esprit aura moins besoin de voir toujours "le négatif de la vie et de la société", car je vois pas pourquoi des gens qui votent ne peuvent pas en même temps se plaindre si ceux pour qui ils votent. Voter ce n'est pas faire un "chèque en blanc". Il y a un raccourci, un "simplisme" dans cette affirmation. On peut très bien avoir voté sincèrement pour quelqu'un et en route s'apercevoir qu'il ne convient pas et le dire. C'est la démocratie justement ! le droit de s'exprimer ! et ensuite le droit de rectifier ! pour le moment on n'a pas trouvé mieux que la démocratie, si tu veux proposer une autre forme de "vivre ensemble" tu peux le faire, mais c'est tellement facile de tout rejeter et dire "vive l'anarchie" ! le plus sur moyen de se retrouver un jour en dictature ! salut !

    Thierry : J'ai parlé d'anarchie moi ? Tu me prends vraiment pour un guignol de comptoir. J'ai lu des centaines de pages sur les institutions politiques et les déviances qu'elles rendent possibles et dont elles se servent.  Mais c'est vrai qu'il est plus facile d'étiqueter tous ceux qui pensent autrement et ne veulent plus donner un chèque en blanc comme tu dis. Parce qu'il faudrait m'expliquer quel est le pouvoir dont tu disposes une fois que tu as mis ton bullentin de vote.....AUCUN.  Etienne Chouard. Il est prof lui : C'est un guignol de comptoir, un anarchiste, un drogué, un complotiste ?????? Purée, j'en ai marre....... L'enfermement de la population est tout de même hallucinant et il ne faut pas me sortir les discours "new age"," profite de l'instant présent et patati et patata". Je ne parle pas du bonheur personnel mais de l'importance sociale des institutions. Quant à ma capacité à vivre l'instant présent, elle ne sera jamais un déni du marasme politique et social. Autre chose encore et après je vais aller fendre du bois....Intéresse-toi à l'analyse transactionnelle et aux travaux d'Eric Berne sur "l'Enfant intérieur" face au "Parent normatif". Il est fort probable que tu te reconnaisses.

    Manh : c'est le poste que tu as mis qui vient de "graine d'anarchie".... Moi je préfère être dans la "gratitude à la vie" que d'être dans ce "négativisme permanent " " tout le monde il est pourri" " tout va mal" ...c'est se complaire dans celà...est-il possible d'agir sereinement, faire effectivement des choses pour changer ce monde mais sans toujours "généraliser", faire des "amalgames", "mettre tout le monde dans le même sac"....en bref faire le jeu des forces de l'extrémisme, du populisme qui s'installe grace à ce genre de "négativisme" permanent.
    Thierry : Je mets très souvent aussi des articles du Figaro....Ca ne fait pas de moi un adhérent à l'UMP

    Voilà une solution possible :

    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/

    Lire la suite

  • "Sundays"

    Se libérer du "connu" qui n'est qu'une réalité indue.

    VIDÉO - Avec seulement 51 000 dollars, le jeune réalisateur Mischa Rozema a réussi son pari: son court-métrage est tellement impressionnant que la Warner a décidé d'en acheter les droits pour en faire un film.

    Stupéfiant. Sundays fait partie de ces courts métrages maîtrisés, dont le matériau d'origine est si riche qu'il mériterait une adaptation au long cours.

    Les images sont si fortes qu'elles parlent d'elles-mêmes. Des satellites en perdition s'écrasent sur la terre comme des météorites. Un enfant fasciné par le spectacle assiste à ce feu d'artifice morbide, tandis qu'un Boeing s'écrase derrière lui dans un nuages de fumée...

    L'intrigue, sibylline, plante le décors d'un monde au bord de l'implosion, où un fonctionnaire anonyme perd confiance progressivement confiance dans le fonctionnement de la société. Tel un héros de Kafka, son travail, son identité, l'accès au bonheur et surtout l'accès à l'amour: tous ses repères tombent les uns après les autres. S'ensuit une remise en question existentielle, une quête de sens au milieu de l'humanité qui se désagrège. «La réalité n'est pas ce qu'elle prétend être» écrivait Philip K. Dick, ce philosophe sauvage, auteur du célèbre Ubik et de Blade Runner.

