L'effort
- Par Thierry LEDRU
- Le 16/04/2010
- 2 commentaires
Essayer de comprendre comment on obtient l’illumination est totalement vain. C’est l’effort de recherche lui-même qui fait obstacle à la vision de cela qui est déjà. Rien de ce que j'ai vécu n'est venu par une volonté ou un travail quelconque. "Ca" m'a été donné. Peut-être parce que j'étais dans un état favorable à le recevoir, ça c'est effectivement possible. Mais ce n'était pas un état volontaire, conscient. C'était dû à mes conditions de vie. A la douleur physique, à la souffrance psychologique, au fait que tout ce à quoi j'étais identifié avait volé en éclat et que la mort me paraissait parfois plus attirante que l'heure à venir.
Depuis que je suis sorti de cette dimension de fragmentation, j'ai parfois souffert du fait que les états "d'illumination" que j'ai connus, ces moments intemporels, ces plongées dans un espace inconnu, que tout ça ait disparu, que je ne sois plus "visité" de la sorte.
Je me suis même mis à chercher, à réfléchir, à tenter de trouver une porte d'entrée. Sans comprendre que tout était là, sans sentir que je n'avais plus à chercher. En fait, j'ai fini par comprendre que même si mes conditions de vie étaient redevenues "normales", que mon statut social était réinitialisé, je ne serais plus jamais "l'autre." J'étais le "je" et non plus le "moi". Mais ma vie "extérieure" n'ayant pas changé dans ses fondements, je continuais à avoir peur de tout reperdre. C'était absurde.
Encore une fois, comme à chaque évolution majeure dans ma vie, c'est la Nature qui m'a montré la voie.
J'ai longtemps couru en montagne après la performance. Une reconnaissance. La démonstration de mes qualités physiques. J'avais besoin de ça pour exister. Puisque j'étais le "moi". Et puis un jour, au pied d'un sommet que je m'apprêtais à rejoindre, j'ai senti que l'effort n'avait aucun intérêt en soi. Ou n'en avait plus en tout cas pour moi. Encore une fois, ce fut fulgurant, rien ne l'annonçait, aucun signe précurseur, aucune fatigue ou lassitude, j'avais toujours envie de monter en altitude mais je me suis vu m'attacher à chaque pas et non à la pente devant moi. Je me suis arrêté beaucoup plus souvent, j'ai observé,écouté, ressenti alors que je ne le faisais habituellement qu'une fois assis au sommet.
L'effort n'avait plus aucune importance. Comme un élastique rompu qui ne me tirait plus vers le haut. Je me souviens avoir ri. Tout seul.
Je sais aujourd'hui qu'il en est de même avec la quête spirituelle. Elle n'est pas un sommet à atteindre, un effort à accomplir. Au risque de ne même pas voir les paysages traversés, de se priver de tout ce qui est à vivre, tendu par cette volonté, crispé par l'intention, contrarié par la distance à parcourir.
Tout est là. Constamment. Dans chaque pas, chaque battement de paupières, chaque battement de coeur. L'effort n'est qu'une identification, un rôle qu'on se joue et qu'on aimerait voir reconnu. Un "moi" qui se glorifie du "je" qu'il cherche.
Le seul effort à produire, c'est celui du marcheur qui regarde où il pose ses pieds.
Commentaires
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- 1. Thierry Le 18/04/2010
Bonjour Isabelle.
Très heureux que ça vous plaise. J'imagine que vous vous y retrouvez.
Au plaisir de vous lire. -
- 2. isabelle mesmin Le 17/04/2010
GRAND MERCI POUR CE PARTAGE !!! :)))
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