Pénurie de médicaments

 

Un ouvrage peu connu : "La France contre les robots" écrit en 1947.

 

"Un jour, on plongera dans la ruine, du jour au lendemain, des familles entières parce qu'à des milliers de kilomètres, pourra être produite la même chose pour quelques centimes de moins". Georges BERNANOS

 

Un visionnaire.

Désormais, il ne s'agit plus seulement de ruine pour les ouvriers dont le travail est parti à des milliers de kilomètres. Maintenant, on parle de la santé.  

 

Pénurie de médicaments et de vaccins : les 30 propositions du sénateur Decool

 

SOCIÉTÉ

La mission d'information du Sénat sur les pénuries de médicaments et de vaccins a rendu public son rapport le 2 octobre 2018. Ce rapport, présenté par le sénateur Jean-Pierre Decool, dresse un constat préoccupant de la chaîne du médicament en France. Il formule 30 propositions.

Publié le 10 octobre 2018

(Très important de bien noter la date de parution...Je rappelle par là-même que la prérogative première d'un gouvernement, c'est l'anticipation. Sinon, à quoi cela sert-il de payer des commissions d'enquête)

Temps de lecture 2 minutes

Des médicaments - © bukhta79 - stock.adobe.com

Une explosion des ruptures ou risques de rupture de stock de médicaments essentiels depuis 2008

Depuis une dizaine d'années, les ruptures de stock et les tensions dans l'approvisionnement des médicaments et des vaccins sont devenus chroniques. Ces problèmes concernent l'ensemble des médicaments et vaccins, y compris les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur (MITM). Parmi les classes thérapeutiques les plus impactées, on trouve notamment les anticancéreux, les vaccins et les médicaments traitant l'épilepsie ou la maladie de Parkinson. En 2017, 530 médicaments d'intérêt vital ont manqué ou ont risqué de manquer aux patients (contre 44 en 2008).

Ces pénuries sont très préjudiciables pour les patients et très coûteuses pour les hôpitaux. Elles ont des causes multiples : problèmes dans la chaîne de production des médicaments le plus souvent fabriqués en Chine et en Inde, défauts de qualité des produits finis, difficultés d'approvisionnement en matières premières. Le renforcement de la réglementation, la question du prix du médicament et le choix des laboratoires d'arrêter des médicaments anciens devenus insuffisamment rentables, sont aussi des facteurs importants.

Évolution des signalements de ruptures de stocks des MITM de 2008 à 2017

Renforcer l'éthique de santé publique, responsabiliser les laboratoires

Pour endiguer ces pénuries, le sénateur Jean-Pierre Decool préconise notamment :

de relancer une production pharmaceutique française en expérimentant des exonérations fiscales en faveur d'entreprises investissant en France dans de nouveaux sites de production de médicaments ou de substances actives essentiels pour la sécurité sanitaire européenne ;

d'instaurer un programme public de production et de distribution de quelques médicaments essentiels concernés par des arrêts de commercialisation ou de médicaments "de niche" souvent difficiles d'approvisionnement ;

de rendre public l'historique des ruptures de médicaments et des plans de gestion des pénuries des laboratoires et de les sanctionner financièrement si besoin ;

de créer une plateforme d'information pour les professionnels de santé et le public faisant remonter les pénuries et les dates prévisionnelles de retour des médicaments.

Sur la toile publique

Rapport fait au nom de la mission d'information sur la pénurie de médicaments et de vaccins, du sénateur Jean-Pierre Decool, octobre 2018(nouvelle fenêtre)

Et voilà ce que ça donne aujourd'hui en 2021. La situation n'est plus seulement grave, elle est devenue dramatique. Le pire, à mon sens, étant de lire dans l'article suivant que la relocalisation est envisagée pour contrer des "coûts cachés" par la délocalisation. Ce qui signifie, encore une fois, que les décisions ne sont prises qu'au regard de la finance. 

 

Coronavirus: l'Europe dépend de la Chine pour les médicaments vitaux

 

Par Delphine Dechaux le 04.03.2020 à 15h37 Lecture 3 min.