    La critique de la (fausse) consience de notre identité, celle qui définit notre réalité propre, prend ainsi une place fondamentale dans cet ovni filmique, comme en atteste la citation d'introduction de Daniel C. Dennett (philosophe contemporain connu notamment pour sa critique de l'héritage de la dualité cartésienne, ndlr): «Ce que tu peux imaginer dépend de ce que tu sais».

    Bref, ce récit dystopique, qui oscille entre l'univers paranoïaque du 1984 d'Orwell, et l'emblématique citation de Calderon de la Barqua: «La vie est un songe. Et les songes ne sont que des songes» reste avant tout une pépite cinématographique de 14 minutes d'une beauté visuelle éclatante, pour le moins inhabituelle pour ce genre de format.

    Des scènes qui empruntent à Matrix

    Mis en scène par Mischa Rozema et produit par Jairo Alvarado, le rendu sort tellement des annales que la Warner a décidé d'en acheter les droits. Sur le plan visuel, beaucoup d'effets sont dignes des plus gros blockbusters: scènes de destruction urbaine qui n'a rien à envier aux Avengers, visions cosmiques comme Interstellar peut nous en offrirhélicopètes et architecture fortifiée tout droit sortis de District 9. Bref, le court ne fait pas que suggérer, il montre.

    Sundays a de nombreuses inspirations, riches et variées, il cite à tout-va, par des plan-hommages. On retrouve presque à l'identique l'un des derniers plans de Fight Club, lorsque le narrateur se rend compte du dédoublement de sa personnalité et du plan de son alter-ego Tyler Durden. Plusieurs scènes empruntent à l'imaginaire de Matrix (le personnage principal ressemble d'ailleurs étrangement à Néo): celle du réveil -douloureux- de la conscience, et celle du dédoublement de l'agent Smith.

    À bien des égards, Sundays est un court-métrage très prometteur, et donne envie d'en voir plus. Espérons juste que cet intrigant petit film en forme d'amuse-bouche soit à la hauteur des attentes qu'il suscite.

    Lire la suite

  • KUNDALINI (9)

     

    Tumblr o9hgwmovgq1uzjla6o1 1280

    Comment pouvait-il être aussi réceptif, aussi perspicace, aussi pénétrant. Était-elle donc si lisible ? Elle ne se souvenait même pas que Laurent ait su déceler en elle des émotions aussi troublantes et elle en était considérablement… troublée. Elle avait toujours dû exprimer ses ressentis quand elle avait jugé cela inévitable. Laurent ne devinait rien.

    Sat.

    Il lui avait suffi d’un échange de regard pour qu’il la découvre dans ses secrets. Il lui avait suffi de lire son aura. Mais lire quoi ? Que voyait-il ?

    C’était insupportable. Comme un vacarme en elle, des pensées qui hurlaient à tue-tête pour couvrir les autres voix et d’autres pensées qui prenaient la place de celles tombées en cours de route. L’impression d’une armée en marche, ravageant les terres traversées.

     

    Elle se leva et rangea son sac. Elle s’habilla et enfila ses chaussures.

    Elle regarda quelques instants l’endroit où elle l’avait vu en arrivant. L’image était incrustée en elle. 

     

    Sat.

     

    Il fallait qu’elle s’active, physiquement, elle devait laisser se poser les eaux agitées de son mental, toutes ces pensées qui troublaient le fond de son âme.

     

    Son âme…

    Jamais, elle n’avait eu la moindre attention envers cette entité inconnue. Jamais, elle n’avait invité dans ses pensées l’image lumineuse de cette vie insérée.

    Et de nouveau, elle ressentit avec une acuité presque douloureuse ce vide à combler, cette exploration à mener, ce voyage intérieur qu’elle avait toujours repoussé sans même en avoir conscience.

    Comme si sa vie de femme et sa mission de mère avaient enfermé en elle des horizons magnifiques, comme si toute sa vie s’était figée sur les éléments extérieurs, son environnement, ses fonctions, ses rôles, des attributs dictés par des schémas de pensées qui ne lui appartenaient pas et qu’elle avait ingéré en toute confiance.

     

    Elle n’y arrivait pas… Le flot de pensées était le plus fort. Elle visualisait en elle une digue emportée et des marées d’émotions archaïques se déverser sur l’étendue dévoilée.