L'épidémie de Covid-19 met en lumière une fragilité dénoncée depuis dix ans par l'Académie de pharmacie: la dépendance de l'industrie pharmaceutique vis à vis de ses fournisseurs chinois et indiens, qui produisent 60 à 80% des principes actifs chinois pour des traitements aussi vitaux que les antibiotiques, les anticancéreux et les vaccins.

rayons d'une pharmacie française

80% des principes actifs de nos médicaments vendus en officine sont produits en Chine.

AFP/ARCHIVES - STEPHANE DE SAKUTIN

Il aura fallu une crise sanitaire mondiale pour que le message, martelé depuis dix ans par l’Académie Nationale de pharmacie, soit enfin entendu : droguée aux importations de principes actifs made in China, la France a perdu sa souveraineté en matière de médicaments et elle est régulièrement confrontée à des pénuries de médicaments aussi essentiels que les anticancéreux, les antibiotiques et les vaccins. « Nous ne pouvons pas continuer à dépendre à 80% ou 85% de principes actifs pour les médicaments qui sont produits en Chine, ce serait irresponsable et déraisonnable », a déclaré le 25 février le Ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire. Un sujet qui n’est pas neuf : « Pour 86 % des hôpitaux, en Europe, la question des ruptures est un sujet de préoccupation quotidien. Les principales classes impactées sont, en tête, les anti-infectieux et les anticancéreux, suivis de près par des médicaments d’urgence-réanimation, médicaments de cardiologie, et les anesthésiques », se désespérait déjà en 2018 l’Académie dans un de ses rapports.

Déjà en 2017, une pénurie d'Augmentin après l'arrêt d'une usine chinoise 

Si la galénique, c’est-à-dire la préparation et l’assemblage des ingrédients, reste implantée en Europe, les matières premières viennent elles de Chine et d’Inde. « A partir des années 1980, la Chine s’est affirmée comme un acteur majeur dans la fabrication de génériques, souligne David Simmonet, président et fondateur d’Axyntis, premier acteur français de la chimie fine.  Dans les années 1980-90, 60% des principes actifs étaient d’origine européenne. Depuis 2010 c’est le contraire : 60% des médicaments contiennent des principes actifs chinois ou indiens ». Un sérieux avertissement avait déjà eu lieu en 2017 : pour abaisser les niveaux de pollution autour de Pékin, les autorités chinoises avaient drastiquement coupé l’approvisionnement en électricité de certaines grandes zones industrielles, entraînant une pénurie mondiale d’amoxicilline et d’acide clavulanique 11, les principes actifs de l’Augmentin (et de ses copies génériques), l’un des antibiotiques les plus prescrits dans le monde. « L’acide clavulanique est l’exemple emblématique du composant indispensable d’un médicament vital qui n’est fabriqué qu’à un seul endroit dans le monde », souligne Marie-Christine Belleville, membre de l’Académie de pharmacie et experte en production et qualité.

Avec l’épidémie de coronavirus, les choses pourraient enfin bouger. L’ANSM va enfin établir une liste des médicaments indispensables –distincte de la liste des « médicaments essentiels » de l’OMS, très axée sur le traitement des grandes maladies tropicales – et faire l’inventaire complet de leurs composants. « Une fois cette liste établie, il faudra s’interroger sur les raisons qui freinent la relocalisation, explique Marie-Christine Belleville. Pour certains médicaments, peut-être faudra-t-il envisager une revalorisation, même légère, de leur prix ».

Un mouvement de relocalisation s'esquisse

La prise de conscience pourrait aussi accentuer un mouvement de relocalisation qui s’est amorcé en réalité il y a quelques années : un durcissement des exigences des agences sanitaires, qui multiplient les inspections dans les usines chinoises, avait entraîné des ruptures de stocks et même des fermetures d’usines - jusqu’à 10 % des établissements chinois selon l’ASNM. Car les cas de non-conformité majeurs aux Good Manufacturing Practices s’avéraient six fois plus élevés en Asie qu’en Europe sur la période 2006-2011.

Echaudés, des laboratoires ont donc commencé à rapatrier la production de certains composants. « Depuis quatre ans, nos clients ont pris conscience de ce que les délocalisations entraînent en matière de coûts cachés », ajoute David Simonnet. Et pour les nouveaux médicaments, qui ne sont pas dans la logique de production à moindres coûts des génériques, les laboratoires ont la volonté d’avoir un sourcing européen ».

 

 

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