    Elle poussa un long soupir.

    Demain était trop loin. Elle n’imaginait même pas pouvoir dormir.

    Elle devait s’extraire de ce tohu-bohu.

    Elle enfila les sangles de son sac à dos et s’engagea sur le sentier.

     

    Lorsqu’elle retrouva son véhicule, elle s’assit lourdement et claqua la portière.

     

    Elle ferma les yeux en tenant le volant, le dos calé dans le fauteuil. Cette lourdeur intérieure, cette masse d’incompréhensions et de questionnements récurrents, une fatigue qui se mêlait à l’impatience de le revoir. Comme une urgence absolue.

    Elle avait déjà éprouvé cette pesanteur des idées chaotiques après le départ de Laurent. Elle n’aurait jamais imaginé une telle puissance.

     

    Elle laissa le calme s’installer en s’efforçant de respirer consciemment. Cette idée soudaine que dans l’habitacle, elle ne communiquait plus avec l’aura de Sat, qu’ils n’étaient plus reliés, comme un vide en elle, une rupture. C’était pourtant absurde d’imaginer qu’une entité énergétique soit arrêtée par de la matière. Absurde.

     

    Elle ouvrit les yeux et démarra. Elle avait besoin d’un horizon plus large, besoin de quitter l’étroitesse du lieu, de s’éloigner de cette gorge et de ses images.

    Elle fit demi-tour et remonta vers le plateau.

     

    Route sinueuse.

    Les pensées éteintes, comme une absence, les yeux dans le vague, juste appliqués à suivre la route. Des gestes automatiques comme si un pilote robotisé avait pris les commandes.

    Elle sortit du défilé et déboucha sur l’étendue ouverte. Un vaste replat bordé de collines, des bois épars et des roches erratiques, délicatement posées dans l’herbe grasse.

    Elle gara la voiture sur le bas-côté. Les mains sur le volant, des regards circulaires en quête d’un chemin. Elle avait besoin de marcher. De vider toute cette énergie qui l’avait enflammée.

     

    Ses yeux tombèrent sur le cadran de l’horloge digitale.

    14h39.

    Elle n’avait même pas mangé. Et n’éprouvait aucune sensation de faim. Elle n’avait rien vu du temps passé, comme si cette rencontre et ses effets l’avaient propulsée dans une dimension intemporelle. Cette idée même que les sensations accumulées n’avaient rien à voir avec son corps, qu’il y avait bien autre chose et que ces ressentis inconnus ouvraient des brèches sur des territoires inexplorés. Des horizons qui l’étourdissaient.

    Elle prit une pomme dans son sac et sortit. Elle ferma son véhicule et s’engagea dans les prés, vers une colline boisée.

     

    Une alouette chantait à tue-tête en plongeant vers le sol puis remontait aussitôt dans une frénésie de battements d’ailes. Elle l’observa, amusée et se demanda s’il s’agissait d’une parade amoureuse ou de la simple expression d’un bonheur.

     

    Le bonheur.

    Était-cela qui vibrait en elle ? Cette euphorie qui finissait par l’inquiéter. Comme si elle manquait d’entraînement, comme si lui était interdit de s’abandonner à la joie.

    Se l’interdisait-elle ou était-ce une interdiction insérée en elle ? Comme un poison ancien.   

    Que pouvait-il y avoir en elle de si ancien qu’elle n’en ait plus conscience ?

    Elle essaya de se remémorer son enfance. Quels souvenirs avait-elle gardés de cette période qui puissent venir expliquer ainsi ce déni du bonheur à saisir ?

     

    L’alouette plongeait une nouvelle fois en lançant dans les cieux ses carillons joyeux.

    Elle la remercia intérieurement. Et s’en voulut de ne pas avoir osé l’exprimer distinctement et elle s’étonna immédiatement de cette réflexion étrange, de cette gêne, de cette surprise en elle. Jamais, elle n’avait parlé à la nature, ni même à un seul de ses éléments. Juste des pensées. Des pensées pleines d’amour. Était-ce suffisant ? Pourquoi garder tous ces mots en soi puisqu’il s’agit de partager des bonheurs et de remercier ?

     

    Elle ne comptait plus les interrogations sans réponses. Tout était là. Une certitude. Tout était là.

    Sat avait ouvert une brèche.

     

    Elle rejoignit l’orée des bois et entreprit de zigzaguer entres les arbres. Elle suivit une sente animale et vit des écorces arrachées aux troncs des feuillus. Les hardes de chevreuils ou de biches suivaient des itinéraires ancestraux.

    Quels chemins balisés avaient-elles empruntés durant toutes ces années ?

    La question revenait inévitablement.

    Elle avait espéré un moment de calme intérieur et savait que c’était impossible.

    Et cette idée soudaine que sa rupture avec Laurent n’avait été qu’un préambule. Elle avait interprété l’épreuve comme une condamnation alors qu’il s’agissait de l’ouverture des grilles. Non pas que sa vie de couple l’ait enfermée mais cet attachement au passé, ces interrogations culpabilisantes, cette recherche nauséeuse des responsabilités, de la compréhension de l’histoire, tout cela formait en elle un chaos qui la privait des horizons à découvrir.

    Elle se devait désormais de chanter comme l’alouette. Juste un hommage à la vie en soi.

    Il fallait surtout arrêter de le désirer et passer à l'acte.

    Elle se reprochait ses manques et ne parvenaient même pas à les combler. Lui plaisait-il tant de se plaindre ? Un regard coléreux sur ses faiblesses.

    Elle sortit de ses pensées en dépassant la crête des arbres. Elle rejoignit un replat découvert et contempla l’étendue. Les montagnes dessinaient sur la ligne des cieux des courbes parfaitement ciselées, des pics majestueux, comme tracés par un enfant appliqué et amoureux.

    Seule dans l’immensité.

    Plein soleil. Juste une brise tiède qui l’effleure.

    Comme une évidence.

    Elle se déshabilla et posa ses vêtements. Un sourire immense en elle, une bouffée de chaleur qui l’électrisa. Elle eut même envie de courir mais réfréna son désir. Elle ne s’imaginait pas rencontrer un groupe de randonneurs et elle rêva un instant d’une journée à marcher dans une nudité totale, sans peur, sans retenue, juste ce plaisir infini de sentir son corps inséré dans le cocon du monde.

    Debout, les bras ouverts au-dessus de la tête, les mains tournées vers les cieux, les yeux embrassant la terre.

    Bouche ouverte, comme un baiser à la lumière, une étreinte avec un partenaire invisible. Et si présent. Elle sentait en elle un courant chaud, toutes les fibres de son corps ouvertes pour l’hommage, les jambes légèrement écartées pour affirmer l’ancrage au sol, comme si montait de la matière sous ses pieds une énergie tellurique, que son corps servait de canal, une passerelle entre la lumière céleste et les courants de magma.

    Elle eut un vertige. Pas de ceux qui vous assomment et vous poussent à chercher un appui, les yeux fermés pour ne pas vomir. Juste un tourbillon cristallin, comme l’eau d’un torrent qui coulerait en elle, une eau patiente et appliquée qui rognerait les reliefs tourmentés.

    Elle ferma les yeux et s’abandonna au flux.

    Respiration lente et consciente.

     

    Quand elle laissa de nouveau les images du monde l’envahir, elle se sentit ridicule. Sans qu’elle n’y puisse rien. Une chute implacable, comme si soudainement elle se devait de rejoindre les chemins ancestraux.

    On ne se dévoile pas de la sorte n’importe où.

    Elle n’avait connu que les plages naturistes et les bords de rivière.

    Elle passait la plupart de ses journées allongée sur sa serviette ou dans l’eau. Jamais, elle ne se retrouvait ainsi en pleine nature, seule, debout, face au monde. Jamais, elle ne s’était permis cette liberté.

    Bien sûr, il y avait bien les centres naturistes mais l’enceinte changeait radicalement la situation. Elle n’était pas dans le monde quand elle se laissait enfermer.

     

    Elle eut envie d’arracher les tissus de pensées qui ceinturaient son âme.

    Son âme. Pourquoi ce mot revenait-il ainsi ? Pourquoi criait-il à tue-tête de la sorte ? L’impression d’un être inconnu qui sortait d’une geôle, qui découvrait en quelques secondes tout ce qu’il n’avait pas connu.

    Et simultanément d’un mental qui cherchait de toutes ses forces à rétablir le cours des choses.

     

     

    Elle ouvrit son sac et sortit sa serviette de bain. Elle l’étala et s’y assit en tailleur. Mains posées sur les cuisses, pouces et index en contact. Respiration lente et consciente.

    Le soleil sur sa peau, comme une huile chaude, une caresse qui ruissela jusqu’au creux de ses cuisses.

     

    « Merci, » murmura-t-elle, gênée.

    Et sa voix dans sa solitude inhabituelle l’étonna. Comme une douceur qu’elle ne se connaissait pas.

    Elle resta ainsi de longues minutes.

    Elle éprouva un profond bonheur quand elle réalisa qu’elle n’avait pensé à rien avant que cette pensée ne survienne.

    Elle s’allongea et ferma les yeux derrière l’écran de ses lunettes de soleil.

    Les mains sur le ventre.

     

    Sat…

    Demain."

     

     

  • Mutation, sanction.....

    Jean-François Chazerans muté à Thouars par le recteur

    28/03/2015 05:46
    Envoyer par mailImprimer
    http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2015/03/28/Jean-Francois-Chazerans-mute-a-Thouars-par-le-recteur-2273860
      
    Jean-François Chazerans et son avocat, Amaury Auzou vont préparer notamment un recours au tribunal administratif. - Jean-François Chazerans et son avocat, Amaury Auzou vont préparer notamment un recours au tribunal administratif. - drJean-François Chazerans et son avocat, Amaury Auzou vont préparer notamment un recours au tribunal administratif. - dr
    Jean-François Chazerans et son avocat, Amaury Auzou vont préparer notamment un recours au tribunal administratif. - dr

    Poitiers. Le prof de philo a fait l’objet de la plus sévère sanction applicable par l’académie : une mutation d’office. Elle est vécue comme une humiliation.

     Il pouvait encore s'accommoder d'une mise à pied, admettre une enquête pénale ou supporter huit heures de garde à vue (lire repères). Mais la sanction disciplinaire de l'Éducation nationale, sa maison depuis quarante ans, c'est le coup de grâce pour Jean-François Chazerans. Le professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo, à Poitiers, suspecté d'avoir « tenu des propos inadéquats en classe », après l'attentat de Charlie Hebdo, s'est vu« infliger », c'est le terme, hier par courrier, un « déplacement d'office dans la zone de remplacement des Deux-Sèvres ».

    " Cette décision est scandaleuse "

    Il serait rattaché au lycée Jean-Moulin de Thouars. Il s'agit de la plus forte sanction disponible dans l'échelle de valeur disciplinaire du recteur d'académie, Jacques Moret. Au-delà, la décision est du ressort du ministre. Parmi les arguments développés pour justifier cette décision, le rectorat a estimé que « les agissements de ce professeur ont porté atteinte non seulement à l'image de la fonction enseignante mais à celle du service public de l'Éducation nationale. » 
     « Je suis atterré. C'est de l'acharnement, de la brimade, a confié Jean-François Chazerans, très affecté. Depuis le début, c'est ça. C'est compliqué pour moi d'en parler. Ce n'est pas digne de l'Éducation nationale. Surtout concernant un dossier vide, où on me reproche d'avoir fait des cours de philo. » Son conseil, l'avocat Amaury Auzou, a prévenu : « Jusqu'à présent, on s'est peu défendu. Maintenant, on va attaquer. Cette décision est scandaleuse, je suis en colère. La décision est aussi bien motivée que l'enquête administrative a été faite. Elle veut dire qu'on peut tenir des propos inadéquats mais pas au lycée Victor-Hugo. On marche sur la tête et ça n'a aucun sens. C'était ou rien ou tout. A un moment donné, pour le recteur, ce n'était plus l'affaire Chazerans mais une affaire de crédibilité. » 
    Le rectorat n'a pas souhaité faire de commentaire. Quant à Jean-François Chazerans et son avocat, ils entament un nouveau combat. Médiatique, d'abord, avec une conférence de presse programmée au Café des arts à Poitiers cet après-midi. Administrative ensuite avec un recours hiérarchique auprès du ministre de l'Éducation nationale et un autre au tribunal administratif. Même si la sanction prend effet dès maintenant.

    repères

    Mis à pied quatre mois, placé en garde à vue, blanchi... puis muté

    L'affaire, si tant est qu'on puisse en parler ainsi, débute le 19 janvier dernier. Jean-François Chazerans, professeur de philosophie au lycée Victor-Hugo, à Poitiers, est interrogé par deux inspecteurs d'académie. On lui reproche « des propos déplacés pendant la minute de silence » du 8 janvier, celle qui avait été décrétée en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Deux jours plus tard, le prof est suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois. « Il fallait l'éloigner de ses élèves », estime alors le recteur, Jacques Moret, qui porte le dossier au pénal pour une suspicion d'apologie d'actes de terrorisme.
    L'affaire suscite de vives réactions dans la société civile. Un comité de soutien au professeur rassemble 200 manifestants le 28 janvier, place Leclerc. Dans le même temps, le prof est convoqué devant la commission administrative paritaire d'académie, dans sa version conseil de discipline, le 13 mars pour le motif suivant : « Propos inadéquats tenus en classe. » Le 26 février, Jean-François Chazerans est placé en garde à vue par la police judiciaire dans le cadre d'une enquête ouverte par le procureur de la République. Il y passera huit heures. Le lendemain, l'enquête pénale est classée sans suite. Jean-François Chazerans est soulagé. Pas pour longtemps.

    Xavier Benoit

    Lire la suite

  • Madame la Ministre

    « Monsieur Ledru, expliquez-moi quelles sont les raisons qui vous amènent à vouloir démissionner ?

    …..

    -Vous êtes mariée, je crois Madame la Ministre ?

    -Oui, effectivement.

    -Et vous aimez votre mari.

    -Oui, je vous remercie de ne pas avoir formulé une question.

    -Je n’en avais aucun doute Madame la Ministre. Alors maintenant, essayez d’imaginer que vous soyez obligée de quitter cet homme que vous aimez. Rien n’a changé en vous quant aux sentiments mais les conditions mêmes de votre existence et toutes les interférences qui viennent s’installer entre vous et votre mari, tout ce sur quoi vous n’avez aucune emprise en est venu à vous mettre en danger. Vous savez que vous êtes en train de sombrer et que cette lutte est devenue absurde et dangereuse pour vous. Alors, vous avez deux solutions : soit vous partez pour vous sauver mais vous perdez cet amour, soit vous décidez de rester et de continuer à vous battre pour que ces conditions d’existence s’améliorent.

    Si vous optez pour la deuxième solution, imaginez que vous avez une pelle dans les mains et que vous ayez pour mission de creuser un trou. Un trou parfaitement délimité, rectangulaire, d’une profondeur égale, vous n’aurez aucune liberté pour le tailler à votre envie mais vous accepterez la tâche. Et comme vous gardez en vous cet espoir d’un amour sauvé, vous allez donc vous montrer déterminée, appliquée, patiente, volontaire, opiniâtre. Vous éprouverez même parfois quelques bonheurs, une sorte de fierté, de contentement devant la précision de votre trou.

    ……

    Mais vous aurez été tellement concentrée sur votre tâche que vous n’aurez pas vu que les conditions d’existence ne se sont absolument pas améliorées. Rien n’a changé malgré votre abnégation. Il est même probable que cette énergie que vous avez dépensée vous soit reprochée, comme si vous n’agissiez que pour votre bien-être.

    Un jour, sans doute à la suite d’un problème inhabituel, vous arriverez à prendre un peu de recul. Peut-être même que vous arrêterez de creuser. Dans la lumière de cette situation, vous sentirez tomber sur vous des siècles de fatigue. Alors, vous lèverez les yeux et vous verrez que le rebord du trou est trop loin, que vous ne pouvez plus sortir, que vous avez tellement creusé que la surface du monde est devenue inaccessible.

    C’est votre tombe.

     

    Vous vouliez sauver votre amour et vous vous êtes détruite et tout ce que vous avez fait n’aura pas empêché que votre amour disparaisse mais en plus et c’est pire que tout, ces années que vous aurez passé à creuser votre tombe, vous aurez sali cet amour, vous aurez contribué à sa déchéance.

    Voilà pourquoi je veux partir Madame la Ministre. »